Marseille internationale

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mardi 9 juin 2009

Élections du Parlement européen : les élus de la circonscription Sud-Est

A Les élections du Parlement européen qui se sont tenues dimanche n'ont pas été déterminées, en France comme ailleurs, par les enjeux européens ou par les enjeux locaux - voire par la combinaison des deux, c'est-à-dire la capacité des programmes et des candidats à faire valoir des intérêts locaux et régionaux sur la scène européenne. Pourtant, la récente polémique sur le vin rosé et la mobilisation victorieuse des appellations de Provence rappelle l'une des fonctions des parlementaires européens : le relais entre des espaces politiques d'échelles différentes.

Des collaborateurs de député m'ont confié en ces termes les contours de cette articulation : "Si le commissaire européen en charge des Transports, qui est par exemple Français, comme c’est le cas avec Jacques Barrot, que le député européen est en commission Transport, cela peut faciliter la discussion en disant « voilà, ce qu’il serait intéressant pour une ville comme Marseille, quels sont les programmes européens qui permettraient de… ». Donc, on crée une relation de travail mais à partir des programmes européens." Pour un député réélu dimanche : "une des choses dont je vais beaucoup plus m’occuper au cours de mon second mandat sera de voir quelles sont les liaisons à mettre en place entre le local, mais extensible, eurorégional, de l’ensemble des départements sur lesquels je suis élu ; et le niveau européen. C’est-à-dire quelle aide je peux apporter en tant que parlementaire européen ? Parce que pour l’instant je n’ai pas eu le temps de faire cela. L’élu local qui a du pouvoir dans les relations internationales, c’est le Maire, le Président du Conseil général, le Président de l’intercommunalité, le Président du Conseil régional. En ce qui nous concerne..."

Pour autant, le rôle des élus locaux et régionaux n'échappe pas à la bruxellisation comme en témoigne ce diplomate, spécialiste des affaires européennes : "les élus, eux-mêmes, ont une action de lobbying. Il est de plus en plus fréquent, et d’ailleurs à Paris cela énerve des ministères, de voir des Présidents de Conseils régionaux se déplacer à Bruxelles et aller rencontrer les Commissaires en charge de tel ou tel dossier, et d’aller plaider en direct leurs dossiers. C’est quelque chose d’assez nouveau puisque traditionnellement le domaine des organisations internationales, ce n’est pas la chasse gardée, mais c’est essentiellement l’Etat". Certes, il n'est pas question ici des parlementaires européens, mais ceux-ci peuvent être sollicités dans le cadre de la défense de projets spécifiques de dimension européenne, comme cela a été le cas avec la candidature de Marseille-Provence 2013.

Qui sont donc les élus qui seront chargés de promouvoir ces enjeux locaux à Strasbourg (et à Bruxelles) ? Petit tour d'horizon qui se limitera aux 13 élus de la grande circonscription sud-est qui comprend la Corse, Paca et Rhône-Alpes.

Le grand vainqueur reste ici comme ailleurs, l'abstention, puisqu'avec un taux de participation de 39,63 %, la circonscription a moins voté que l'ensemble du pays avec un taux de 43,01 % et moins que l'ensemble des 27 avec un taux de 42,94 %.

L'UMP arrive en tête au niveau de la circonscription avec 29,5 % des suffrages (en progression de 12 points par rapport aux élections européennes de 2004). Dans les Bouches-du-Rhône, le résultat est un peu en-deçà pour la liste de la stéphanoise Françoise Grossetête qui réalise un score de 26,9 %. La liste UMP parvient à envoyer cinq élus (3 femmes, 2 hommes). Françoise Grossetête est une ancienne adjointe du maire de Saint-Étienne, Michel Thiollière battu aux dernières municipales. Députée européen depuis depuis 1994 et Vice-présidente du groupe du Parti populaire européen depuis 1999, elle vient d'être nommée par son parti pour conduire la liste UMP aux prochaines élections régionales. Damien Abad sera le benjamin du Parlement européen à 29 ans. Président des Jeunes Centristes (Nouveau Centre) à sa sortie de Sciences Po., il est conseiller municipal de Vauvert dans le Gard, son département de naissance. Dominique Vlasto est réélue sans surprise. L'adjointe au maire de Marseille chargée du Tourisme et des Congrès rempliera un troisième mandat. Gaston Franco, ancien député, proche de Christian Estrosi, est maire du village de Saint-Martin-Vésubie à côté de Nice. Il ira siéger pour la première fois au Parlement européen à Strasbourg le 14 juillet. Enfin, Nora Berra, médecin, membre du Mouvement des musulmans laïcs de France et conseillère municipale de Neuville-sur-Saône, fut tête de liste Perben dans le 8ème arrondissement de Lyon lors des dernières municipales. Finalement, sur les 5 élus, on compte une Stéphanoise, une Lyonnaise, un Nîmois, un Niçois et une Marseillaise ; une élus issue de la diversité et de la société civile ; un très jeune ; et deux professionnelles de la politique européenne.

Surprise, en deuxième position, on trouve la liste d'Europe-Écologie qui, avec 18,27 % remporte trois sièges. En 2004, les Verts conduits par Jean-Luc Benhamias avaient réalisé un score de 12%. Michèle Rivasi, normalienne et biologiste, ancienne députée de la majorité plurielle de Lionel Jospin est depuis mars 2008, adjointe au maire de Valence et Vice-présidente du Conseil général de la Drôme pour les Verts. François Alfonsi est le porte-parole du Parti de la Nation Corse, membre de la Fédération des Partis Politiques Régionalistes et Autonomistes. Enfin, Malika Benarab-Attou est une militante des Verts à Chambéry, cadre à la Sécurité Sociale. Bilan pour les Verts d'Europe-Écologie, deux femmes, un homme, une Drômoise, un Corse, une Savoyarde. Au-delà de la sensibilité écolo, ces élus viendront à Strasbourg pour porter des revendications - sinon, des intérêts - de lieux à forte identité culturelle.

Cruelle déception pour le PS et son leader dans le Sud-Est, Vincent Peillon, qui avec 14,49 % des suffrages, ne qualifient que deux candidats - contre 5 lors de la mandature précédente. Il siégera au Parlement européen pour un deuxième mandat avec Sylvie Guillaume, adjointe de Gérard Colomb à Lyon aux affaires sociales.

Jean-Luc Benhamias avec 7,37 % des voix sauve son siège pour le MODEM ; tout comme Jean-Marie Le Pen, dont la liste réalise 8,49% (en recul de 4 points par rapport à 2004) et qui devient le doyen du Parlement européen. Enfin, Marie-Christine Vergiat, militante de la Ligue des Droits de l'Homme, fait son entrée à Strasbourg sur la liste du Front de Gauche qui réalise 5,90%.

Les autres listes ne disposeront pas d'élus. On trouve dans l'ordre NPA avec 4,33%, MPF-CPN avec 4,29%, Alliance Écologie menée par Francis Lalanne, 3,75% et Debout la République avec 1,99%. 11 autres listes réalisent moins de 1% des suffrages.

Une élection se clôt et déjà des projections se réalisent sur les élections régionales qui auront lieu le printemps prochain et au cours de laquelle, la domination du Parti socialiste risque d'être ébranlée si l'on s'en tient à la photographie du paysage local et régional actuelle. En politique, comme ailleurs, la vérité du jour...

mercredi 20 mai 2009

Marseille Espérance : 2013, évènement cultu(r)el

a Jean-Claude Gaudin a ouvert dimanche dernier le premier évènement labellisé Capitale européenne de la culturel. L'association Marseille-Provence 2013 avait choisi de soutenir la 6ème édition du Colloque "Religion et culture, transmission et modernités" organisé par Marseille Espérance. Le programme complet ici.

Y-aurait il quelque chose de surprenant ou de choquant à donner le privilège du lancement de l'opération 2013 à un évènement à connotation religieuse ? Qu'est ce que cet évènement nous dit sur 2013 et sur Marseille ? Pour répondre à ces questions, il est évidemment indispensable de revenir sur la place de Marseille Espérance dans le dispositif local de la régulation politique, sociale et donc, culturel.

En 1990, au lendemain de la profanation du cimetière juif de Carpentras, le maire de Marseille, Robert-Paul Vigouroux décide de créer une structure informelle rassemblant les responsables locaux des religions principales de la ville. Les évêque catholique, orthodoxe et arménien, le pasteur protestant, le cheikh président de la Fédération des musulmans du sud de la France, un imam sénégalais, le grand rabbin de Marseille, ainsi que des associations laïcs (Radio Gazelle, association des Vietnamien de Marseille) inaugurent ce groupement.

À l'origine de ce dossier on trouve Bruno Étienne, universitaire, spécialiste des religions, récemment disparu et qui selon son collègue et ami, Franck Fregosi, "n'a cessé d'affirmer l'inexistence d'une communauté musulmane entendue comme un ensemble monolithique d'individus ayant les mêmes pratiques, défendant les mêmes intérêts et mus par le souci de l'unité communautaire". Ses travaux sur l'islam tendent à montrer que la religion n'est pas importée, mais qu'elle est retraduite par les conditions nationales et locales au sein desquelles elle s'exerce. En d'autre terme, l'islam, tel qu'il est pratiqué en France, est une religion française. En outre, il insistait dans ses travaux et son enseignement sur la dimension laïque de la religion, sur les espaces non strictement religieux investis par les membres des soi-disant "communautés".

A On peut tout de même se demander si, malgré les louables intentions de ses pères fondateurs, Marseille Espérance serait autre chose qu'un outil politique au service de la gestion clientélaire des communautés. "L'avenir de Marseille, son dynamisme et sa prospérité, le bien-être de chacun, dépendent de la revitalisation de l'économie, mais en même temps de la qualité des rapports entre les communautés" déclare M. Vigouroux lors de la réunion inaugurale. Élargi progressivement à d'autres cultes (jusqu'au Grand vénérable de la Pagode de la Savine), Marseille Espérance déclare dans sa charte sa conviction dans l'instauration "d'un dialogue et d'une meilleure compréhension entre tous les Marseillais". À son arrivée à la mairie, Jean-Claude Gaudin décide de continuer l'expérience qui se signale par des prises de position mises en scène de manière spectaculaire : en 1996, le meurtre d'un jeune par un homme d'origine maghrébine suscitant une violente campagne raciste de la part du Front national ou les attentats du 11 septembre sont l'occasion pour Marseille Espérance d'exprimer un "œcuménisme politique" selon l'expression de Samson et Péraldi.

Pourquoi avoir confié à Marseille Espérance la primeur du label Capitale européenne de la culture ? Donnons la parole à Bernard Latarjet, directeur général de l'association Marseille-Provence 2013, qui s'exprimait au mirco de Med'in Marseille : "Les religions sont des composantes essentielles des cultures. Elles sont même souvent fondatrices des cultures, spécialement en Méditerranée. Aujourd'hui, en Méditerranée, mais partout dans le monde, la question des rapports entre la culture et la religion, entre la révélation et la raison, entre la foi et la connaissance... Elles sont à la fois fondatrices des cultures de Méditerranée, qui doivent connaitre à Marseille-Provence en 2013 une illustration exemplaire, mais elles sont aussi une actualité de plus en plus importante. Oui, les religion auront une place importantes dans les célébrations de Marseille-Provence 2013."

Dans le droit fil de l'édition 2008 des Rencontres d'Averroès, cette initiative tend à souligner le rôle assigné à la religion dans le dialogue culturel euroméditerranéen. Un rôle que l'on voudrait le plus éloigné possible du discours des chocs de civilisation qui voyait dans le culte, une institution archaïque à l'origine des conflits et des résistances à un supposé progrès universel (le marché, la démocratie libérale, la laïcité occidentale). La ville, parce qu'elle est le réceptacle d'investissements pluri-cultuels - même lorsque cet investissement est alimenté par une récupération politique, contribue à déplacer le dialogue entre les religions sur le terrain de la culture. Elle constitue ainsi un espace privilégié, une alternative aux politiques et aux discours sécuritaires. En choisissant de labéliser un évènement de Marseille Espérance pour lancer la Capitale européenne de la culture, Marseille 2013 se place ainsi d'emblée sur le terrain euro-méditerranéen du dialogue, conformément au thème du "passeur-traducteur" cher à Étienne Balibar, sans oublier de s'adresser à ses populations. Premier défi relevé ?

mercredi 13 mai 2009

La recherche d'une marque

A Certaines villes n'ont pas besoin de label pour s'imposer dans la compétition des territoires. Leurs ressources et leur capacité de commandement suffisent à faire d'elles des places dominantes, des "villes globales" : New York (on se souvient toutefois du logo "I Love NY" imaginé Milton Glaser en 1977), Londres, Paris, Tokyo. D'autres ont besoin d'organiser des campagnes pour vendre la ville en mobilisant des images, des slogans ou des personnalités capables de représenter et de véhiculer le message.

L'office du tourisme de Lyon présente sa trouvaille marketing en forme d'anagramme : "Only Lyon". "Visible, claire, facilement repérable et mémorisable, cette nouvelle signature est à la fois moderne et compréhensible à travers le monde entier" apprend on sur leur site, "elle illustre la volonté de la métropole d'affirmer sa différence, ses valeurs, son identité, sa personnalité et son exclusivité. Sa stratégie vise à faire de Lyon un fleuron économique européen, en capitalisant sur son leadership (...). Cette nouvelle signature s'adresse en premier lieu aux décideurs et prescripteurs des grandes capitales européennes. Mais elle est aussi destinée aux Lyonnais pour exprimer leur fierté et leur identité, qui sont appelés à devenir les premiers ambassadeurs de leur ville en s'emparant de cette signature." Lyon est ainsi un cas d'école : le label doit être facile et percutant, moderne (?) et projetable en dehors de la ville, s'adresser aux habitants et aux décideurs internationaux.
À Barcelone, Manu Chao est convoqué pour vanter les "raisons qui font choisir" la capitale catalane dans un clip très efficace. Bordeaux met en avant de manière moins convaincante Le Port de la lune, son estuaire classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Et Marseille dans tout cela ? Existe-t-il quelque chose comme une marque Marseille, un label de promotion de la ville à l'étranger et positionnant son territoire dans la compétition mondiale ? Un infographiste a réalisé pour une association humanitaire locale une affiche "Marseille is beautiful" collectant des photos de la vile. "Fiers d'être Marseillais", le slogan des supporters de l'OM - époque Tapie - a pu s'imposer également avant d'être récupéré par une entreprise commerciale et sombrer dans un goût douteux. Dans le cadre de la candidature de Marseille au titre de Capitale européenne de la culture, l'Agence Provence Promotion, portée par le Conseil général et soutenue par la Chambre de commerce et d'industrie, a lancé en 2007 une initiative devant aboutir sur une "Charte stratégique de communication du territoire". Il s’agit de créer une situation dans laquelle toutes les campagnes de communication des entreprises du territoire se réfèrent à une charte commune.

Ce qui est remarquable dans ses tentatives c'est qu'elle repose sur des acteurs extérieurs à la ville. La direction de la communication n'a pour l'instant pas jugé utile de se lancer dans une campagne de promotion à grande échelle, tandis que l'Office du Tourisme et des Congrès ne semble pas disposer d'un budget suffisant pour être à l'origine d'un projet de cette nature. Ainsi la labellisation de la ville est externalisé et échappe aux intérêts qui pourraient être défendus par une collectivité locale au profit d'acteurs informels ou économiques. En outre, les cibles de la communication urbaine à Marseille semblent tournées vers le local. On tente de convaincre les Marseillais d'être des acteurs de leur ville (lisez : "ramassez vos papiers s'il vous plait") et d'en être fiers alors même que le mouvement général du marketing urbain est tournés vers les "décideurs nationaux et étrangers" comme le rappelle la campagne lyonnaise. La tendance de l'internationalisation des espaces urbains se manifestent par un ensemble de politiques visant à attirer capitaux, investisseurs, touristes et emplois qualifiés sur un territoire élargi. À ce titre, l'usage d'outils de communication de portée mondiale s'imposent.

Le titre de Capitale européenne de la culture 2013 - par ailleurs officiel depuis hier et la réunion du Conseil Culture de l'UE - ainsi que l'opération Euroméditerranée semble pouvoir pallier à cette carence en élargissant le territoire considéré. Il s'agirait moins de promouvoir la ville à l'étranger que d'insister sur les atouts d'un territoire. L'exportation du périmètre de Marseille-Provence s'accompagnerait de l'invention d'un nouveau territoire métropolitain dont l'identité serait "euro-méditerranéenne". Après tout, la campagne "I Love NY" n'a-t-elle pas été commandé par l'État de New York et non sa ville ? Ou comment la construction et la promotion d'un nouveau territoire conduit à la redécouverte de la centralité de la ville-mère.

jeudi 30 avril 2009

La crise une chance pour l’Union pour la Méditerranée ?

A Des anciens chefs de gouvernement français, italien, espagnols et algériens, des anciens ministres libanais, turcs, marocains, grecs, un ancien vice-président de la Banque mondiale égyptien et le président de la Fondation Anna-Lindh (liste non-exhaustive) ont signé ce mercredi une tribune dans laquelle ils appellent les chefs d'États et de gouvernements à se saisir de "l'opportunité historique" offerte par l'Union pour la Méditerranée (UpM) pour enrayer la crise économique mondiale et inventer un nouveau modèle de développement.

Se saisir de l'UpM par le truchement de la crise économique est une initiative suffisamment originale pour que l'on s'y arrête quelques instants. Surtout, la tribune recèle en creux les premiers indices d'une inquiétude exprimée lors du lancement du projet en juillet dernier et pas dissipée depuis.

De manière classique dans le discours sur la Méditerranée, les signataires envisagent l'UpM comme une occasion d'appréhender les relations Nord-Sud sur un mode plus réciproque et moins inégalitaire : "tout ce qui manque à la rive nord, le dynamisme démographique, les marchés, l'énergie, on le trouve à quelques centaines de kilomètres au sud ; réciproquement tout ce qui manque au sud, notamment la technologie, l'organisation, et le cadre favorable à l'investissement et la productivité, on le trouve sur la rive nord."

Ce qui est moins classique c'est le lien qui est établi entre le contexte économique mondial et les potentialités du partenariat euroméditerranéen, moins pour résoudre les problèmes posés en terme de relance et de régulation des marchés financiers, que pour définir de nouvelles règles du jeu. La crise serait le signe d'une nécessaire triple mutation : le passage de l'économie virtuelle à l'économie réelle ; la promotion de nouveaux modes de consommation et d'activités durables ; enfin, le remplacement des logiques Nord-Sud par "des solidarités de proximité". À ce stade, il semble que l'appel aux "mutations" exprime davantage la volonté de renouer avec un fonctionnement régulier des marchés (économie réelle, développement durable, c'est-à-dire croissance maîtrisée, ancrage géographique des échanges) qu'un saut en avant vers un "nouveau modèle". L'histoire récente des relations euroméditerranéennes a semblé buté continuellement sur le problème de la redéfinition des rapports politiques et économiques entre des aires géographiques aux modèles, aux niveaux et aux potentiels de développement pour le moins différenciés. On n'a jamais cessé, d'une part, d'appeler à la construction d'un tiers-modèle qui ne soit ni le régime d'accumulation capitaliste et libéral, ni le régime planificateur et autoritaire. On n'a jamais cessé, d'autre part, de reproduire les schémas anciens, généraux mais trop flous pour enclencher une véritable dynamique de coopération, en dehors des accords conclus sur la corbeille sécurité et lutte anti-terrorisme. Les relations euroméditerranéennes se sont heurtées à l'impossible définition d'une troisième voie.

Et pourtant, la tribune signée par ces membres du comité de parrainage politique de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMed) évacue justement les questions sécuritaires pour se focaliser sur les enjeux économiques : "au-delà de conflits qui, pour être très douloureux, relèvent d'un passé qu'il faudra solder, le Bassin méditerranéen redevient un des carrefours stratégiques des échanges mondiaux". La formule est intéressante car elle marque une rupture avec 15 ans de négociation. Les "conflits" (il faut lire le conflit israélo-palestinien et ses répercussions dans le monde arabe) sont balayés d'un revers de main et relégués dans le passé pour faire place aux enjeux économiques. Là, réside la principale innovation de l'UpM par rapport à sa grande sœur du Processus du Barcelone : "concentrons-nous sur les projets, laissons le règlement des conflits qui empoisonnent les initiatives de coopération à d'autres enceintes, d'autres acteurs" semblent nous dire les signataires en échos aux déclarations de Nicolas Sarkozy lors du Sommet de l'Élysée. Les signataires semblent avoir vu juste tant la dialectique entre les projets concrets versus la négociation diplomatique reste le nœud de tous les écueils. Les logiques de projets pour neutraliser les effets des conflits. Mais que faire quand les blocages politiques de haut niveau empêchent sur le terrain la mise en œuvre des chantiers prévus (dépollution, énergie, transport, technologies numériques, formation) ? C'est l'articulation impossible entre high et low politics qui a, jusqu'ici, empêché le partenariat euroméditerranéen de produire des effets d'entraînement.

Dans cette perspective, l'appel à la volonté politique pour que les gouvernements soient pleinement "acteurs" de l'UpM se doublent ainsi d'un appel aux chefs d'entreprise "pour qu'ils intègrent leurs projets de développement dans ce nouvel espace". Malgré un recul en 2008, les rapports successifs de la plateforme ANIMA relatifs à la progression des IDE semblent indiquer que les chefs d'entreprise des deux rives n'ont pas attendu les négociations internationales pour investir un espace naturel pour eux. On peut regretter toutefois que la tribune laisse de côté l'implication indispensable du reste de la société civile et des collectivités territoriales dans l'élaboration et la mise en œuvre des projets.

Il reste que la tribune est une profitable piqûre de rappel pour les promoteurs d'un partenariat renouvelé et relancé entre les deux rives. L'UpM conçue comme la relève du Processus de Barcelone semble toujours cherché la voix étroite qui lui permettrait de sortir des faces à faces stériles et bloc Nord contre bloc Sud ainsi que du point aveugle sécuritaire qui a trop longtemps constitué l'horizon des relations euroméditerranéennes.

mercredi 22 avril 2009

Exposition Itinéraires à Euroméditerranée

A Vu dans le quotidien La Marseillaise, l'opération d'aménagement urbaine et de développement économique Euroméditerranée lance une exposition intitulée "Itinéraires" : "Six cubes (1,7 mètre de côté), conçus comme du mobilier urbain, proposent un parcours pour faire connaître l’opération de réaménagement". L'exposition est mobile et change de lieux tous les 15 jours : du 5 au 17 mai, au parc Borély ; du 19 au 31 mai, au parc du 26e centenaire ; du 2 au 14 juin, au parc Longchamp ; du 16 juin au 5 juillet, au parc François-Billoux ; et du 7 au 29 juillet, sur le cours d’Estienne d’Orves.

L'enjeu principal de l'exposition réside dans une prise de conscience d'un manque d'ancrage social de l'opération Euroméditerranée et montre la volonté de la nouvelle direction politique de l'Établissement public (Guy Tessier a remplacé Renaud Muselier il y a un an) de rompre, pour partie, avec l'image managériale de l'opération. Depuis sa création en octobre 1995, l'Établissement public, créé pour gérer "l'opération d'intérêt national", s'est efforcé de trouver un équilibre entre sa fonction de rénovation urbaine et sa fonction de développement économique. Certes, dans l'esprit des animateurs de l'opération les deux piliers sont liés. La rupture avec la paupérisation des quartiers centraux devaient passer par une revalorisation du bâti et du foncier, des populations nouvelles (plus jeunes, plus riches, plus mobiles) seraient attirées, ainsi que des entreprises et des touristes séduits par la nouvelle forme de la ville et de son centre. Le tout devant entraîner un changement de l'image de Marseille et enclencher une dynamique économique positive. L'une des focales emblématiques du projet étant la Rue de la République qui symbolise et manifeste historiquement la polarisation spatiale nord-sud de la ville et la stratégie de "reconquête" du centre.

Toutefois, cette articulation ne s'est pas déployée de manière si mécanique. Entre 1995 et 1998, "Euroméditerranée est réduite à une opération d'aménagement classique" selon Gilles Pinson. Le pilotage politique du projet est réduit, l'équipe mise en place manque d'expérience en matière de gestion des procédures d'aménagement et l'ensemble donne l'impression d'une approche exclusivement technique, en particulier lorsque l'on observe le contenu du Schéma de référence d'urbanisme d'Euroméditerranée publiée en 1998 par la direction de Dominique Becker.

En 1998, Jean-Michel Guénod remplace Becker à la direction générale de l'Établissement public. Il tente d'insuffler une dynamique de projet à une opération réduite à une simple ZAC trop procédurière. Ce virage vise à définir des orientations générales sur lesquelles viendraient se greffer des projets intermédiaires. Euroméditerranée est conçue à cette époque comme un acteur structurant de multiples initiatives, engendrant des dynamiques générales sur une échelle de temps plus longue. L'Établissement public semble préfigurer un nouvel outil de gouvernance succédant à une gestion clientélaire essoufflée. Ce n'est pas une simple coïncidence si la période voit se créer un deuxième Établissement public, la communauté urbaine Marseille-Provence Métropole. Les élites urbaines semblent avoir pris conscience de la nécessité de produire un système local élargi à d'autres échelles et d'autres acteurs, reposant sur le projet et capable de faire émerger un pouvoir métropolitain dégagée des contraintes de la compétition politique dans un contexte marqué par un endettement croissant de la ville.

En 2004, toutefois, François Jallinot, nouveau directeur général, imprime une nouvelle orientation à l'opération. Il s'agit désormais de crédibiliser Euroméditerranée en faisant sortir de terre le plus rapidement possible des réalisations concrètes. La dimension immobilière de l'opération domine les enjeux. Le marché est le point de référence unique, un rythme sur lequel se cale les promoteurs. La conséquence la plus manifeste sera de ralentir la constitution timide d'un système d'acteurs élargis mobilisés autour d'Euroméditerranée. L'appel à la société locale amorcé par Becker se tarit et se limite aux acteurs techniques et politiques. La Chambre de commerce et les entrepreneurs locaux sont tenus à l'écart de cette dynamique collective limitée.

Ce déficit d'ancrage social n'est pas sans conséquence dans la réaction des populations et des groupes organisés qui vivent sur le périmètre. Cette réaction se manifeste par l'usage du recours qui consiste à contester devant les tribunaux administratifs la validité des permis de construire. Si ces recours mettent rarement en cause la réalisation, ils retardent considérablement les travaux. Ils témoignent surtout de la faiblesse des effets des pratiques délibératives ou concertatives dans Euroméditerranée.

Si l'exposition Itinéraires se révèlera probablement insuffisante pour renouer avec une production concertée de l'action publique locale, elle montre une prise de conscience politique de ce déficit. Guy Tessier résume le sentiment général "au départ, mon prédécesseur voulait faire d’Euroméditerranée un quartier d’affaires. C’est un quartier de vie dont moi je voudrais." Pour qu'Euroméditerranée ne soit pas qu'une maquette d'urbaniste.

Photos : Maquette Euroméditerranée, Les Docks

mercredi 1 avril 2009

Marseille 2013 : les premières fissures du jouer collectif

A La désignation en septembre dernier de la ville de Marseille du territoire Marseille-Provence, comme Capitale européenne de la culture a suscité l’enthousiasme mais aussi la surprise des observateurs et des acteurs de l’actualité marseillaise. « Marseille 2013, c'est la victoire d'une méthode : le jouer collectif, a déclaré M. Pfister, le président de la candidature, c'est la réussite d'un formidable élan du territoire Marseille-Provence, dont les acteurs politiques, économiques et culturels de 130 communes ont su se rassembler autour d'un même projet militant ». En conférence de presse ou sur leur blog personnel, les trois élus principaux de la région se félicitent de cette unité retrouvée. Pour M. Gaudin, « c’est l'esprit d'équipe qui a gagné. Nous avons eu l'appui de 80 collectivités qui ont toutes une richesse extraordinaire. Nous nous sommes réunis et nous avons gagné » ; M. Guérini, « ensemble, au-delà des clivages politiques, nous avons su relever un véritable défi. Ensemble, je suis certain que nous ferons gagner la culture dans les Bouches-du-Rhône et à Marseille » ; ou M. Vauzelle , « la victoire d’aujourd’hui est le résultat d’une démarche exemplaire de partenariat entre les différentes collectivités dont la Région se félicite. C’est une belle image de la politique et de notre région que nous avons offerte, en démontrant notre capacité à travailler ensemble, élus de tous bords, acteurs culturels et économiques, sur un projet majeur pour notre développement et notre rayonnement ».

Cette unité davantage qu’un consensus semble avoir été assuré par le pilotage du monde patronal local, métropolitain regroupé autour de la Chambre de commerce et de son président Jacques Pfister, par ailleurs président de l’association Marseille-Provence 2013. La dépolitisation de la conduite du projet fut un atout dans la candidature : elle a permis de désamorcer par avance les rivalités et de surmonter la fragmentation politique. Ainsi, la gouvernance de l’association assure la stricte égalité des collectivités locales et des institutions partenaires dans la prise de décision. À l’image du projet de Lille 2004, cette méthode a contribué à reconsidérer le pouvoir métropolitain autour de représentations internationalisées et managériales à rebours du folklore régional promues par certaines structures associatives culturelle locales et par certains élus.

Les «Ateliers de l’Euroméditerranée » imaginées par Jean Digne dans son projet de « Mille Talents, Milles Projets, Mille Entreprises » entendent développer dans les entreprises de Marseille, l’accueil et le travail en résidence de créateurs et d’artistes internationaux. Il est révélateur de souligner que le projet de M. Digne est issu d’une commande des « Mécènes du Sud » fondés par une dizaine de grandes entreprises dont les activités sont tournées vers l’international et qui fut le format de départ de la candidature.

On pourrait à l’envi insister sur la primauté des élites économiques métropolitaines sur les mondes politiques marseillais. Cette primauté, toutefois, ne doit pas nous conduire à conclure à la subordination des élus face aux patrons. Ces derniers se sont appuyés sur les édiles et leurs ressources pour relayer des intérêts partagés auprès des institutions européennes. L’idée est en effet d’utiliser la culture comme un levier d’attractivité et promotion de territoire. L’organisation d’évènements culturels n’est pas la finalité de l’opération. Celle-ci réside davantage dans la progression de l’agglomération marseillaise dans la hiérarchie des villes européennes. Le Club Ambition Top 20 mis en place par la Chambre de commerce organise des road shows dans les villes européennes pour promouvoir la candidature et occuper un rang supérieur dans la compétition territoriale. La trajectoire de la candidature est ainsi un objet particulièrement intéressant pour observer la pluralité des changements d’échelles qui président à la transformation des pouvoirs urbains et à l’émergence d’une gouvernance métropolitaine à Marseille.

Cette gouvernance n’est pas synonyme, nous le répétons car la notion de gouvernance est parfois sujette à des interprétations en ce sens, d’une évacuation du politique. La récente empoignade lors du Conseil municipal de la ville de Marseille en début de semaine est là pour en témoigner. La passe d’armes qui a opposé Renaud Muselier, délégué spécial de la ville pour la Capitale européenne de la culture 2013, et Jean-Nöel Guerrini, chef de file de l’opposition municipale, indique que nous sommes passés à une autre phase dans le projet. Une phase propice au reclassement des acteurs politiques.

La polémique porte sur une information faisant état de la volonté de la mairie de mettre en place un « guichet unique » qui permettrait de centraliser les demandes de participation aux projets culturels et le cas échéant, de les sélectionner. L’enjeu n’est pas mince : la mairie, qui a participé dans la phase de la candidature à hauteur de 90% du financement de l’association, entendrait décider seule de l’attribution du label et des financements inhérents.

Le groupe socialiste réagit par une lettre adressée à M. Gaudin et parue dans les quotidiens régionaux samedi dernier appelant curieusement au « rassemblement ». L’issue de la controverse n’est pas l’essentiel ici. Retenons que les élus sont de retour sur le devant de la scène 4 ans avant le lancement des festivités officielles. Cette lutte pour une potentielle récupération ne sera pas sans inquiéter les chefs d’entreprise qui avaient tout mis en ouvre pour éviter les retombées négatives de la division politique.

Une inconnue demeure, celle de l’exclusion du tissu associatif local de la définition du projet culturel. Thème sur lequel nous aurons probablement l’occasion d’y revenir.

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

Photo : http://marseilleunautreregard.wordpress.com/

samedi 21 mars 2009

Livre : "Gouverner la ville par projet" de Gilles Pinson

A Le thème de la gouvernance urbaine a connu un fort engouement académique depuis le milieu des années 1990, en particulier dans le sillage des travaux de Patrick Le Galès. Gilles Pinson inscrit son ouvrage sur les projets de ville dans cette perspective : la transformation et le retour au premier plan des villes européennes, entendues comme des acteurs collectifs, doivent être compris comme les produits de la "redistribution de l'autorité politique entre les niveaux territoriaux et de changement d'échelle des processus de gouvernement des sociétés européennes". L'idée de Pinson, commune aux tenants de la gouvernance urbaine, est d'articuler les échelles de gouvernement avec les formes de l'action publique. En d'autres termes, la description des modulations entre les espaces de la prise de décision permet de comprendre et d'expliquer les mutations de la décision même.

Facteurs exogènes et endogènes du "retour des villes européennes"

Ce livre envisage les transformations de l'État, l'européanisation des politiques locales et les conditions d'entrée des territoires dans les marchés mondiaux, d'une part, les nouveaux rôles politiques des élites locales, l'évolution des agendas urbains et leur impact sur la régulation sociale des espaces locaux, d'autre part, en s'appuyant sur des projets urbains dans 5 villes européennes : Manchester, Turin, Venise, Nantes et... Marseille ! Dans chacun des cas, l'auteur montre que ces deux séries de facteurs poussent les villes à se positionner sur une compétition territoriale. Ce marché des fonctions urbaines pousse les espaces urbains à développer des avantages comparatifs reposant sur un diagnostic partagé de ce que doit être la ville. À ce titre, la démarche de projet n'est pas séparable des réflexions relatives à la fabrication de l'identité des villes. Toutefois, l'analyse de l'entrée des territoires dans les flux d'échanges mondiaux s'accompagne d'une observation fine des transformations du pouvoir dans les villes. L'un des points forts de l'ouvrage est ce dialogue continu entre les explications exogènes et endogènes des démarches de projets et de la transformation de l'action publique locale.

Projets de ville et réseaux d'acteurs locaux

Les projets urbains visent moins pour l'auteur à résoudre des problèmes d'action publique (rénovation urbaine, développement économique, aménagement, construction d'équipements...) que de construire des systèmes d'acteurs capables de se mobiliser et de se coaliser de manière durable et stabilisée. Les projets ne font pas que produire une série de politique publique, ils produisent surtout des interdépendances entre des acteurs publics et privés, nationaux, régionaux et locaux. Le projet sert avant tout à mobiliser et à coordonner. L'une des conséquences de la pluralisation de l'action publique locale est le "décentrement" (une perte de centralité) des acteurs politiques et étatiques dans la définition des processus et du cadrage au profit des élites économiques et des démarches empruntées à la logique marchande. Nous serions passés (pour schématiser à grands traits) d'un modèle vertical et hiérarchique de l'action publique, piloté par l'Etat, à un modèle horizontal et pluraliste, orientée par le marché. La conclusion de l'auteur sur ce point prend à contre-pied le sens commun et une bonne partie des travaux existants. Selon Gille Pinson, cette situation plus confuse, aux acteurs et aux échelles enchâssés dans des dynamiques délibératives diffuses et extra-politiques, ne créent pas mécaniquement l'ingouvernementalité. Au contraire, la gouvernance urbaine peut produire une certaine efficacité politique et démocratique même si l'auteur ne néglige pas la portée souvent élitiste des projets urbains, dont les focales foncière et compétitive se traduisent par une marginalisation des catégories populaires.

Marseille et le contre-exemple Euroméditerranée

L'ouvrage présente 5 études de cas de projets, construits comme des "nouveaux instruments de politique ubaine". Le projet et le cas concret constituent le pivot de l'analyse à travers duquel sont expliqués les changements dans les échelles et les contenus de l'action publique locale. Au fil de la lecture, l'auteur nous propose des encadrés sur chacun des projets et confronte concrètement le cadrage analytique avec le terrain. Or, ce qui frappe dans le cas de Marseille, c'est que le projet Euroméditerranée fait figure de contre-exemple. Sur la conversion du capitalisme local au tournant post-fordiste, sur la mise sur l'agenda politique du projet, sur la réécriture de l'identité locale, sur le dialogue entre méta-projets et projets-opérationnels, sur la valorisation de l'enjeu de la constitution de la société locale en acteur collectif, sur les logiques délibératives, sur les demandes sociales exprimées... Euroméditerraée contraste avec les autres projets (Ile de Nantes, Porto-Marghera à Venise, les candidatures olympiques de Manchester, et le plan stratégique de Torino Internazionale). Cette singularité ne justifie pas une monographie des logiques marseillaises ?

mercredi 11 mars 2009

Réparations navales : les leçons d'une crise

A Cette fois, c'est fini. Hier, mardi 10 mars, le Tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire de la société Union Navale Marseille (UNM). Le Juge a refusé la solution du redressement judiciaire proposée par les syndicats qui s'appuyaient sur l'épaisseur du carnet de commande (2 millions d'euros, selon les avocats des salariés) de l'entreprise de réparation navale (140 salariés). Retour sur un conflit qui revêt à Marseille une dimension fortement symbolique et identitaire au-delà des enjeux économiques.

En janvier dernier, des revendications syndicales s'organisent pour dénoncer le recours de la société à la sous-traitance, entraînant, selon eux, des risques en termes de sécurité et de condition de travail. La problématique de la sous-traitance s'inscrit de manière plus générale dans la réforme des ports lancé en janvier 2008 par le gouvernement. Celle-ci repose sur le constat du manque de compétitivité des ports français et prévoit le transfert des activité de chargement à des entreprises privées et modifie le statut de certains personnels de manutention portuaire des Grands ports maritimes (nouveau nom des Ports autonomes). La CGT approuve l'accord-cadre en octobre 2008, soit dix mois après le lancement du processus et trois mois après le vote de la loi du 4 juillet 2008 portant réforme portuaire qui réformait la gouvernance et l'organisation des ports français dans l'optique d'une adaptation aux enjeux européens : il s'agit de se conformer aux dynamiques normatives communautaires.

En 2001, la Commission avait en effet présenté une proposition de directive concernant l’accès au marché des services portuaires, avant une deuxième version remaniée, en 2004. A la suite du rejet, à deux reprises, par le Parlement européen (en novembre 2003 et en janvier 2006) des “paquets portuaires”, la Commission décide, le 8 mars 2006, de retirer ses propositions. Dans sa communication au Conseil et au Parlement européen de juin 2006, au sujet de l’examen à mi-parcours du Livre blanc de 2001, la Commission, souligne la nécessité “d’exploiter pleinement les ouvertures de droit international” afin de favoriser l’émergence d’un marché intérieur de la navigation au sein de l’Union européenne. La création de cet “espace maritime commun” implique une réglementation et des infrastructures communes autorisant une continuité des solutions logistiques entre Etats membres, exploitant tous les modes de transport (maritime, fluvial et ferroviaire).

A ces phases communautaires et nationales a succédé une phase de négociations locales : les Grands Ports avaient jusqu'à janvier pour identifier les activités à transférer. À Marseille, et singulièrement en ce qui concerne l'UNM, cette négociation se déroule dans un climat de tension et de rapports de force. En février, l'UNM s'apprête à se séparer de sept de ses collaborateurs a qui il est reproché, le 17 janvier lors d'un mouvement de grève, d'avoir empêché plusieurs salariés d'entreprises sous-traitantes de travailler à bord de navires en réparation. La CGT dénonce de son côté un recours abusif à la sous-traitance et reproche à la direction de ne pas embaucher assez. Du côté, des fédérations d'entrepreneurs portuaires, on s'inquiète du format que prend la réforme en critiquant... l'État : "Nous avons rêvé que cela pourrait changer et que le transfert des outillages au privé permettrait d'aller vers davantage de fiabilité et de compétitivité. On sait faire. Mais le rêve s'est arrêté et nous pensons que l'État, au nom de l'intérêt national, va privilégier l'option d'une filiale dans laquelle il sera majoritaire. Et les opérateurs minoritaires" déclare à la Provence l'Union française des industries pétrolières (Ufip). La situation se crispe sur le terrain (grèves sporadiques, recours au Tribunal de Grande Instance...) et l'État ne parvient pas à jouer le rôle de médiateur - d'honest broker - dans cette affaire. Le 20 février, le TGI donne raison aux syndicalistes et demandent à l'UNM de réintégrer les salariés assignés par la direction pour "entrave à la liberté de travailler'".

La réaction du groupe espagnol Boluda ne se fait pas attendre. Le 4 mars, elle menace de mettre un terme aux activités de sa filiale marseillaise UNM, en demandant à la direction de déposer le bilan et de solliciter la liquidation judiciaire de l’entreprise. La situation se radicalise lorsque un groupe d'individus vêtus de cagoules et armés de masse investissent "Le Corse", en réparation sur le chantier, tentent de faire sauter les bouchons de nable scellés sur le métal et sans lesquels toute remise à l'eau est impossible. Surpris durant l'opération par le commandant, le commando a pris la fuite. L'affaire prend alors une tournure politique quand Roland Blum, 1er adjoint du maire de Marseille, et Dominique Vlasto, députée européenne et adjoint au Tourisme et au Congrès, interpellent le gouvernement. "Marseille, c'est la République, la réforme portuaire s'y appliquera aussi", déclare l'édile tandis que Madame Vlasto "n'accepte pas qu'une poignée de syndicalistes viennent casser l'économie d'une ville alors que comme dans la plupart des grandes métropoles, à Marseille l'économie passe par le tourisme. Ils mettent en péril une partie de l'emploi local" à la suite du blocage du terminal de croisière.

L'épilogue s'est donc joué au Tribunal de commerce qui a confirmé la liquidation judiciaire. Cette décision pose la question du maintien à Marseille des activités de réparation navale sur lesquelles s'est construit une partie de la prospérité du système industrialo-portuaire marseillais à partir du XIXème siècle. C'est l'identité économique du district qui est remis en cause par les évolutions du capitalisme mondial, la succession des étapes législatives et ses répercussions sociales. Une partie de la radicalisation du mouvement s'explique peut-être par cet enjeu culturel. La question qui se pose, en effet, est celle de l'usage de l'outil portuaire pour les métropoles engagés dans une compétition mondiale. Celui-ci doit-il continuer à jouer un rôle dans la production matérielle des richesses et donc continuer à s'articuler autour d'activités industrielles ? Ou doit-il être un instrument du marketing urbain, un dispositif essentiellement communicationnel chargé d'attirer les touristes ? Si la première option semble compromise aujourd'hui, le risque est de couper le fil qui unissait, certes de plus en plus difficilement depuis le déclin des performances du port de Marseille, les activités économiques et les ressources sociales et identitaires qui l'animaient.

Photo : Le Point © TSCHAEN/SIPA

samedi 7 mars 2009

Plus belle la vie dans la mondialisation

1 La série télévisée Plus Belle la Vie (PBLV) diffusée sur France 3 tous les soirs de la semaine réalise une audience supérieure au Journal télévisé de France 2 (selon Médiamétrie, autour de 22% de part de marché, soit presque 6 millions de téléspectateurs). La suppression de la publicité sur le service public après 20H et l'avancée de l'horaire du programme a renforcé les inquiétudes dans les rédactions des JT. On apprend par ailleurs que le New York Times a consacré un long papier au phénomène.

La série, qui met en scène la ville de Marseille comme un personnage de fiction à part entière, est tournée dans les locaux de l'ancienne manufacture de tabac fermée en 1990 et laissée en friche. En 1992, l'association Système Friche Théâtre investit les lieux pour mettre en œuvre un projet de "conquête de nouveaux territoires de création" afin de "poser autrement les enjeux de production et dégager de l’espace et du temps pour les artistes." Le site est situé au cœur de la ville-centre paupérisée et dégradée par le déclin des activités industrielles. La conjonction des projets culturels et urbanistiques débouche sur la constitution d'un avant-pont des activités artistiques inscrit dans un pôle média connecté aux échanges et aux réseaux internationaux..

En effet, le site est intégré au périmètre de l'opération Euroméditerranée. Or, la Friche se situe clairement dans l'optique des objectifs promus par le projet de développement économique et de rénovation urbaine : revitaliser économiquement et architecturalement un hyper-centre jusqu'alors peu attractif dans la course aux territoires.

À côté des actifs culturels de la ville désormais agglomérés autour de la perspective de 2013 et du label de capitale européenne de la culturelle (MUCEM, Cité régionale de la Méditerranée, Rencontre d'Avérroès, etc.), la Friche de la Belle de Mai est conçue comme la bulle média de l'opération. Selon un membre de l'Établissement public "on y construit un pôle dédié au média et en particulier aux contenus pour mobile. Et là, clairement l’offre qu’on défend n’est pas une offre d’accès à un marché mais une offre d’accès à des compétences. On essaie d’attirer des entreprises qui feraient abstraction des marchés locaux pour se focaliser sur les compétences qui gravitent autour du pôle. Et là on se raccroche, on se connecte directement sur les pôles de compétitivité et on dit « voilà aujourd’hui Marseille est un pôle de référence sur les technologies mobiles et est capable de faire converger des contenus et des technologies dans une mobilité" (entretien). L'idée est de construire un pôle high-tech sur une friche industrielle à partir d'une action publique d'animation de la filière et des compétences, d'une part, et de promotion d'un quartier dans le cadre du marketing urbain, d'autre part. On comprend dès lors dans quelle mesure la conversion des économies d'accumulation de type fordistes en économies de la connaissance se construit aussi à l'échelle des quartiers.

Dans cette perspective, il n'est pas étonnant de constater que les producteurs de la série PBLV empruntent des techniques de fabrication à Hollywood. Selon le New York Times, "to keep creativity and consistency, Mr. Tomasini (ndla, coproducteur) adopted a practice from Hollywood: a team of 20 writers who create in workshops, producing carefully arced scripts. Mr. Besson (ndla: coproducteur) said that the challenge was to produce a “soap à l’américaine” but “keep an identity of our own, speaking with an accent while communicating to all of France.”

L'impact de la série est l'illustration des effets collusifs du local dans le global. Les studios de la Friche montrent, si besoin était, dans quelle mesure relater la vie quotidienne d'un quartier fictif -mais en même temps, tellement typique qu'il en devient plus "vrai"- peut produire des effets dans d'autres échelles, à conditions d'utiliser des moyens adaptés à l'économie-monde.

NB : La photo est extraite du travail réalisé par Pauline Daniel entre aout et septembre 2005 dans le cadre d'une commande publique de la DRAC PACA et de la ville de Marseille autour des mutations urbaines engendrées par le projet "Euroméditerranée". L'artiste met en perspective les "deux visages de la Belle de Mai", l'un formé par les habitants, l'autre, par les activités culturelles et de la haute technologie qui se sont récemment greffés au lieu. Son travail est à découvrir ici.

mardi 24 février 2009

Réforme des collectivités locales : changement d'échelle ou atteinte à la "souveraineté territoriale"?

A C'est le 3 mars qu'Édouard Balladur remettra les conclusions du Comité pour la réforme des collectivités locales qu'il préside. Plus d'une cinquantaine d'auditions ont été menées par ce comité qui est chargé par le Président de la République de formuler des propositions avec un objectif clair "on ne peut plus continuer ainsi". Dans l'émission allocution présidentielle Face à la crise, en effet, M. Sarkozy énumérait "communes, département, région, État, Europe, sans compter tous les pays, SROS et tous les étalons...les étages intermédiaires. Il va falloir que l'on trouve les voies et les moyens pour que le poids des dépenses publiques et des échelons territoriaux s'allègent dans notre pays".

Ainsi, dix ans après la Loi Chevènement sur les communautés urbaines, le dispositif législatif relatif à l'aménagement du territoire va encore changer. Si aujourd'hui comme hier, le mot d'ordre reste "clarté et économie d'échelles", il s'agit dans les réflexions du Gouvernement d'une opération anti-mille-feuille sur l'ensemble des échelons administratifs des collectivités locales.

Le Monde nous révèle en avant premier la teneur des propositions du Comité Balladur :

  • Passage de 22 à 15 Régions : Le Comité proposerait la fusion entre Rhône-Alpes et Auvergne, celle des deux Normandies, de la Bourgogne et de la Franche-Comté et un redécoupage des régions Picardie, Poitou-Charentes et Ile-de-France. L'argument du Comité semble être l'adaptation à une taille critique européenne afin de s'adapter à des enjeux concurrentiels que les régions ne peuvent assumer dans le cadre étriqué de leurs compétences et de leur frontière historique. Cette analyse n'est pas partagée par Michel Vauzelle. Depuis le début de l'année, le président de la Région PACA organise des États-Généraux du service public. Hier, se tenait à l'Hôtel de Région, une séance spécifique sur la réforme des collectivités locales. Au-delà de la mise en scène politique de l'opposition à Nicolas Sarkozy (selon Élisabeth Guigou, "les régions sont devenues insupportables au pouvoir actuel". M. Sarkozy "veut mettre la main sur des collectivités qui ne sont pas dirigées par des élus de la majorité"), une inquiétude réelle semble toucher les élus locaux et régionaux : "Nous vivons avec violence ce troisième acte de la décentralisation", a résumé Christophe Castaner (PS), vice-président du conseil régional et maire de Forcalquier qui qualifie la réforme voulue d’"attaque de la souveraineté territoriale". D'autres dénonçant la "guerre déclarée aux régions" s'appuient sur une possible dilution de l'échelon régional face aux autres aspects de la réforme.
  • Création d'un nouvel élu : le conseiller territorial: La guerre n'aura probablement pas lieu car le Comité semble avoir renoncé à proposer la suppression du département ( tarte à la crême des programmes de droit administratif, on parle de désormais pudiquement de fusion département/région). À la place, il proposerait de créer une nouvelle figure d'élu local: le conseiller territorial qui serait à la fois conseiller général et conseiller régional. Quand le cumul des mandats conduit ... à un mandat supplémentaire ! La Provence épaissit un peu plus la confusion : " En 2014, les citoyens auraient donc à voter pour des "conseillers territoriaux". Élus au scrutin de liste dans les zones urbaines et au scrutin uninominal dans les aires rurales, ils siégeraient à la fois à la Région et au Département."
  • Métropolisation : Dans la continuité des métropoles d'équilibre des années 1960, huit métropoles se verraient doter de compétences élargies en matière d'action sociale (Marseille, Lyon, Lille, Bordeaux, Nantes, Nice, Strasbourg et Toulouse). Selon Dominique Perben, "la clause de compétence générale des départements et des régions" serait ainsi remise en cause avec ce nouveau statut des métropoles voué à être élargi à d'autres villes.

Nous n'insistons pas ici sur la réforme du Grand Paris qui fera certainement l'objet d'attentions médiatiques et politiques particulières dans les prochains jours (autre paradoxe, pourquoi une réforme de l'organisation administrative du territoire censée progresser sur la voie de la décentralisation se cristallise sur la question de Paris ?). D'autres points sont par ailleurs encore en suspens, en particulier celui du redécoupage des circonscriptions électorales qui devraient attendre 2014. Conséquence, les conseillers régionaux élus en 2010 et généraux élus l'année suivante, devraient rendre leur mandat en 2014. Enfin, la commune devrait conserver son statut et ses principales attributions. La Révolution girondine attendra.

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

mardi 17 février 2009

Port : un tournant croisièriste

A Econostrum et Libémarseille ont relevé les chiffres de janvier 2008 réalisés par le Grand Port Maritime de Marseille. Et la comparaison avec janvier 2008 est douloureuse : baisse globale de 24 % ; reculs des vracs solides de 47%, des conteneurs de 25%, des hydrocarbures de 19%, des vracs liquides de 8%, et des vracs sidérurgiques de 77% !

La raison ? La Crise et les conflits sociaux qui ont accompagné cette année de réforme de la gouvernance du Port autonome, du Grand Port Maritime. Malgré toutes ces perturbations, le GPM annonce 2009 comme "l'année du changement". En effet, un tournant semble avoir été pris par la nouvelle direction du port (élection le 23 janvier dernier de M.Patrick Daher au poste de Président du Conseil de surveillance, de M. Jacques Truau à celui de vice-président et désignation de M. Jean-Claude Terrier, ancien directeur général du GPM, au poste de Président du Directoire). Ce tournant est croisièriste. Dans les chiffres ci-dessus, le seul indicateur vert est celui des croisières : +166% qui permet de stabiliser le volume global du trafic passager au dessus de 4% alors même que le trafic vers la Corse aurait subi une baisse de presque 40%. Selon Libémarseille : "pour le trafic passagers, la hausse est surtout due aux croisières qui deviennent une activité régulière, et non plus saisonnière''". Considérable changement.

La stratégie crosièriste du GPM vient de connaître une validation par Bruxelles. "La Commission Européenne a donné son feu vert au lancement du Marseille-Provence Cruise Terminal". a -t-on appris le 11 février. En avril dernier, le GPM avait décidé d’attribuer à Costa Croisières, MSC Croisières et Louis Cruises la gestion des espaces et installations de Croisières du môle Léon-Gourret, le terminal de croisière du port de Marseille désormais baptisé Marseille-Provence Cruise Terminal (MPCT). La validation de la Commission permettra d'accélérer l'investissement de 12 millions au total (8 millions provenant des entreprises et 4 du GPM).

L’extension du quai 181 sera réalisée pour augmenter la capacité d’accueil des navires de plus de 300 ml sur le terminal. 2 Porte-passerelles ainsi qu’une nouvelle aire de parking seront construits et les espaces d’accueil des croisiéristes seront rénovés. La réalisation de ce projet vise à augmenter de 530.000 à 1 million le nombre de passagers annuels débarquant à Marseille d’ici à 2011.

Gianni Onorato, directeur général de Costa Croisières estime dans le communiqué de presse que "cet accord s'inscrit pleinement dans notre politique de gestion directe des terminaux de croisière que nous avons été les premiers à initier en Europe, et qui a donné des résultats ô combien positifs à Savone, Barcelone, Civitavecchia et Naples." Stelios Kiliaris, CEO de Louis Cruises, rappelle que "depuis sa fondation par les Grecs il y a 27 siècles, Marseille a toujours été l’un des plus importants ports européens. C’est avec un grand plaisir que nous collaborerons, au sein du groupement comprenant 2 croisiéristes majeurs, avec les autorités locales pour faire de Marseille une destination de choix dans l’offre mondiale de croisières ! Sa position au cœur de l’Europe et de la Méditerranée fait de Marseille un terminal idéal pour des croisières vers l’est ou vers l’ouest. Cet ensemble de facteurs fera de ce terminal un incontournable hub de croisières. C’est le défi que nous relevons avec enthousiasme, et la promesse que nous nous engageons à tenir."

Le choix de l'option de la croisière fait partie d'une stratégie plus globale de la métropole qui cherche à s'éloigner de certains stigmates industriels. Le système marseillais, tel qu'il avait été analysé par Louis Pierrein, est d'abord un complexe industriel qui établit un tissu de relations entre marchés proches et lointains, matrice de production et de distribution, et produit un horizon culturel spécifique. La croisière renverse tout à fait ce système. Il s'agit de rendre le port et la métropole de moins en moins dépendants d'évolutions industriels incertaines ainsi que d'entrer dans un cycle de compétition orientée par le tourisme. Il ne s'agit plus d'être performant mais attractif. L'enjeu de la croissance ne réside plus dans l'alchimie entre le port, la ville et la cité mais la pénétration de flux exogènes touristiques.

Renversement de perspectives, donc, mais mobilisation des mêmes mythes. On rappelle la fondation phocéenne, les 2600 ans d'importance portuaires, méditerranéennes, la position géographique centrale. Une question, toutefois : si Protis avait été croisièriste, aurait-il épousé Gyptis ?

samedi 14 février 2009

Ici, c'est l'Argentine !

A Cette semaine Marseille accueillait un match amical de football opposant la France et l'Argentine. Officiellement, c'est l'Argentine qui recevait l'équipe de France en vertu d'un accord passé entre les deux fédérations après un premier match au Stade de France en février 2007. Mais pourquoi le choix s'est-il porté sur la ville de Marseille ? Les Argentins préféraient disputer ce match en Europe pour des raisons autant sportives (de nombreuses stars de l'équipe évoluent dans les championnats européens tandis que les quatre meilleurs clubs argentins disputent en ce moment les phases de poule de la Copa Libertadores) que financières (l'exploitation commerciale des matchs des équipes nationales brésiliennes et argentines sont vendues à une société privée qui gère les droits d'image et de diffusion notamment). Plusieurs villes étaient en concurrence mais c'est Marseille qui l'a emportée devant... Barcelone (comme on se retrouve !).

Cette rencontre a été l'occasion de sortir de vieux souvenirs et en premier lieu l'épisode du transfert avorté de Diego Maradona à l'OM à l'été 1989. La venue du Pibe del Oro a par ailleurs suscité un enthousiasme surprenant au premier abord. L'arrivée à l'aéroport, l'entraînement rocambolesque à Géménos, des conférences de presse spectaculaires. La Provence nous propose un résumé vidéo de ce qu'elle appelle la "''Maradona Mania''.".

Le match s'est déroulé dans une atmosphère de fête. Les Cahiers du Football écrivent avec ironie "Merci aux spectateurs du Vélodrome pour leur spectaculaire retournement de veste (on passe d'encouragements francs à des sifflets, des "Domenech démission" et des "olé" à chaque passe des Argentins), qui prouve bien que tous les publics français sont pitoyables. Chacun à sa façon". Ils rejoignent Thierry Henry, le capitaine des Bleus, dans leur analyse :"Le public a retourné sa veste en supportant l’Argentine. Cela a été un peu difficile, mais c’est comme ça. C’était ma 109e sélection, et ce n’est pas la première fois que cela arrive. Malheureusement, je pense que ce ne sera pas la dernière fois non plus…" . En audio sur [RMC. |http://www.rmc.fr/edito/sport/70875/henry-le-velodrome-a-retourne-sa-veste/]

L'hypothèse du retournement de veste n'est pas celle défendue par le Monde pour lequel "Marseille préfère l'Argentine". Rachid Zeroual dirigeant du club de supporter des South Winners rappelle que "Maradona s'est tatoué le visage du Che sur l'épaule (ndla, Che Guevarra est le symbôle du groupe). Pour nous, le vrai classico, c'est pas OM-PSG mais Boca Juniors-River Plate, à la Bombonera de Buenos Aires (...)Le Vélodrome sera argentin à plus de 50 %, d'autant plus que leurs couleurs sont les mêmes que celles de l'OM"."

Au-delà de ces éléments, le soutien du public marseillais à l'Argentine contre la France peut-il nous dire quelque chose des rapports que la ville et ses habitants entretiennent avec l'État central et l'internationalité ? En d'autres termes, la nature rebelle et dissidente de Marseille n'est elle qu'une image de sens commun ou ne produit-elle pas des effets réels sur les attitudes sociales ? La vision des drapeaux tricolores distribués massivement dans les travées des virages du stade avaient quelque chose d'étrange : comme s'il fallait se prémunir à l'avance de réactions hostiles du public. Nous ne sommes pas dans le même registre qui prévalait lors des matchs récents à Saint Denis contre l'Algérie, la Tunisie ou le Maroc mais la paranoïa des pouvoirs publics semble être tenace.

Dernière observation, il semble que l'accueil du public fut exécrable: "manque de buvettes à Ganay, sanitaires dans un état apocalyptique, des bousculades dangereuses dans les tribunes…" autant de problèmes d'organisation qui n'existent pas lors des matchs de championnat. Hasard ou... "La Fédération a certes employé les stadiers habitués du Vélodrome mais, dans un souci d'économies, a préféré en mettre moins" a déclaré l'adjoint aux grands équipements et aux grands événements de la ville. Toute ressemblance avec d'autres secteurs de politique publique...

mercredi 11 février 2009

De retour de terrain

ADe retour de terrain, il est temps de reprendre le fil du blog et de faire le point sur mes cercles des politiques locales internationales.

La politique locale

En début de semaine, s'est tenu le conseil municipal (au passage on notera le relifting du site internet de la mairie). La vidéo du conseil est disponible ici.. Après la gouvernance partagée de la communauté urbaine, le jouer collectif de Marseille 2013, place à "la gouvernance décrispée" selon La Provence. Les termes évoluent - un peu- mais les faits restent proches : il s'agit de traduire le nouvel équilibre entre droite et gauche dans les institutions locales. Il s'agit également de montrer à l'intérieur et à l'extérieur que le gouvernement local peut produire du consensus sur les questions de développement économique et d'aménagement. On n'est pas loin de la gouvernance urbaine.
En question lundi, le tracé du tramaway entre la Canebière et la Castellane. Le groupe socialiste s'y était opposé (pour des raisons de coût, de doublon avec le métro,...) mais en échange de l'acceptation de 11 amendements sur 12 déposés, il vote le projet dans une ambiance de "simili consensus" selon Roland Blum. Nous avons déjà évoqué lors d'un précédent billet, le nouvel équilibre politique à Marseille qui réduit considérablement les marges de manœuvres de M. Gaudin. Comment interpréter autrement cette tendance après toutes ces prétendues concessions prétendument accordées à la prétendue opposition ? Mise à part le fait que ces concessions ne sont que des exigences obtenues par les véritables détenteurs du pouvoir urbain.

Les métropolisations

La question en haut de l'agenda métropolitain porte sur le trajet de la LGV. Aujourd'hui le ministre d’Etat, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire (MEEDDAT) reçoit les élus de la région. Il y a l'enjeu financier bien sûr, 11 milliards environ pour le tracé du littoral contre 8 pour le tracé nord. Il y a l'enjeu stratégique aussi à travers la question de l'accessibilité transrégionale de la métropole marseillaise. La promotion du tracé des métropoles s'inscrit dans l'insertion de Marseille dans un axe horizontal Barcelone-Rome. Si Marseille joue la carte de la Méditerranée, elle ne néglige pas l'atout de l'Europe. Ou comment devenir la capitale euroméditerranéenne sans maîtriser les enjeux continentaux ?

Les marchés mondiaux

De nouvelles prises de positions mondiales pour CMA-CGM, en Syrie cette fois ; une exposition à la Chambre de commerce et d'industrie sur l'Art s'invite au bureau et le lancement des "Mission entreprises 2013" "fer de lance de l'action du monde de l'économie pour préparer 2013' ; enfin, l'Express et le Point consacrent leur une régionale au futur de Marseille. Les maquettes impressionnent : un petit aperçu ici

La diplomatie décentralisée

M. Guérini était en voyage officiel en fin de semaine dernière en Algérie. Il y a rencontré le Président algérien au cours d'un déjeuner d'Etat organisé en l'honneur de Raul Castro (?!). MM. Guérini et Bouteflika aurait "abordé l’Union pour la Méditerranée (UpM) en toute franchise". M. Guérini a tout juste admis "quelques désaccords". "Je crois que le rôle de l’Algérie est fondamental et nécessaire pour l’avenir de l’UpM" a déclaré le Président du Conseil général, l'UpM est interprétée comme une "véritable chance politique qui doit permettre de dépasser les blocages du processus de Barcelone". Les projets de coopération du Conseil général avec l'Etat algérien devrait porter sur "la définition de la politique de l’habitat, le logement, dans les domaines des transports et de la culture et conforter les relations dans le domaine de la santé.''

samedi 31 janvier 2009

Marseille face La Crise

a La Crise est devenue depuis l'automne l'épicentre des discours politiques et médiatiques. Elle est à la fois un contexte et un programme, une contrainte et une ressource pour les politiques publiques et les luttes partisanes. Elle permet de déverser des flots ininterrompus de commentaires et d'analyses, le plus souvent évidemment contradictoires et prospectifs sur le mode de la "faute" à qui et dans quand/comment/pourquoi on en "sort".

Permettez moi de ne pas m'adonner à ce genre d'exercice et de porter la discussion sur l'impact territoiralisé de la Crise, entendue comme le ralentissement général et durable de l'Économie (sur le plan théorique, j'invite le lecteur à prendre connaissance des travaux David Harvey sur cette question ou pour une perspective moins critique, ceux de Amin Ash, Allen Scott et Michael Keating).

Contrairement à certaines idées reçues concernant la mondialisation, l'économie n'est jamais devenue déterritorialisée. Les capitaux comme les travailleurs restent ancrés dans des lieux. Si la mobilité est effectivement un élément clé de compréhension des évolutions économiques, ce facteur, qui est loin d'être nouveau, ne remet pas en cause le principe de la territorialisation de la production et de la consommation (même si ces deux temporalités du processus se distinguent dans l'espace). Elle ne remet pas en question non plus le rôle décisif des instances politiques de décision : les traders n'ont pas remplacé les élus, ni le Marché, l'État. Ce ne sont pas seulement des comportements coupables qui sont à l'origine du Désastre mais une absence ou une faiblesse des dispositifs de régulation étatique ou interétatique.

Ceci posé, on peut se demander comment la Crise trouve un écho dans l'aire métropolitaine marseillaise. L'actualité ici n'est pas avare d'exemples. Les plus visibles concernent les fermetures d'usines, les chômages partiels, les grèves et les manifestations qui réclament le maintien de l'emploi ou du pouvoir d'achat. A ce jour, uniquement dans les Bouches du Rhône, la société de transport Transco la Phocéenne (130 employés à Fos et 150 au Havre) et Linpac Packaging (127 salariés à Tarascon menacés) se retrouvent en liquidation judiciaire tandis que Ascometal, Sibell, STMmicroélectronique et ArcelorMottal font l'objet de plans sociaux.

Moins visible, le contexte économique crée un climat d'incertitude autour des grands projets de la métropole. La dépendance du développement local et régional aux évolutions globales montre la nature et le degré d'intégration des espaces urbains à l'économie-monde. Les deux politiques locales internationales agglomérantes de la cité concernés, l'opération Euroméditerranée et la désignation de Marseille-Provence Capitale européenne de la culture, illustrent et précisent cette hypothèse. Si la Crise a des conséquences locales, elles ne sont pas uniformes et dépendent toujours des choix politiques. La "mondialisation" n'est pas un contexte ou une situation : comme le reste, elle procède de décisions politiques, pilotées au premier chef par les autorités stato-nationales.

Si la Crise ne remettra pas en cause les projets, risque-t-elle d'en atténuer l'ambition et l'impact ? Les équipements urbains et culturels que les autorités locales ont projeté et promis de se doter verront-ils le jour ?

Heureusement l'État est là, et tant pis pour ceux qui annonçaient sa fin. Patrick Devedijan, le Ministre de la Relance, était à Marseille hier pour confirmer l'engagement de l'État et annoncer des aides supplémentaires : 25 millions d'euros en tout, dont 6 millions d'euros pour l'Établissement public Euroméditerranée "pour conforter les constructions du MUCEM au J4" nous dit LCM et 7 Millions d'euros pour le Grand Port maritime. Des efforts financiers...dans le vide ?
Le deuxième élément d'actualité nous vient des différentes études statistiques de bilan. Surprise : la région PACA semble résister mieux que prévu (en tout cas mieux que d'autres) à la tempête financière qui a secoué les marchés.

La direction régionale de l'INSEE a publié une note de conjoncture qui montre que PACA et la Corse sont les seules régions françaises à finir l'année avec une création nette d'emploi en un semestre : "en Provence-Alpes-Côte d'Azur, comme en France, l'activité du troisième trimestre de 2008 a été moins défavorable que dans l'ensemble des économies avancées et émergentes. Dans l'industrie et le commerce de détail, la croissance du chiffre d'affaires régional s'est stabilisée. Les créations d'entreprises se sont maintenues et l'emploi salarié a continué de croître". La région est tirée vers le haut par le BTP et les services. Le district marseillais serait il enfin devenu tertiaire et dynamique ? Mais comme il est de coutume en pareille circonstance, les rapports restent contrastés et pessimistes pour l'avenir Certes l'emploi ne baisse pas mais ne s'améliore pas pour autant, les chiffres d'affaire des entreprises de construction sont entrés dans une phase de net repli : "l'activité a ralenti dans les services, la crise de la construction s'est accentuée et la baisse du taux de chômage s'est interrompue. Dans le sillage d'une conjoncture mondiale dégradée, les très sombres perspectives de l'économie nationale ne devraient pas épargner la région en 2009". Tous s'accordent donc à penser cependant que 2009 sera "annus horribilis" pour la région. L'intégralité du rapport de l'INSEE est visible ici.

Un dernier mot sur Marseille 2013 : les acteurs du projet, c'est à dire, faut-il le rappeler, concentrés autour de la Chambre de commerce et du monde patronal métropolitain, affichent une certaine sérénité face à la Crise : "L'objectif du mécénat est de l'ordre de 15% soit 15 millions d'euros, explique Bernard Latarjet dans le supplément de la Provence la semaine dernière. Nous ne sommes pas très inquiets sur les conséquences que pourraient avoir la crise sur le mécénat. Nous avons déjà perçu les premiers signes chez des candidats internationaux (...). La crise jouera sans doute davantage sur les financements des collectivités locales que sur l'implication du privé. A Lille en 2004, la contribution de l'État était de 20%, elle sera inférieure chez nous dans le contexte actuel". L'État, toujours lui...

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

lundi 26 janvier 2009

MUCEM, le recours

A A l'occasion de la visite de la Ministre de la Culture à Marseille vendredi dernier, le maire a souhaité faire le point sur l'avancée des travaux du Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (MUCEM). En image ici.
Visiblement énervé, le visage fermé, il ne déplore pas seulement la lenteur avec laquelle le projet a pris forme mais peste également a l'encontre des recours déposés au Tribunal administratif contre le permis de construire. Le commentaire de LCM nous rappelle que cette "embûche administrative" apparaît alors que "le planning a déjà pris du retard, les études techniques vont seulement commencer". Ainsi, les travaux ne devraient pas débuter avant "l'horizon 2010" selon la formule de l'architecte Rudy Ricciotti après la désignation des entrepreneurs. L'échéance étant évidement le deuxième semestre 2012 : personne n'imagine un MUCEM en travaux au moment du lancement des festivités de Marseille-Provence 2013.
Au-delà de la détermination des élus locaux et nationaux, jusqu'au premier d'entre eux, on peut se demander ce qui pousse des personnes à s'opposer à un projet si consensuel. S'agit d'un comité d'intérêt de quartier ? D'initiatives individuelles ? L'attaque contre le MUCEM serait-elle une tentative pour plomber Marseille 2013 ?
Cette obstacle n'est il que purement administratif ou est il le fait d'une mobilisation collective naissante ? L'unanimité qui a accompagné la candidature est elle déjà en train de se fissurer ? Cette pression est exercée sur l'État et les responsables locaux alors que le premier a confirmé son engagement financier malgré la crise. L'État se serait engagé sur une participation à hauteur de 70% des 175 millions d'euros de budget. Celui-ci bénéficiera par ailleurs de 5 millions d"euros supplémentaires grâce au Plan de Relance. Suffisant pour tenir les délais ?

mardi 20 janvier 2009

Marseille, Gaza et la gestion des "communautés"

) Alors que l'intervention israélienne à Gaza s'achève pour laisser la place médiatique à l'investiture du nouveau Président américain, une polémique est en train de se former à Marseille sur l'attitude des élus locaux pendant le conflit.

Le week end du 10 et 11 janvier, des manifestations se sont tenues dans la région marseillaise les unes pour dénoncer "l'agression israélienne", les autres pour soutenir "le peuple israélien bombardé par le Hamas". Les élus locaux se sont précipités en tête des cortèges dans une certaine confusion.
Rémi Leroux, de Rue89, évoque une répartition des rôles. Les membres du Nouveau Parti Anticapitaliste rejoints par des élus communistes manifestaient aux côtés des organisations palestiniennes alors que les élus de gouvernement (PS, UMP, Nouveau Centre) se sont rangés derrière les banderoles du Crif.

Quelques jours après, une "lettre ouverte de protestation contre la participation d’Elus Marseillais à la Manif du CRIJF du 11/01/2009" est diffusée sur le site de l'Etincelle ("Petit journal numérique des quartiers nord") : "C’est avec stupéfaction que nous avons appris votre participation à la manifestation organisée, le 11 Janvier 2009 par le Conseil Représentatif des Instances Juives de France, manifestation qui avait pour but de soutenir l’armée Israélienne dans l’agression qu’elle mène actuellement à Gaza. Nous citoyens marseillais, électeurs et électrices habitants les quartiers populaires, qui ont largement contribués à vos élections et réélections respectives, sommes ulcérés par la rupture de la neutralité républicaine qui prévaut dans ce type de question et qui aurait du vous amener à une immense retenue dans vos implications partisanes. En tant que simple citoyen le fait de soutenir le peuple palestinien ou l’armée Israélienne relève d’un choix personnel a défaut d’être un choix moral et il s’agit en démocratie d’un droit fondamental. En tant que grands Elu(e)s vous n’êtes pas sans savoir que la préoccupation actuelle des pouvoirs publiques français est le maintien de la cohésion sociale et la lutte contre « l’importation du conflit du Proche Orient » dans l’hexagone. Pensez-vous que le fait de défiler dans les rues de Marseille en manifestant pour soutenir les agissements criminels du gouvernement Israélien soit la marque d’une quelconque sagesse ou d’un courage particulier inhérent à la charge républicaine dont le peuple souverain vous a donner mandat (...) ?"
On note parmi les premiers signataires des intellectuels comme Vincent Geisser (sociologue travaillant sur les questions d'islamophobie et professeur à sciences po. aix), des associatifs comme Charles Hoareau (Président d'Agir Ensemble contre le Chômage) et des politiques comme Armelle Chevassu (candidate aux dernières municipales sur la liste antilibérale "Marseille contre attaque à gauche"), Otmane Aziz (régulièrement candidat Verts / Modem à Belsunze) et des entre-deux comme Nassurdine Haïdari (vice-président du CRAN et adjoint au maire du 1er secteur).

Le samedi suivant, le retour du bâton prend forme...en image. Le site Med'In Marseille ("média euroméditerranéen des diversités à Marseille") met en ligne des vidéos d'une rencontre entre élus, habitants et militants de l'association "Quartiers Nord, Quartiers Forts". On y voit toute la peine qu'éprouve les élus socialistes, et particulièrement Mme Sylvie Andrieux, présente à la manifestation du Crif et très chahutée à la réunion associative, à justifier leur présence à la manifestation du Crif : "La présence de toutes les institutions était justifiée pour dire haut et fort et réaffirmer... même si il y avait des désaccords, moi je peux vous dire qu'on a parlé 30 secondes chacun... et il a fallu que les gens rétablissent le calme...on n'a pas fait plaisir".

Le débat sur la prise de position des élus locaux marseillais sur le conflit israélo-palestinien peut être différemment interprété : S'agit-il de manière classique d'une tentative, en l'occurrence ratée, de "gestion de la symbolique communautaire" ? Pour reprendre l'analyse de Samson et Péraldi : "la gestion de la ville reste conçue par les élites locales comme celle d'un fragile patchwork ethnique ou religieux auquel il faut prêter une attention sans faille". L'illustration de cette gestion peut se trouver dans les stratégies de construction des listes d'éligibles et la représentation en leur sein des membres des "communautés" (processus particulièrement bien analysés par...Vincent Geisser). Les épisodes de la semaine dernière tendent à montrer que la gestion des "communautés imaginées" s'ancre aussi dans le contexte international. Elle ne relève pas du domaine exclusif des élections ou des grands projets institutionnels ( Grande Mosquée, Marseille Espérance...).
Le débat peut enfin faire l'objet d'une lecture intermestic. On peut en effet poser la question de l'enchevêtrement des enjeux mondiaux et locaux dans la gestion de la ville (et plus seulement des communautés). Dans quelle mesure l'impact des évènements de politique internationale se répercutent-ils dans le gouvernement local ? A contrario, quels sont les effets des mobilisations collectives (politiques ou citoyennes) sur le déroulement / la représentation / le règlement de conflits lointains ?

Photos : http://20minutes.marseillebondyblog.fr/

jeudi 15 janvier 2009

La neige et le train

a Deux éléments récents de l'actualité marseillaise mettent en exergue de nouvelles formes de rapports entre l'État et ses territoires. Le blocage de la ville par la neige, d'une part, et la déclaration d'Éric Ciotti, le président UMP du conseil général des Alpes-Maritimes attestant du choix du tracé de la Ligne à Grande Vitesse. L'option choisie serait celle du Nord qui transiterait par la gare TGV d'Arbois, rejoindrait Nice par le centre-Var et abandonnerait le tracé des métropoles (Marseille, Toulon). Ces deux situations de nature différente (réaction des pouvoirs publics face à des intempéries et aménagement de voies de communication) révèlent une recomposition des rôles des autorités locales, des services centraux et des relations entre les deux, dominées par ce que l'on pourrait appeler le paradigme du contrôle de gestion.

Episode 1 : la Neige
Les images paraissent à peine croyables, les médias ouvrent leur JT sur l'information du jour : il neige à Marseille. Les autoroutes sont bloquées pour permettre selon la DDE de "fixer" les automobilistes, quitte à en faire des "naufragés de la route" et ne pas risquer des accidents dispersés sur les petites routes. Le trafic aérien est interrompu pendant deux jours. Plus de 10 000 foyers sont privés d'électricité. L'étonnement voire la contemplation de la situation laisse très vite la place à des critiques, puis à la polémique. Comment la pagaille a-t-elle pu se propager ? La Provence parle de "fiasco", le Premier Ministre de "déficiences" et ajoute ""on ne peut pas accepter dans un pays moderne aujourd'hui que des aéroports soient fermés plusieurs jours, que des personnes soient bloquées sur l'autoroute une journée et une nuit - ce qui est absolument invraisemblable".
La réaction des autorités locales est immédiate: "J'imagine qu'en parlant de situation inacceptable, le Premier ministre a aussi pensé à la situation de Paris dimanche soir et lundi. La capitale était bloquée", déclare M. Gaudin, "je m'attendais plutôt à des félicitations qu'à une enquête. Il y aurait un côté ridicule à acheter des chasse-neige. Nous ne sommes pas à Chamonix ou à Montréal". Il est rejoint dans ce sens par ses meilleurs ennemis, MM. Guérini et Caselli, qui préfèrent s'en prendre à Météo France. La polémique est racontée ici, ou . Fait inhabituel, le préfet prend plutôt la défense des édiles quand il se demande si "pour un événement qui se produit statistiquement tous les 20 ans, il faut que la ville et la communauté urbaine investissent des dizaines de millions d'euros dans des équipements qui serviront de façon aléatoire. Est-ce qu'on peut se dire qu'on peut supporter pendant une journée d'avoir une situation un peu atypique ?".
L'intention ici n'est pas d'imputer la responsabilité des blocages à telle ou telle institution (personne n'ayant accusé la neige) mais de remettre la polémique en perspective dans une tendance plus longue de désengagement de l'État en matière de services publics locaux. De cette évolution résulte un manque de moyens de l'échelon local sur tout un pan de l'action publique dans la mesure où le transfert des compétences n'a pas été accompagné par un transfert des ressources dans le sillage des réformes décentralisatrices. La gouvernance urbaine est aujourd'hui composé d'arrangements bureaucratiques et marchands entre le secteur public métropolitain et le secteur privé. Il serait cependant erroné d'en conclure à un retrait pur et simple de l'État. Celui-ci continue d'intervenir pour prescrire des comportements et sanctionner les déviances. Ainsi, quelques heures après le rétablissement de la situation dans les Bouches du Rhône, la Ministre de l'Intérieur et le Ministre des Transports décident de procéder à une enquête afin d'évaluer les "conditions dans lesquelles les différents opérateurs ont anticipé et géré les conséquences de cet épisode météorologique". Les deux ministres demandent également à la mission dépêchée sur place "de formuler toutes les recommandations et propositions de nature à améliorer les dispositifs opérationnels destinés à répondre à ce type d'événements. Les premières conclusions de cette mission seront remises aux deux ministres le mardi 20 janvier". En clair, l'État laisse aux autorités locales et au marché le soin d'organiser les services publics et intervient en amont moins pour réguler l'action publique que pour en contrôler son effectivité et en rationaliser son exercice.

Épisode 2 : le Train L' attitude de contrôleur de gestion est également à l'œuvre dans l'affaire du TGV sud. Rappel des faits : une ligne à grande vitesse est censé relier Paris et Nice. Celle-ci pour le moment s'arrête à Aix-en-Provence. Le débat porte sur le tracé : faut-il que le train passe par Marseille et Toulon et dessine une trajectoire des métropoles ? Faut-il au contraire qu'il passe directement vers Nice, via la gare d'Arbois et l'arrière pays provençal ? Selon le Président du Conseil général, le Ministère de l'Environnement aurait choisi le tracé nord suscitant une nouvelle polémique parmi les élus locaux. M. Guérini exprime son "désaccord de fond" sur le choix qui n'a pas été confirmé par la préfecture, et menace de retirer le Conseil général qu'il préside de la table des négociations. Mme Joissains-Masini, maire d'Aix, dénonce "l'arrogance" de M.Ciotti. M. Vauzelle regrette "l'absence de concertation". Pour M. Caselli, "Éliminer Marseille, deuxième ville de France, d'un tel aménagement, serait aberrant" . Seul M. Gauin est resté silencieux attendant une décision officielle. On se souvient cependant de son engagement pour le tracé des métropoles pendant la campagne des municipales.
Il est vrai que M. Borloo a tenté de désamorcer la crise. En annonçant que "la concertation est toujours en cours", l'objectif du Ministre semble de gagner un peu de temps et d'apaiser les réactions très vives dans la région. Toutefois, l'argument avancé pour justifier le tracé nord semble trop massif pour s'y opposer : celui-ci couterait 8,5 milliards d'euros contre 11,5 milliards d'euros pour le tracé des métropoles. Entre un aménagement du territoire propice à l'attractivité métropolitaine et un coût réduit, il semble que l'action public ait choisi son camp même si un calcul investissement / nombre d'habitants concernés nuance cette idée.

vendredi 9 janvier 2009

Enjeux locaux internationaux (3) : la diplomatie décentralisée

A« Je fais de la diplomatie participative quand je dis à l’État "nous ne nous occupons pas des questions sensibles, nous vous les laissons : Palestine, Israël, Algérie, Sahara… Nous nous occupons des petites choses comme l’eau, les forêts…" Nous tissons graduellement des liens entre le monde des affaires, les universitaires, les étudiants, les jeunes, les athlètes, les techniciens » Michel Vauzelle (La pensée de Midi, avril 2007).
La diplomatie décentralisée constituerait une nouvelle forme de pratiques diplomatiques, c'est à dire de prises de positions politiques visant la réduction des risques de conflits internationaux par l'usage des outils de négociation. Nouvelle forme car nouveaux acteurs : les édiles (élus locaux et régionaux soutenus par des administrations) interviennent de plus en plus dans des enjeux globaux non pas pour empêcher la guerre mais pour maintenir le dialogue dans des zones instables, en particulier par la coopération technique et l'usage de l'amitié.
L'année 2008 fut riche pour les institutions marseillaises engagées dans la diplomatie : les discussions qui ont conduit à l’adoption du Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée (UpM) en juillet dernier sont un terrain d’analyse privilégié dans l’étude du « nouvel étage diplomatique ». Les orientations stratégiques récentes conduites par la municipalité marseillaise (dominé par les élus UMP) et le Conseil régional (où le PS est majoritaire) ont soutenu les initiatives méditerranéennes du Président de la République. Dans le cadre de la préparation de la Conférence de Paris qui a réuni les chefs d’État et de gouvernement de l’Europe et des trois rives de la Méditerranée, la présidence française de l'UE a créé une structure diplomatique et interministérielle dirigé opérationnellement par une ambassadeur, Alain Le Roy, et politiquement par Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy. Un pôle ‘autorités locales’ y fut institué afin de relier les débats qui agitaient les négociations intergouvernementales et leurs implications locales.
Les 22 et 23 juin 2008, la ville de Marseille et la région PACA accueillaient le Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée. Celui-ci réunissait les élus et des fonctionnaires des collectivités locales des rives européenne, nord-africaine et balkanique de la Méditerranée ainsi que les membres des réseaux de ville, des délégations gouvernementales et du Comité des Régions. Ce Forum a fonctionné comme plateforme diplomatique décentralisée, c'est-à-dire comme espace d’apprentissage des codes diplomatiques pour des autorités politiques locales et régionales. Les élus y ont adopté une déclaration politique incitant les Etats à accroître leur engagement et leur aide publique dans la zone. Cette manifestation constitue un exemple significatif de l’inclusion collaboratif entre la voie officielle de la diplomatie et la diplomatie décentralisée.
1 La conférence était organisée par la commission méditerranéenne du réseau Cités et Gouvernements Locaux Unis (CGLU) et la région PACA. La ville de Marseille a accueilli l’évènement au sein du prestigieux site du Palais du Pharo, qui appartient à la mairie, pour la première journée et au sein de l’hémicycle du Conseil régional pour la deuxième journée. Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille, propose aux participants, dans son allocution d’ouverture, d’« apporter leur pierre à l’édifice de la paix en Méditerranée ». Il déclare vouloir imposer les collectivités locales aux Etats comme « acteurs incontournables » de l’UpM. Enfin, l’improvisation du soliste le conduit à nuancer la volonté pourtant affichée tout au long du discours de se substituer aux Etats pour conclure : « encore que nous ne ferions pas plus mal ». Michel Vauzelle, Président de la région PACA prend soin de rendre hommage à M. Gaudin, avec qui, assure t-il, il entretient des relations excellentes quand il s’agit de « l’intérêt supérieur de Marseille ».
Cette façade semble illustrer le consensus qui prévaudrait sur les enjeux internationaux entre les acteurs politiques du territoire. La conclusion est laissée au soin des représentants de l’Etat, avec une intervention d’un membre du Quai d’Orsay et du préfet afin de montrer la continuité des initiatives diplomatiques étatiques et locales. Les autorités locales revendiquent désormais le statut de Tiers-acteurs diplomatique : qu’ont-t-ils été jusqu’à présent dans l’ordre international ? Rien. Que demandent-t-ils ? A être quelque chose.
Le lendemain, les participants sont attendus au Conseil Régional de PACA. La symbolique n’est pas neutre. Si Marseille accueille le Forum, c’est la région et son Président qui investissent cet espace laissé libre par le maire pendant la campagne électorale qui ont fragilisé un leadership déjà contesté dans l’arène politique marseillaise. Le consensus s’accommode d’une compétition interne pour détenir la parole internationalisée de la ville. C’est dans cette perspective que l’on peut interpréter la pluralité des initiatives internationales des différents échelons des collectivités locales dont les compétences en la matière s’entrecroisent.
A Un invariant se détache au-delà de la disparité. Les acteurs politiques locaux partagent la recherche d’un leadership sur le bassin méditerranéen. Le flou de la notion de leadership, corollaire de la notion de « rayonnement » favorise la convergence d’une direction pourtant construites d’intérêts divers, parfois redondants et qui peuvent être contradictoires. Elle se manifeste par la permanence d’un discours sur la « capitale » que devrait constituer Marseille en Méditerranée sans que l’on sache ce que recouvre réellement cette fonction (commandement, rayonnement, centralité ?). Ce débat est réouvert au sein du projet de l’UpM. La question de savoir où se situera le siège du Secrétariat technique de la nouvelle institution internationale masque en fait une volonté d’apparaître comme la capitale d’un territoire transnational. Une déclaration commune des responsables des collectivités locales marseillaises proclame que « Marseille est un partenaire privilégié de la rive Sud de la Méditerranée et c’est ce qui fait sa véritable particularité. En effet, ses atouts historiques, identitaires et géographiques la placent comme un des acteurs majeurs dans la dynamique des échanges entre le Nord et le Sud. Marseille et le territoire régional ont la légitimité sociale et la sensibilité pour porter dans un projet européen le "drapeau méditerranéen" ». Pour Marie-Arlette Carlotti, députée européenne (PSE), « Marseille dispose de tous les atouts pour devenir cette capitale de la Méditerranée. C'est la vocation de notre ville depuis 2600 ans, c'est notre histoire et c'est notre avenir ». Ce discours est par ailleurs relayé par les autorités politiques nationales. M. Sarkozy intervient en effet dans le débat pour déclarer que la « capitale française de l'Union pour la Méditerranée s'appellerait Marseille ».
Ainsi le premier conseil des Ministres des pays membres de l’UpM (les pays de l’UE et les pays tiers méditerranéens) a-t-il lieu à Marseille les 3 et 4 novembre 2008 dans le cadre de la Présidence française de l’UE. Au cours de ce sommet, les Ministres confient cependant à Barcelone l’opportunité d’accueillir ce Secrétariat technique.
Cette déception des acteurs politiques n’est pas complètement consolée par la perspective de devenir capitale européenne de la culture en 2013 puisque, dès cette annonce, les autorités locales annoncent, dans un même élan d’unanimité, la volonté de un pôle d’expertise économique et de développement durable de l’UpM dans le cadre du Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenaire, instrument financier régional de la Banque européenne d’investissement. Si Bruxelles sera la capitale politique de l’UpM et Barcelone, sa capitale technique, Marseille veut en être la capitale opérationnelle, "le Strasbourg" de l'Upm, selon M. Gaudin, en s’appuyant sur le créneau de l’ingénierie financière.

mardi 6 janvier 2009

Enjeux locaux internationaux 2009 (2) : Euroméditerranée

AL'année 2009 devrait être une année décisive pour l'opération d'aménagement urbain et de développement économique Euroméditerranée. Lancé à la fin de l'année 1995, le projet visait "à faire de Marseille une métropole de premier plan au sein de la 'zone de prospérité partagée' décidée par l'Union Européenne et 12 pays méditerranéens dans le cadre du processus de Barcelone". Les objectifs poursuivis par l'Etablissement Public d'Aménagement (EPA), restés jusqu'alors sta(tis)tiques, tendaient à faire d'Euroméditerranée une initiative agrégeant diverses politiques publiques : attirer des populations nouvelles (10 000), créer et réhabiliter des logements (10 000), créer des emplois (20 000), attirer des entreprises par la construction de bureaux, de commerces et d'équipements publics. En clair, des logements et des emplois nouveaux pour transformer un hyper-centre, renouveler le tissu de population et d'entreprises implantées sur le site et ainsi changer l'image de la ville, la rendre plus attractive et "contribuer au rayonnement international de la métropole marseillaise en créant les équipements nécessaires dans le domaine de la culture, de l’économie et de la formation, et en veillant à la qualité urbaine et architecturale des nouveaux quartiers".

Toutefois, les promoteurs de l'opération prennent conscience des difficultés propres à des entreprises qui agissent sur l'existant urbain : des chantiers matériels et sociaux qui n'avancent pas comme prévu, des résistances insoupçonnées à la "modernité". L'EPAEM organise ainsi depuis trois ans des "journées découvertes" : "au menu de ces journées découvertes un parcours d’environ 1h30 avec une visite en bus du périmètre complétée par une présentation autour de la maquette, une exposition au Centre d’Information des Docks, et la diffusion d’un film. Les parcours et commentaires sont assurés par les cadres de l’Etablissement Public". L'année 2009 devrait voir se multiplier cette initiative qui avait trouvé son public (2 000 tickets vendus). Enfin, selon la Marseillaise, "des rencontres avec les acteurs associatifs de ces secteurs socialement et économiquement très fragiles seront entamées dès janvier 2009. Une période de concertation avec les habitants sera engagée à partir de janvier 2010, avant le lancement des travaux de la première ZAC, prévus en 2012."

Outre l'enjeu de l'appropriation populaire de l'opération, Euroméditerranée sera engagée, au cours de l'année, dans l'ouverture ou la livraison de chantiers majeurs. Citons pour l'ouverture, le Musée des Civilisations et de la Méditerranée qui a reçu les crédits suffisants du Ministère de la Culture et dont le titre de Capitale européenne de la culture 2013 a conforté ; le Centre Régional de la Méditerranée dont la maquette architecturale vaut le détour ; la passerelle de l'autoroute du littoral devrait -en fonction des retards- quant à elle être détruite pour céder la place à un tunnel, la Joliette devenant une esplanade ; la Tour CMA-CGM, tête de pont du nouveau waterfront, devrait être livrée à la fin de l'année ; enfin, la gare Saint Charles et ses alentours devraient voir leur rénovation -enfin- achevée.

Au rayon des départs de chantiers, l'année 2009 était prévu comme un accélérateur. On peut se demander cependant dans quelle mesure la crise économique remettra en cause les projets. Selon François Jaliot, directeur général de l'EPAEM, "certains gros paquebots, comme Euromed Center ou la tour Jean Nouvel perdent du temps, notamment à cause des recours déposés sur les permis de construire. Des retards préoccupants, car ils vont entraîner une panne d’offres, préjudiciable à l’emploi." Outre les bâtiments évoqués, les chantiers de SAS Suède (projet Constructa), l'hôpital Euroméditerranée et les logements de lîlot Bernard Dubois risquent de subir des retards.

Enfin, 2009 sera l'occasion de mettre en œuvre le projet d'extension -170 nouveaux hectares délimités au nord par Cap Pinède et les Arnavaux, au sud par le village du Canet et à l’est par Bougainville- décidé à la fin de l'année 2007 par le Premier Ministre. On connaît depuis quelques semaines le nom des cabinets d'urbanistes lauréats. Il s'agit de trois tandems. Le premier est constitué par A/NM/A dirigé par Nicolas Michelon qui a réalisé le quartier de l'Amphithéâtre à Metz ; ce cabinet sera épaulé par Laurent Hodebert, architecte-urbaniste marseillais et par le paysagiste Michel Corajoud (Grand Prix de l'Urbanisme. Grand Prix du Paysage). Le deuxième est constitué par Bruno Fortier et TN+ (Bruno Tanant et Jean-Christophe Nani) qui s'occupent actuellement du réaménagement du zoo de Vincennes. François Leclerq, accompagné par Rémy Marciano et Jacques Sbriglio formeront la troisième équipe (à leur actif, Lyon Confluence II et le Parc de la Reina Cristina à San Sebastian).
En 2009, l'EPAEM disposera d'un budget de 54 M€. Un plan d’investissement quadriennal prévoit, par ailleurs, 240 M€ d’investissements en travaux d’aménagement auxquels s’ajoutent 300 M€ d’équipements publics et 1 Md€ d’investissements privés.

vendredi 2 janvier 2009

Enjeux locaux internationaux 2009 (1) : Les élections européennes

A Le 7 juin prochain se tiendra l'élection du Parlement européen. Depuis les élections de 2004, le scrutin s'organise au sein de 8 circonscriptions interrégionales (Nord-Ouest, Ouest, Est, Sud-Ouest, Sud-Est, Massif central-Centre, Ile-de-France, Outre-Mer). A l'issue du tour unique, les sièges à pourvoir sont répartis entre les circonscriptions proportionnellement à leur population.

Les régles du jeu

Le nombre de candidats par circonscription est égal au double du nombre de sièges à pourvoir dans la circonscription. La liste est composée alternativement d’un candidat de chaque sexe. Est éligible tout citoyen de l’Union européenne âgé de 23 ans révolus. Les ressortissants communautaires autres que Français doivent avoir leur domicile réel en France ou y résider de façon continue depuis au moins six mois. Dans la circonscription du Sud-est, le finlandais Ari Vatanen est dans ce cas. Hormis pour les européennes de 1994 (dans le sillage des débats relatifs au Traité de Maastricht), la participation nationale baisse continûment depuis la première élection du Parlement européen au suffrage universel direct : 60,7% en 1979 ; 56,7% en 1984 ; 48,7% en 1989 ; 52,7 % en 1994 ; 46,8 % en 1999 ; et 43,1% en 2004.

Les sortants

Pour mémoire, voici la liste des députés européens sortants de la circonscription Sud-est :

Jean-Luc Bennahmias MODEM Verts-ALE

Guy Bono Parti Socialiste PSE

Marie-Arlette Carlotti Parti Socialiste PSE

Thierry Cornillet MODEM ADLE

Claire Gibault UDF ADLE

Françoise Grossetête UMP PPE

Jean-Maris Le Pen Front national Non-Inscrits

Patrick Louis MPF Indépendance/Démocratie

Michel Rocard Parti Socialiste PSE

Martine Roure Parti Socialiste PSE

Lydia Schénardi Front national Non-Inscrits

Ari Vatanen UMP PPE

Dominique Vlasto UMP PPE

L'ancrage marseillais est inégal en fonction des élus. La circonscription Sud-est est en fait dominée par des élus des pôles lyonnais et marseillais. Ainsi, on ne peut considérer M. Cornillet (conseil régional Rhône Alpes), Mme Grossetête (adjointe au maire de Saint Etienne), M. Louis (conseiller communautaire du Grand Lyon) ou Mme Roure (conseillère municipale de Lyon) comme étant parties du paysage politique local.

Les enjeux locaux

Au-delà des enjeux traditionnels que posent ce type d'élection en terme de participation électorale et d'évaluation du Front national, l'élection du Parlement européen pourra se lire dans une perspective locale. Un an après les municipales et quelques mois après les sénatoriales, les élections européennes seront l'occasion de mesurer l'état des forces politiques locales. Si les deux leaders ne s'affronteront pas frontalement, la liste UMP dans la circonscription du Sud-Est devrait être conduite par un proche du Président de la République, M. Michel Barnier, ancien Commissaire européen et actuel Ministre de l'Agriculture La figure bruxelloise de la majorité municipale. A l'issue d'une audition des députés européens de la majorité municipale, Mme Dominique Vlasto, aurait acquis le droit de figurer en deuxième position. A gauche, c'est Patrick Mennucci qui devrait mener la liste et remplacerait Michel Rocard qui ne se représentera pas. Les Verts ne disposeront pas de liste autonome mais se rangeront derrière celle du rassemblement Europe Ecologie menée par Daniel Cohen-Bendit. Dans le sud-est c'est toutefois l'adjointe Verte au maire de Valence, Michèle Ravasi qui conduirait la liste. Au centre, enfin, sans surprise M. Bennhamias sera en tête de la liste du Mouvement démocrate. L'ensemble des candidats seront connus à la fin du mois.

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