Où est l'agora marseillaise ?
Par Nicolas Maisetti le mardi 23 décembre 2008, 11:18 - Lien permanent
Une comparaison rapide entre les
dernières séances du
conseil municipal de Marseille et du
conseil de la communauté urbaine semblent montrer a priori l'éclatement des
configurations politiques locales. Cet échange politique territorialisé de
nature conflictuelle contraste avec le mot d'ordre du
"jouer collectif" qui inonde les discours politiques depuis la victoire de
Marseille-Provence au titre de capitale européenne de la culture en 2013. Ce
paradoxe pose la question du siège du pouvoir à Marseille : qui
décide ? Comment se construit la décision ? Les réponses à ces
questions déterminent directement les conditions de production des stratégies
et des politiques locales internationales.
Le conseil municipal est encore dominé par M. Gaudin. On se souvient des
films
de Michel Samson et de Jean-Louis Comolli, lorsque M. Gaudin, se présentant à
la mairie en 1988, déclare : "Maire c'est le plus beau des mandats !". Le
même Samson dans son
Gouverner Marseille (écrit avec Michel Péraldi) montre dans quelle mesure
l'Hôtel de ville est le lieu du pouvoir le plus convoité, le siège suprême de
la puissance quand bien même les ressources matérielles de la municipalité sont
désormais réduites au profit de la région depuis les lois de la
décentralisation de 2003 et de la communauté urbaine depuis la loi Chevènement
de 1999. Il semble toutefois que le pouvoir du maire n'a jamais été autant
contesté et fragile qu'en cette fin d'année 2008.
"Sous la stabilité, l'effervescence" pour reprendre une formule de Samson/Peraldi. Si M. Gaudin est élu en mars dernier pour un troisième mandat (le plus beau ?), le coup est passé près. M. Guérini fut donné gagnant par les sondages jusque dans l'entre deux tours. Le "découpage" pasquaien a fait le reste. Mais le maire de la ville-mère est désormais le seul de son camp parmi le quadriumvirat qui dirige le territoire marseillais.
Jean-Noël Guérini, le patron des socialistes marseillais, comme il est
coutume de le qualifier, dirige le puissant Conseil général (CG) des Bouches du
Rhônes.Le budget
2009, "plan de bataille contre la crise", s'élève à 2,215 milliards d’euros
(contre 1,653 milliard d'euros pour la mairie). Surtout, il investit les
ressources qui lui sont offertes par sa position au CG dans son opposition au
conseil municipal. Ainsi M. Guérini a-t-il présenté la semaine dernière un
généreux plan de relance pour Marseille dépassant les 500 millions d'euros. Ce
"cadeau" offert à M. Gaudin montre moins la générosité politique du Conseil
général que la localisation de la puissance économique dans la ville.
Cette stratégie est d'autant plus efficace que M. Guérini n'est pas isolé. A
la mairie, il bénéficie du travail de sape de Patrick Menucci. Je vous invite à
voir cette vidéo pour s'apercevoir des difficultés auxquelles sont confrontées
le maire.
Les socialistes bénéficient également de la majorité au Conseil régional
sous la présidence de Michel Vauzelle. M. Vauzelle est récemment intervenu dans
la crise sociale qui a perturbé la réouverture de la
ligne TER Aix-Marseille pour fustiger la direction de la SNCF.
Enfin, la communauté urbaine est aussi présidée par un socialiste, Eugène
Caselli, porté par des circonstances particulièrement confuse.
M. Muselier s'en souvient. Mais l'annulation de l'élection de Sylvie
Andrieux dans le 7ème secteur (13ème et 14ème arrondissements) risque de
perturber l'édifice
construit à MPM.
Au final, les analyses classiques sur le système politique marseillais qui font état de la fragmentation du pouvoir semblent particulièrement validées par la situation actuelle. Cette lecture prend le contrepied du discours sur le "jouer collectif" qui a pourtant été interprété comme la clé de la réussite de Marseille-Provence 2013. Toutefois, le multipositionnement des acteurs qui se retrouvent par le jeu du cumul des mandats dans des enceintes différenciées pour discuter de politiques publiques proches - certes avec des compétences parfois différentes - ,s'il brouille les cartes d'interprétation du pouvoir politique local, clarifie paradoxalement la nature des enjeux et du combat politique. Que M. Guérini préside la séance ou le groupe d'opposition, la lutte s'engage sur des termes équivalents. Et M. Gaudin semble de plus en plus isolé.
Commentaires
j'ai rien compris à ce qu'il se passe dans la vidéo...
Peut-être parce que c'est un peu confus et qu'il manque des éléments de contexte. Cet extrait est pourtant assez intéressant pour comprendre le monde politique local comme "théâtre" (avec ses rôles, son décor, sa langue) et pour expliquer le nouveau déséquilibre qui est en train de se constituer.
Devant l'insistance du Lecteur, je prépare un post pour expliciter plus en avant ce qui s'y passe.
de l'Abonné, tu veux dire...