Le processus de réformes des collectivités territoriales est entré dans une
nouvelle phase avec la discussion au Parlement du volet consacré à
l’organisation de la nouvelle architecture institutionnelle.
Rappelons que quatre textes sont au programmes : relatifs à l'élection des
membres des conseils des collectivités territoriales et des établissements
publics de coopération intercommunale ; à l'élection des conseillers
territoriaux et au renforcement de la démocratie locale ; à l’organisation
de la concomitance des renouvellements des conseils généraux et des conseils
régionaux ; et à la réforme des collectivités territoriales per
se.
Le Parlement a déjà voté la suppression de la taxe professionnelle et son
remplacement par le dispositif de la «contribution économique
territoriale» à l’occasion du vote de la loi de finance 2010 en décembre
dernier. Cette refondation de l’architecture financière avait,
on s’en souvient, suscité l’opposition d’une partie de la majorité inquiète
du manque à gagner que pourrait constituer cette suppression pour les
collectivités locales. Jean-Pierre Raffarin était par ailleurs intervenu pour
regretter que le débat des finances ait eu lieu avant celui sur les
compétences.
En outre, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, hier, le
texte déjà voté au Sénat organisant la concommitance des renouvellements
des conseils généraux et des conseils régionaux qui réduit le mandat des
membres de ces deux assemblées afin de permettre l’expiration simultanée des
mandats en mars 2014.
Dans cet entrecroisement de textes entre les deux assemblées sur l’objet de la
réforme des collectivités territoriales, le Sénat a engagé le débat sur la
composition des conseils généraux et régionaux et du nombre de conseillers
territoriaux. En juin, le dernier volet de cette réforme devrait s’achever avec
le débat relatif au mode d’élection de ces derniers. Les textes se succèdent,
les oppositions s’organisent et l’incertitude politique et juridique demeure
dans la perspective des élections régionales de mars, d’une part, et dans
l’attente d’une possible saisine du Conseil constitutionnel, d’autre
part.
Comme souvent en matière de processus législatif, l’adoption d’une partie du
dispositif permet d’éclairer les éléments de blocage du débat. Celui-ci semble
se cristalliser autour du rôle du futur conseiller territorial.
Pour
Pierre Mauroy, membre du comité Balladur, dont le
rapport remis au Président de la République a servi de base au projet de
loi, ce point illustre « l’affaiblissement des assemblées »
locales et la « recentralisation » de l’organisation
territoriale de l’État.
Laurent Fabius évoque une « loi de régression territoriale et
financière ». Rejoints par des élus de la majorité, ils défendent le
maintien de la spécificité des missions du conseil général et du conseil
régional et s’opposent à l’argument de la « simplification
administrative », gage d’une réduction des coûts et d’une meilleure
lisibilité de la responsabilité démocratique (3 000 conseillers territoriaux
devant « remplacer » les 6 000 conseillers régionaux et
généraux). L’une des critiques les plus vives concerne à ce titre le mode de
scrutin de ces futurs conseillers territoriaux. Accusé d’obéir à des impératifs
électoraux, le projet prévoit une élection au scrutin uninominal à un tour - le
modèle britannique du winner takes all - et tendrait ainsi à
bipolariser la vie politique locale.
Enfin, certaines voix se sont élevées pour regretter le manque d’ambition en
matière de réforme de l’intercommunalité. En effet,
le projet de loi ne transforme pas le statut juridique des groupements de
communes qui restent des Établissements publics de coopération intercommunale
et non des collectivités territoriales à part entière dotées d’une compétence
générale. Si cette vision est conforme aux voeux formulées par l’AMF,
c’est une version moins « ambitieuse », pour reprendre les termes
de
Jean-Jacques Hyest, Président (UMP) de la Commission des Lois du Sénat, que
celle contenue dans le rapport Balladur qui sera discutée.
Au final, « il n’y a pas de majorité » sur le texte affirme
Gérard Larcher, le Président du Sénat. Cette situation de blocage se
traduit par la crispation des positions :
l’UMP accuse le PS d’utiliser l’argent publique à des fins de propagande
politiques dénigrant la réforme. Pour certains sénateurs, ce n’est pas tout à
fait exact (cf.
cette passe d'arme). L’enjeu du processus de réforme apparaît plus
clairement à mesure que les forces partisanes s’organisent pour la campagne
électorale.
mercredi 27 janvier 2010
La cahoteuse réforme des collectivités territoriales
Par Nicolas Maisetti le mercredi 27 janvier 2010, 19:29
lundi 18 janvier 2010
Frémissements sur le front des politiques locales internationales ? Partie 2
Par Nicolas Maisetti le lundi 18 janvier 2010, 13:03
Deuxième volet de notre tour d’horizon des récents développements des
politiques locales internationales marseillaises qui ne montrent pas que des
signes de déblocage.
Euroméditerranée : de nouveaux tournants
Tout se
passe comme si nous ne
cessions de décrire le lancement de la matérialisation de l’opération. Pour
l’Établissement public, 2010 est une année charnière. Une autre. Au cours de
l’année, en effet, un certain nombre de chantiers devraient être entamés et
divers équipements livrés.
Citons la salle de spectacle (2 000 places) du Silo ; le Centre
régional de la Méditerranée - surnommé par certaines mauvaises langues, la
« Villa Vauzélia »; les travaux d’enfouissement de la passerelle
sur le J4 et la réalisation de la Place de la Méditerranée qui fera la jonction
entre les Docks et l’Euromed Center ; enfin, les désormais
consensuelles Terrasses du Ports.
Ajoutons au tableau, l’extension du périmètre d’‘Euromediterranée qui marque
autant la pérennisation du projet que la fin d’une phase. À ce titre, un bilan
pourrait prochainement être tiré. Or, si le taux de remplissage qui reste
satisfaisant et si le nombre de bureaux prévus n’est que légèrement en deça des
attentes (360 000 m2 contre 500 000 attendus), il est difficile de mesurer
l’impact direct de l’opération en terme de création d’emplois, et
d'attractivité économique.
Quant à l’aménagement du territoire, le projet s’est pour l’instant « cantonné » à l’édification d’une grande tour, mais on cherche « l’architecture du quotidien » ou les « espaces publics de proximité » promis par le cahier des charges discursif de l’Établissement public.
La crise, certes, a « impacté », comme les économistes disent,
le projet. Toutefois, elle a pu avoir quelques effets bénéfiques pour les pôles
secondaires de l’économie-mondiale. Ainsi, certaines entreprises en difficultés
se trouvent contraintes de délocaliser leurs sièges hors des grandes places.
Marseille peut fournir de base de repli pour ces firmes qui souhaitent
bénéficier de loyers moins onéreux.
Reprise des tensions sur le port
La hantise des VRP
d’Euroméditerranée chargés de « vendre » la ville aux
investisseurs qui semblait être assoupi a refait surface : la grève sur le
port. On se souvent
de la tension survenue suite à la décision du groupe espagnol Boluda de retirer
sa participation dans l’Union nationale marseillaise, entraînant la liquidation
judiciaire de l’entreprise et la fin des activités de réparation navale sur le
Port (Photo : S. Pagano / 20 Minutes).
Cette tension s’inscrivait dans le cadre de la réforme des Ports autonomes
refusée par la CGT marseillaise jusqu’à la fin de l’été. L’accord
signé entre dirigeants de la CGT et le nouveau Grand Port Maritime a pu faire
croire, un temps, à la fin des hostilités et le début de la transposition de la
nouvelle organisation des activités portuaires dans le bastion
marseillais.
Toutefois, la situation sur le port s’est tendu sur un autre front au plein
coeur de l’été : la décision
protectionniste du gouvernement algérien de taxer les importations sur certain
secteurs liés aux activités portuaires a mis à genoux l’économie marseillaise
du commerce des engins de travaux publics d’occasion.
Six mois plus tard, alors que l’on croyait le contexte marseillaise isolé,
c’est un mouvement national qui va perturber les activités du port. Le 4
janvier dernier, la Fédération nationale des Ports et docks (FNDP) a lancé un
mot d’ordre de grève concernant les salariés des Grands Ports Maritimes. Cette
grève a été particulièrement suivi, notamment à Marseille où aucune marchandise
n’a été déchargée, même si, selon
Reuters, « aucune incidence n’a pu être observé sur le trafic
pétrolier des bassins de Fos et de Lavera ou sur la circulation des
voyageurs ».
Les syndicats protestent contre l’application de la réforme :
« alors que 30 000 emplois devaient être créés, nous sommes touchés
par le chômage partiel et des départs non remplacés. Sur les investissements
promis, nous ne voyons rien venir » a déclaré le secrétaire général
de la CGT marseillaise. Cette action spectaculaire,
renouvelé le 11 janvier, fait suite aux grèves, plus discrètes, du mois de
novembre, mais tend à montrer une radicalisation du mouvement.
2013 : la Poste, premier sponsor
Hugues
de Cibon a-t-il accepté une mission impossible en quittant son poste de
Directeur marketing d’Euromediterranée pour rejoindre l’équipe de Bernard
Latarjet et convaincre les entreprises de se « mobiliser
financièrement » derrière 2013 ? Rappelons qu’il s’agit de
trouver 15 à 20 % du financement global (évalué à 98 millions d’euros). Le
nouveau Directeur du mécénat et des relations avec le monde économique a
imaginé un
système permettant un engagement différencié des entreprises dans la
Capitale européenne de la culture.
Le premier étage est composé du « Club des entreprises de
Marseille-Provence 2013 » dont les membres participent à hauteur de 1 000
euros. Le deuxième regroupe les « Supporters » qui apportent une
contribution supérieure. Enfin, les « Partenaires» concernent les
donateurs les plus généreux. Cet étage distingue dans l’ordre croissant les
« Partenaire projet», « Partenaire grands projets » et
«Partenaire officiels ».
Or, l’association a inscrit à son tableau de chasse le premier des
Partenaires officiels, happy few des événements culturels de 2013. Le
Groupe La Poste, qui devient habitué des Capitales européennes de la culture
françaises, puisque déjà présent à Lille en 2004, a déboursé les 1,5 Millions
d’euros nécessaires pour faire partie des privilégiés. À la clé, une mise en
avant de la marque dans les principaux supports de communication, une présence
dans les manifestations et la possibilité d’utiliser le logo dans ses
opérations publicitaires.
Pour Jacques Pfister, le Président de l’association et de la Chambre de commerce, cette signature « en annonce d’autres ». Il ne manque plus que l’engagement définitif de François Pinault qui aurait promis au maire de mettre à disposition une partie de ses collections pour mettre 2013 sur les bons rails managériaux. Pour la programmation artistique on attendra encore un peu.
jeudi 14 janvier 2010
Frémissements sur le front des politiques locales internationales ?
Par Nicolas Maisetti le jeudi 14 janvier 2010, 12:56
Ce début d’année est déjà riche en actualités dans le domaine des politiques
locales internationales marseillaises. L’occasion de faire un point sur les
récents développements et les perspectives des principaux dossiers.
Compétition politique : tous en place pour les
régionales ?
Presque... Du côté du duel attendu
Mariani/Vauzelle, la campagne semble s’être accélérée - avant même d’avoir
vraiment commencé... -sur le thème de la sécurité et de l’emploi. Comme nous le
décrit
Rémi Leroux, « la droite a attaqué bille en tête. La gauche a
répliqué du tac au tac. La campagne est lancée » sur des enjeux aussi
peu régionaux, que politiques - c’est-à-dire facilement convertibles en clivage
droite / gauche. Au-delà de la passe d’arme Marianni / Menucci sur la
vidéo-surveillance ou la teneur du Plan de relance de la Région, l’un des
effets attendus de cette agitation est de « réduire (la campagne) à un
affrontement UMP / PS » d’autant plus que les autres forces
partisanes peinent à s’organiser.
On apprend aujourd’hui dans
La Provence que Catherine Levraud a finalement été désignée pour diriger la
liste Modem après le retrait de François-Xavier De Peretti. Cette désignation
clôt la phase d’incertitude au sein du mouvement de François Bayrou. Enfin, pas
vraiment selon M. De Peretti qui rappelle justement : « nous
n'avons que la tête de liste, il reste 136 noms à trouver. Quant au programme,
nous sommes la région la plus en retard. Il faut s'y mettre dans
l'urgence.»
Du côté du Front de Gauche, les choses ne sont pas mieux engagées. Le
ralliement de Joël Canapa, Vice-Président communiste du Conseil régional, à
la liste PS dans le Var, repose la question de la stratégie du Parti communiste
de faire liste commune avec le parti de Jean-Luc Mélanchon. D’autre part,
le refus de la
Fédération pour une alternative sociale et écologique de rejoindre le Front de
Gauche compromet un peu plus ses chances d’apparaître comme une liste élargie
de la gauche de la gauche.
Union pour la Méditerranée : des accords,
enfin
Le volontarisme diplomatique de ces
dernières semaines semblent avoir enfin porté leurs fruits. À moins que les
récents développements de l’Union pour la Méditerranée ne soient du aux effets
de lassitude d’un blocage qui persiste depuis plus d’un an. Après l’annulation
de la réunion d’Istanbul, certaines chancelleries désespéraient de trouver
une issue à l’épineuse question de l’identité (et de la nationalité) du futur
Secrétaire général de l’UpM. À Barcelone, au palais de Peladbres pourtant,
tout est pourtant
prêt pour l’accueillir.
Le 5 janvier, le chef de la diplomatie française s’est rendu au Caire pour
exhorter ses collègues à «réveiller »
le projet. Au moment de rencontrer ses homologues égyptiens, espagnols,
tunisiens et jordaniens, Bernard Kouchner
a reconnu « qu’il reste de petits problèmes entre certains
ministres des Affaires étrangères (...). Pour des raisons politiques, nous ne
sommes pas tous les jours d'accord »
Pourtant,
la réunion du Caire a été l’occasion de percées inédites. Premièrement, les
« financements se précisent ».
Les Echos croit savoir, en effet, qu’ « au premier rang des
investisseurs se trouvent la banque allemande de développement KFW, l'Agence
française de développement (AFD), la Banque européenne d'investissement (BEI)
et la Banque mondiale, auxquels s'ajoute le fonds InfraMed mis en oeuvre par la
Caisse française des Dépôts et Consignations (CDC), la Cassa Depositi e
Prestiti d'Italie, EFG Hermès (Egypte) et la Caisse de Dépôt et de Gestion du
Maroc». Au final, ces investissements sont estimés entre 8 et 10 milliards
d’euros. C’est l’une des premières fois qu’est exprimée une évaluation des
moyens mobilisables par l’UpM.
Deuxièmement, un consensus s’est dessiné autour de la candidature de Ahmad
Massa’deh
,
ambassadeur de la Jordanie auprès de l’Union européenne et de l’OTAN, au poste
de Secrétaire général. Son nom proposé par les « 5 du Caire »
a été accepté par les hauts fonctionnaires de l’UpM le 12 janvier. Pour
être effective, la désignation devra être entérinée par les Ministres des
Affaires étrangères des pays membres. La date de la mi-février est évoquée,
mais l’essentiel semble être acquis pour que le Secrétariat technique puisse
commencer à travailler - c’est-dire examiner les projets à financer. Le
Secrétaire général sera assisté par des adjoints palestinien, israélien, turc,
ainsi que représentant la Ligue arabe.
À suivre, « Euroméditerranée ; le Port ; et 2013 »'
mercredi 30 décembre 2009
Bilan des enjeux locaux internationaux (3) : la dipliomatie décentralisée
Par Nicolas Maisetti le mercredi 30 décembre 2009, 10:13
2009 a semblé montrer les limites de la
diplomatie décentralisée marseillaise. Le dialogue entre les autorités locales
et régionales de la Méditerranée s'est en effet heurtée, d'une part, au retour
des questions sécuritaires dans la région et aux blocages consécutifs à la
logique projet de l'Union pour la Méditerranée. D'autre part, la
"diplomatie participative" chère à Michel Vauzelle n'est pas parvenue
à anticiper les effets des mesures protectionnistes en Algérie. L'activisme
international des élus locaux et régionaux a pu paraître cantonné à des appels
vains à la médiation ou à l'intervention de l'État. Contrairement aux
prophéties, celui-ci a donc encore de beaux jours devant lui. "Le cadavre
de l'État bouge encore", nous rappelle cette année de diplomatie
décentralisée. Celui du protectionnisme et des égoïsmes nationaux
aussi.
L'Union pour la Méditerranée : l'impasse de la logique
projet
La guerre de Gaza, on l'a dit, a considérablement remis en
cause les ambitions du projet français. Celles-ci reposaient sur le constat
d'un double échec : ceux d'Oslo et de Barcelone. Oslo, car de processus de
paix dans la région, il ne reste ni processus, ni paix, pour reprendre un adage
désormais partagé sur le terrain. L'échec de Barcelone, ce fut la conjonction
de la mauvaise volonté des bailleurs (États, Commission européenne) et de la
logique sécuritaire des négociations reposant sur l'équation suivante :
lutte contre l'immigration + lutte contre l'islamisme = stabilité des régimes
autoritaires du Sud et absence d'intégration des marchés et de développement
économique).
L'idée de Nicolas Sarkozy (mise en forme par Henri Guaino) était de prendre
acte de ce double échec. Il s'agissait de repenser le dialogue
euroméditerranéen sur une perspective de plus long terme et d'orienter les
enjeux vers les considérations économiques. L'erreur originelle fut de croire,
en libéral wilsonien, que le progrès économique allait automatiquement créer
les conditions pour la paix et la sécurité ; que la guerre allait attendre
que se concluent les business deal.

Cette idée a fait long feu et l'exercice est facile aujourd'hui de lui
reprocher les sous-bassements théoriques. Il n'en demeure pas moins qu'elle
aura permis d'attirer l'attention des bailleurs sur la région dans une
perspective moins huntingtoniennne que le Grand
Moyen Orient de Georges W. Bush. La perspective de la Présidence espagnole de l'Union européenne et de
l'anniversaire du Processus de Barcelone, sans oublier l'ouverture prochaine
(?) du siège du Secrétariat général de l'UpM au Palais Pedralbes, pourraient
même ouvrir la porte à des progrès.
L'initiative française aura par ailleurs permis aux autorités locales et régionales de la rive nord de repenser leurs stratégies méditerranéennes. Le deuxième Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée qui aura lieu à Barcelone au début du mois de mai sera l'occasion de constater les évolutions en ce domaine. À Marseille, les autorités locales se sont rapprochées des États dans leur approche de la diplomatie décentralisée et ne s'interdisent plus de sortir de la coopération d'autorités locales à autorités locales comme la loi l'autorise.
La loi de finances complémentaire algérienne : essai grandeur nature
Au cœur de l'été, la décision du gouvernement algérien de durcir les
conditions d'importation des marchandises portuaires a suscité parmi les
autorités locales et les entreprises marseillaises l'incompréhension, la
panique, puis la frustration de ne pouvoir rien faire.
Du côté des entreprises, l'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos a alerté
le Secrétaire d'État au Commerce extérieur, bientôt imité par les élus locaux.
Un bel exemple de "jouer collectif" tant l'enjeu paraissait
considérable pour l'économie locale portuaire dont 40% de l'activité était
orientée vers l'Algérie. À la fin de l'automne, "les quatre cinquièmes du
trafic avaient disparu", déclare un porte-parole de l'organisation
patronale à l'AFP, citant notamment l'exemple de la compagnie maritime Marfret.
Bernard Vidil, son Président, évoque un "recul massif" de l'activité,
soulignant, "sur le port, c'est le désarroi total".

Après une visite éclair de Anne-Sophie Idrac à Marseille, certainement pour
rappeler que l'Algérie étant un pays souverain et que ses décisions ne pouvait
faire l'objet de négociation, surtout en temps de crise économique, les élus
locaux ont organisé une rencontre avec les autorités algériennes. Celle-ci a
finalement eu lieu au début du mois de décembre. Pour quels résultats ?
"Nous avons dit à M. le Premier ministre que nous avons le plus grand
respect pour la souveraineté et les choix du gouvernement algérien" a
déclaré Michel Vauzelle, qui a souhaité s'exprimer au nom de la "France
méditerranéenne". Jean-Noël Guérini précise "nous acceptons la LFC
algérienne et les contraintes qu'elle peut imposer aux entreprises françaises
notamment portuaires. Mais nous avons dit au Premier ministre que ces
entreprises s'adaptent".
La délégation marseillaise entend surtout se servir de cette leçon en
améliorant ses outils de veille et en renforçant la coopération
institutionnelle avec son partenaire algérien qui se situe moins que jamais
dans les Wilaya, mais dans les cabinets ministériels. Une Maison
Marseille-Provence-Algérie devrait ainsi être construite prochainement et gérée
par la Chambre de commerce de Marseille ; deux groupes de travail
réunissant les acteurs des deux ports et des deux institutions consulaires
devraient également voir le jour ; enfin, le premier adjoint du maire -
absent, il a promis de se rendre à Alger au début de l'année 2010 - a proposé
la mise en place d'un bureau de représentation économique de l'Algérie à
Marseille : "Nous voulons que le gouvernement algérien et la banque
centrale d'Algérie autorisent l'ouverture d'un bureau de représentation à
Marseille qui pourrait être tenu par la Société générale, qui est candidate.
Ces bureaux pourraient accueillir les entreprises algériennes qui travaillent
en France et aider les entreprises françaises désireuses de travailler en
Algérie. Cette représentation pourrait donc générer un flux financier entre les
deux pays".
Propos recueillis par Econostrum et Algeria Watch
mardi 15 décembre 2009
Bilan des enjeux locaux internationaux (2): Euroméditerranée
Par Nicolas Maisetti le mardi 15 décembre 2009, 17:26
Au début de cette année, nous
écrivions ici
que "2009 dev(r)ait être une année décisive" pour Euroméditerranée. Nous
évoquions les question d'implantation sociale du projet, le commencement des
chantiers architecturaux et d'aménagement et la mise en œuvre du programme
d'extension.
Sur ces trois dossiers, il semble que l'Établissement Public soit confronté
au défi du temps. On n'ignore plus que les grands projets urbains, qui
s'imposent comme la norme de la production de la ville, obéissent à des
temporalités contradictoires. La vision politique du projet urbain est supposée
conférer une cohérence stratégique à un ensemblier de politiques publiques
hétérogènes. Le politique ici n'est pas sensé donner seulement du souffle à une
opération d'aménagement, mais doit l'inscrire dans une conception partagée de
la cité, et qui soit projetable dans le temps. Cependant, les aménageurs ne
peuvent négliger le rythme soutenu du calendrier électoral, qui ne coïncide pas
avec la temporalité longue de la construction stratégique.
Cette dichotomie est également observable sur le plan de l'opérationnalisation. La contradiction que doit résoudre l'Établissement public est de matérialiser l'opération, c'est-à-dire de la rendre immédiatement visible aux destinataires (habitants, firmes, touristes), tout en mettant en œuvre des programmes aussi ambitieux que chronophages.
On le constate ainsi, ce n'est pas seulement le temps qui pose problème à la production des projets urbains. L'élargissement du système d'acteurs qui marque la nouvelle économie politique des villes - la gouvernance urbaine - redistribue les ressources de l'action collective et complexifie les processus décisionnels. Il serait naïf de considérer l'"rrupition" du marché dans la production des politiques urbaines comme une nouveauté ou un big bang. Néanmoins, il faut prendre la mesure de l'indifférenciation croissante des logiques privés et publiques particulièrement visibles dans les projets urbains en les inscrivant dans des logiques d'acteurs.
L'année 2009 pour Euroméditerranée est particulièrement révélatrice des questions que ces évolutions soulèvent. L'extension du périmètre est l'un de ces exemples. Évoquée il y a quelques billets, intéressons nous ici au Mucem.
Tout au long de l'année, le Mucem a été l'objet de nombreux soubresauts. En janvier, Nicolas Sarkozy annonce qu'il "croit beaucoup" au Musée. Quelques jours plus tard, dans le cadre du Plan de Relance, ses Ministres Patrick Devedjan (relance, justement) et Christine Albanel (culture) se rendent à Marseille pour confirmer l'engagement de l'État et le début du chantier pour juin. Au même moment, on apprend que deux associations locales - le CIQ du 2ème arrondissement et l'association des Jardins Portuaires - ont déposé un recours pour empêcher les travaux. Dans le Ravi de novembre, ils s'expliquent : "c'en sera fini du panorama sur la Méditerranée et des promenades en bord de mer", "on est peiné de s'attaquer à un projet culturel, mais le quartier est asphyxié par la circulation et le manque d'espaces verts". Résultats, le chantier n'a pas commencé en juin, mais en janvier - en effet, jusqu'au 31 décembre la place du J5 accueille le cirque Médrano. La livraison devrait être prévue en mai 2013. Cinq mois après le début des festivités de la Capitale européenne de la culture alors que le musée qui doit être, selon le Ministre, "beaucoup plus qu'un équipement culturel" est supposé "être le lieu-matrice d'une Méditerranée pleinement réconciliée". Il attendra encore un peu.
lundi 7 décembre 2009
Bilan des enjeux locaux internationaux (1) : compétition électorale
Par Nicolas Maisetti le lundi 7 décembre 2009, 12:51
La fin de l'année approche, il est
temps de sacrifier à l'exercice rituel des bilans. Au début de l'année, j'avais
proposé sur ces pages un rapide tour d'horizon des enjeux locaux internationaux
de l'année 2009. Premier volet, les élections.
Retour en arrière, donc, sur la compétition électorale marquée par le
scrutin européen de juin.
Résultats
Avec 36,93% de participation, on a moins voté dans la circonscription du
Sud-Est que dans le reste de la France (crédité de 40,48%) et même que dans
l'ensemble de l'Union (en
moyenne, 42,94%). On a même moins voté que lors du scrutin de 2004
(40,37%
pour la circonscription du Sud-Est).
La liste UMP conduite par Françoise Grossetête arrive en tête avec 29,34%
des voix. 5 députés UMP sont élus dans la circonscription : Françoise
Grosstête, donc, et Dominique Vlasto, députées sortantes, sont accompagnées de
Damien Abad, Gaston Franco et Michel Dantin, qui font leur entrée au Parlement
européen.
La surprise provient de la liste Europe-Écologie qui, avec 18,27% des
suffrages, devance la liste PS de presque 4 points et compte un élu de plus que
les socialistes. Michèle Rivasi, François Alfonsi et Malika Benarab-Attou
gonfleront la présence des Verts à Strasbourg, tandis que Vincent Peillon
échoue dans son pari et n'emmène qu'une seule élue, Sylvie Guillaume, avec lui.
En 2004, la liste PS, emmenée par Michel Rocard, avait réalisé le score de
28,62%, contre 17,62 à l'UMP.
Pour le reste, Jean-Luc Benhamias conserve son siège, cette fois pour le
MODEM - il était élu Vert en 2004 - en recueillant 7,37% des voix. Une
attention particulière s'était portée sur la liste du Front national.
Jean-Marie Le Pen conserve son siège avec 8,49%, mais perd 4 points par rapport
à 2004 et poursuit son tassement observable au niveau national où le FN ne
recueille que 6,9%. Il fait cependant mieux, sur la scène locale, que les
centristes.
Enfin, le Front de Gauche, le NPA et Libertas arrivent dans cet ordre mais
ne rassemblent chacun qu'entre 4 et 6 % des voix.
Enseignements
Si l'on compare avec ce qui avait été dit sur ces pages en janvier dernier,
on s'aperçoit que les têtes de liste n'ont pas été celle prévues. Alors que
l'on attendait Michèle Barnier à droite et Patrick Mennuci à gauche, c'est le
contraire qui s'est produit avec une élue implantée localement comme tête de
liste de l'UMP et un parachuté pour le PS, désigné en fonction des luttes
internes au PS. Ségolène Royal avait, en effet, obtenu deux têtes de liste pour
ses "proches", Bernadette Vergniaud pour l'Ouest et Vincent Peillon pour le
Sud-Est. C'était avant la
rupture.
Les enjeux locaux ont été particulièrement absents de ce scrutin, toutefois,
on peut se demander si l'expérience et le succès d'Europe-Écologie peuvent se
traduire dans un scrutin régional et sur un terme plus long.
Le PS local est-il si durablement affaibli qu'il n'apparaît plus que comme
la troisième force politique de la région ? Conclusion bien évidemment
hâtive, mais comme le système politique national de la Vème République est tout
entier tourné vers l'élection présidentielle, le système politique local se
structure autour de la conquête de la mairie de la ville-centre. Or, le leader
du PS marseillais, Jean-Noël Guérini concentre toutes ses forces et ses troupes
vers la bataille déjà annoncée de 2014, délaissant les scrutins intermédiaires
ou les utilisant dans l'optique des municipales.
Apparaît-là l'un des grands paradoxes de la vie politique locale : la
mairie conserve aux yeux des acteurs politiques et des citoyens, la primauté en
terme de légitimité politique, alors même que cet échelon n'a jamais été aussi
faible en terme de capacité d'action et de compétences politiques.
Cette contradiction produit des effets de turbulences sur les autres scrutins et enjeux politiques locaux - intermédiaire dans le cadre de la lutte partisane, essentiel dans la production des politiques publiques. Les Verts d'Europe-Écologie ont profité de ce brouillage au moment des Européennes (mais pas seulement : la confusion qui continue de régner au sein du PS au niveau national, ainsi que le relais positif dont bénéficie la question écologique dans l'opinion ne doivent pas être négligés). Qui en profitera en mars prochain pour les Régionales?
vendredi 27 novembre 2009
Barcelone, la rivale ?
Par Nicolas Maisetti le vendredi 27 novembre 2009, 11:10
On pourrait à l’envi
tenter d’objectiver la rivalité entre Barcelone et Marseille, la Catalogne et
la Provence, l’Espagne et la France engagées dans une compétition pour
l’exercice du leadership institutionnel dans l’espace méditerranéen et dans le
contrôle des flux économiques maritimes. On pourrait au contraire montrer les
effets performatifs d’une concurrence qui relève davantage du marketing urbain
que d’une réalité économique. On pourrait, par ailleurs, tenter de décrire les
limites, voire les dangers, des termes d’une compétition territoriale pour les
équilibres sociaux internes et son non-sens alors que les territoires sont
engagés dans des dynamiques croissantes de coopération. On pourrait enfin
signaler la différence entre les échelles d’intervention des deux pôles dûe à
des assises politiques et économiques qui n’appartiennent pas aux mêmes unités
de grandeur au profit de la capitale catalane.
On préfèrera ici retranscrire la parole des acteurs marseillais qui se
déploie sur l’une ou l’autre de ces modes de compréhension de la rivalité
barcelonaise pour saisir la portée de cette concurrence.
« Barcelone s’est positionnée sur ce créneau en investissant l’espace
culturel. Ici, à Marseille, nous entendons plutôt utiliser le développement
économique et l’ingénierie financière en favorisant notamment l’installation
dans notre ville d’institutions internationales spécialisées ». (Ville de
Marseille, Mission Europe,)
« Marseille avait un peu tourné le dos à la Méditerranée pour se
tourner vers l’intérieur et se rapprocher des grands pôles européens et ne pas
apparaître comme le mauvais élève. Mais il y a eu une évolution de et les élus
se sont rendu compte que la Méditerranée c’est notre champ et qu’elle peut être
un atout y compris dans la perspective européenne. C’est là-dessus qu’on peut
concurrencer Barcelone même si Barcelone est le premier pôle
euro-méditerranéen, elle n’est pas une ville méditerranéenne, il n’y a pas de
populations de la rive sud de la Méditerranéenne par exemple. C’est davantage
une ville du sud de l’Europe qu’une ville Méditerranéenne qui fasse le lien
entre les deux rives. Bien que sa dynamique soit plus importante, Marseille
dans son identité est une vraie ville euroméditerranéenne. » (Ville de
Marseille, Relations internationales)
« En 1995, l’Etat fait le constat au moment du lancement du Processus
de Barcelone que la France avait une carte à jouer sur la Méditerranée. On a vu
émerger des villes concurrents sur la Méditerranée, en l’occurrence Barcelone,
qui commençait à s’afficher comme un pôle d’interface entre l’Europe et la
Méditerranée et qui commençait à attirer des organisations internationales, des
grands évènements, des entreprises. Pourtant, les autorités nationales ont
commencé à percevoir comme légitime le faire de disposer aussi d’une interface
euromediterranéenne. L’Etat se disait, « c’est curieux, j’ai une ville
dont l’histoire, la localisation, l’activité s’est construit autour d’échanges
avec le bassin méditerranée et malgré tout cette ville n’arrive pas à jouer le
rôle que joue Barcelone ». Pourquoi ? » (Établissement public
Euroméditerranée)
Quand on demande aux entreprises de différents continents, quels sont les
villes qui peuvent prétendre à devenir hub entre l’Europe et la Méditerranée.
Forcément, il y a Barcelone qui arrive en tête, mais juste après il y a
Marseille. Alors, Ernst a refait une étude plus large où on est position un peu
moins dominante. On voit Istanbul et Rome qui sont dans des positions
significatives, mais ce qui est important c’est que le leadership de Marseille
au niveau français est absolument incontesté. (Établissement public
Euroméditerranée)
« Il faut que la ville regarde vers le Sud mais aussi vers l’Europe. À
mon avis, c’est cet équilibre qu’il faut trouver. C’est un peu comme les
bridges, ces appareils photos numériques qui sont l’intermédiaire entre le
réflexe et le petit numérique. On doit trouver un compromis entre l’Europe et
la Méditerranée. Parce qu’au fond Barcelone est une ville de la Méditerranée,
mais qui n’est tournée que vers l’Europe. Nous, on est quand même plus tournés
vers le Sud. L’ambition de cette ville, ce serait d’être cette tête de pont
entre les deux rives. » (Chef d’entreprise, animateur du Club Ambition Top
20)
« Au moment du lancement du Processus de Barcelone, en 1995, le grand
débat c’était de savoir qui de Marseille ou de Barcelone seraient la capitale
de cet espace. Évidemment, on raisonne toujours en terme de capitale. Sachant
que, et là c’est le Marseillais qui parle, le fait de se vouloir capitale,
prétendre à être capitale montre bien qu’on ne l’est pas et c’est peut être la
manifestation d’un complexe d’infériorité par rapport à Paris et
d’autres. » (Conseil régional PACA, Mission Europe)
« Capitale est un peu le terme générique qui chapote toutes les
ambitions. On l’utilise alternativement pour la culture, l’économie, le
tourisme. On veut toujours être capitale de quelque chose et évidemment une
capitale de tout. On est arrivé à synthétiser cela en disant « capitale
euroméditerranéenne ». Je crois qu’il y a déjà une volonté d’afficher haut
l’ambition. Quand on utilise le mot capitale, on est obligé d’obtenir des
résultats (…). C’est une espèce de phare qui illumine tout le monde et qui est
censé organiser des synergies. Dans le cas de Marseille, J’y vois ce rapport
aux autres villes du Bassin méditerranéen. Alors, on pourrait parler de
Barcelone, il se trouve aussi quelques capitales réelles, style Athènes. Il a
bien fallu se hisser un petit peu au niveau. C’est donc l’idée qu’il y a
certaines villes, certaines métropoles sur ce pourtour méditerranéen qui vont
compter ou qui peuvent compter ; en se positionnant comme capitale, on se
met d’emblée à leur niveau. » (Collaborateur d’élu)
« Les ambitions se définissent au regard des défis que l’on se pose,
mais aussi aux concurrents que l’on se crée. Si vous abordez votre ambition
politique sous l’angle de la concurrence avec Fos-sur-Mer, pour une métropole
comme Marseille, et bien vous ne placez pas la barre très haute et vous n’allez
pas faire rêver les gens. Mais sans même les faire rêver, vous n’allez pas
mobiliser vos entreprises, votre secteur touristique, tout votre secteur
économique. Il y a peu de chances qu’ils se bougent pour ravir la capitale de
la pétanque à Aubagne. Si d’emblée vous affirmez « écoutez, nous, notre
ambition, c’est d’être au même niveau que Barcelone », ma foi, les paupières se
soulèvent un peu. On se dit « tiens, cela change », cela change,
effectivement, de la rivalité avec Aix. Et pour placer la barre plus haut, vous
changez les lignes politiques parce que d’un coup, en raisonnant comme cela, il
y a tout un ensemble de problèmes qui paraissaient abscons et sans intérêt, qui
deviennent visibles. De fait vous entrez dans une autre dimension. »
(Collaborateur d’élu)
« Notre concurrent, c’est clairement Barcelone, plus que Gênes dont le
port a été plombé par les dockers. J’espère que Marseille ne suivra pas le même
chemin. Le vrai challenge c’est Barcelone. C’est un challenge qui est loin
d’être gagné pour Marseille. Barcelone a des atouts importants, des atouts
également concernant le maritime. Et la tradition. Il y a en Espagne, comme en
Italie, mais surtout en Espagne, une tradition des grandes villes, de grandes
régions. Barcelone, c’est la Catalogne. La région Catalogne par rapport à la
région Paca, c’est dix ou quinze fois plus de budget. C’est une autonomie de
gestion, de décision, de compétences, que n’ont pas les régions françaises. Et
au niveau des villes, c’est la même chose. C’est notre concurrent, notre vrai
concurrent et on va mettre du temps pour les rattraper. Les ports sont
concurrents. Sur la captation de marchandises, nous sommes concurrents. Qui dit
captation de marchandises, dit implantation d’investisseurs, d’acteurs
portuaires, d’investisseurs économiques. C’est à nous de gagner des parts de
marché. C’est donc un concurrent très, très important. Après, les conséquences
s’enchaînent. Vous faites venir des entreprises, donc vous faites venir du
monde, donc vous faites venir des gens qui s’y installent, donc vous créez des
logements, donc vous faites venir des gens qui paient la taxe foncière et la
taxe d’habitation, qui donc enrichissent la ville et c’est le cercle vertueux
ou le cercle vicieux en sens inverse. » (Élu local)
« Barcelone a 10 ans d’avance sur tout le monde. Nous nous sommes
beaucoup battus, pas contre Barcelone, parce qu’on n’a rien contre Barcelone,
mais on trouvait anormal que Barcelone soit la capitale de l’Union pour la
Méditerranée, compte tenu de ce qu’était Marseille. Ce n’est pas parce que l’on
est Français, mais Marseille est la vraie capitale fédérative de la
Méditerranée, du fait de son passé moyen-oriental et du fait de son présent
maghrébin. Cela remonte à François Ier, les capitulations, les échelles du
Levant, c’est une très vieille histoire et Marseille a joué traditionnellement
son rôle. » (Réseau de collectivités locales)
« Barcelone joue sur une rivalité, qui, à mon avis, n’a pas de sens.
Barcelone, Capitale de la Catalogne, nous, on n’est pas Capitale de la
Provence, on est à part. Ni plus, ni moins. La puissance de l’économie de
Barcelone qui équivaut à celle de Paris, n’a rien à voir avec nous. C’est une
autre histoire. Mais Barcelone a des craintes. Parce que Barcelone qui s’est
développée très tôt et intelligemment, mais a commis des erreurs de
développement. Nous, ce qui a été notre faiblesse, le fait que l’on ait tardé,
nous a permis de tirer des leçons qui sont profitables. En même temps, je pense
qu’on ne peut pas s’inscrire en concurrence. Quand on se compare au foyer
fiscal de Barcelone, il nous faudra cinquante ans pour y arriver. Dites-vous
que Barcelone, c’est 3 millions d’habitants et 5 millions avec l’agglomération.
Marseille c’est 800 000 habitants et 1 million et demi avec l’agglomération.
C’est très insuffisant. Et dans le centre de Barcelone, c’est très riche.
Après, c’est une autre histoire : sur l’aspect culturel par exemple, il y
aurait beaucoup à en dire sur les effets du catalanisme ». (Ancien élu
local)
Photo: Palais Pedralbes - Barcelone. Siège du Secrétariat Général de l'Union pour la Méditerranée
mardi 17 novembre 2009
Euroméditerranée sur la voie d’accélération ?
Par Nicolas Maisetti le mardi 17 novembre 2009, 13:02
Opération de requalification urbaine, outil de développement économique, levier
de rayonnement international, vitrine de la métropolisation, alibi de la
gentrification… Quel que soit le label apposé à Euroméditerranée, le projet
semble entrer dans une phase plus opérationnelle.
L’ambiguïté d’une telle opération d’aménagement urbain – qui concerne la
plupart des villes industrialo-portuaires selon des modalités très proches –
réside dans le décalage entre les formulations stratégiques, d’une part, et les
réalisations matérielles, d’autre part.
Les contraintes sur l’action politique
Le politique chargé d’exprimer les ambitions se heurte au moins à trois
types de contraintes :
- celle constituée par les experts, les bureaux d’études et les urbanistes, qui disposent de leur propre agenda et de leurs intérêts ;
- celle constituée par les hiatus chronologiques entre le temps électoral (les élections municipales en 2014) et le temps du projet (la livraison d’Euroméditerranée étant prévue pour 2030) ; et
- celle constituée, enfin, par l’environnement économique et
institutionnelle, en l’espèce la crise économique et la réforme des
collectivités territoriales qui renforcent le climat d’incertitude.
Ces formes non-exhaustives (on pourrait ajouter la fragmentation
institutionnelle locale, les résistances de la société locale…) de contraintes
pèsent sur la décision politique. Ces lourdeurs ne signifient obligatoirement
l’existence de freins à la production des politiques d’aménagement et
d’équipement. Elles peuvent se traduire, au contraire, suivant les contextes et
les configurations territoriales, par davantage de souplesse et de flexibilité
et ainsi par une accélération de la mise en œuvre du projet. Elles conduisent,
en tous les cas, à modifier l’intervention du politique, qui doit faire face à
une ouverture du système d’acteurs. Son rôle réside dans la coordination d’un
réseau qu’il ne pilote pas plus qu’il ne l’anime.
Ces généralités méritent naturellement une attention plus précise sur les
évolutions d’un cas particulier – voire une comparaison entre des
cas.
À Marseille, les épisodes les plus récents d’Euroméditerranée peuvent
fournir ce creuset empirique. Tentons de l’esquisser à partir des derniers
éléments d’informations.
L’extension d’Euroméditerranée
Samedi dernier, l’Établissement Public d’Aménagement Euroméditerranée a
annoncé le nom du lauréat du concours d’urbanisme portant sur les réalisations
au sein du périmètre d’extension. C’est le bureau d’étude de
François Leclerc qui a été choisi en fonction des objectifs
environnementaux de son projet.
Rappelons que l’extension du
périmètre est prévue par un décret du Premier ministre en date du 22
décembre 2007. Elle porte sur 169 hectares délimités par Cap Pinède et les
Arnavaux au nord, le village du Canet à l’est et la tour CMA au sud. Il s’agit
donc d’une pénétration de l’opération dans les quartiers nord de la ville
(jusqu’à l’ancien ruisseau des Aygalades).
Le projet lauréat propose ainsi de repenser l’organisation des voies de
communication reliant l’extérieur et le nord de la ville à son centre.
L’autoroute A55 serait enfouie sous une corniche qui prolongerait le boulevard
de Paris et le chemin de la Madrague-Ville. En outre, un jardin public –
« la coulée verte » – serait construit entre le boulevard
Ferdinand-de-Lesseps et la rue d’Anthoine.
Euroméditerranée n’étant plus à une contradiction près – à l’image du
paradigme du développement durable – 14 hectares en bordure de la corniche
devrait accueillir un palais des évènements, un casino
cher à Renaud Muselier, un hôtel, des bureaux… d’ici à 2030. Coexisterait
des dynamiques de préservation de l’environnement avec des équipements
productifs ; ainsi qu’un processus d’éviction des classes populaires du
centre vers la périphérie avec une intégration des quartiers défavorisés dans
le périmètre du projet.
Le label eco-cité
L’extension semble consister un sensible tournant d’un projet d’abord conçu
pour requalifier l’hyper-centre autour de la construction d’un quartier
d’affaire. Il est question désormais de bâtir au sein d’Euroméditerranée, une
éco-cité, c’est-à-dire d’adapter les objectifs économiques aux impératifs du
développement durable, au cœur des quartiers les plus pauvres.
Ce tournant a reçu l’aval des plus hautes autorités de l’État : le 4
novembre dernier, le Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de la
Mer a décerné le
label EcoCité au périmètre d’extension d’Euroméditerranée.
Matérialisation de l’opération
La veille, vendredi, le Président de l’Établissement public, Guy Tessier, a
inauguré, en présence du maire le chantier de recul de l’autoroute A7 à la
Porte d’Aix. Selon Guy Tessier : « la coupure de l’autoroute A7
constitue véritablement un des projets d’aménagement les plus emblématiques et
les plus attendus des marseillaises et des marseillais, tant les enjeux, à
l’échelle de la Ville et de son agglomération sont
importants. »
L’enjeu sous-jacent est non moins essentiel : 15 ans après le lancement
d’Euroméditerranée, il faut montrer aux habitants, aux décideurs économiques et
aux autorités nationales, que le projet sort de terre, qu’il existe parce qu’il
est visible. Cette visibilité devrait se concrétiser, en 2012, par la
suppression de l’autoroute sur 400 mètres pour un montant de 20 millions
d'euros (soit 50 000 euros le mètre, si l’on souhaite faire du mauvais
esprit).
En fait, le chantier est plus ambitieux puisqu’il s’agit de transformer l’aspect physique et la composition sociale d’un lieu historique de la ville, celui de l’économie de bazar et des marchés informels.
mardi 10 novembre 2009
Appels à projet 2010 de la coopération décentralisée : co-développement et immigration
Par Nicolas Maisetti le mardi 10 novembre 2009, 12:12

Le gouvernement vient de lancer les appels d'offre à projets de coopération décentralisée. L'occasion de revenir sur cette politique locale internationale et ses évolutions.
Cadre légal et pratiques politiques
Si la
loi de décentralisation du 2 mars 1982 faisait mention à son article 65 de
la coopération transfrontalière, la coopération décentralisée française est
principalement codifiée par la loi
du 6 février 1992 relative à l’administration territoriale de la
République. L’article 131 dispose en effet que « les collectivités
territoriales et leurs groupements peuvent conclure des conventions avec des
collectivités territoriales étrangères et leurs groupements dans les limites de
leurs compétences et dans le respect des engagements internationaux de la
France ».
En janvier 2007, l’adoption d’une proposition de loi
relative aux actions extérieures des collectivités territoriales déposée
par Michel Thiollière – sénateur-maire de Saint-Etienne à l’époque – a levé les
incertitudes juridiques qui subsistaient, en particulier celles qui portaient
sur « l’intérêt local » de la coopération décentralisée.
Désormais, les collectivités locales se voient confirmer par la loi la
possibilité de conduire des projets d’aide au développement et de mise en œuvre
des actions humanitaires.
Certes, le cadre législatif n’explique pas à lui seul la croissance des
initiatives internationales des villes et des régions qui ont, comme c’est
souvent le cas, précédé l’adoption de normes légales. Néanmoins, cet
environnement normatif qui s’est accompagné par la mise en place d’un
délégué pour l’action extérieure des collectivités locales en 1983 et par
la création de la
Commission nationale de la coopération décentralisée 9 ans plus tard a
institué un circuit de relations entre les services de l’Etat et les
collectivités locales.
La régulation étatique de la coopération
décentralisée
Ce circuit de relations vise à canaliser et à réguler la coopération
décentralisée afin de faire des actions extérieures des collectivités locales
non pas la mise en œuvre de stratégies dissidentes ou autonomes, mais la
poursuite de la politique étrangère de la France par d’autres moyens. On
assiste donc depuis le début des années 1980 à une décentralisation de la
politique étrangère, en particulier dans le secteur de la low
politics, c'est-à-dire de la politique de coopération, d’aide au
développement et d’actions humanitaires et culturelles. En somme et pour
schématiser, la partie rayonnement du Ministère des affaires
étrangères aurait été en partie dévolue aux collectivités locales, la partie
influence restant aux mains des fonctionnaires centraux.
Cette dévolution, on l’a dit, ne repose pas sur une liberté totale d’action
des collectivités locales. L’Etat encadre ces pratiques par le moyen des
« appels à projet ». Le Ministère des affaires étrangères définit
les critères d’attribution des financements des projets qu’il souhaite être mis
en œuvre par ses collectivités locales. L’Etat oriente donc la coopération
décentralisée en fonction de ses priorités.
Mutualisation et ciblage géographique
Les dernières évolutions en la matière nous permettent de constater, par
exemple, la montée du critère de la mutualisation. Ce critère d’action
publique, qui nous vient des politiques de l’Union européenne et des bailleurs
de fonds internationaux, repose sur le constat qu’un acteur seul sera moins
efficace pour mener une action que s’il associe ses ressources avec des tiers.
La coopération décentralisée cofinancée par l’Etat n’est donc pas constituée
par l’action extérieure d’une collectivité, mais par une initiative commune et
partagée par plusieurs collectivités locales. Il s’agit de réduire le risque de
la dissidence en même temps que la dépense.
Un autre critère d’attribution des crédits du Ministère est géographique.
Lorsque Brice Hortefeux était Ministre des collectivités territoriales en 2006,
il avait secoué le milieu de la coopération décentralisée en encourageant les
villes et les régions à travailler davantage avec les pays émergents et moins
avec l’Afrique sub-saharienne. Dans un premier temps, ce discours
s’est traduit par un rééquilibrage des fonds accordés aux projets de
coopération décentralisée destinés à la Chine, à l’Inde et au Brésil. Dans un
second temps, et malgré les voix s’élevant contre cet accroc à la libre
administration des collectivités locales reconnues par la Constitution, il a
débouché sur une montée des
conventions et des accords de coopération passés entre les collectivités
locales françaises et les autorités locales de ces pays.
Le Ministère de l'immigration et le
co-développement
L’actualité récente nous montre une nouvelle évolution de la coopération
décentralisée française et de la manière dont elle demeure régulée par l’État
central. Le 8 juillet dernier, la réunion de la Commission nationale de la
coopération décentralisée a adopté les conditions dans lesquels seront lancés
les appels à projet pour l’année 2010.
Comme c’est le cas depuis deux ans maintenant, les appels à projet de la
coopération décentralisée sont désormais divisés en deux, en fonction du
Ministère compétent pour attribuer les crédits.
D’une part, le
Ministère des affaires étrangères attribue des financements dans le cadre
d’un appel à projet triennal (2010-2012). Les priorités stratégiques, air du
temps, sont revenues à la Méditerranée et à l’Afrique subsaharienne. L’État et
les collectivités territoriales ont pris conscience que la nature de la
« coopération » avec les autorités locales chinoises
n’avaient rien de commun avec les pratiques traditionnelles de la coopération
décentralisée (appui institutionnel, formation, gestion des risques, culture).
Le critère de la mutualisation reste central, mais il repose particulièrement
sur l’échelle régionale et la terminologie du réseau : « les
régions françaises peuvent se déclarer candidates pour signer une convention
avec l'État afin de mettre en place ou maintenir des réseaux régionaux
autonomes regroupant le maximum de collectivités territoriales de la région,
d'associations ou organismes agissant à l'international. »
Enfin, et c’est une rupture, l’État prend acte de l’initiative
de Jacques Auxiette, Président du Conseil régional des Pays-de-la-Loire
qui, en 2007, a conclu une convention de coopération avec un État, en l’espèce
le Burundi. Il serait en effet désormais possible pour les régions
d’« être candidates pour mettre en œuvre un financement conjoint entre
l'État et la région pour le soutien à la coopération décentralisée ».
Cette disposition pourrait avoir des incidences sur la coopération
décentralisée en Méditerranée. La faiblesse de la décentralisation au Maghreb
par exemple pourrait conduire les fonctionnaires de la Région PACA chargés des
relations internationales et les élus à élargir le champ de leurs activités.
Celles-ci pourraient ne pas s’interdire de traiter directement avec des
autorités nationales en raison du déséquilibre entre l’étendue des compétences
des autorités régionales au Nord et leurs faiblesses au Sud.
D’autre part, le Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité
nationale et du développement solidaire (MIIINDS) lance lui aussi un
appel à projet annuel cette fois. Les financements sont accordés aux
autorités locales françaises qui souhaitent mettre en œuvre un projet ou un
partenariat avec une collectivité locale étrangère « située dans une
zone de forte migration vers la France ». On reste tout d’abrod interdit
devant la question de la définition juridique et politique d’une
« zone de forte migration vers la France ». Mais l’on comprend
les intentions du gouvernement à la ligne suivante : « le projet
intervient sur les secteurs participant à l'amélioration des conditions de vie
et d'insertion socio-économique des populations ou qui contribuent à créer des
conditions plus favorables à l'investissement productif dans les zones
concernées ». En d’autres termes, le MIIINDS accordera des financements
aux collectivités locales qui s’engagent à mener des projets permettant
d’enrayer le phénomène migratoire. Il s’agit d’une formulation administrative
organisant une politique de co-développement consistant à établir un lien entre
le développement économique « là-bas » et l’immigration
« ici ». Ce lien n’est pas politiquement incorrect, depuis la
campagne présidentielle de 2007, le thème du co-développement et ses
sous-bassements sécuritaires sont en passe de faire l'unanimité parmi les élus
et cimentent le consensus relatif à la coopération décentralisée.
Gustave Massiah, membre du conseil scientifique d’ATTAC, interrogé par
Libération au moment de la campagne présidentielle estimait pourtant que le
« co-développement est devenu une tarte à la crème tant le concept a
été dévoyé. Il avait popularisé par Jean-Pierre Cot, éphémère ministre de la
Coopération, poussé à démissionner car il voulait des rapports équitables entre
la France et l'Afrique. Aujourd'hui, le codéveloppement n'est, chez beaucoup de
candidats à la présidentielle, qu'un alibi quisert à masquer la politique
répressive vis-à-vis des migrants (…).On veut maîtriser les flux migratoires,
arrimer les migrants chez eux, via une politique de camps que l'on voit se
développer aux portes de l'Europe. Or, le codéveloppement, c'est de la
coopération d'égal à égal. C'est faire le lien entre deux pays. C'est également
remettre en question notre propre développement pour le mettre en relation avec
celui d'autres pays. Ce n'est de toute façon qu'un outil complémentaire de
solidarité internationale, des rapports Nord-Sud. Mais, pour avoir une pensée
du codéveloppement, il faut d'abord avoir une pensée du
développement.»
* *
lundi 2 novembre 2009
Élections régionales Paca 2009 : enjeux et incertitudes
Par Nicolas Maisetti le lundi 2 novembre 2009, 13:00
Avec la
désignation de Thierry Mariani à la tête de la liste UMP, la pré-campagne
des élections régionales de mars 2009 peut débuter. Le contexte de la
réforme des collectivités territoriales – les candidats partent en campagne
sans savoir s’ils siègeront 4 ou 5 ou 6 ans, s’ils seront conseillers régionaux
ou conseillers territoriaux, si la Région conservera le socle actuel des
compétences et des financements ou s’ils seront « resserrées » etc… –
n’aide pas à clarifier les enjeux d’un scrutin dans lequel les intentions des
uns pourraient masquer les ambitions des autres. Revue de détails.
Les forces en présence
À gauche, Michel Vauzelle est le grand favori pour se succéder à lui-même,
onze ans après son arrivée à la tête de la Région. Les
premiers sondages le placent en tête avec 31 % des voix au premier tour,
soit 8 points de plus que son adversaire de droite et 18 que sa partenaire
écologiste. Au second tour, dans l’hypothèse pour l’instant la plus probable
d’une triangulaire PS/UMP/FN, il est crédité de 50% des suffrages contre 37% à
Thierry Mariani. Le Président Vauzelle a lancé sa campagne le 11 octobre par
une excursion sur la
Montagne Lure comme il l’avait fait en 2003 : c’est « là que
se tenaient les maquis pendant l'Occupation », a-t-il déclaré à l’AFP,
jugeant que « cette allusion à la Résistance convient bien à une
période où on résiste à la financiarisation mondiale et à l'action du président
Sarkozy qui démolit pan par pan les services publics ».
Emportés par leur relatif succès aux européennes de mars dernier, les Verts,
contrairement à 2004, se lancent seuls dans la campagne,. La liste sera
conduite par la magistrate
Laurence Vichnievsky, qui avait co-instruit l’affaire Elf avec Eva Joly.
Suivant le format des européennes, la liste Europe-Écologie comprendra des
militants associatifs et des Verts : « Ma mission va être de
rassembler, c'est un mouvement. L'idée c'est de rassembler les Verts, bien sûr,
car ce sont des écologistes authentiques, et puis les associatifs et des
personnalités extérieures qui partagent les mêmes valeurs ». Une mission
pas facile comme en témoigne le stigmate de « parachutage »
qui a entouré sa désignation.
L’extrême gauche est particulièrement faible puisque le Parti de Gauche mené
par Jean-Marc Coppola, Vice-Président communiste de la Région, est crédité de
3%, et Lutte ourvière de 2%, et le NPA de 1%.
À droite, le
refus d’Hubert Falco, candidat désigné de l’Élysée, a plongé la droite
régionale dans l’embarras. Thierry Mariani, finalement investi, est
moqué pour son manque d’assiduité aux travaux du Conseil régional et
bénéfice d’une faible maîtrise sur les troupes militantes.
C’est vers l’extrême-droite que les experts tentent de trouver les clés du
scrutin. Jean-Marie Le Pen se lance dans, ce qui pourrait être, son ultime
combat électoral. Pour l’instant loin derrière dans les sondages,
le débat lancé par le gouvernement sur l’identité nationale visant à
décentrer le débat politique sur les questions sécuritaires pourrait néanmoins
changer la donne. La liste de la Ligue du Sud, enfin,
soutenue par le Bloc identitaire et conduite par Jacques Bompard, pourrait
cependant coûter le deuxième tour au Front national.
Enjeux
On voit mal ce qui pourrait priver Michel Vauzelle d’un troisième mandat
consécutif. Le scandale suscité par les subventions aux associations qui ont
occasionné la mise en examen du directeur de cabinet du Président et du
Directeur général des services ainsi que le renvoi de la Vice-Présidente,
Sylvie Andrieux, ne semble pas avoir passionné l’opinion.
Rappelons que Tracfin avait mis en doute la réalité des activités de
diverses associations subventionnées par le Conseil régional pour un montant
total voisinant les 700 000 euros. La mise en cause publique du clientélisme,
pratique qui n’épargne d'ailleurs ni
Jean-Claude Gaudin , ni Jean-Noël
Guérini, semble plutôt indiquer son essoufflement, c’est-à-dire son
insuffisance à réguler, désormais, les rapports entre les élus et la société
locale.
La seule incertitude qui pèse sur le scrutin est donc l’hypothèque Bompard. On peut interpréter l’engagement du maire d’Orange dans la campagne, comme la conséquence directe de l’accord passé entre le MPF de Philippe de Viliers, dont Bompard est membre et l’UMP. Le calcul est simple : avec Le Pen au second tour, la droite n’a aucune chance d’inquiéter Vauzelle. Or, la Ligue du Sud, emprunt à la très populiste Ligue du Nord d’Umberto Bossi en Lombardie et en Vénitie, peut grignoter les 2 ou 3 points nécessaires au FN pour dépasser la barre des 10% qui l’empêcherait de perturber le duel Mariani/ Vauzelle. Certes la Ligue du Sud sera « hors du champ de la majorité présidentielle » a cru bon de préciser Jacques Bompard. Il n’empêche, la défense de « l’identité » prônée par le candidat trouve un écho particulier dans le contexte politique actuel.
L’hypothèse d’un basculement de la région Paca à droite reste toutefois peu
probable. Ce qui, au passage, présente un paradoxe étonnant lorsque l’on
observe le rapport de force politique dans lequel l’UMP domine les principales
villes et où Nicolas Sarkozy a dépassé les 60% lors de la dernière élection
présidentielle. Durant les réunions de la majorité, le Président n’évoque même
plus le cas de figure qui conduirait Mariani à la place Jules
Guesdes.
On peut même avancer la provocation suivante : la droite veut-elle vraiment l’emporter ? En effet, la politique locale, on le sait, est structurée par la course à la mairie. Or, Jean-Claude Gaudin se garde bien d’organiser sa succession pour ne pas affaiblir son leadership. Les dauphins présumés (Muselier, Tessier, Roatta, Gilles…) se passeraient bien d’un nouveau challenger. Sur le plan régional, Christian Estrosi pourrait également voir d’un mauvais œil le renforcement d’une autre personnalité aux portes du comté de Nice.
vendredi 23 octobre 2009
Réformes des collectivités territoriales : recentralisation ou modernité ?
Par Nicolas Maisetti le vendredi 23 octobre 2009, 11:26
Le Chef de l’État a donc
annoncé mardi l’intention du gouvernement de présenter le projet de loi
portant réforme des collectivités territoriales. Il serait inscrit à
l’ordre du jour des travaux de l’Assemblée nationale pour la mi-décembre. Ce
projet de loi s’inspire des conclusions du
rapport Balladur remis en mars dernier et dont la proposition majeure fut
de lutter contre la fragmentation institutionnelle issue des vagues successives
de la décentralisation.
La philosophie du projet est donc de chasser autant le
« morcellement des structures » que
« l’enchevêtrement des compétences ». Il s'agit de simplifier les
procédures, d’améliorer la lisibilité démocratique, et, surtout, d’économiser
les coûts et les ressources en évitant les doublons administratifs. Ce projet,
qui se présente donc sous les auspices de la
« modernisation » fait l’objet d’une très large protestation
à gauche, mais aussi dans les rangs de la majorité.
Cette protestation s’organise autour d’une contestation d’un l’État central
qui tenterait d’opérer « une
reprise en main des collectivités locales ». Ce qui serait en jeu dans le
redécoupage territorial consisterait en une tentative de l’État de redéfinir
les règles du jeu – y compris sur le plan électoral – et de les imposer à des
gouvernements locaux qui, depuis 1981, ont fait l’expérience de
l’autonomie.
Alors modernité ou reprise en main autoritaire ?
Trois ambitions président ainsi à ce projet : outre la simplification, « l’adaptation de l’organisation territoriale à notre temps », formule curieuse pour évoquer les dynamiques urbaines et la mondialisation et qui justifierait le regroupement métropolitain ; et l’intercommunalité en zone rurale (que nous laisserons de côté dans ce billet).
Les trois temps de la réforme
Le premier élément de la loi, le plus spectaculaire aussi, est la création des « conseillers communautaires ». Élus sur la base des cantons sur une base à la fois majoritaire pour 80% d’entre eux et proportionnel pour les autres, les conseillers communautaires se substitueront aux conseillers régionaux et généraux…. sans remplacer ni l’un, ni l’autre. L’objectif est d’éviter les financements croisés entre les deux institutions : « «La solution, ce n'est pas la suppression du Département ou de la Région, mais le rapprochement des deux » a déclaré Nicolas Sarkozy. Ainsi, la clarification des compétences envisagée pourrait se traduire par un abandon de la clause de compétence générale attribuée aux collectivités locales. Celles-ci, hormis la commune qui la conserverait, ne pourront agir que dans un cadre de compétence spécifique. Le resserrement des compétences fait ainsi peser une lourde incertitude sur l’organisation de l’action publique locale.
Le deuxième point concerne les finances locales. Au nom, une
nouvelle fois, de la mondialisation – plus précisément, de la lutte contre les
effets de la délocalisation industrielle – la taxe professionnelle, présumée
responsable de la perte de « 500 000 emplois en 15 ans », est
sacrifiée. C’est le point le plus sensible de la réforme : on voit mal les
élus locaux, largement présents dans l’hémicycle du fait du cumul des mandats,
se couper les vivre sans protester. Et des protestations, il y en a à gauche et
à droite.
Selon Alain Juppé, le Président de la République « se fout du
monde » ; Pierre Mauroy assure que ce dispositif « menottera
financièrement les collectivités locales » ; le Président (PS) de la
Région centre évoque un « hold
up financier et électoral »…
L’idée implicite imputée par les élus en particulier régionaux au Chef de
l’État est l’asphyxie financière des collectivités locales qui favoriserait une
reconquête politique pour la droite – rappelons qu’avant les élections
régionales de mars, la gauche gouverne 20 régions sur 22.
Troisième point qui nous intéresse ici, l’intégration
métropolitaine. Le projet de réforme met en avant « la
compétition entre les grandes agglomérations européennes ou
internationales » afin de proposer « un nouveau cadre de
gouvernance, plus adapté que celui des actuelles communautés urbaines ».
Un statut de métropole serait donc institué pour les ensembles urbains de plus
de 450 000 habitants qui se regrouperaient « sur la base du
volontariat». Le nouvel EPCI disposerait de compétences élargies en
matière de développement économique, d’urbanisme, d’habitat, de transport et
d’infrastructures, d’éducation, dont certaines par transferts des départements
et des régions. La loi distingue les « métropoles », au nombre de 13 (
Lille, Rouen, Strasbourg, Rennes, Nantes, Lyon, Grenoble, Bordeaux, Toulouse,
Montpellier, Marseille, Toulon, Nice), et 8 « pôles métropolitains »
qui regroupent des ensembles urbains autour d’une ville-centre moins importante
(Metz-Nancy, Orléans-Tous, Besançon-Montbelliard, Annecy-Chalbéry,
Biarritz-Pau). On remarque que parmi les 13 métropoles, 4 sont situés dans
l’espace métropolitain méditerranéen : il n’est pas sûr que susciter une
compétition régionale n’améliore la compétitivité européenne. Tout aussi
curieux, les pôles métropolitains qui s’inscrivent dans le rayon d’influence
d’une métropole comme à Dunkerque, Angers ou Auch. Le Grand Paris fait l’objet
de dispositifs spécifiques.
Vieilles recettes, nouveau contexte
Cette réforme s’inscrit dans un contexte particulier dans lequel l’État a
desserré son emprise sur les territoires. À la régulation croisée des années
1970 entre centre et périphéries a en effet succédé une ère d’autonomisation
des systèmes locaux. Cette autonomie fut à l’origine le fait des initiatives
locales accélérées par les réformes décentralisatrices. L’État semble toutefois
revenir aux principes gaulliens qui s’appuyaient sur un volontarisme
centralisateur chargé de moderniser l’organisation territoriale. Il est
remarquable de constater que l’on revienne au thème des « métropoles
d’équilibre » issu de la problématique des places centrales et qui a
trouvé, dans les années 196O, une traduction dans la théorie des « pôles
de croissance » de François Perroux. À l’époque, il s’agissait de
favoriser la croissance d’aires métropolitaines dans un double renforcement des
fonctions productives de leur périphérie et des capacités directionnelles de
leur centre. Ces vieilles recettes sont ici appliquées moins pour réorganiser
l’État territorial que pour contribuer à l’ouverture et à la compétitivité
internationale des territoires, d’une part, et à la réduction des dépenses
publiques d’autre part. On peut douter de la capacité de l’État à agir sur les
territoires comme si les trente dernières années de consolidation de
l’autonomie des gouvernements locaux n’était qu’une parenthèse à refermer. On
peut également douter de la tentative étatique de renverser le cours d’une
histoire administrative marquée par deux décennies de renforcement des pouvoirs
et de la légitimité des systèmes locaux.
Aussi, et pour conclure, cette réforme comporte un contenu idéologique qui
prescrit des fonctions spécifiques aux territoires. À la vision fonctionnelle
et technique promue ici, et qui était déjà celle des aménageurs gaullistes,
aurait pu s’opposer une vision sociale et politique de villes comme communautés
capables de se mobiliser pour définir un intérêt local. Ce registre de
légitimation semble perdre le pas face aux justifications techniques empruntés
à la compétition territoriale et à la rationalisation des ressources.
Photo : E. FEFERBERG / AFP
mardi 13 octobre 2009
Semaine économique de la Méditerranée (4) : les rendez vous de la Méditerranée
Par Nicolas Maisetti le mardi 13 octobre 2009, 16:03
Dernier jour de la troisième édition de la Semaine économique de la
Méditerranée avec les traditionnels « Rendez-vous de la
Méditerranée » organisée par le Cercle des économistes au
Palais du Pharo.
La crise économique en Méditerranée : Cassandre contre la
résilience
S’appuyant sur un rapport du FEMISE
intitulé « Les pays partenaires méditerranéens face à la crise »,
les experts de l’Institut de la
Méditerranée et de la Banque européenne
d’investissement ont mis en garde les représentants des pays du Sud (élus,
banquiers centraux, chefs d’entreprise) contre les défis économiques qui les
attendent. « Inquiétez-vous, la crise est devant vous »
était en substance le message des premiers. « Rassurez-vous, notre
pays se porte bien » réconfortaient les seconds s’appuyant sur
l’apparente résilience des fondements macro-économiques et sur les chiffres de
croissance fournis par la
Banque mondiale et oscillant entre 3 et 4 % cette année. Comme le dit un
ancien Premier ministre algérien, « on ne vit pas la crise de la même
manière ».
Au cœur de l’incompréhension, la nature de la production des richesses au
sud de la Méditerranée. Pour schématiser, selon les « experts du
Nord », celle-ci est le fait des flux Nord-Sud qui vont se tarir : le
transfert d’épargne des travailleurs immigrés au Nord, le tourisme, le commerce
et les investissements directs à l’étranger. Ainsi, les économies du sud ne
subiraient pas la crise du fait de leur intégration dans les marchés financiers
mondiaux, mais par leur dépendance avec l’économie réelle du Nord.
Face à ce constat – on le rappelle retranscrit ici à grands traits et par
ailleurs largement nuancé par les acteurs du Sud – l’Institut de la
Méditerranée recommande la création d’une zone monétaire commune entre les pays
de la rive Sud. L’idée est de mettre en place « des taux de change
stabilisés entre les principales monnaies de la région, principalement autour
de l’euro », ce qui passe par la mise en place « d’un dispositif
institutionnalisé qui permette de faire jouer la solidarité entre banques
centrales de la région ». Ce « serpent monétaire »
méditerranéen, selon
Econostrum, serait accompagné de la création d’une "Banque Méditerranéenne
de Développement" sur le modèle de la Banque européenne pour la reconstruction et
le développement, pensée pour favoriser la transition économique des pays
d’Europe centrale et orientale au début des années 1990.
L’Union pour la Méditerranée : discours contre la
critique
Le deuxième temps fort de la journée était la venue d’Henri Guaino,
Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et Président de la Mission
interministérielle de l’Union pour la Méditerranée (UpM). On sentait M. Guaino
agacé par les critiques qui accompagnent le projet. L’essentiel pour lui est
qu’il continue d’exister « malgré tout », c’est-à-dire malgré ce
scepticisme et malgré la guerre de Gaza de décembre 2008. Il a rappelé que
l’UpM reposait sur le choix de mettre en œuvre une « logique de
projets concrets » malgré la « logique de haine et de
rancœur ». Tentons de reprendre les critiques traditionnellement formulées
et d’analyser, rapidement, les réponses de M. Guaino.
L’UpM ne change rien à Barcelone
Qualifiant le
Processus de Barcelone de projet « post-colonial», c’est-à-dire
reposant sur une dynamique verticale, d’aide aux anciennes colonies, il a
insisté sur la nature multilatérale, co-responsable et concrète de l’UpM
contrastant avec les « dîners mondains » des Conférences de
Barcelone.
L’UpM n’est pas visible
Constatant le manque de matérialité de l’UpM et le risque de délégitimation
du projet aux yeux de l’opinion, il a plaidé sans surprise l’ambition d’un
horizon de long terme qu’implique la dépollution
de la Méditerranée, le plan
solaire ou la conclusion d’une zone de libre échange.
L’UpM n’a pas d’argent
« Question stupide » pour M. Guaino. Le raisonnement
approprié devrait être « un raisonnement d’entrepreneur » qui
tenterait de définir d’abord les projets avant de s’interroger sur les moyens
alloués. Cette réponse faisait écho à une remarque d’un élu du Sud de la
Méditerranée, en l’absence de M. Guainon, regrettant le « vide
politique » de l’UpM. Par ailleurs, il a rappelé la nécessité de
créer des instruments financiers nouveaux, tels que le
Fonds Inframed ou le projet de la Banque de la Méditerranée, également
évoquée le matin.
L’UpM concerne autant Helsinki que Le Caire
Après avoir rappelé que le projet initial de la France ne devait intégrer
que les pays européens riverains de la Méditerranée et qu’il n’avait pas
entendu le soutien des pays du Sud à cette bouture de l’UpM au moment du
compromis de
Hanovre, il a souligné la logique de la « géométrie
variable » de l’UpM. Ceux qui veulent travailler sur tel ou tel
aspect ou projet le peuvent, les autres ne le font pas, mais ne peuvent bloquer
la dynamique, ni récuser la participation d’un autre pays.
L’UpM ne sert à rien dans la crise économique
M. Guaino a saisi l’occasion de la tribune pour fournir son interprétation
de la conjoncture mondiale, une « crise économique, écologique et,
surtout, une crise des représentations collectives », dans un curieux
réquisitoire contre la « mondialisation ». On rappelle qu’en
1987, M. Guaino était chargé de mission à la direction du Trésor et adjoint au
secrétaire général du Club de Paris
(chargé de renégocier la dette des pays débiteurs, le « Rotary Club », en
somme, de l’élite mondialisée) ; qu’il a occupé les fonctions de
responsable de la recherche finance au sein du groupe Louis Dreyfus et diverses autres au
sein des activités banque d’affaire et de la direction générale de la
MAAF ; et qu’il a enfin conseillé Charles Pasqua et Philippe Séguin avant
de devenir la plume de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de
2007.
Converti à l’altermondialisme, donc, M. Guaino estime que le capitalisme,
comme toutes formes d’activités humaines, doit être soumis à la morale. Le rôle
du politique, dans ce cadre, est de donner une dimension collective,
« une morale partagée » aux choix économiques individuels.
La seule alternative au « changement ordonné et
raisonnable » serait le « changement désordonné et
déraisonnable » comparable aux années 1930. Le changement serait
devant nous, soit on s’y adapte, soit il s’impose. Et le rôle de la
Méditerranée dans ces considérations ? Il serait triple selon M. Guaino.
L’UpM participerait à la construction d’un « système de
valeur » contrastant avec le modèle dominant actuel du
« cynisme » et de « l’appât du gain ». On
retrouve ici le thème cher à M. Guaino, celui de la civilisation et de la
civilité. (suis-je le seul à avoir entendu « haute culture »
?).
Deuxièmement, l’UpM serait le laboratoire idéal pour construire un nouveau
« modèle économique », moteur d’une autre croissance (durable) et
du co-développement. Enfin, l’UpM serait le trait d’union, l’espace de
l’articulation euro-africaine. Sans l’évoquer directement, M. Guaino devait
sans doute faire référence à l’immigration.
L’UpM ne résout pas le conflit israélo-palestinien
Sur l’ambiguïté originelle d’une telle perspective que l’on peut résumer par l’attitude des pays du Sud consistant à dire « on ne peut pas co-construire des projets concrets ensemble car cela donnerait l’impression de normaliser la situation avec Israël », M. Guaino a commencé par balayer cette formule indiquant que cela ne fait que naître des « double-victimes » : il n’y a pas de paix, et il n’y a pas de projets. Il a néanmoins reconnu l’immensité de la tâche de faire vivre des « projets vitaux » en situation de violence politique. L’essentiel pour lui est de faire perdurer le dialogue sur les questions non-stratégiques. Pourtant, à la fin de son discours, il a évoqué la possibilité d’aborder « prochainement » le problème du conflit israélo-palestinien « de face ». Cela signifie-t-il l’organisation d’un prochain Sommet de la Paix patronné par l’UpM ? Aucune question de la salle sur ce point, aucune reprise média. Une évolution à surveiller de près dans les prochains mois.
vendredi 9 octobre 2009
Semaine économique de la Méditerranée (3) : Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée
Par Nicolas Maisetti le vendredi 9 octobre 2009, 23:13
C’est donc
aujourd’hui qu’a été officiellement lancé le
Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM). La
présentation qui en a été faite dans le cadre de la
rencontre-débat organisée par CGLU a permis de lever – un peu – le voile
sur la nature et les fonctions de cette structure.
Mais de structure il n’en est pas vraiment question. Les discussions ont
semble-t-il été âpre entre la ville de Marseille, l’État, par l’intermédiaire
de la DIACT et la Banque mondiale. La ville n’aurait pas
souhaité voir se constituer une institution nouvelle qui aurait pu échapper à
son propre agenda international. La DIACT avait dans ses cartons son propre
projet de plateforme internationalisé, s’appuyant sur les ressources de la
Caisse des dépôts et de consignation. La Banque, enfin, souhaitait refonder sa
plateforme.
C’est dans les termes de cette refondation qu’il faut rechercher l’une des clés d’explication de la naissance du CMIM. « L’institut de la Banque mondiale » de la zone MENA (Middle East and North Africa) est installé à Marseille, sur le site de la Villa Valmer, depuis 2004. Il ne s’agit donc pas d’une antenne de la Banque mondiale, réservée aux capitales des pays du sud, destinataire des aides financières – et des capitales qui ont reçu l’aide du Plan Marshall. Les instituts de la Banque mondiale sont des bases de réflexion stratégique – learning activities dans le vocabulaire de la Banque – qui produisent de l’expertise et ne financent donc pas directement des projets.
En 2007, la question du maintien du bureau marseillais de la Banque s’est
posé dans le contexte de crise de légitimité des institutions de Washington et
de constat d’échec porté sur le Processus de Barcelone. Il a fallu l’élection à
la Présidence de la République française de Nicolas Sarkozy pour changer la
donne. Son projet d’Union de pour la Méditerranée, priorité
diplomatique de son mandat, a, en effet, incontestablement relancé l’attention
des bailleurs sur l’espace méditerranéen – au-delà des divisions qu’il a
suscité en Europe et des difficultés auxquels il est confronté aujourd’hui.
C’est dans un cadre institutionnel reformaté en fonction de ce nouveau
référentiel que la Banque mondiale a construit l’instrument du CMIM, un
« think tank opérationnel », pour reprendre l’oxymore assumé de
son directeur, Mats Karlsson. L’idée générale est de construire une plateforme
de production d’idées et de financement de projets-cibles reposant sur la
connaissance, l’apprentissage, l’innovation et l’intégration des économies des
pays de la Méditerranée dans les marchés mondiaux. « Network among
Networks », le CMIM a d’ores et déjà défini 5 axes ( urban and spatial
development ; sustainable development ; transport and logistics;
skills, employment and labor mobility challenges including youth ; et
knowledge economy, innovation and technology) et 14 programmes
afférents.
La question qui se pose est bien sûr celle de la complémentarité de cette
plateforme avec les réseaux existants et de la compatibilité avec les agendas
des uns et des autres. Certains se montrent déjà sceptiques dans la portée des
financements promis et dans l’efficacité avec laquelle la greffe peut
prendre.
Ancrer les économies des pays méditerranéens dans les marchés mondiaux est une cause ancienne et ambitieuse qui se heurte à de nombreux obstacles structurels (l’est-elle même souhaitable pour les sociétés du sud ?), mais intégrer les ambitions des coalitions marseillaises hétéroclites à un projet fédérateur, qui plus est, porté par une institution extérieure au territoire, est un défi d’une toute autre dimension.
jeudi 8 octobre 2009
Semaine économique de la Méditerranée (2) – Medinnov V
Par Nicolas Maisetti le jeudi 8 octobre 2009, 22:46
Deuxième
journée de la Semaine
économique de la Méditerranée (SEM) avec au programme la poursuite des
rencontres B2B et des ateliers entreprises (textile, médias, PME) sur les
coursives de la Chambre de commerce.
Par ailleurs au Pharo se sont tenues les premières manifestations de l’axe
gouvernance de la SEM. Si je n’ai pas pu me rendre au séminaire
Médinas 2030 consacré aux « villes de Méditerranée : culture,
héritage et modernité » (qui s’inscrit dans le cadre des projets
déployés par le tout nouveau Centre de Marseille pour l’intégration en
Méditerranée), j’ai pu assister à une partie du colloque Medinnov dont les
problématiques ont porté sur les problématiques de l’innovation et les enjeux
posés par l’économie de la connaissance en Méditerranée.
Les orateurs qui se sont succédé à la tribune ont exposé l’état d’avancement
et les réflexions stratégiques des projets territoriaux liés à l’innovation.
Face aux récits vantant les bienfaits des « parcs technologiques
», des « réseaux » ou des « pépinières
d’entreprises », des « transferts de technologie et incubation »,
le profane peut être saisi par les effets performatifs de cette
« culture commune » militante. Il peut choisir de prendre au
sérieux le contenu des discours partagés par les responsables des projets et
des départements de développement économique des collectivités locales des deux
rives de la Méditerranée. Il peut être confronté dès lors au risque d’être
étourdi par les chiffres, les images et l’autosatisfaction des acteurs au point
d’en oublier la crise économique et sociale qui frappe les économies urbaines
(voir le travail d'Anima relatif à la
Carte des investissements en Méditerranée).
À contrario, l’observateur-participant peut interroger par la bande des
façades cette « Méditerranée de l’intelligence », pour reprendre
le titre du colloque, et questionner la réalité des « nouveaux espaces
de production » supposés naître des systèmes productifs locaux
reposant sur l’innovation.
Lui apparaît, dès lors, un écrasant et déformant effet de standardisation
produit par les présentations de ces « villes-nouvelles », un
mode de production de la ville désincarnée, indifférenciée, indifférente aux
configurations territoriales et déconnectée de tout ancrage social.
Au son du 4ème mouvement de la
9ème symphonie de Beethoven, qui fait plus penser à Orange Mécanique qu’à
l’hymne européen, les parcs technologiques sont projetés sur grand écran. Ou
plutôt les maquettes des futurs parcs technologiques. Au nord et au sud, les
mêmes bâtiments, blancs, octogonaux, bordés d’arbres (qui « seront
plantés en janvier » nous promet-on) et dont on devine
« l’éco-performance ». On invite les entreprises (et les
touristes) à s’implanter (et à visiter) ces territoires du futur et de
l’innovation qui semblent présenter l’avantage de ne pas être habité.
Les offres sont « benchmarkés » sur des modèles virtuels,
les services normés au sein de paysage sortis d’un pastiche de Blade Runner
made in Hollywood-Sillcon Valley. Un Blade Runner inversé, une City of Quartz
enchanté.
La culture, quand elle est évoquée, est un outil de promotion de cette
économie de la lisibilité qui vise en premier lieu à « sortir de
lot », un lot composé d’objets urbains semblables, mais engagés dans une
féroce compétition.
Ces pôles urbains (urbs) IT évidés de leurs substance politique
(civitas) pourrait être le reflet d’un capitalisme financier que l’on
croyait à bout de souffle. Comme le Paris haussmanien décrit par Zola dans La
Curée était le reflet du capitalisme industriel.
mercredi 7 octobre 2009
Semaine économique de la Méditerranée - lancement de Med Business Network
Par Nicolas Maisetti le mercredi 7 octobre 2009, 15:04
C'est donc aujourd'hui qu'a
débuté la troisième édition de la Semaine économique de la
Méditerranée (SEM). Chefs d'entreprises et experts du milieu
euro-méditerranéen se sont retrouvés ce matin à la Chambre de commerce et
d'industrie de Marseille-Provence (CCIMP).
Med Village et B2B
L'idée des organisateurs de la SEM de créer un
espace de rencontres entre ces décideurs se concrétise dans la mise à
disposition au premier étage de salles consacrées aux rendez-vous entre
partenaires. À l'accueil, un dossier est remis aux participants dans lequel est
consigné les quelques 200 entreprises présentes. Sur les tables, des numéros
qui correspondent à ces entreprises facilitent le repérage. On parle affaires,
"contrats", "investissements directs étrangers", "cadres
législatifs" ; on s'échange aussi les dernières nouvelles de la
famille et des amis. Visiblement, on se connaît, mais on apprécie les facilités
avec lesquelles on peut se rencontrer dans une unité de lieu et de
temps.
Dans les couloirs attenants, le Med Village aligne les uns après les autres
les partenaires-organisateurs de l'évènement. Des plaquettes de présentation
sont mises à disposition. Des discussions peuvent s'engager avec les
responsables, présentations powerpoint à l'appui. Bref, la SEM, c'est du
Business To Business (B2B pour les initiés) et de la socialisation
d'élites.
Les Atelier d'affaire
Au total, dans la journée, huit ateliers sont organisés dans les différentes
salles du Palais de la Bourse : exploration des réseaux commerciaux
transméditerranéens ; lutte contre le changement climatique ;
l'export face au changement du cadre législatif algérien ; la Commission
UpM du commerce extérieur français ; le partenariat d'entreprises
Paca/Maghreb dans les secteurs de l'environnement et de l'énergie ; la
mobilité du travail dans l'espace euromediterranéen ; les opportunités
d'affaire en Tunisie ; et le trafic maritime en Méditerranée.
Ces réunions organisées par des institutions différentes (Top 20, CCI et réseaux de CCI, association Champs de Traverse, ONUDI, Invest in Med, Adeci, Ubifrance...) visent à renforcer la connaissance entre les acteurs et les contextes locaux pour créer de la confiance et ainsi favoriser les affaires dans un espace partagé.
Lancement de Med Business Network
C'est également cet esprit qui a présidé à la réunion de lancement de
Med Business Network (MBN). Louis Allocio, vice-président de la CCIMP, assisté de Bernard Digoit, président de la
Chambre française de commerce et d'industrie au
Maroc, Foued Lakhoua, président de la Chambre tuniso-fraçaise de commerce et d'industrie,
et jean-François Heugas, président de la Chambre française de commerce et d'industrie en
Algérie ont présenté les grandes lignes de cette initiative.
Pour Marseille, le MBN vise à accompagner les entreprises locales dans leurs
stratégies d'implantation des marchés du sud de la Méditerranée et à créer
ainsi les conditions pour dynamiser les échanges commerciaux et industriels
Nord / Sud, Sud / Nord et Sud / Sud. Surtout, il s'agit de susciter des
synergies parmi des efforts éparpillés.
La volonté de coordonner des réseaux existants autour de logiques
mutualistes rythmera, comme nous le verrons dans les prochains jours avec le
CMIM, les discours des acteurs de cette édition de la SEM. La
multiplication de ces efforts de coordination brouille, de ce fait, les
ambitions initiales des uns et des autres. Et si ces "plateformes" ou
autres "réseaux de réseaux" ne se situent pas exactement sur les mêmes
champs, cette profusion d'agences coordinatrices ne contribue pas à clarifier
les logiques d'internationalisation des acteurs économiques locaux. Les réseaux
mis en place supposés clarifier et rendre plus lisibles l'espace méditerranéen
intensifient la compétition entre les acteurs et les processus.
On peut se demander si cette concurrence permettra effectivement une relance des échanges dans un contexte de crise (thème qui sera au cœur des discussions ce samedi lors des Rendez-vous de la Méditerranée).
mercredi 30 septembre 2009
Semaine économique de la Méditerranée - édition 2009
Par Nicolas Maisetti le mercredi 30 septembre 2009, 09:13

C'est un peu plus tôt qu'à l'accoutumée que s'ouvrira la troisième édition
de la Semaine économique de
la Méditerranée (SEM), mercredi prochain.
L'idée ?
Pérenniser des rencontres entre décideurs politiques et économiques des deux
rives de la Méditerranée autour de manifestations thématiques. Cette année,
trois mots clés ont été retenus pour labelliser le rendez-vous :
"business, financement, gouvernance".
L'histoire ?
Regrouper la même semaine des manifestations hétérogènes organisées par
différentes institutions. À l'origine, le
sommet euro-méditerranéen de l'investissement avait été lancé en 2005. À
l'époque, la ville et la région avaient confié à l'hebdomadaire anglais The
Economist le soin d'organiser cette rencontre qui a disparu de l'agenda cette
année mais a permis aux acteurs de prendre date et de "renforcer la
dynamique évènementielle" pour reprendre les termes d'un
promoteur.
Les organisateurs ?
Participer à la présentation du territoire comme acteur social collectif. Aux
collectivités territoriales - ville, région, communauté urbaine - (à noter que
le conseil général n'est que "sponsors" alors que les autres sont "financeurs
et organisateurs"), s'adjoignent l'Établissement public Euroméditerranée et le
programme européen Invest in Med piloté par le consortium Med Alliance conduit
par Anima. Enfin, au titre des "partenaires organisateurs", on note la présence
de réseaux de chambres consulaires françaises au Maghreb (CCE, CFCIA, CTFCI)
ou de dimension euroméditerranéenne (Ascame), les institutions internationales
présentes à Marseille (Banque
mondiale, BEI, Commission Med de CGLU,
Onudi,), des instituts de
conseil et d'expertise (Adeci, Cefim, Cercle des économistes,
Club Ambition Top 20, Finances Conseil,
Institut de la Méditerranée,
le réseau
entreprendre Marseille
innovation, Ubi France),
des agences extérieures à la scène locale (FD intelligence, FT Global
Events) ainsi que le média Econostrum. Pour être complet, la Caisse des dépôts, l'association
les champs de traverse (qui organise les
universités d'été de l'agriculture en Paca), le technopôle
Marseille-Provence à Château Gombert et la Cité euroméditerranéenne de la Mode sont
également "partenaires organisateurs".
Les enjeux ?
Construire un "Davos" à l'échelle de la Méditerranée, c'est promouvoir le
dynamisme économique de cet espace par les échanges économiques. C'est aussi
faire exister ce territoire par la mise en réseau d'acteurs ; à ce titre
la SEM constitue un espace de socialisation des élites euroméditerranéennes.
L'organisation d'un "rendez-vous
devenu incontournable", c'est enfin affirmer la centralité de Marseille au
sein de cet espace. On retrouve ici les deux facettes de l'internationalisation
de la ville : l'exposition avec la mise en scène de la ville comme nœud
métropolitain d'échanges transnationaux - fonction d'accueil ; la
diffusion de l'expertise et la valorisation des savoir-faire locaux - fonction
de projection.
Le programme ?
La SEM commencera mercredi 7 octobre au Palais de la Bourse de Marseille avec
les les Rencontres MedBusiness Network. Le réseau MedBusiness Network des
institutions consulaires euroméditerranéennes sera officiellement lancé et
suivi d'ateliers thématiques (investissement, commerce, agriculture,
environnement, industrie, trafic maritime).
Le lendemain, les ateliers reprendront au Palais de la Bourse autour des
questions des médias, du textile et de l'accompagnement des entreprises dans
leur implantation en Méditerranée. Au Palais du Pharo, la 5ème édition du
Colloque Medinov portera sur les enjeux liés aux outils financiers publics et
privés, aux lieux d’ancrage tels que les parcs technologiques et les
technopôles, ainsi qu'aux modèles d’organisation de croissance (clusters, pôle
de compétitivité). Enfin, la ville de Marseille et la BEI organisent le
séminaire Medinas consacré aux problématiques urbaines (gestion et
réhabilitation des centres historiques).
Vendredi, se tiendra une conférence-débat portant sur l'"attractivité des
territoires en Méditerranée" sous l'égide de la Commission Med de CGLU, de
l'EPAEM et des collectivités locales.
Le samedi, enfin, les rendez-vous de la Méditerranée clôtureront, comme il en
est désormais la tradition, cette semaine. Il s'agit de la grand messe
politique de la SEM au cours de laquelle se succéderont à la tribune, les
principaux élus du territoire, les responsables des agences d'expertise, Henri
Guaino, conseiller spécial du Président Sarkozy est également attendu pour une
intervention sur l'Union pour la Méditerranée.
Un bilan de cette riche semaine dans un prochain billet.
mardi 22 septembre 2009
Quand une loi de finances complémentaire algérienne inquiète les élus locaux
Par Nicolas Maisetti le mardi 22 septembre 2009, 11:32
Une récente décision du
gouvernement algérien relative à l'organisation du trafic portuaire provoque
des effets en chaîne sur l'économie méditerranéenne. L'observation de ce
phénomène classique est l'occasion de revenir sur la nature des
interdépendances entre les acteurs d'un système de plus en plus intégré.
1er étape : une loi adoptée en Algérie
Le 22 juillet dernier le gouvernement algérien adopte une loi de finances
complémentaire (LFC). Effet direct du partage de l'espace méditerranéen, cette
loi a des répercussions sur l'économie locale marseillaise. Selon le cabinet de
conseil[ Francis Lefebvre, la LFC "reflète la volonté de favoriser le
développement des industries locales en reconduisant les mesures d’aide à
l’emploi et aux PME mais surtout en leur donnant un avantage relatif par
rapport aux importations". Dans les faits, ces dispositions durcissent les
modalités d'importation des marchandises (en particulier en imposant le très
contraignant "crédit documentaire" comme moyen de paiement) et interdit de
faire entrer des engins de travaux publics d'occasion.
2ème étape : les entreprises locales se mobilisent
L'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos saisit dès le 25 août le
secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, sur la menace que
représente ce nouveau dispositif sur le dynamisme du port. Rappelons ici, que
les chiffres d'août montre un recul de 13% du trafic du Grand port maritime par
rapport à 2008. L'UMF, le Medef des entreprises portuaires locales, informe le
Ministre qu' "avec plus de 8 millions de tonnes par an (hydrocarbures
inclus), 10% du trafic total du port de Marseille-Fos repose sur les échanges
avec l’Algérie (...) Dans les bassins Est de Marseille, 35 à 40 % des
trafics sont destinés à l'Algérie (...) Ces mesures menacent
directement l'activité dans les bassins Est de nombre de nos adhérents dont le
chiffre d'affaires est pour certains à 75 % généré par les exportations sur
l'Algérie. La lettre s'achève par un appel à "la France, 2ème
partenaire mondial de l’Algérie, (pour qu'elle) entame des
négociations pour que soient trouvées des solutions intermédiaires à ces
mesures radicales qui pénalisent l’Algérie comme la France".
Selon l'UMF, ce n'est pas moins de quatre-cinquième du trafic qui serait
menacé. Dans un milieu partagé par des acteurs interdépendants, on craint cet
"avantage relatif", et on y voit surtout les signes d'un
protectionnisme forcément dévastateur pour l'équilibre du système ailleurs en
Méditerranée.
3ème étape : les élus prennent position
Le premier adjoint de M. Gaudin, Roland Blum, est le premier à monter au créneau et à mobiliser ce type d'argument : "C'est un sujet de forte inquiétude, la loi de finances algérienne étant assez inquiétante et pouvant avoir des répercussions importantes sur le trafic portuaire". Et M. Blum de dénoncer un "retour significatif à une politique de protectionnisme": "On ne peut pas, avec un pays avec lequel nous avons des relations aussi importantes, être dans une attitude de repli, nous avons besoin de relations d'ouverture".
4ème étape : la mission diplomatique décentralisée
Suite à cette déclaration, le premier adjoint envisage de se rendre à Alger
le 20 octobre afin de négocier avec les opérateurs locaux et les élus
algériens.
Cet épisode, s'il n'est pas révélateur de phénomènes nouveaux, illustre la recomposition du Bassin méditerranéen comme milieu, au sens biologique, c'est à dire comme un espace traversé par une dynamique d’interdépendances et de rencontres entre des représentations, des intérêts et des ressources permettant le maintien et la reproduction du système. Le champ d'intervention des élus locaux n'est plus limité au système purement local, mais envisage le dialogue et l'initiative dans un espace transantional élargi. Enfin, la chaîne de réaction montre l'indifférenciation croissante des logiques public / privé, dans la mesure, où le politique intervient en appui des intérêts privés dans la défense de l'outil portuaire marseillais.
jeudi 10 septembre 2009
L'utilité économique de l'action culturelle
Par Nicolas Maisetti le jeudi 10 septembre 2009, 10:59
En cette
rentrée si calme que les blogueurs ont bien du mal à
trouver un sujet de rentrée, on trouve dans le journal
la Marseillaise un article relatant le succès de la saison touristique dans
la région aixoise.
Ce qui a attiré notre attention, ce sont ces propos tenus par Michel
Fraisset (directeur de l’Atelier
Cézanne et adjoint de direction de l’Office du Tourisme
d’Aix-en-Provence) :
"Les choses sont claires désormais. Sans sa nouvelle dimension
culturelle, et j’entends par là sa programmation contemporaine ou moderne et
pas seulement son patrimoine historique, une ville comme
Aix-en-Provence aurait du mal à s’imposer touristiquement face aux grandes
destinations balnéaires et aux nouvelles destinations nature. En fait
la crise économique née de l’annulation des festivals lors de la grève des
intermittents du spectacle aura provoqué un choc salutaire auprès des
commerçants, des hôteliers et d’une façon général de tous les professionnels du
tourisme. Ils venaient de toucher du doigt l’importance économique de
l’action culturelle. Depuis les grandes expositions et les grands
festivals ont fait la preuve éclatante de leur utilité en terme
d’activité, d’emploi, de retombées économiques directes et indirectes.
Personne ne peut plus alléguer que la culture c’est peu ou pas grand
chose comme certains commerçants et hôteliers ont pu oser le dire il y
a quelques années."
Trois éléments très importants relatifs aux rapports entre la culture et la
production de la ville et qui montrent plus précisément l'usage purement
économique et néo-managérial des politiques culturelles :
- Le premier terme - en gras - renvoie à la culture comme levier de
positionnement concurrentiel. Les politiques culturelles seraient désormais
pensées comme un outil au service de la compétitivité des territoires en
renforçant leur attractivité pour les visiteurs (touristes ou
investisseurs).
- Deuxièmement, la culture est désormais appréhendée par le politique comme
une variable d'utilitarisme économique. On jauge la qualité d'un évènement
culturelle à la performance économique induite ("les retombées").
- Troisièmement, enfin, la focalisation néo-managériale de la culture
contribue à désamorcer les oppositions. Elle produit du consensus. La culture
ne divise plus, non pas tant pour des raisons esthétiques (les vieilles
querelles artistiques) que pour des raisons de performance économique ("si
l'expo crée de l'emploi, alors...").
On pouvait, de ce fait, attendre autre chose de la part des journalistes de
la Marseillaise que ce commentaire conclusif : "La réflexion du très
passionné directeur de l’Atelier Cézanne est d’autant plus pertinente qu’elle
s’accompagne d’une bonne dose d’impertinence. Aix-en-Provence, comme d’autre
grandes cités culturelles du Sud, se doit désormais d’intégrer économiquement
le fait culturel.''...
Au final, la culture est effectivement devenue une dimension cruciale de
l'action locale, dans la mesure où, en l'absence d'une loi de décentralisation
des politiques culturelles, il s'agit pratiquement du seul domaine de
compétence qui reste dans le giron communal. Elle serait ainsi un moyen pour le
personnel politique d'affirmer des positions fragilisées par la construction
intercommunale. Pour les élites économiques, la culture est essentielle, non
seulement, comme on l'a rappelé, pour promouvoir un territoire et améliorer ses
résultats économiques, mais également comme champ de socialisation et de
légitimation. Les dispositions législatives encourageant le mécénat se
multiplient et accompagnent le mouvement d'élitisation par la culture. À
l'ombre des projets culturels d'envergure, on trouve un financier ou un chef
d'entreprise. François Pinault n'a-t-il pas déjeuner avec Jean-Claude Gaudin,
lui promettant de lui prêter ses collections d'art moderne en 2013 ?
Photo : Montage réalisée à partir d'une photographie réalisée
pendant la soirée Mécènes du Sud intitulée, Le Château n'a rien perdu de son
charme, ni le jardin de son éclat au Château Ricard le 25 juin 2008 et agitée
par La Zouze-compagnie Christophe Haleb.
jeudi 30 juillet 2009
Sortie de crise sur le Port ?
Par Nicolas Maisetti le jeudi 30 juillet 2009, 13:38

Un an après la loi portant réforme portuaire et après un long et parfois
violent mouvement de grèves, la CGT et le Grand Port Maritime de Marseille
(GPMM) sont parvenus à un accord sur la gestion du terminal de Mourepiane. Le
travail a repris sur les bassins Est selon
la Provence.
La réforme portuaire
C'est à Marseille, en janvier 2008, que le Premier ministre, François
Fillon, annonce une profonde réforme des ports. S'appuyant sur un constat
alarmiste de l'état des ports français dans la compétition mondiale, le projet
prévoit de privatiser la manutention et implique des changements
institutionnels dans la gestion des ports. Les Ports autonomes, contrairement à
ce que leur nom indique, sont en effet des entreprises publiques et, à ce
titre, gérées par des Établissements publics. En 1920, les ports de Bordeaux et
du Havre passent ainsi sous le contrôle de l'État ; en 1965, les ports de
Dunkerque, Rouen, Nantes-Saint-Nazaire et Marseille deviennent autonomes, tout
comme celui de La Rochelle en 2006.
À l'issue d'un cycle de négociations avec les syndicats et les organisations
professionnelles, la loi est présentée au Parlement et adoptée le 4 juillet
2008. Elle prévoit l'ouverture à la concurrence des entreprises employant les
grutiers et les portiqueurs, soit environ 2 000 personnes réparties sur les 7
ports autonomes. La gouvernance des ports autonomes, appelés à devenir des
Grands Ports Maritimes (GPM), est par ailleurs refondée. Si les GPM restent
dans le giron des Établissements Publics, leur rôle est considérablement
réduit. Dans le langage des
politiques publiques, "leurs missions sont recentrées sur les activités
régaliennes (sécurité, sûreté et police portuaire) et sur les fonctions
d’aménageur du domaine portuaire". Le transfert à des entreprises privées
de la détention et de l'exploitation des outillages de manutention (grues et
portiques) s'accompagne d'un redéploiement de l'investissement public en faveur
des infrastructures portuaires (367 millions d’euros sur la période 2009-2013).
Au final, de gérant d'exploitation, l'autorité portuaire devient aménageur d'un
espace économique.
Enfin, rappelons que cette réforme s'inscrit dans la perspective d'une
convergence avec les normes européennes en matière de développement portuaire,
dont les contours sont redessinés à partir de l'adoption de la stratégie de
Lisbonne en 2000 et qui prévoit la création d'un “espace maritime
commun” impliquant une réglementation et des infrastructures communes et
autorisant une continuité des solutions logistiques entre Etats
membres.
La douloureuse transposition à Marseille
Dès le printemps 2008, en guise d'accompagnement de la procédure
législative, la CGT bloque à plusieurs reprises le port de Marseille. "À
Marseille, nous sommes déterminés à agir contre la réforme des ports qui n'est
pas économique, mais idéologique. On est sur une privatisation. Nous allons
agir dans la durée",
prévient la direction syndicale locale. 10 jours après le vote du texte,
toutefois, la fédération nationale des docks et ports de la CGT surprend en
appelant à "assouplir" les mouvements de grève qui n'ont jamais faibli
à Marseille. Pour le gouvernement et les élus locaux, en particulier Roland
Blum en pointe dans ce domaine, c'est une victoire.
En septembre, un nouveau directeur du Port autonome (qui devient GPM le 1er
octobre) est nommé, il s'agit de Jean-Claude Terrier qui succède à Guy Janin.
La réforme parait en bonne voie tandis que le projet du futur port de croisière
est présenté à la Foire de Marseille sur le stand du Port autonome. En
novembre, les secrétaires généraux CGT de 28 ports ont approuvé à l'unanimité
moins une abstention, le texte de l'accord-cadre qui sera signé jeudi au
ministère des Transports. Le nom du représentant du port qui s'est abstenu
n'est pas connu.
En décembre, les premiers nuages commencent à s'amonceler dans le ciel
jusqu'ici pur de la réforme portuaire. Des agents portuaires CGT des terminaux
pétroliers de Fos et de Lavéra
bloquent l'entrée d'une cinquantaine de tankers. Les grévistes entendent
peser sur les négociations encore à venir concernant le périmètre
d'intervention des GPM. Si cette grève concerne pour l'heure les terminaux
pétroliers (les bassins ouest, à l'extérieur de la ville), elle imprime une
nouvelle tonalité au contexte local d'application de la loi et tend les
relations entre branche locale des syndicats, élus locaux et
gouvernement.
Fin février, en effet, la situation sur le port de Marseille se dégrade
brusquement : l'Union française des industries pétrolières (Ufip) et
l'Union maritime et fluviale (UMF) mettent en cause, "les mouvements
sociaux sporadiques larvés et particulièrement destructeurs (...) Marseille est
en otage de 200 agents du port." C'est l'affaire de l'Union navale qui
mettra le feu aux poudres. Nous l'avons déjà évoqué ici.
Des incidents violents continuent d'avoir lieu durant le mois de mars :
le siège du GPMM est investi, le directeur général adjoint agressé, les portes
sont enfoncées, les tableaux arrachés des murs, des fumigènes sont allumés dans
les couloirs, les meubles sont renversé etc. Conséquence (?), les résultats du
Port sont très inquiétants:-21% de trafic de marchandises pour le début
d'année. La crise économique n'est pas le seul facteur avancé.
Au même moment, le GPMM adopte son plan stratégique qui prévoit des
investissements publics de 600 millions d'euros devant générer 3 milliards
d'euros d'ici 2013.
L'accord CGT-GPMM
Au début de l'été, la situation n'est toujours pas apaisée. Alors que les
chiffres du port sont toujours aussi mauvais (-15% sur les 6 premiers mois de
l'année), une quarantaine de personnes saccagent - une nouvelle fois - le
bureau du directeur général du GPMM aux cris de "''Toi, tu ne nous feras pas
partir, tu ne nous feras pas partir...'".
Scènes presque banales, en tous cas pas inédites, qui témoignent, certes de
la tension entre direction et syndicat, mais également d'une pression nouvelle
sur les salariés. Ces formes de violence font échos aux séquestrations de
patrons qui ont nourri l'actualité des derniers mois. Pour Isabelle Sommier,
chercheuse au Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne, et auteure
d'ouvrages sur la violence politique, "les salariés veulent exprimer une
colère, une indignation d'autant plus grandes qu'ils ont l'impression d'être
dans une situation économique qui dure et des négociations bloquées. Retenir
son patron apparaît alors comme un sursaut de dignité pour attirer l'attention
sur leur sort injuste". Les édiles se retranchent derrière la loi et son
application pour négliger un nécessaire travail de concertation.
La solution de sortie de crise semblent pourtant se dessiner autour d'une
prise de participation du GPMM dans la société Intramar. L'hypothèse de
l'actionnarisation de l'intervention publique semble ici aussi se vérifier.
Intramar opère sur le terminal à conteneurs de Mourepiane ; l'entrée de
l'Établissement public dans le capital de l'entreprise vise à favoriser le
transfert des personnels (le chiffre de 230 personnes est évoqué, dont 90 à
Mourepiane, le reste dans les bassins ouest) dans le secteur privé... au sein
duquel les pouvoirs publics resteront présents.
L'accord scellé entre la CGT et le GPMM prévoit que le port conservera 34% des parts de la structure chargée de l'exploitation du terminal, soit une minorité de blocage. Le solde sera détenu par l'entreprise Intramar et ses actionnaires (Port Synergy dont le chef de file est le groupe CMA CGM, Sea Invest et Socoma) au terme d'une recapitalisation. Le travail reprend.
vendredi 24 juillet 2009
La Fête est-elle déjà finie pour 2013 ?
Par Nicolas Maisetti le vendredi 24 juillet 2009, 10:05
On
s'attendait à ce que la désignation de Marseille au titre de Capitale
européenne de la culture en 2013 provoque des tensions parmi les élus qui
souhaitent retirer les dividendes politiques du succès. C'est
arrivé avec la polémique autour de la possible création d'un "guichet
unique" qui, à la mairie et non au sein de l'association Marseille-Provence
2013, déciderait de l'attribution du label et de l'allocation des financements.
Les choses se sont (pour l'instant) éclaircies avec la mise au point de
Latarjet, directeur général de l'association. lors du
dernier conseil d'administration de Marseille-Provence, au printemps :
"On a perdu six mois, il est temps de se mettre au travail" avait-il
déclaré.
Le travail risque cependant d'être perturbé par l'acte 2 de la contestation.
Celle-ce ne provient pas des élus mais du monde associatif local. Nous avons
largement évoqué les difficultés du tissu associatif local, tiers-secteur pris
en tenaille entre la dynamique manageriale du projet culturel et les rapports
traditionnels entretenus avec le politique. Si certaines associations de la
Friche ont limité leur engagement dans la candidature à la participation aux
réunions préparatoires, la plupart se sont tenues à l'écart ou ont été tenues à
l'écart, attendant les contours concrets du dossier et les conditions d'accès
aux diverses subventions. D'autres enfin ont été tentées de rejoindre
l'initiative lilloise de la Fête est
finie impulsée par les déçus de la capitale européenne de la culture
nordiste en 2004. (l'illustration de ce billet est la couverture graphique de
leur initiative)
Au début du mois de juillet, le conseil municipal qui a donné le feu au
poudre.
Une baisse générale de 15% des subventions culturelles a en effet été votée
dans une relative indifférente. Le motif ? Le rééquilibrage des
subventions. Comprenez : donnez plus aux associations "performantes" et
moins aux autres. Aux dires de M. Daniel Herman, adjoint à la culture qui a
succédé à Serge Botey à l'issue des dernières élections municipales (il n'a
donc pas participé à l'aventure de la candidature), ce rééquilibrage
s'effectuera en deux temps. En juillet, baisse générale ; en octobre,
ré-injection. Les montants, bien sûr, n'ont pas encore été dévoilé, ni bien
évidemment les critères d'une association culturelle "performante". Ce décalage
dans le temps s'explique par une erreur technique : les dossiers n'ayant
pas pu être présentés à temps. Cet épisode illustre-il l'amateurisme de
l'équipe municipale qui trancherait avec le professionnalisme de la Chambre de
commerce (son Président, Jacques Pfister, faut-il le rappeler, est à la tête de
l'association Marseille-Provence 2013) ? Au contraire, est-il le signe
d'une recomposition, par le haut, d'une clientèle culturelle ?
À ce stade, rien n'est moins sûr tant les relations entre les trois cercles
de la politique culturelle à Marseille semble s'autonomiser. Le cercle
politique est engagé dans une stratégie visant à capitaliser les ressources
proprement politiques de la victoire. L'objectif est d'occuper l'espace
médiatique pour apparaître comme le porteur véritable du projet. Renaud
Muselier joue ici le premier rôle mais Daniel Herman pourrait contribuer à sa
réussite. Reste à savoir comment les autres collectivités locales vont réagir.
On pense principalement aux villes d'Aix et de Toulon et aux Conseils généraux,
mais il ne faudrait pas oublier les petites collectivités locales qui ont
montré à M. Muselier la réalité de leur pouvoir de nuisance quand Marseille
souhaité imposer ses conditions. À ce titre, les modalités de la gouvernance de
l'association Marseille-Provence 2013 où chaque collectivité locale dispose
d'un droit de vote égal sont un rappel permanent aux désirs de la
ville-centre.
Du côté de l'association Marseille-Provence, justement, la polémique lancée par le Ravi sur le licenciement des chargés de mission dès le lendemain de l'annonce de la victoire a laissé des traces. S'il s'est avéré finalement que seulement deux contrats "de petites mains" n'avaient pas été renouvelés, le fantasme d'un projet de "parisiens" pilotés par des technocrates extérieurs aux réalités locales est tenace. Il isole un peu plus Latarjet et son équipe du tissu associatif local. Une partie de celui-ci, réagissant à la coupe des 15%, a ainsi lancé une pétition en ligne qui s'interroge : "Est-ce ainsi que la ville de Marseille relève le défi de 2013 ?"
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