Santos, identité régionale et bien culturel transnational
Par Nicolas Maisetti le samedi 6 décembre 2008, 12:14 - Lien permanent
Santos Mirasierra est condamné à 3 ans
et demi de prison ferme pour "atteintes à agents de l'autorité avec l'usage
d'un objet dangereux" et "blessures" envers un policer qui aurait reçu un
siège. Il ne s'agit pas de revenir sur l'absurdité, la sévérité de
la peine mais sur la mobilisation qui nait.
Santos fait partie des leaders du groupe de supporters Commando Ultra 84' de l'Olympique de Marseille. On lui reproche la réaction à une charge de la police espagnole lors du match contre l'Athlético Madrid au stade Vicente-Calderon le 1er octobre dernier. Jugez plutôt :
Son avocat médiatique Maitre Collard évoque le
12 novembre "un racisme anti-marseillais qui fonctionne là-bas". Cette ligne de
défense si elle n'est pas loin d'atteindre le point
de Godwin, m'a fait penser à un article du camarade Pierre Bourdieu
"l'identité et la représentation : éléments pour une réflexion critique
sur l'idée de région" publié par les Actes de la Recherche en Sciences Sociales
en 1980 :
"La recherche des critères "objectifs" de l'identité "régionale" ou "ethnique"
ne doit pas faire oublier que, dans la pratique sociale, ces critères (par
exemple, la langue, le dialecte ou l'accent) sont l'objet de
représentations mentales, c'est à dire d'actes de perception et
d'appréciation, de connaissance et de reconnaissance, où les agents
investissent leurs intérêts et leurs présuposés, et de représentations
objectales dans des choses (emblèmes, drapeaux, insignes, etc.) ou
des actes, stratégiques intéressées de manipulation symbolique qui visent à
déterminer la représentation (mentale) que les autres peuvent se faire de ces
propriétés et de leurs porteurs"
L'identité régionale serait véhiculée entre autres par des stigmates co-construit par les membres du groupe et par les membres extérieurs. Bourdieu ne s'arrête évidement pas là et évoque la revendication des délimitations infra-étatiques des discours régionalistes "performatifs" dans la prétention à l'existence de régions objectives ou naturelles. Au final, Bourdieu met en évidence les luttes symboliques qui débouchent ou échouent sur la construction ou la revendication d'une identité régionale.
Santos a-t-il souffert de son identité régionale marseillaise, des stigmates qui la supportent, de la "mauvaise réputation" qu'elle véhicule ? Poser la question ne fait-il pas partie de traits d'identité marseillais reconnus (ou plutôt partie du folklore qui n'existe qu'en dehors de Marseille) ? : sa légère paranoïa, son sens de l'exagération, sa théorie du complot. N'empêche avec 3 ans et demi de prison, il semblerait que même les paranoïaques aient des ennemis.
Un autre élément de l'analyse pourrait être aussi l'internationalisation de la mobilisation. Le phénomène ultra est aussi transnational comme l'atteste les banderoles, chants de soutien en Europe. L'OM est aussi un objet culturel de la mondialisation comme le montre les initiatives prises ici ou là.
Pour plus d'information sur ce qui se passe et se passera autour de Santos, le site officiel de la mobilisation.
Commentaires
« Il faut être Marseille pour vaincre ça. Ce que l'on vient de vaincre, avec les joueurs, les supporteurs, les médias, tout le monde, ça démontre malgré tout que l'on est une grande famille. Un fils est parti de la maison, on fait tout pour qu'il revienne. Il faut adresser un grand compliment à Marseille»
Erik Gerets, 9 décembre 08