a Deux éléments récents de l'actualité marseillaise mettent en exergue de nouvelles formes de rapports entre l'État et ses territoires. Le blocage de la ville par la neige, d'une part, et la déclaration d'Éric Ciotti, le président UMP du conseil général des Alpes-Maritimes attestant du choix du tracé de la Ligne à Grande Vitesse. L'option choisie serait celle du Nord qui transiterait par la gare TGV d'Arbois, rejoindrait Nice par le centre-Var et abandonnerait le tracé des métropoles (Marseille, Toulon). Ces deux situations de nature différente (réaction des pouvoirs publics face à des intempéries et aménagement de voies de communication) révèlent une recomposition des rôles des autorités locales, des services centraux et des relations entre les deux, dominées par ce que l'on pourrait appeler le paradigme du contrôle de gestion.

Episode 1 : la Neige
Les images paraissent à peine croyables, les médias ouvrent leur JT sur l'information du jour : il neige à Marseille. Les autoroutes sont bloquées pour permettre selon la DDE de "fixer" les automobilistes, quitte à en faire des "naufragés de la route" et ne pas risquer des accidents dispersés sur les petites routes. Le trafic aérien est interrompu pendant deux jours. Plus de 10 000 foyers sont privés d'électricité. L'étonnement voire la contemplation de la situation laisse très vite la place à des critiques, puis à la polémique. Comment la pagaille a-t-elle pu se propager ? La Provence parle de "fiasco", le Premier Ministre de "déficiences" et ajoute ""on ne peut pas accepter dans un pays moderne aujourd'hui que des aéroports soient fermés plusieurs jours, que des personnes soient bloquées sur l'autoroute une journée et une nuit - ce qui est absolument invraisemblable".
La réaction des autorités locales est immédiate: "J'imagine qu'en parlant de situation inacceptable, le Premier ministre a aussi pensé à la situation de Paris dimanche soir et lundi. La capitale était bloquée", déclare M. Gaudin, "je m'attendais plutôt à des félicitations qu'à une enquête. Il y aurait un côté ridicule à acheter des chasse-neige. Nous ne sommes pas à Chamonix ou à Montréal". Il est rejoint dans ce sens par ses meilleurs ennemis, MM. Guérini et Caselli, qui préfèrent s'en prendre à Météo France. La polémique est racontée ici, ou . Fait inhabituel, le préfet prend plutôt la défense des édiles quand il se demande si "pour un événement qui se produit statistiquement tous les 20 ans, il faut que la ville et la communauté urbaine investissent des dizaines de millions d'euros dans des équipements qui serviront de façon aléatoire. Est-ce qu'on peut se dire qu'on peut supporter pendant une journée d'avoir une situation un peu atypique ?".
L'intention ici n'est pas d'imputer la responsabilité des blocages à telle ou telle institution (personne n'ayant accusé la neige) mais de remettre la polémique en perspective dans une tendance plus longue de désengagement de l'État en matière de services publics locaux. De cette évolution résulte un manque de moyens de l'échelon local sur tout un pan de l'action publique dans la mesure où le transfert des compétences n'a pas été accompagné par un transfert des ressources dans le sillage des réformes décentralisatrices. La gouvernance urbaine est aujourd'hui composé d'arrangements bureaucratiques et marchands entre le secteur public métropolitain et le secteur privé. Il serait cependant erroné d'en conclure à un retrait pur et simple de l'État. Celui-ci continue d'intervenir pour prescrire des comportements et sanctionner les déviances. Ainsi, quelques heures après le rétablissement de la situation dans les Bouches du Rhône, la Ministre de l'Intérieur et le Ministre des Transports décident de procéder à une enquête afin d'évaluer les "conditions dans lesquelles les différents opérateurs ont anticipé et géré les conséquences de cet épisode météorologique". Les deux ministres demandent également à la mission dépêchée sur place "de formuler toutes les recommandations et propositions de nature à améliorer les dispositifs opérationnels destinés à répondre à ce type d'événements. Les premières conclusions de cette mission seront remises aux deux ministres le mardi 20 janvier". En clair, l'État laisse aux autorités locales et au marché le soin d'organiser les services publics et intervient en amont moins pour réguler l'action publique que pour en contrôler son effectivité et en rationaliser son exercice.

Épisode 2 : le Train L' attitude de contrôleur de gestion est également à l'œuvre dans l'affaire du TGV sud. Rappel des faits : une ligne à grande vitesse est censé relier Paris et Nice. Celle-ci pour le moment s'arrête à Aix-en-Provence. Le débat porte sur le tracé : faut-il que le train passe par Marseille et Toulon et dessine une trajectoire des métropoles ? Faut-il au contraire qu'il passe directement vers Nice, via la gare d'Arbois et l'arrière pays provençal ? Selon le Président du Conseil général, le Ministère de l'Environnement aurait choisi le tracé nord suscitant une nouvelle polémique parmi les élus locaux. M. Guérini exprime son "désaccord de fond" sur le choix qui n'a pas été confirmé par la préfecture, et menace de retirer le Conseil général qu'il préside de la table des négociations. Mme Joissains-Masini, maire d'Aix, dénonce "l'arrogance" de M.Ciotti. M. Vauzelle regrette "l'absence de concertation". Pour M. Caselli, "Éliminer Marseille, deuxième ville de France, d'un tel aménagement, serait aberrant" . Seul M. Gauin est resté silencieux attendant une décision officielle. On se souvient cependant de son engagement pour le tracé des métropoles pendant la campagne des municipales.
Il est vrai que M. Borloo a tenté de désamorcer la crise. En annonçant que "la concertation est toujours en cours", l'objectif du Ministre semble de gagner un peu de temps et d'apaiser les réactions très vives dans la région. Toutefois, l'argument avancé pour justifier le tracé nord semble trop massif pour s'y opposer : celui-ci couterait 8,5 milliards d'euros contre 11,5 milliards d'euros pour le tracé des métropoles. Entre un aménagement du territoire propice à l'attractivité métropolitaine et un coût réduit, il semble que l'action public ait choisi son camp même si un calcul investissement / nombre d'habitants concernés nuance cette idée.