A La vidéo postée lors du post précédent semble un peu confuse au Lecteur. Elle mérite donc un peu d'explication.

Au cours du dernier conseil municipal, une discussion a porté sur la création du parc national des calanques. L'ouverture de ce parc est prévu pour 2010 dans les calanques de Marseille, entre Marseille et Cassis, devenant ainsi le premier parc national péri-urbain d'Europe. Il est préparé depuis 1999 par un groupement d’intérêt public (GIP). Doté d'un financement propre, le GIP regroupe des représentants de l'État, des collectivités territoriales, du monde associatif et des propriétaires privés.

Un collectif est par ailleurs créé pour réclamer l'ouverture de ce parc et peser dans les négociations avec les élus locaux. En 1992, par exemple, la Ville de Marseille avait présenté un projet de modification du Plan d'occupation des Sols (POS). Retiré à la suite de la mobilisation du collectif, le nouveau zonage aurait autorisé la construction sur un périmètre initialement prévu pour accueillir le parc national alors que le site est classé depuis 1975 pour la partie terrestre et depuis 1976 pour la partie maritime. En outre, un dispositif législatif est censé protéger l'environnement dans cette zone (citons la Loi Littoral de 1986 et plus récemment la loi relative aux Parcs Nationaux de 2006 qui remplace la loi de 1960).

Pour résumer, on a donc un enjeu environnemental porté par une mobilisation collective de type associatif engagé dans des négociations avec les édiles qui poursuivent des intérêts contradictoires : pour schématiser, protection de l'environnement contre développement économique et aménagement urbain.

Le débat prend un tour politique. Le 15 décembre dernier, nous raconte Le Point, "la majorité du sénateur-maire UMP Jean-Claude Gaudin a approuvé avec des réserves l'avant-projet adopté le 10 octobre par le Groupement d'intérêt public des Calanques de Marseille à Cassis (GIP), portant notamment sur le classement en zone "coeur de parc" de certains espaces déjà urbanisés.". L'opposition enrage et entend faire voter un amendement pour supprimer les réserves. En fait, elle entend mettre la majorité devant une ambiguïté majeure : le sénateur-maire ne serait-il finalement pas purement opposé au parc ? M. Gaundin ne plombe-t-il pas le sujet ? Or, en ces temps de domination normative de l'écologie, il est difficile de paraître opposé à un projet de cet ampleur. Pour se justifier, la majorité évoque des "précautions supplémentaires". En fait, il semblerait que le maire soit sensible aux arguments des habitants des Goudes et de Callelongue qui se sentent menacés par l'initiative.

On entend dans la vidéo, M. Mennucci "exiger" une explication de vote sur le projet afin de montrer l'unité du groupe socialiste (liste Faire Gagner Marseille) face aux hésitations du maire.

Voilà pour le contexte.

Cet épisode montre le nouveau déséquilibre qui semble s'instaurer au sein des mondes politiques marseillais. M. Gaudin dispose de moins en moins de marges de manœuvre face au Conseil général, au Conseil Régional et à la Communauté urbaine détenus par l'opposition municipale. Un partage des tâches semble même se constituer entre leaders de l'opposition résumée comme suit par Rue 89 : "Jean-Noël Guérini passe généralement la première couche. Eugène Caselli, également élu, la seconde. Patrick Mennucci, président du groupe socialiste, assurant pour sa part les finitions." Cette vidéo nous montrerait donc les "finitions". Des finitions qui portent dans la mesure où M. Gaudin se voit contraint (après avoir été qualifié de "despote") non seulement d'accorder à l'opposition l'explication de vote qu'elle souhaitait et le vote sur le projet qui était préalablement refusé par le maire au prétexte que tout le monde était d'accord. En effet, le vote est unanime comme on le voit à la fin. Et M. Mennucci de conclure "voyez c'était pas la peine de s'énerver". Non, en effet. La séquence vise donc à montrer le basculement du lieu du pouvoir communal qui n'est plus municipale. Cependant, il ne s'agit pas de verser dans un institutionnalisme excessif (la configuration des institutions déterminerait des comportements), mais de comprendre comment les rôles des élites politiques locales se trouvent modifier par une situation nouvelle à Marseille : une cohabitation métropolitaine. Le paysage politique marseillais traditionnellement fragmenté se clarifie par une polarisation nette qui remet en question le thème du discours fédérateur avancé depuis la victoire au titre de capitale européenne de la culture.