Le parc national des calanques et le nouvel équilibre politique
Par Nicolas Maisetti le mercredi 24 décembre 2008, 12:01 - Lien permanent
La
vidéo postée
lors du post précédent semble un peu confuse au Lecteur. Elle mérite donc un
peu d'explication.
Au cours du dernier conseil
municipal, une discussion a porté sur la création du parc national des calanques. L'ouverture de ce
parc est prévu pour 2010 dans les calanques de Marseille, entre Marseille et
Cassis, devenant ainsi le premier parc national péri-urbain d'Europe. Il est
préparé depuis 1999 par un groupement d’intérêt public (GIP). Doté d'un
financement propre, le GIP regroupe des représentants de l'État, des
collectivités territoriales, du monde associatif et des propriétaires
privés.
Un collectif est par
ailleurs créé pour réclamer l'ouverture de ce parc et peser dans les
négociations avec les élus locaux. En 1992, par exemple, la Ville de Marseille
avait présenté un projet de modification du Plan d'occupation des Sols (POS).
Retiré à la suite de la mobilisation du collectif, le nouveau zonage aurait
autorisé la construction sur un périmètre initialement prévu pour accueillir le
parc national alors que le site est classé depuis 1975 pour la partie terrestre
et depuis 1976 pour la partie maritime. En outre, un dispositif législatif est
censé protéger l'environnement dans cette zone (citons la Loi Littoral de 1986
et plus récemment la loi relative aux Parcs Nationaux de 2006 qui remplace la
loi de 1960).
Pour résumer, on a donc un enjeu environnemental porté par une mobilisation
collective de type associatif engagé dans des négociations avec les édiles qui
poursuivent des intérêts contradictoires : pour schématiser, protection de
l'environnement contre développement économique et aménagement
urbain.
Le débat prend un tour politique. Le 15 décembre dernier, nous raconte
Le Point, "la majorité du sénateur-maire UMP Jean-Claude Gaudin a
approuvé avec des réserves l'avant-projet adopté le 10 octobre par le
Groupement d'intérêt public des Calanques de Marseille à Cassis (GIP), portant
notamment sur le classement en zone "coeur de parc" de certains espaces déjà
urbanisés.". L'opposition enrage et entend faire voter un amendement pour
supprimer les réserves. En fait, elle entend mettre la majorité devant une
ambiguïté majeure : le sénateur-maire ne serait-il finalement pas purement
opposé au parc ?
M. Gaundin ne plombe-t-il pas le sujet ? Or, en ces temps de domination
normative de l'écologie, il est difficile de paraître opposé à un projet de cet
ampleur. Pour se justifier, la majorité évoque des "précautions
supplémentaires". En fait, il semblerait que le maire soit sensible aux
arguments des habitants des Goudes et de Callelongue qui se sentent menacés par
l'initiative.
On entend dans la vidéo, M. Mennucci "exiger" une explication de
vote sur le projet afin de montrer l'unité du groupe socialiste (liste Faire Gagner
Marseille) face aux hésitations du
maire.
Voilà pour le contexte.
Cet épisode montre le nouveau déséquilibre qui semble s'instaurer au sein des mondes politiques marseillais. M. Gaudin dispose de moins en moins de marges de manœuvre face au Conseil général, au Conseil Régional et à la Communauté urbaine détenus par l'opposition municipale. Un partage des tâches semble même se constituer entre leaders de l'opposition résumée comme suit par Rue 89 : "Jean-Noël Guérini passe généralement la première couche. Eugène Caselli, également élu, la seconde. Patrick Mennucci, président du groupe socialiste, assurant pour sa part les finitions." Cette vidéo nous montrerait donc les "finitions". Des finitions qui portent dans la mesure où M. Gaudin se voit contraint (après avoir été qualifié de "despote") non seulement d'accorder à l'opposition l'explication de vote qu'elle souhaitait et le vote sur le projet qui était préalablement refusé par le maire au prétexte que tout le monde était d'accord. En effet, le vote est unanime comme on le voit à la fin. Et M. Mennucci de conclure "voyez c'était pas la peine de s'énerver". Non, en effet. La séquence vise donc à montrer le basculement du lieu du pouvoir communal qui n'est plus municipale. Cependant, il ne s'agit pas de verser dans un institutionnalisme excessif (la configuration des institutions déterminerait des comportements), mais de comprendre comment les rôles des élites politiques locales se trouvent modifier par une situation nouvelle à Marseille : une cohabitation métropolitaine. Le paysage politique marseillais traditionnellement fragmenté se clarifie par une polarisation nette qui remet en question le thème du discours fédérateur avancé depuis la victoire au titre de capitale européenne de la culture.