Marseille internationale

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vendredi 1 octobre 2010

Crises des transports locaux internationaux à Marseille

A En 2003, la DATAR a publié un classement des villes européennes encore brandi en référence par les élites locales. Les quinze critères choisis renvoient à cinq sous-ensembles : démographie ; performance économique ; vitrine ; culture et dynamisme universitaire ; et accès et communication . Pour ce dernier critère, l’étude distingue les dispositifs aéroportuaires, portuaires, autoroutiers et ferroviaires, qui sont construits comme des propriétés sociales d’une ville-monde.

En ce qui concerne les activités portuaires, Marseille se classe troisième en trafic derrière Rotterdam et Anvers, à partir du site de Fos et de ses hydrocarbures qui irriguent par oléoducs l'Europe rhénan. Son dispositif aéroportuaire contribue à faire de Marseille un hub ou gateway régional, une interface entre l'économie-monde et la région. L'aéroport de Marseille Provence, situé à Marignane, à 25 kilomètres de Marseille, est le 3ème aéroport français pour le trafic passager avec 7 millions de passager par an et 40 000 tonnes de marchandises pour le fret . Surtout, il est le siège du 1er réseau mondial sur l'Afrique du Nord, l'Afrique et le Corse après celui de Paris.
Ces structures portuaires et aéroportuaires complétées par les réseaux ferré (TGV Méditerranée) et autoroutier (A7) qui relient la métropole marseillaise au delta du Rhône et Paris, d'une part, et à la Côte d'Azur et à l'Italie, d'autre part, et fonde l'accessibilité de l'agglomération marseillaise, définie par les auteurs de l’étude comme « l'expression de la centralité de la ville dans le système qu'elle forme » sur les axes Est-Ouest (reliant Barcelone à Turin) et Nord-Sud (point d'aboutissement de l'axe Londres-Bruxelles-Paris-Lyon et autorisant une perspective ultra-méditerranéenne).

L’accessibilité d’un territoire revêt au final un enjeu crucial pour la compétition entre les territoires reposant sur un positionnement avantageux au sein des réseaux économiques mondiaux et sur les capacités locales d’attraction des capitaux.

Cette semaine, deux événements distincts permettent de jeter un éclairage sur la fragilité de la situation des structures d’accès et de communication : des mouvements de grève sur le port et l’incertitude qui pèse sur le maintien de la compagnie Ryanair sur l’aéroport de Marignane.

Les conflits sociaux sur le port

Depuis, lundi 27 septembre à l’appel des organisations syndicales, les terminaux d’hydrocarbure de Fos et de Lavéra (Bassin Ouest de Marseille) font l’objet d’un blocage : 37 bateaux en attente et un risque d’interruption de l’approvisionnement des raffineries de Marseille (60% du trafic annuel du Grand port maritime de Marseille - GPMM) qui représentent 30% du raffinage national.

Les agents contestent les effets de la réforme portuaire qui prévoit la délégation au secteur privé d’une partie des activités du port. Les conséquences du désengagement de l’État sur l’emploi sont mis en avant par le secrétaire général CGT du syndicat du Port : « en matière d’investissements (...) nous sommes loin du compte. Au lieu d’un plan d’investissement, de développement des activités portuaires, c’est un plan d’extinction de l’activité qui se dévoile jour après jour ».
Plus largement, le mouvement est une réaction à la disparition des instruments de co-gestion du port qui ont longtemps prévalu à Marseille. Rappelons que le processus de réforme a largement associé les acteurs locaux. le projet de loi fut inspirée des conclusions d’un rapport significativement intitulé "Pour une réforme des Grands ports français - L'urgence marseillaise", dressé par la Chambre de commerce de Marseille-Provence avec une contribution de l’Union pour les entreprises 13 (UPE13)- le MEDEF local, dont le président d’alors, Stéphane Brousse est un acteur du port, tandis que Roland Blum, le premier adjoint du maire de Marseille a présenté un rapport au Ministre des transports en avril dernier sur la desserte portuaire.

Cette grève vient s’ajouter aux arrêts de travail quotidien de 6h sur les terminaux de marchandise. Le motif de ce mouvement renvoie au débat sur la réforme des retraites qui, selon les syndicats, ne prévoient pas la prise en compte de la pénébilité du travail sur le port.

La conjonction de ces deux situations de blocage intervient dans un contexte particulièrement sombre. Les escales des cargos ont subi une baisse de 50% cet été par rapport à 2009. En outre, le terminal de Mourepiane est également paralysé depuis mercredi : l’augmentation du capital prévu ne serait pas à la hauteur des engagements, dénonce la CGT.

Les syndicats comptent profiter de la dynamique de mobilisation pour élargir et durcir le mouvement alors que 14 000 croisiéristes sont attendus ce week-end à Marseille.

Les pouvoirs publics, les entreprises et les syndicats portuaires partagent le diagnostic sur la menace qui pèse sur l’avenir du port. De manière désormais classique, chaque partie accuse l’autre d’être à le commanditaire de la mort de l’outil portuaire. Quand le Président de l'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos estime que « notre avenir est aujourd’hui menacé en raison des grèves qui continuent de désorganiser, voire de briser l’activité des terminaux», la CGT a « l’impression que les intentions ministérielles sont de laisser vivoter l’activité plutôt que de la développer. »
En filigrane, se pose l’avenir de l’usage portuaire par les élites locales. Engagés dans une dynamique de réorientation de l’usage portuaire (de l’industrie aux croisières), ils s’efforcent d’éviter de se positionner en partisan de la rupture et en artisan de la disparition complète des activités industrielles en raison des ressources qu’elles continuent de véhiculer à la fois sur le plan matériel (emploi, croissance) et symbolique (l’image d’une ville portuaire comme marqueur culturel du territoire).

L’incertitude Ryanair

La compagnie aérienne low-cost installée à Marignane depuis l’ouverture de l’aérogare MP2 en novembre 2006 compte 1,4 millions de passager (presque 90% du trafic passager sur ce terminal). Son arrivée a incontestablement dopé l’activité de l’aéroport. En 2007, le trafic global était de 6,9 millions de passagers, dont la moitié en provenance et à destination de l’international, soit une augmentation de près de 14% par rapport à 2006.

Lundi 27 septembre, alors que la CGT bloquait les Bassins de Fos et de Lavéra, la compagnie aérienne était mise en examen pour travail dissimulé. Employant le personnel marignanais sous le droit irlandais, la compagnie conteste le décret du 21 novembre 2006 soumettant les personnels navigants des compagnies étrangères installées en France au droit français. Déboutée en 2007 par le Conseil d'Etat, elle a saisi la Cour européenne des droits de l'Homme. Face à l’accusation de dumping social, la direction de Ryanair avait pris position dès le moi de mai dernier en menaçant de déménager la flotte marseillaise vers un aéroport étranger et en réduisant le volume de son trafic, ce qui entraînerait la suppression de 120 emplois directs et de 1 000 emplois indirects.

La mise en examen relance le possible de départ de la compagnie, d’autant plus que celle-ci est coutumière du fait : en 2003, protestant contre la réduction de subventions, elle avait déménagé sa flotte strasbourgeoise pour l’installer à Baden-Baden, en Allemagne. Toutefois, la direction n’a pour le moment pas réitéré ses menaces bien que le secrétaire départemental du PCF a évoqué un « chantage qui donne la nausée ».

Le choix de la compagnie ne relève pas de l'évidence et s'effectue sous contrainte. Son installation à Marignane lui a couté 300 millions d’euros (à comparer au 1,5 millions investis et donc perdus à Strasbourg). Son hésitation tend au moins à accréditer l’idée d’une territorialisation des processus de mondialisation qui ne sauraient se résumer à une volatilité extrême des capitaux comme le sous-entend souvent les partisans néolibéraux de la dérégulation.

À ce titre, la réaction de Jacques Pfister, président de la Chambre de commerce qui exploite l’aéroport, se veut rassurante sur la solidité de l’outil aéroportuaire avec ou sans Ryanair : « Si la base ferme, l’aéroport de Marseille Provence ne sera pas en danger. Le modèle low-cost est appelé à se développer, PM2 est le meilleur outil en France, nous ne sommes pas en position de faiblesse

Cette assurance contraste, cependant, avec sa réaction survenue après les menances initiales exprimées par Michael O’Leary, le PDG de la compagnie, en mai dernier. À l’époque, « le retrait de la compagnie irlandaise serait une catastrophe pour une métropole appelée à recevoir le Forum mondial de l’eau et qui sera capitale européenne de la culture en 2013 (...) Il importe de bien peser les conséquences qu’un départ de la compagnie ne manqueraient pas d’avoir et d’entamer un débat serein pour éviter le pire. En ce qui nous concerne, nous soutiendrons la présence de Ryanair sur notre territoire. »

Comme pour le port, c’est le bal des hésitations qui semble caractériser les postures des acteurs locaux en ce qui concerne le développement des fonctions locales internationales d’accessibilité et de mobilité.

Image : © Agam - Tous droits réservés

dimanche 26 septembre 2010

Marseille est-elle capable de faire la fête ?

A La 12ème édition du Festival Marsatac s’est achevée ce samedi et nul doute que les derniers concerts ont rassemblé encore davantage de monde que jeudi (3 000 personnes) et vendredi (10 000). Atteignant depuis l’édition 2007 la barre des 20 000 spectateurs et attirant l’avant-garde de la scène hip-hop, puis électronique et rock locale et nationale, le succès de la manifestation n’est plus à démontrer.

Profondément ancré dans le paysage culturel local et national, l’événement est cependant toujours aussi peu soutenu par le pouvoir municipal. Après le J4, la Cité Félix-Pyat, la recherche d’un lieu a constitué comme tous les ans le feuilleton de l’hiver. Le Palais des Sports et les quais du Port autonome avaient été envisagés par la municipalité sans réellement associer les organisateurs du Festival à la réflexion. « Marsatac à la rue », comme une antienne répétée tous les ans, mais qui ne parvient pas à décourager les spectateurs toujours aussi nombreux au fil des éditions. Les relations entre les organisateurs du festival et la mairie sont devenues un révélateur continu de la prise en charge politique d’un événement culturel à la fois exigeant et populaire, alors que se profile 2013 et le label de Capitale européenne de la culture.

En avril, la ville et Marsatac concluent un accord qui prévoie l’installation du Festival à la Friche de la Belle de mai. Polémique dans la polémique : ce ne sont pas les organisateurs qui l’annoncent officiellement, mais Maurice Di Nocera, l’adjoint délégué aux grands événements (on remarquera le découplage entre les affaires culturelles délégués à Daniel Herman et les grands événements) qui confirme une annonce du Secrétaire général de la ville, Jean-Claude Gondard : Marsatac sera pérennisé sur ce site.

Marsatac et la Friche de la Belle de Mai : système Friche et nouveau territoire de l’art

Marsatac à la Friche, comme un retour à l’origine du projet du système Friche : l’investissement par les acteurs culturels locaux d’un espace qui conserve les traces d’un travail désormais parti, la reconquête d’un lieu capitalistique qui devient territoire de l’art - le concept des Nouveaux Territoires de l’Art (NTA) renvoie à un rapport écrit par Fabrice Lextrait, administrateur de la Friche de la Belle de Mai, pour le Ministère de la Culture en 2001. À Marseille, c’est soixante structures associatives culturelles, trois cent à quatre cent personnes qui y travaillent au quotidien, des artistes qui passent en résidence, en diffusion ou en concert.

A Un lieu comme il en existe dans toute l’Europe du Nord depuis les années 1980, et qui organisés derrière les TransEurope Halles font valoir des expériences communes échappant au contrôle du pouvoir public et tentant d’ancrer la culture dans la ville, à partir de ses espaces les plus marginalisés. Le problème, c’est qu’en France, la densité du tissu institutionnel culturel public a plutôt retardé le développement d’initiatives individuelles. À Lyon, quand le pouvoir municipal tente de créer de toute pièce son artopole, les Subsistances, dans une ancienne caserne réhabilitée par la ville, les acteurs culturels ne se précipitent pas franchement dans cette friche officielle instituée par le haut.

À Marseille, le succès de la Friche de la Belle de Mai tient à l’investissement initial des acteurs culturels locaux et à l’accompagnement de la municipalité, en l’espèce Christian Poitevin, l’adjoint de Robert Vigouroux à la culture. Il tient aussi à l’identité territoriale du quartier de la Belle de Mai. Sa localisation arrière-portuaire a favorisé l’installation d’usines de raffinement de sucres et d’allumettes. Au XIXème, le quartier est ouvrier et peuplé d’immigrés italiens. Avec le déclin du système industrialo-portuaire, le quartier change de nature. La manufacture ferme dans les années 1930 et devient une friche industrielle jusque dans les années 1980 et l’arrivée des artistes. Au milieu des années 1990, enfin, la manufacture est rachetée par la ville qui y installe ses archives. Surtout, le quartier est intégré au périmètre de l’opération Euroméditerranée qui décide d’y implanter un pôle média à côté du pole culturel afin d’attirer les fameuses « classes créatives » et reprendre en main la destinée d’un lieu à fort potentiel gentrificateur.

« Désordre urbain » : ancrage politico-social des arts de la rue

Un autre événement culturel repose la question des rapports entre acteurs culturels, pouvoirs publics et populations locales et interroge la capacité de la ville « à faire la fête ». Dans le cadre du Festival « Préavis de désordre urbain », bénéficiant d’une subvention municipale de 3 000 euros, une troupe a créé la panique dans le quartier des Cinq-Avenues. Selon La Provence, un Père Noël armé d’une mitraillette en plastique s’est rendu au bureau de poste du quartier « effrayant notamment une personne âgée ». Plus tard, la police a du intervenir afin d’appréhender des filles dévêtues, allongées sur les rails du tramway. Vérifications faites, il s’agissait de performers appartenant successivement aux troupes d’Ornic’art et de Compagnie Terrain Vague.

A Les réactions des élus ont été directes. « ils ont fait peur aux gens » (Eliane Zayan, conseillère municipale, déléguée aux arts de la rue), « ils ont mis le feu dans le quartier. Un feu thermonucléaire » (Bruno Gilles, maire des 4ème et 5ème arrondissements ). L’édile interprète cet épisode comme le produit d’une « inadéquation entre le quartier et le travail proposé » par les artistes. Le CIQ de Vallier, Cinq-Avenue, Sébastopol le rejoint dans cette analyse : « les gens ne sont pas encore tous prêts, à une époque où les goûts sont quand même très standardisés. On souhaite pourtant animer le quartier, créer des manifestations qui donnent l'occasion aux gens de se rencontrer. On va d'ailleurs organiser le 9 octobre prochain, un grand marché artisanal. »

La movida marseillaise... jusqu’à minuit

C’est dans ce contexte défavorable que Domique Vlasto propose de trouver un site « pour créer une grande discothèque à ciel ouvert à Marseille ». Cette idée se situe dans le droit fil de la comparaison avec Barcelone, mais a suscité immédiatement des réactions hostiles, non seulement de la part des riverains et des CIQ, mais également des élus qui endossent dans un bel élan du jeu collectif cher à 2013 le syndrome NIMBY (not in my back yards / pas dans mon jardin) faisant écho à une récente manifestation organisée devant la mairie par les CIQ qui souhaitaient dénoncer les nuisances sonores subis durant l’été.

Dans sa dernière édition consacré à 2013, le Ravi évoquait cette question de la résistance anti-festive portée par les CIQ : « Nous ne sommes pas contre les manifestations et les fêtes, mais il faut que cela reste dans le respect de la vie de quartiers » déclare la présidente de la confédération, Monique Cordier, qui met en avant la Fête Bleue soutenu par les collectivités locales et la chambre de commerce en juin dernier : « Il y avait des milliers de jeunes, mais à minuit tout était fini. C’est une bonne heure ». La promesse d’une « guerre des tranchées » à l’encontre de Bernard Latarjet et de son équipe si cet exemple n’est pas suivi, sonne comme un rappel à l’ordre pour les artistes appeler à rester cantonnés sur le site de la Belle de mai et à limiter l’irrigation de la culture dans la ville à ce secteur.

Dans un morceau intitulé « Bus de nuit », Massilia Sound Sytem chantait :

Pour ma part je crois important, pour une ville qui se dit Etre un lieu prépondérant, la capitale du midi De faire en sorte que les gens, du moins ceux qui en ont envie Avec un minimum d'argent, puissent bouger toutes les nuits.

C’était en 1991.

Photo : © Franck Pennant (voir le photo-reportage ici)

lundi 20 septembre 2010

Semaine économique de la Méditerranée - nouvelle édition

A Pour la quatrième année consécutive, la Semaine économique de la Méditerranée réunira du 29 novembre au 4 décembre à Marseille, les décideurs économiques des deux rives.

Les thèmes des dernières années consacrées à l’innovation, au financement et à l’entreprise s’inscrivaient dans un contexte favorable de progression des Investissements directs à l’étranger au Maghreb et de relance du partenariat euro-méditerranée. Crise économique oblige et essoufflement de la dynamique UpM contrainte, le programme de cette année est placée sous le signe du développement durable.

Rappelons que la Semaine économique de la Méditerranée est née de l’initiative de l’établissement public Euroméditerranée (EPAEM) et d’ANIMA - association gérant le programme européen Invest In Med - qui souhaitaient donner de la cohérence et de la visibilité à un conglomérat d’événements économiques internationaux organisés à Marseille.

Soutenu et financé par la ville et le Conseil régional, ce rendez-vous participe à la construction de Marseille comme plateforme d’ingénierie économique et financière en Méditerranée. Surtout, elle s’inscrit dans le cadre de la compétition entre les territoires pour devenir le centre d’impulsion de l’expertise dans cet espace en construction. Aussi Barcelone a-t-elle sa propre Semaine économique de la Méditerranée - la Semaine méditerranéenne des leaders économiques.

Dès 2007, autour de 30 partenaires, 22 événements étaient organisés sur différentes sites de la ville. Cette première édition souffrait d’un éparpillement géographique, mais pouvait se vanter d’avoir su convaincre le prestigieux Institut Aspen ou l’hebdomadaire britannique The Economist d’organiser une conférence à côté de petits ateliers consacrés à des enjeux spécifiques.

En 2008, la CCI et le Bureau de représentation marseillais de la Commission européenne rejoignent Anima et l’EAPEM dans le Comité de pilotage de l’organisation et densifient le programme. L’année dernière, enfin, la Communauté urbaine Marseille-Provence-Métropole s’est impliquée davantage. À l’occasion de l’édition 2010, c’est la Commission Méditerranée de CGLU - qui organisait déjà chaque année sa propre rencontre durant la Semaine - qui succède à ANIMA en tant que coordinatrice de l'opération.

Alors que la Semaine était fortement marquée au cours des premières années par l’empreinte politico-institutionnelle, son programme a évolué pour laisser une place croissante aux mondes de l’entreprise (leur présence est passé de 200 participants en 2007 à plus de 500 l’année dernière).

L’une des ambitions de la Semaine économique de la Méditerranée est commune à de multiples initiatives locales internationales : il s’agit de regrouper autour d’une même table responsables politiques et opérateurs économiques du territoire. L’internationalisation des territoires - en l’espèce, dans sa fonction d’accueil des événements internationaux, mais un constat similaire pourrait être adressé dans sa fonction de projection - exerce une pression à la mutualisation des ressources publiques et privées afin qu’elles soient mises au service d’un projet incubateur d’initiatives stratégiques - positionnement, affichage, mais également lancements d’initiatives opérationnelles comme en témoigne le lancement de la plateforme MedBusiness Network autour des chambres de commerce euro-méditerranéennes l’an passé.

L’une des limites à cette invention de l’ambition stratégique à l’échelle du territoire marseillais est sans surprise sa fragmentation politique. L’absence d’un portage politique nuit à la visibilité de l’événement si bien que l’opération reste peu incarnée. Pour y remédier, les organisateurs ont fait appel, au cours des éditions précédentes, à des grands témoins qui suivaient et participaient à plusieurs rencontres de la Semaine et contribuaient à lui donner une unité et une relative cohérence. En 2008, le rôle fut assigné à Pierre Deusy, fonctionnaire de la Commission européenne - DG RELEX - responsable des questions économiques du partenariat euro-méditerranéen. En 2009, Philippe de Fontaine-Vice - vice-Président de la Banque européenne d’investissement - avait rempli cette tâche.
Dans les deux cas, il s’agissait de personnalités extérieures au contexte économique et politique local. Certes, Philippe de Fontaine-Vice n’a pas caché ses ambitions en se présentant sur la liste de Jean Roatta aux dernières élections municipales défait par Patrick Mennuci dans le 1er arrondissement : le score de la majorité municipale dans ce secteur n’a pas permis à Philippe de Fontaine-Vive, 9ème sur la liste, de faire son entrée au conseil municipal.

En 2009, la Semaine s’était choisie pour sous-titre « plateforme opérationnelle pour la Méditerranée » avec comme mot d’ordre « business, gouvernance, financement ». Cette année, on assiste à un retour à la modestie et à l'air du temps avec le slogan « ensemble, pour des projets économiques durables ». Le programme provisoire contient les événements désormais pérennes et dont l’origine précède la création de la Semaine économique : les Rendez-vous économiques de la Méditerranée (6ème édition) et la Rencontre de la Cité Euro-méditerranéenne de la Mode.
On constate l’absence du Colloque Medinnov qui en était à sa cinquième édition l’an dernier et la présence du nouveau venu dans le paysage institutionnel local international marseillais, le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée. Il organiserait trois « Rencontres Transports urbains durables» en partenariat avec l’AFD et des «Ateliers stratégiques» avec l’ISI@MED (Initiative Société de l'information pour la Méditerranée) produit du partenariat conclu entre le bureau du PNUD à Genève et feu le bureau de la Banque mondiale à Marseille. Enfin, la thématique développement durable est représenté par les Forum EcoCités de la fin de la Semaine.

Le contenu de ces manifestations reste à définir, mais on sait d’ores et déjà que deux sites sont privilégiés pour leur tenue : comme pour l’année dernier, le Palais du Pharo et le Palais de la Bourse permettront une meilleure polarisation spatiale des événements placés sous le signe de l’économie verte.

mardi 14 septembre 2010

L’affaire Andrieux : persistance et transformation du clientélisme

A Avant les congés, nous avions consacré un billet au « retour des affaires ». Pour mémoire, il s’agissait d’un faisceau d’événements criminels (braquage spectaculaire en plein centre -ville, arrestations de parains...) qui reposait la question de la « réputation » de la ville. Pour compléter le tableau, Le Monde publie, ce jour, dans sa Page 3, une enquête sur le « banditisme des cités » qui reconfigure le champ de la grande délinquance urbaine.

C’est pourtant un tout autre aspect des « affaires » marseillaises qui s’est joué dans les bureaux du juge d’instruction Franck Landou la semaine dernière. Si cet épisode est sans rapport avec ce qui précède, il permet d’interroger le climat politico-judiciare local et offre un éclairage sur des pratiques que d’aucun pensait disparues.

Au commencement, l’affaire Andrieux

À l’été 2008, Tracfin alerte la justice sur une présomption de malversations au Conseil régional PACA. Au total, 750 000 euros auraient été détournés au profit d’associations qui ne poursuivraient aucun objet social autre que leur participation au financement de la campagne électorale de Sylvie Andrieux, vice-Présidente du Conseil régional chargée de la politique de la ville et élue des quartiers Nord de Marseille. Se retranchant derrière les « responsables administratifs » de la Région, elle est néanmoins remerciée par le Président Vauzelle en mai 2009 qui précise dans un communiqué :

« souhaite(r) que l'enquête, concernant un éventuel détournement de subventions au préjudice du Conseil régional se déroule dans les conditions nécessaires au respect des intérêts de la Région et de ses citoyens ».

Michel Vauzelle ne s’arrête pas là et porte plainte. La Provence relevait à l’époque la nature politique de cette décision dans la mesure où Sylvie Andrieux, frappée par le cumul des mandats, avait prévu de démissionner de son poste de vice-Présidente pour conserver ses sièges à l’Assemblée nationale et au conseil municipal. Il s’agissait pour Michel Vauzelle de rompre publiquement avec Sylvie Andrieux afin de positionner, lui et son institution, comme une victime des faits supposés.

En juillet 2009, la justice rattrape cependant le cabinet du Président en procédant à la mise en examen de Franck Dumontel, ex-directeur de cabinet de Michel Vauzelle, et Jules Nyssen, ex-directeur général des services pour «complicité de détournements de fonds publics». Finalement, c’est vingt-deux personnes qui, à ce jour, sont mis en examen dans cette affaire.

Alors que Michel Vauzelle pouvait craindre une pollution de la campagne électorale des régionales de 2010 par ce climat judiciaire, ses principaux adversaires ont globalement évité le sujet. Les quelques - timides - attaques ont été davantage le fait de sa partenaire écologiste, Laurence Vichnievsky qui profitant de son statut d’ancienne magistrate - elle a notamment instruit l’affaire Boulin, l’affaire Elf et l’Affaire Dumas au côté d’Eva Joly, ainsi que l’affaire des frégates de Taiwan - a fait valoir sa « candidature éthique », observant :

«qu'il y a beaucoup de saupoudrage, une politique de guichet, sans qu'il y ait des objectifs. C'est un peu à la demande. Ce n'est pas une bonne manière de gérer. On voudrait proposer plus de rigueur».

Au début de cet été, ayant laisser passer les élections régionales, le juge Landou reprend l’initiative et décide de placer Sylvie Andrieux en examen pour « complicité de tentative d’escroquerie et complicité de détournement de fonds publics » après cinq heures d’auditions où elle se présentait comme témoin assisté. Alors qu’elle accusait jusque-là, les responsables administratifs de la Région, elle s’en prend désormais à son attaché parlementaire qui « s’est trouvé l’interlocuteur direct des associations » et à son Président, coupable à ses yeux, d’exercer « un authentique pouvoir présidentiel concentré » : « mon rôle était équivalent à celui de la reine d’Angleterre » se défend-elle devant le juge.

Dernier épisode en date, ce dernier convoque Michel Vauzelle jeudi 10 septembre, en qualité de témoin assisté. Il conservera ce statut à sa sortie du bureau du juge après quatre heures d’auditions. Sa ligne de défense est claire : il n’avait pas connaissance des demandes de subvention qui étaient directement adressés aux services concernés.

La question du clientélisme

Cette affaire repose la question du clientélisme à Marseille. Il est courant de décrire la régulation du marché politique local marseillais à partir des relations entre faveurs des élus et intérêts privés. Dans sa thèse, Cesare Mattina a décrit les mutations des ressources clientélaires à Marseille et à Naples entre 1970 et 1990. Il montrait que le clientélisme n’était en rien liée à une pratique « culturelle », mais qu’il s’inscrivait dans :

« la capacité des élus à disposer de ressources publiques et à les distribuer à des segments de populations en quête d’ascension ou de consolidation de leurs positions sociales ».

La régulation clientélaire, dans cette perspective, permet de comprendre les processus de notabilisation du personnel politique. Il note dans un article :

« Pour répondre de manière systématique aux demandes privées et personnelles, les élus sont obligés d’avoir une organisation performante. Une députée socialiste - vice-Président de la région PACA, conseillère municipale et conseillère d’arrondissement de Marseille - dispose d’un bureau de permanence personnelle doté de moyens humains important. Le cumul des mandats locaux et nationaux lui permet d’avoir une équipe élargie de permanents et de bénévoles, qui a la capacité de répondre systématiquement aux demandes des citoyens. »

Le clientélisme trouve ainsi une partie de sa justification, non pas seulement dans la nécessité de fidéliser une clientèle électorale, mais dans la nécessité d’apparaître comme un élu de proximité et de terrain. La complexité de la régulation clientélaire réside dans les relations ambigües qu’elle entretient avec la légitimité politique. Si du point de vue moral, le clientélisme est unanimement rejeté par la population qui l’assimile à la distorsion du suffrage universel à partir de pratiques utilitaristes de l’acte de vote, il peut revêtir, note Mattina, une fonction politique légitime pour les électeurs percevant une faveur personnelle. En outre, ces derniers détiennent un pouvoir important, en promettant ou en menaçant les élus du vote ou du non-vote en fonction de la satisfaction de leurs besoins et intérêts personnels. Le clientélisme, dans cette perspective, peut agir comme une compensation de l’éloignement du système représentatif.

Comme le suggère la conclusion du documentaire de Michel Samson et Jean-Claude Comolli - Les Clés de Marseille (2008) - : « on ne sait plus qui est client de qui ». Par ailleurs, ce volet de Marseille contre Marseille consacré à la campagne municipale 2008 tendait à montrer un retour en force du clientélisme dans la ville. Or, en conclusion, Mattina remarquait l’affaiblissement des ressources clientélaires à la disposition des élus - en particulier en termes d’attribution des logements sociaux et d’emplois - alors que les demandes sociales ne faiblissent pas. En dépit de cette contradiction, l’auteur remarquait la persistance des pratiques clientélaires qui se déplaçaient sur le registre « symbolique ». C’est une transformation de la capacité des élus locaux marseillais à tenir leur rôle auquel nous serions en train d’assister.

Davantage que « la dérive d'un système clientéliste », l’affaire Andrieux montre d’une part que les ressources clientélaires, si elles se sont effectivement raréfiées, se sont déplacés vers la rétribution des associations. D’autre part, elle montre l’émergence d’une judiciarisation de pratiques autrefois acceptées qui pourrait considérablement diminuer le niveau d’acceptation sociale du clientélisme.

mardi 31 août 2010

Les « frères gitans » : les effets de la perméabilité des enjeux internationaux dans l’espace public local

A Il y a tout juste un mois, le discours de Grenoble du Chef de l’État a ouvert une séquence politique qui n’en finit plus de provoquer les réactions les plus paradoxales. Les inflexions sécuritaires du Chef de l’État ont suscité tantôt des surenchères, tantôt des « malaises » au sein de la majorité et du gouvernement - jusqu’à son Chef, semble-t-il. Sur le plan localo-marseillais, la proposition, aussitôt mise en œuvre par le Ministère de l’Intérieur, de démanteler les camps Roms et de procéder à l’expulsion de ses occupants étrangers, est actuellement l’objet d’une polémique mettant en scène le Président du Conseil régional et un maire des Bouches-du-Rhône, puis un représentant UMP du conseil municipal de Marseille... qui dépose plainte contre son collègue arlésien et son propre parti.

En quoi, cette affaire nous informe des politiques locales internationales ? Tout d’abord, elle contribue à saisir les enjeux de la retraduction des politiques nationales à l’échelle locale. Ensuite, elle nous montre que le facteur international influe sur la réception politique locale dans le contexte marseillais.

Le discours des "frères Gitans"

A Le jeudi 26 août dernier, Michel Vauzelle, Président de la Région PACA et député PS d’Arles et Hervé Schiavetti, maire PC d’Arles, organisent un rassemblement devant le mémorial de Saliers à Arles afin de dénoncer la politique du gouvernement en utilisant la symbolique du lieu où le régime de Vichy avait installé un camp d’internement réservé aux tsiganes.

Dans son discours, Michel Vauzelle dénonce le fait de « désigner à la vindicte populaire un peuple, une catégorie de population » comme une remise en cause de « l’idéal républicain ». Rendant hommage aux apports culturels du peuple tsigane qui renvoie à « une philosophie de la vie, celle du voyage, où l’on ne sait pas d’où on vient, où l’on va, mais où on chemine », il s’indigne : « nous sommes tous des gens du voyage ». Évoquant enfin, le devoir de fraternité avec « nos frères gitans », il conclue son propos sur la nécessité de remplir « un devoir de vigilance » : « il en va de l’avenir de notre peuple et de nos idéaux ».

Climat international pesant

 A Ce discours s’inscrit dans un climat international chargé dans lequel divers acteurs prennent position sur ce dossier et critiquent le gouvernement. Un communiqué de la vice-Présidente de la Commission européenne, Viviane Reding, par ailleurs, Commissaire à la justice, aux droits fondamentaux et à la citoyenneté, « déplore que la rhétorique employée dans certains Etats membres les semaines passées ait été ouvertement discriminatoire et en partie provocante».
Ce communiqué fait suite à une mise en garde adressé par la Commission le 17 août : « la France doit respecter les règles concernant la protection des citoyens européen » - rappelant que les Roms sont pour la plupart orignaires de Bulgarie et de Roumanie, membres de l’Union européenne, et leurs ressortissants bénéficient de la liberté de circulation dans l’espace communautaire. Les expulsions sont donc proscrites sauf si la personne présente une menace d’ordre public pour le pays. Or, et alors que les gouvernements bulgares et roumains s'inquiètent, le cabinet de Mme Reding affirme que « si un État procède à une expulsion, il faut voir si c'est une décision proportionnée. Il faut regarder chaque cas. On ne peut pas prendre une décision sur toute une population ».

Dans un rapport du Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, l’ONU appelle la France à « éviter les rapatriements de Roms» notant une «augmentation récente des actes et manifestations à caractère raciste et xénophobe ».

Le pape, lui-même, s’était prononcé, le dimanche 22 août, en faveur de l’accueil des « légitimes diversités humaines », ce qui avait provoqué l’ire d’une partie de la droite gouvernementale, mais également a permis à l’épiscopat français de sortir de son silence pour condamner - parfois de manière très véhémente - la politique de Nicolas Sarkozy.

Retour sur la scène locale

A Le lendemain du discours de Michel Vauzelle, Roland Chassain, maire des Saintes-Marie-de-la-Mer, publie un communiqué dénonçant « les propos scandaleux » du Président du Conseil régional, qui se serait livré « à des exercices de démagogie politique sur un site totalement inapproprié ». Le communiqué conclue par cette phrase :

« Frère des gitans », « Président d’une grande région musulmane »… les propos de Michel Vauzelle démontrent au moins une chose : il n’est pas l’ami de la sécurité que l’on doit aux français, sans distinction aucune.»

Hier, enfin, on apprend que Maurad Goual, conseiller municipal marseillais du 5ème secteur, celui de Guy Tessier, dépose plainte contre Roland Chassain pour « incitation à la haine raciale, propos diffamatoire, propos injurieux ». Il explique son geste par le fait qu’ :

« À un moment donné, il faudra que les responsables UMP locaux s’affichent pour ou contre ces propos puisqu’on jusqu’à présent on a eu plutôt droit à des silences". "C’est très dur aujourd’hui de trouver des gens de confession musulmane à l’UMP car ils ont fui le parti depuis longtemps ; je fais partie je crois des vestiges.»

Alors que M. Chassains se dit « convaincu que son souhait de se porter partie civile est avant tout un moyen pour lui de se faire de la publicité, ce qui est regrettable », M. Goual persiste :

«Tous les ténors marseillais du parti m'ont appelé aujourd'hui. Ils souhaitent que je retire ma plainte, me disent que je suis un fou, un traître, qu'on ne fait jamais ça à son parti. C'est beaucoup de pressions, beaucoup d'énervement, mais en tout cas je tiens debout et je ne cèderai pas (...) Je refuse de démissionner, j'ai proposé ma démission il y a six mois et elle a été refusée. Aujourd'hui, ce n'est pas à moi de partir c'est à eux ».

M. Goual projète de « se rendre avec 300 à 500 personnes qui se sont retrouvées dans (sa) démarche » à la fête départementale de l'UMP, le 11 septembre à Méjanes (Saintes-Maries-de-la-mer), où le Premier Ministre, François Fillon et plusieurs ministres, parlementaires et élus locaux sont attendus.

Cette dissidence locale renvoie aux propos d’un autre membre de l’UMP qui lors d’un débat sur l’identité nationale, en janvier dernier, avaient vivement réagi à un dérapage supposé du maire de Marseille regrettant que lorsque « les musulmans sont heureux du match Egypte-Algérie (de novembre 2009), ils déferlent à 15 000 ou à 20 000 sur la Canebière, il n'y a que le drapeau algérien et il n'y a pas le drapeau français, cela ne nous plaît pas .» Immédiatement après cette sortie, quatre militants avaient quitté la salle, tandis que Guy Tessier s’était dit « profondément blessé de l’amalgame entre les jeunes des quartiers et les musulmans ».

Ces deux exemples témoignent du fait que les conditions spécifiques de la pénétration des facteurs internationaux sur le terrain marseillais autorisent des prises de position contradictoires et dissidentes au sein des organisations partisanes. En d’autres termes, si les partis ne parviennent pas complètement à articuler les enjeux internationaux avec les débats locaux, c’est parce que cette articulation trouve sa construction dans d’autres espaces et obéissent à d’autres logiques. On peut faire l’hypothèse que ceux-ci sont à rechercher dans la configuration des échanges politiques locaux particulièrement perméables aux phénomènes politiques internationaux tels que les migrations et la place des communautés nationales dans l’espace public.

mercredi 25 août 2010

Si on parle de Marseille, par exemple

A " J'ai ressenti une très grande peur aux dernières élections présidentielles (de 1988). Je me suis dit que si Chirac était élu, j'irais vivre au Portugal, je ne voulais pas vivre dans un pays qui ressemble à la Suisse. Le seul sang qui nous vienne, qui nous nourrisse un peu, c'est le sang des immigrés. On commence à le reconnaître aujourd'hui ; il faut le reconnaître encore davantage. Je peux tout autant parler des Blancs, mais il est vrai que le sang de notre peuple, aujourd'hui est noir et arabe. Je ne dis pas que cette réalité est définitive ; elle est telle pour la génération que nous vivons. Le sang neuf naît de cette présence des Noirs et des Arabes ; il ne naît pas de la France profonde qui est le désert ; là, rien ne vit et, s'il se passe quelque chose, c'est toujours à cause des immigrés. Si on parle de Marseille, par exemple, ce n'est pas aux Blancs de Marseille qu'on fera allusion."

Bernard-Marie Koltès, Entretien avec Véronique Hotte, Théâtre Pubiic, novembre-décembre1988, repris in Une Part de ma vie, Entretiens (1983-1989), Minuit, p. 126-127.

vendredi 2 juillet 2010

La fermeture des portes et l’ouverture du débat

A La rénovation du centre-ville de Marseille était à l’ordre du jour du conseil municipal du 21 juin dernier. À la lecture rapide des compte-rendus médiatiques du conseil apparaît quelques contradictions relatives à l’ambiance qui y résidait.

Pour La Provence, « Conseil municipal relativement calme ce matin à Marseille, pour évoquer notamment les marchés de restauration scolaire, le compte administratif ou enccore un projet immobilier à la place du Capitole sur la Canebière. C'est plutôt sur des sujets a priori consensuels ou hors ordre du jour que les piques ont fusé. De la simple vanne au règlement de compte bien senti.» En somme, «une ambiance de cour de récré» comme le titre de l’article l’annonce.

La Marseillaise propose un angle relatif au débat sur «l’accès à l’école des plus jeunes» et revient sur la passe d’armes opposant Samia Ghali et Patrick Mennucci, d’un côté et Danièle Casanova et Jean-Claude Gaudin, de l’autre.

Pour Masactu, dont l’intervention dans le débat public local ne correspond pas avec celles des médias traditionnels, le Conseil municipal aurait été «enflammé» par la question du logement dans le centre-ville.

La question est évidemment aussi ancienne que sujette à polémique. En jeu, la réhabilitation des quartiers du centre-ville soumis aux ambitions des promoteurs immobiliers souhaitant profiter de l’Opération Euroméditerranée pour accroître leurs bénéfices et à celles des élus de la majorité municipale souhaitant attirer des populations nouvelles et des électeurs - la fameuse et non moins introuvable gentrification. Face à eux, des collectifs d’habitants se sont mobilisés, en particulier l’association, recueillant la parole des locataires menacés d’expulsion par des «médiateurs» peu scrupuleux.

Il faut lire l’ouvrage de Jean-Stéphane Borja, Martine Derain et Véronique Manry, il faut écouter le documentaire sonore de création de Caroline Galmo accompagnant cet ouvrage - Attention à la fermeture des portes- transformations urbaines et mobilisation populaire : l’expérience de la rue de la République à Marseille, il faut voir enfin le chapitre du film de Denis Gheerbran - La République Marseille - consacré à la mobilisation contre l’opération de rénovation urbaine, pour saisir - un peu - ce qui se joue dans ces «politiques de déménagement des populations pauvres» (Marsactu), et dans ces révoltes parfois silencieuses, contre la brutalité de la rénovation immobilière.

Au cours de la séance du Conseil municipal, le Président du groupe majoritaire se défend « machine à déménager la population non. Machine à attirer les nouveaux habitants oui.» Avouons que la ligne de démarcation est ténue. En attendant les résultats des mesures annoncées en matière de logement social, l’un des effets les plus visibles de la mobilisation - outre les procès gagnés contre les promoteurs immobiliers dont certaines méthodes ont été invalidés par la justice - fut de donner la parole à cette frange des habitants le plus souvent considérés comme exclus - du débat public, des statistiques, des bureaux de vote, de l’accès aux diplômes et au marché de l’emploi.

dimanche 13 juin 2010

Retour aux affaires

A La première quinzaine de juin a été l’occasion de voir ressurgir à Marseille le vocable des «affaires» et du «banditisme». Il n’est pas question de lier des affaires aussi diverses qu’un braquage, l’arrestation de présumés figures du miieu et une enquête judiciaire impliquant des proches d’élus. Toutefois, la dimension spectaculaire de ces événements et l’unité chronologique sont susceptibles de réactiver la «mauvaise réputation» de la ville dans la mesure où ils correspondent aux clichés régulièrement attachés. Cette séquence tombe mal pour les édiles et les élites économiques locale qui dépensent une énergie considérable pour changer l’image du territoire.

Lundi 31 mai, un commando de six personnes attaquent à l’arme lourde un fourgon de convoyeur de fonds contenant près de huit millions d’euros. La scène qui se déroule à proximité des bassins du radoub du port en fin de matinée est filmée par les badauds. Cent cartouches de kalachnikov sont retrouvés sur les lieux où aucun blessé n’est à déplorer. L’enquête s’oriente vers la piste du «banditisme de cité», le mode opératoire faisant davantage penser à un «braquage de bazar» plutôt qu’à des professionnels. Si cette hypothèse se confirme, la question sera de savoir comment les malfrats ont pu avoir accès aux explosifs et aux compétences pour les utiliser. Enfin, cette affaire bat en brèche la thèse du modèle d’intégration marseillais dont se se vante les élites politiques depuis les émeutes parisiennes de décembre 2005 : «La violence des cités est plus meurtrière que celle du banditisme classique, estime un ancien commandant de police de la brigade de répression du banditisme. Et le problème, c'est qu'on tend de plus en plus vers ce type de braquages. Les grandes équipes, corses notamment, sont aujourd'hui sous les verrous. La place est donc libre.»

Encore plus libre, peut-être, depuis l’arrestation des-dits «parrains marseillais» le 7 juin. Bernard Barresi, recherché depuis dix-huit, Michel et Gérard Campanella sont interpellés alors qu’ils s’apprêtaient à passer un après-midi en famille sur le yacht Atlas. Les perquisitions menées à la suite du coup de filet conduisent les enquêteurs à trouver 200 000 euros en liquide, des faux papiers, des armes, des montres de luxe, des véhicules... des indices qui pourraient permettre de prouver des irrégularités entre le train de vie et les revenus de personnes soupçonnées de rackets, d’exploitation de machines à sous et de blanchiments. L’opération ne s’est pas résumée au spectacle d’une arrestation sur des bateaux de luxe mais a impliqué au total une vingtaine interpellations, dont celle d’Alexandre Rodriguez, 25 ans, Président du directoire de la société éponyme de yacht de luxe, l’un des leaders du marché, et potentielle vitrine du croisiérisme marseillais, malgré des difficultés financières récentes qui semblaient avoir été surmontées.

Dernier épisode, Bakchich établit un lien entre un marché public de sécurité passé par le conseil général des Bouches-du-Rhône et Carole-Evelyne Serrano, la compagne de Bernard Barresi, également mise en examen après l’arrestation de ce dernier. Gérante de la boîte de sécurité Alba Sécurité, elle s’est vue attribuée le «gardiennage sureté sécrurité des sites déconcentrés du Conseil général». Si le contrat, qui a fait l’objet d’un appel d’offres, n’est pas visé par la justice, ces liens s’ajoutent à l’affaire qui secoue le Conseil général depuis plus d’un an. À ce propos, un proche d’Alexandre Guérini, Eric Pascal, dirigeant d’une entreprise de ramassage d’ordures - Quayras - a été mis en examen cette même semaine dans le cadre de l’enquête relative aux marchés publics des ordures.

On le comprend rien ne relie ces épisodes et rien n’indique que le contrat passé entre le Conseil général et «Mme Barresi» soit entaché d’irrégularité. Ils posent néanmoins le problème de la réactivation des images négatives qui collent à Marseille et sont susceptibles de pénaliser l’attractivité du territoire tant recherché.

Comme le suggère un membre d’une institution publique locale travaillant sur cet aspect :

« L’image pour l’international c’est essentiel, parce qu’il faut être attractif. Rayonner, c’est une chose, mais pour rayonner, il faut être attractif. (...). Et ça participe de la perception de Marseille. Les gens qui viennent de loin, la perception de Marseille, c’était quoi ? C’était toujours la même. Les Marseillais, à tort, en plus ont souffert de la perception French connection, Spirito, Carbone, Borsalino. Mais Marseille, ce n’est plus ça, aujourd’hui, ce n’est plus ça du tout.»

Photo : François Spirito et Paul Carbone

mardi 1 juin 2010

Où l’on reparle du «Grand Marseille»

A À l’heure du Grand Paris et de la réforme des collectivités territoriales, l’idée de la morphologie métropolitaine de Marseille refait l’objet de débats au sein des acteurs politiques et économiques locaux.


Bien sûr, l’idée n’est pas neuve et l’histoire connue : les «métropoles d’équilibre» du Général de Gaulle, le refus de Defferre de constituer une communauté urbaine incluant les villes communistes de l’agglomération, le découplage entre la ville-centre et ses périphéries, le retard pris sur les modèles lillois, bordelais et lyonnais, la concurrence interterritoriale qui s’organise sur des aires géographiques intégrées plus vastes...

Quarante ans plus tard, l’enjeu du «Grand Marseille» réapparaît sur l’agenda politique local - et national - et on peut se demander si les termes ont vraiment changé.

Certes, Marseille s’est dotée en 2001 d’une communauté urbaine regroupant 18 communes pour un peu plus d’un million d’habitants. Chargée des compétences en matière de développement économique et d’aménagement urbain, elle est devenue le siège du pouvoir local au moins en ce qui concerne la production des politiques publiques.

En effet, le maire concerne les attributs de la souveraineté et de la légitimité municipale en dépit de sa perte d’influence réelle sur la conduite des affaires locales. En outre, la constitution de Marseille Provence Métropole n’a pas résolu le problème de la fragmentation politico-institutionnelle de l’agglomération tandis que les écarts entre la métropole technique (celle des déplacements liées au travail, au loisir et à l’habitat) et sa réalité juridique se sont accrus.

C’est pour répondre à ces deux types d’enjeux (alignement des structures institutionnelles sur les réalités politiques, d’une part et économiques, d’autre part) que les élus s’emparent de la question du «Grand Marseille» profitant du contexte national relatif aux futures dispositions prévue par la loi sur les collectivités territoriales.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce débat fait resurgir les vieux démons de la politique marseillaise. Les maires des petites communes s’inquiètent des conséquences de la création d’un « nouveau monstre administratif qui bride les communes et les vide de leur autorité ». À Aubagne, on organise un référendum consultatif pour savoir si « oui ou non, (les habitants souhaitent que) la commune (soit) absorbée dans la future métropole de Marseille ». On réactive la peur de l’impérium métropolitain marseillais. À Aix, on prévient qu’ « un ensemble autour de Marseille qui irait de l’étang de Berre jusqu’à La Ciotat et au Pays d’Aix, est envisageable seulement si les intercommunalités existantes conservent leur périmètre et leurs compétences ». Le « seulement » est important pusqu’il signifie que cet ensemble est... inenvisageable.

À Marseille, chacun y va de son périmètre. Pour Renaud Muselier, fondateur de l’association « Pensons le Grand Marseille » celui-ci irait jusqu’à Lyon. Pour Eugène Caselli, l’actuel Président (sans majorité) de la Communauté urbaine, il s’agit avant tout de corriger les effets d’archipel issus du découpage de 2001, mais se montre avant tout prudent au moment d’entamer les négociations avec les maires et les représentants des autres agglomérations. Quant à Jean-Noël Guérini, il se fait pour le moment discret, s’efforçant surtout de combattre la réforme présentée au Parlement, à partir de son mandat de sénateur. Néanmoins, le lancement du syndicat mixte des transports il y a tout juste un an préfigure la méthode employée par le Président du département : dessiner les contours d’une métropole fonctionnelle capable d’entraîner un alignement institutionnel et dépasser ainsi les conflits politiques.

Les choses s’accélèrent néanmoins. La semaine dernière, plusieurs réunions publiques ont permis de voir se dessiner certaines lignes de tension. L’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône ont, sans surprise, plaidé pour une intégration fonctionnelle, fustigeant les blocages politiques.

Surtout, initiée par Renaud Muselier, une « Agora sur le Grand Marseille » s’est tenue vendredi dernier au Parc Chanot en présence du Ministre de l’économie, du préfet, d’un conseiller du Président Sarkozy...

À l’issue de cette rencontre, rien ne permet de dessiner les contours du futur « Grand Marseille », si ce n’est qu’il est devenu essentiel pour ces acteurs de ne pas apparaître comme les bâtisseurs d’un «Marseille en plus grand» qui ont précipité les échecs précédents et qui fabriquent les ressentiments futurs.

Si cette orientation devait se confirmer, elle pourrait être porteur d’une profonde recomposition du système politique local, en redistribuant les modalités qui organisent jusqu’à présent l’échange politique territorial. Enfin, elle pourrait favoriser l’émergence de nouveaux projets associant des acteurs, des institutions et des territoires sur des échelles à la fois plus variables et plus vastes, à l’image de la candidature à la Capitale européenne de la culture. Néanmoins, sur ce dossier comme sur d’autres, le « jouer collectif », cher à Jacques Pfister, le Président de la Chambre de commerce, est loin d’être stabilisé.

Crédit Image /Carte : AGAM

vendredi 28 mai 2010

Le For’UM : l’UpM et Marseille à la relance

A Quelques jours après l’annonce du report du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union pour la Méditerranée (UpM), la co-Présidence franco-égyptienne a réuni, hier, bailleurs de fonds et investisseurs privés à Marseille.

Pour la Cellule de l’Élysée et son patron, Henri Guaino, l’objectif de la manifestation était de montrer la vitalité de l’initiative sur le plan des projets concrets contrastant avec ses blocages politiques. Pour la Chambre de commerce marseillaise (CCIMP), l’opportunité était belle de souligner la centralité de la ville dans les échanges euro-méditerranéens ; une manière de matérialiser les ambitions des élites politiques et des experts selon lesquelles Marseille est sensée jouée le rôle de «plate-forme d’ingénierie financière et technique» de la zone, laissant à Barcelone, celui de vitrine institutionnelle.

Le plateau

Du beau monde s’était déplacé au Palais de la Bourse : des Ministres français et égyptien ; un Commissaire européen et un haut fonctionnaire d’EuropeAid ; le Secrétaire général de l’UpM ; des représentants de la BEI et d’autres bailleurs de fonds publics (AFD, Banque mondiale, OCDE, INGD) et privés ; des représentants du patronat des deux rives ; des experts.

Une journée organisée en deux temps : les grands discours de cadrage le matin vantant le «bilan» (sic) et les perspectives du projet et les ateliers thématiques l’après-midi portant sur les domaines «concrets» de la coopération dans la région (investissement et financement de projets, énergie, transports et développement urbain, eau et environnement, développement économique des entreprises, développement humain et social).

Les discours

Le discours des décideurs politiques et économiques convergeaient sans surprise pour souligner les potentialités d’investissements en Méditerranée et la maintien de son attractivité due à une croissance supérieure de 6 points entre les pays de l’UE (-4,3%) et ceux du Sud (+2,3%). Quid des problèmes politiques (insécurité juridique, conflits frontaliers au Maghreb, blocage au Proche-Orient, incertitudes au Levant) ? «Largement surévalué» selon le MEDEF qui rappelle les bons classements du Maroc, de la Jordanie et de l’Egypte en termes d’audit et de sécurisation des transactions.

Le Ministre français du Commerce édicte la méthode, devenue lieu commun du partenariat euro-méditerranéen post-Barcelone : «nous ne tentons pas d’approche trop politique (souligné par nous), mais essayons de traiter les questions de façon bilatérale» et loue, au passage, l’approche des collectivités locales dans le cas de la gestion du problème lié à la LFC algérienne. Plus précis et plus incisif, Henri Guaino refuse de voir l’UpM «l’otage pour résoudre les problèmes politiques. La politique a été un moyen d’impulsion, elle est également une difficulté à résoudre».

On se souvient alors de la formule de Jean-Claude Gaudin dans sa conception, certes improvisée, de la diplomatie décentralisée :

«Nous ne souhaitons en aucun cas nous substituer aux États, quoi que nous ne ferions pas plus mal» (tenue lors du 1er Forum des Autorités Locales et Régionales, Marseille, 28 mai 2008) ;

et de celle, davantage formalisée, de Michel Vauzelle :

«Je fais de la diplomatie participative quand je dis à l’Etat ‘nous ne nous occupons pas des questions sensibles, nous vous les laissons : Palestine, Israël, Algérie, Sahara… Nous nous occupons des petites choses comme l’eau, les forêts…’ Nous tissons graduellement des liens entre le monde des affaires, les universitaires, les étudiants, les jeunes, les athlètes, les techniciens» (Entretien avec Michel Vauzelle, propos recueilli par Bruno Etienne et Thierry Fabre, La Pensée de midi, 21, avril 2007, pp. 110).

 Les annonces

À entendre les annonces, il semble qu’en attendant les projets et l’ouverture du dialogue politique, les fonds ne manquent pas en Méditerranée.

Alors que la BEI, la Caisse de dépôts et de consignation lancent InfraMed pour financer les projets d’infrastructure (doté de 385 millions d’euros et devant mobiliser 1 milliard d'euros à terme, la BEI, cette fois associée à l’AFD, ont créé un Fonds d’Amorçage de Réalisation et d’Orientation (FARO) destinée à aider les entreprises à s’implanter en Méditerranée (1 million d’euros). Ces initiatives complètent un dispositif composé de la Facilité d’investissement de soutien en Méditerranée (FISEM, 250 millions d’euros), de la Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP, environ 10 milliard d’euros depuis son lancement en 2002), sans oublier les financements issus des programmes opérationnels européens inscrits dans le cadre de la Politique de Voisinage (IEVP Bassin méditerranée, 173 millions pour la période 2007-2013).

Nonobstant les différences en termes de volume, d’acteurs et d’objectifs de ces fonds, l’addition, forcément trompeuse, de ces financements s’élève à 1,650 milliards d’euros (certes essentiellement dus à la FEMIP). Par ailleurs, gageons que ces financements ne concernent que les bailleurs de fond du Nord et occultent donc les montants investis par les fonds souverains du Golfe.

Ces derniers ne sont pas pour autant oubliés par les promoteurs de l’UpM. Christine Lagarde a ainsi tenté «une approche du Qatar pour un milliard» et Henri Guaino souhaité la bienvenue à tous les financements.

On peut néanmoins supposer que le rapport sur le cofinancement en Méditerranée qui sera prochainement remis par Charles Millaud au Président de la République cherche à structurer ces logiques et à coordonner ces institutions. La proposition de l'ancien Président du directoire des Caisses d'Épargne et de l'actuel adjoint au maire de Marseille chargé des relations économiques internationales, viserait à créer un nouvel établissement au sein duquel la BEI deviendrait l'actionnaire principal et qui serait appeler à exercer les missions de la FEMIP.

Et Marseille ?

Ne se contentant pas d’être les hôtes de la réunion, le réseau informel des experts locaux internationalisés (Institut de la Méditerranée, Anima, CMIM, Euromed Management) a décidé la création - encore une - d’un «Office de coopération économique pour la Méditerranée et les pays du Golfe». Par ailleurs, toujours en marge du For’UM, la CCIM a signé un accord de coopération avec son homologue milanaise.

Le For’UM n’a donc pas été qu’un contre-feux diplomatique à l’échec de la réunion de Barcelone - même si à en croire la Cellule de l’Élysée, le report n’est pas un échec, «bien au contraire» -, il a été l’occasion pour Marseille, c’est-à-dire, les acteurs et les institutions politiques et économiques du territoire, de consolider leur légitimité à intervenir sur ses sujets et à jouer un rôle de facilitateur du dialogue. En somme, d’être cette interface opérationnelle entre les deux rives.

Pour plus d'information sur le For'UM, voir les articles disponibles sur Econostrum.

samedi 22 mai 2010

(Le Sommet de) l'Union pour la Méditerranée n'aura pas lieu

A C'était dans l'air du temps depuis un moment, c'est désormais officiel : le sommet de l'Union pour la Méditerranée (UpM) n'aura pas lieu. Du moins, pas le 7 juin et pas à Barcelone qui exerce la Présidence de l'Union européenne (UE). En langage diplomatique, le sommet n'est pas annulé, mais "reporté" à novembre. Le temps assure la Présidence égyptienne et le gouvernement espagnol - et la France qui exerce pourtant encore la co-Présidence ? - de "donner du temps aux pourparlers indirects" avant donc, si l'on comprend bien, de donner une chance au dialogue direct.

Il nous revient à l'esprit la phrase d'Henri Guaino lors du lancement de l'UpM, phrase qu'il répétait souvent l'année dernière lorsque les ennuis commençaient à s'accumuler sur son projet : "le vrai bilan de l'UpM sera dressé deux ans après son lancement". Deux ans, on y est.

Du côté du dialogue politique, les Ministérielles se sont annulées les unes après les autres, la guerre de Gaza ayant empêché tout contact entre Palestiniens et Israéliens. En ce qui concerne, la mise en œuvre de projets "concrets", les financements sont toujours attendus comme une réponse à une autre antienne d'Henri Guaino "la définition des projets d'abord, le montant des financements après".

Par ailleurs, la Commission européenne a bien d'autres préoccupations en matière de politique étrangère et méditerranéenne que d'alimenter la dynamique d'une UpM auquelle elle n'a jamais cru. Catherine Ashton est en train de mettre en place le grand service diplomatique de l'UE supposé remplacer les anciens découpages administratifs (DG Relex, AidCo, EuropAid...). Les arbitrages sur la politique méditerranéenne qui sont en train de se tenir sont probablement plus décisifs que les soubresauts de l'UpM. Au côté de ces enjeux bureaucratiques, demeure les négociations qui s'ouvrent sur le cadre budgétaire de la période 2014-2020. Assistera-t-on à un rééquilibrage de la Politique de Voisinage entre l'Est et l'Ouest ? Verra-t-on se concrétiser - ou s'initier - l'idée de macro-région aux échelles de la Méditerranée comme nous le suggérions dans un précédent billet ?

La primauté de ces enjeux sur l'avenir de l'UpM ne signifie pas qu'il faille dénier à ce projet toute résonance politique. En premier lieu, le grand mérite de l'initiative sarkozyste aura été de braquer les projecteurs sur cette région. Finalement, il s'agissait moins de relancer le Processus de Barcelone - l'UpM est, à cet égard, enlisée dans les mêmes contradictions et les mêmes impasses - que d'inscrire cette région sur l'agenda stratégique de l'UE, des bailleurs de fond et des investisseurs privés. Certes, la Banque mondiale ou les fonds souverains du Golfe n'ont pas attendu le discours de Toulon pour financer des projets, l'Europe l'a peut-être attendu davantage.

Deux ans après son lancement, de l'UpM, il reste des structures institutionnelles chargées de financer des projets mais qui se trouvent privées à la fois de financement et de projets. On peut se demander à l'infini quelles sont les raisons qui ont précipité son échec : ambition franco-française ; opposition allemande à la maquette initiale qui aurait pourtant favorisé les coopérations renforcées ; situation géo-politique pour le moins instable au Proche-Orient ; cadre juridique imprécis et articulation avec les politiques européennes incertaine...
Il n'en demeure pas moins que les échecs répétés des projets institutionnels intergouvernementaux ne parviendront pas à tuer l'idée selon laquelle la coopération en Méditerranée demeure une ardente obligation pour la paix, la sécurité et la prospérités sur les deux rives.

Lieux communs sans aucun doute. Tellement communs qu'aucune réponse n'a pu être apporté et trop peu de progrès enregistrés depuis le lancement de la première initiative européenne dans cette région, la Politique méditerranéenne globale. C'était en 1972.

lundi 17 mai 2010

Vers une macro-région en Méditerranée ?

A À l’issue de la deuxième édition du Forum des autorités locales et régionales de la Méditerranée qui s’est tenue à Barcelone au début de ce mois, les élus locaux et régionaux des deux rives ont adopté une Déclaration finale qui contient, sans surprise, un appel à une meilleure association des collectivités locales dans la poursuite de la mise en œuvre de l’Union pour la Méditerranée et dans la perspective des négociations de la programmation des fonds européens pour la période 2014-2020.

À ce sujet, la Déclaration encourage le Conseil européen à instaurer le concept de macro-région en Méditerranée, appelé à «renforcer le programme de coopération transfrontalière par bassin maritime associant les fonds FEDER et IEVP».

À ce jour, deux programmes européens distincts sont déployés en direction de la Méditerranée. Le Programme Med obéit à l’Objectif Coopération territoriale européenne et se déploie sur la rive Nord de la Méditerranée. Successeur des programmes Interreg, il est financé par les fonds FEDER. Le second programme, IEVP Bassin Maritime, s’inscrit dans la Politique européenne de voisinage, et non dans la Politique régionale, puisqu’il ne concerne que la rive Sud.

La Région Paca, autorité unique de gestion (AUG) du Programme Med - c’est-à-dire qu’elle héberge une équipe chargée de coordonner la mise en oeuvre des appels à projets - souhaite rompre avec la dichotomie entre deux initiatives parallèles en faisant la promotion d’une macro-région qui permettrait d’englober sous un programme unique les deux rives de la Méditerranée. Ainsi, elle a mis en place un Bureau de Liaison, située à Valence en Espagne, dont la mission est d’être le point de contact entra l’AUG du Programme Med et l’AUG du programme IEVP Bassin Maritime (la Région Sardaigne).

La macro-région est une expérience née autour de la Mer Baltique. L’idée des États-membres concernés (Pologne, Allemagne, Danemark, Suède, Finlande, Estonie, Lituanie et Lettonie) qui ont soumis l’initiative au Conseil, est de mettre en place une stratégie globale sur une région transnationale à partir des problèmes spécifiques qu’elle pose, quitte à sortir du cadre institutionnel des programmes européens supposés s’appliquer à toutes les zones en fonction des critères d’éligibilité. La macro-région modifie donc le sens de la territorialisation des programmes européens tels qu’ils sont traditionnellement définis par la politique régionale.

Dans sa Communication sur la Stratégie de l’UE à l’égard de la région de la Mer Baltique, la Commission s’enorgueillit de proposer pour « la première fois (...) ce type de stratégie globale à l’échelle d’une macrorégion Cette stratégie pourrait en inspirer d’autres dans des régions comme la Méditerranée ou le bassin du Danube. Elle constitue notamment une première étape dans l'application régionale de la politique maritime intégrée de l’Union. »

La macro-région est donc une nouvelle vision politique de l’Europe dans la mesure où elle entend territorialiser la mise en oeuvre des projets sur des bases trans-régionales. Elle ne correspond donc pas à l’antienne promue par l’Europe des Régions qui portait sur l’agencement de la subsidiarité de l’Europe au profit des peuples et des autorités régionales au sein de chaque État-membre.

L’un des principes de cette dynamique naissante est d’adapter les transferts institutionnels européens en fonction des spécificités géographiques propres aux «petites patries» européennes appartenant à différents États-nations.

Le problème posé par l’application du principe macro-régional en Méditerranée est qu’il implique la participation d’un nombre conséquent d’États non membres de l’UE. Certes, en ce qui concerne la Baltique, la macro-région prévoit des modes de coopération avec la Russie, la Norvège et l’Islande. En Méditerranée, il s’agit d’adapter ce schéma sur une base paritaire entre États-membres et pays-tiers - comme le tente avec difficultés l’Union pour la Méditerranée, bien que celle-ci reste pour l’heure dépourvu d’outils de financement et plombé par l’absence de dialogue politique.

La macro-région en Méditerranée, dont une formalisation est proposée par l'Institut de la Méditerranée, si elle se réalise, devrait être capable de fusionner les instruments financiers et juridiques, ainsi que l’inspiration qui président aux programmes de la politique régionale et de la politique voisinage. En somme, parvenir à organiser au Sud, l’intégration sans l’élargissement.

Pour l’heure, on ignore la réaction de la Commission à cette proposition d’étendre les politiques européennes au Sud dans le contexte confus des négociations de la programmation 2014-2020 et de la constitution du service de politique étrangère de Lady Ashton.

mardi 11 mai 2010

Barcelone, projection idéale-typique de Marseille

A Se rendre à Barcelone avec à l’esprit les comparaisons établies par les élites marseillaises est aux premiers abords un peu déroutant.

Juste avant l’atterrissage, on aperçoit une vaste étendue de porte-conteneurs qui contrastent avec la maigreur des Bassins est de la Joliette. Puis, en parcourant la ville ce ne sont pas les contrastes avec Marseille qui sautent aux yeux, mais les frontales oppositions.

Clichés contre clichés. Canebière contre Remblas ; Gaudi contre Haussman ; plaisance contre pêcheur ; puissance contre dénuement.

On comprend mal, dès lors, comment Barcelone est parvenue à devenir pour les responsables politiques et les acteurs du marché marseillais non pas une référence, mais un modèle à copier, un concurrent à dépasser.

On le comprend mieux si l’on considère la fabrique de Barcelone comme une projection idéal-typique du « nouvel esprit de Marseille ». La séparation sur trois sites, proches mais distincts, des activités portuaires - croisière, transports de passagers, stockage et circulation de la marchandise - fait penser aux discours marseillais relatifs à la séparation J4, Joliette et Fos.

L’utilisation du patrimoine architectural, la focale touristique et tertiaire du développement économique de la ville, les phénomènes de gentrification qui semblent ici pratiquement aboutie, la capacité à revendiquer avec succès l’attraction de centres de décision institutionnelle et d’« événements » dont chaque coin de Carrere vante la prochaine tenue constituent le programme de développement urbain marseillais. Les Volem un Barri Digne affiché sur les fenêtres des habitants du Barcelone gothique comme un encouragement au «nettoyage» du quartier ferait pâlir d’envie les promoteurs de Marseille-République qui se heurtent aux «J’y suis, j’y reste» des habitants de l’hyper-centre.

Il ne s’agit pas, dans ce billet, de céder à la tentation de la comparaison. Avant d’y séjourner brièvement, nous ne savions rien d’autres de Barcelone que ce qui est répété par les élites marseillaises ou ce qui relève du sens commun - le prisme identitaire catalan, la prospérité, l’autonomie.

Ce qui frappe à la visite rapide, c’est l’écho des discours et des projections marseillaises sur la morphologie urbaine barcelonaise. Si Marseille n’est en rien comparable à Barcelone - une évidence qui n’a pas encore été rappelée : si la majorité de la population barcelonaise n’est pas catalane, très peu de minorités visibles dans les Remblas - les élites marseillaises envisagent Barcelone comme un futur Marseille.

L’enjeu des urbanistes et des aménageurs, tel qu’il se laisse à voir dans les plaquettes d’Euroméditerranée par exemple, confond volontairement présent et avenir. Parler de Marseille en 2030 en utilisant le présent de l’indicatif rend en actes déjà produits des concrétisations à venir. Cette subtilité permet de répondre à la critique de l’absence de réalisation concrète d’un projet de grande ampleur aux perspectives lointaines. Elle rend présent ce qu’il est supposé advenir à Marseille. Comme une Barcelone projetée.

jeudi 22 avril 2010

La deuxième naissance du CMIM : signature stratégique ou ingénierie de projets ?

A Lancé officiellement en octobre dernier, le Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée (CMIM) a connu cette semaine une série d'événements qui pourraient marquer une seconde naissance et un démarrage opérationnel des travaux.

De travaux justement, il est question. Lorsque l'on évoque, à propos du CMIM, une "refondation de la plate-forme de la Banque mondiale", il faut se rendre à la Villa Valmer pour constater la déclinaison physique de cette expression qui se traduit par une profonde rénovation de la vieille bâtisse du XIXème siècle. Rappelons que la Villa Valmer représente, depuis sa construction, une synecdoque du capitalisme marseillais. Abritant initialement la demeure d'un dirigeant d'une entreprise de sucre, davantage négociant qu'industriel, maîtrisant les outils de la spéculation plus que ceux de l'innovation, elle fut, jusque dans l'après-guerre, occupée par l'Agence d'urbanisme de Marseille. Le lieu fut alors le centre opérationnel et conceptuel de la fabrique de la ville. Symbole du déclassement d'une agence concurrencée par les orientations étatiques et privées, la Ville y installe l'École de la Marine marchande, comme une dernière tentative de lier Marseille au Port dans le contexte de deuil colonial. Alors que le municipalité songeait à y installer des studios de cinéma, elle décide de la mettre à disposition d'un Institut de la Banque mondiale au début des années 2000, dans le sillage d'une stratégie visant à polariser un certain nombre d'institutions internationales sur le site de la commune. Sur les conditions de transformation du bureau de la Banque mondiale en CMIM, je renvoie le lecteur à un billet précédent.

D'octobre 2009 à ce printemps, le CMIM restait en période de gestation. Si, sur le papier, programmes et partenaires étaient définis, les circuits de financement restaient à construire, la gouvernance demeurait en suspens (l'incertitude pesait sur le maintien de 'Marseille' dans la dénomination officielle) et on commençait à s'interroger sur le contenu opérationnel du projet. On se demandait en effet si le CMIM allait être une énième agence d'expertise et de réflexion ou, profitant de la dynamique politique sur la zone, si elle parviendrait à occuper le champs nettement moins saturé de la mise en œuvre de projets de développement économique en Méditerranée.

La Région Paca faisait alors savoir qu'elle disposait de son propre projet d'Agence Méditerranéenne des villes et territoires durables en partenariat avec l'AFD et la DATAR (délibération n°10-36 du 8 février 2010). Considérant le CMIM comme une structure de soutien au policy-thinking (organisation de séminaires, des échanges et des formations), la Région Paca entend inscrire sa contribution dans le montage de projets afin de s'implanter sur le marché de l'ingénierie urbaine en Méditerranéenne (non seulement dans les activités d'infrastructure, mais également dans le secteur des bureaux d'étude).

Le CMIM, quant à lui, semble davantage un centre tourné vers l'analyse et le partage d'informations. Un premier indice vient de nous être donné par la premier résultat concret du CMIM. Il ne s'agit pas d'un projet, mais d'une brochure (164 p.) appelée "Planifier et gérer un technopôle en Méditerranée". L'entête est occupée par la Banque européenne d'investissement, la Banque mondiale, Medibtikar (programme Euromed Innovation et technologie financé par la Commission européenne et géré par un Consortium basé au Caire) et la Ville de Marseille. On ne trouve dans le document nulle trace du CMIM, mais la publication fait l'objet d'une conférence de presse et est présentée comme la "première réalisation" du Centre.

Cette conférence de presse est l'occasion d'annoncer la nomination de Matts Karlson à la tête du CMIM. Ancien Ministre suèdois, Vice-président de la Banque mondiale et depuis 2007, Directeur du département Maghreb de la Banque, Karlson précise que le CMIM est "la première institution de la Banque dévouée seulement à la connaissance". Quelques phrases plus loin, il fixe les objectifs du Centre : "travailler sur un programme très concret qui sera évalué dès l’hiver 2011-2012 (...) ; contribuer à une convergence au sein de la région Méditerranée et apporter des réponses opérationnelles."

Pourtant, de réponses opérationnelles, il semble que le CMIM se traduise surtout par la mise en place d'une enceinte de discussions et d'échanges. Selon Philippe de Fontaine-Vive, le Vice-président de la BEI impliqué dans le projet, la vocation du Centre serait de devenir “le "réseau des réseaux”, pour poser ensemble avec tous les partenaires les questions et leur trouver des réponses, impulser des synergies, faire en sorte que le CMI devienne une signature, une référence systémique."

Le CMIM, une signature de plus apposée au bas d'une réflexion stratégique plutôt qu'une plateforme opérationnelle d'ingénierie de projets ?

vendredi 16 avril 2010

"Marseille on the move" : la stratégie commerciale de la politique locale

1 Il y plus d'un an, je faisais état de réflexions au sein de la Direction du Tourisme et des Congrès de la municipalité de Marseille concernant la création d'une marque de promotion destinée à identifier et à vendre la ville à l'étranger.

Ces réflexions ont abouti cette semaine avec l'annonce de la constitution d'un jury qui attribuera le label "Marseille on the move" à tous ceux (commerçants, restaurateurs, artistes) qui contribueront, selon La Provence, "à vendre l'image de la Marseille".

Au cours de la conférence de presse de lancement, Dominique Vlasto, adjointe chargée du Tourisme et des Congrès, de la Candidature Marseille-Provence 2013 et des Relations avec les institutions européennes, en profite pour redéfinir le rôle du politique dans la fabrication du marketing urbain :

"Nous sommes des élus mais nous sommes avant tout des commerciaux, nous allons vendre un produit magnifique et aujourd'hui, pour nous identifier, pour identifier Marseille à l'étranger, nous avons le droit et le devoir de créer cette marque qui sera attribuée par un jury (...) à celles et ceux qui travaillent à l'étranger ou avec l'étranger dans le domaine du tourisme"

"Avant tout des commerciaux", cette remarque a le mérite de la franchise et nous renseigne sur les modes de mobilisation des acteurs politiques empruntés au registre des opérateurs privés et de la grammaire du marché.

Cette annonce intervient alors que les chiffres du tourisme pour l'année 2009 font état de 4 millions de visiteurs, de 650 000 croisièristes (alors qu'on dénombrait 20 000 crosièristes il y a quinze ans, le million devrait être atteint cette année) et de 350 congrès organisés.

Les réactions à cette initiative ont surtout porté sur l'usage de l'anglais ("et pourquoi pas 'aïoli forever', 'bouillabaisse friendly', 'Pastaga country' se moque t-on ici ou là). De même, on peut regretter un certain amateurisme des porteurs du projet qui ne se seraient pas rendus compte de l'existence d'une marque déposée au même nom par l'Institut pour la Ville en mouvement, tandis que les domaines internet marseilleonthemove.org, .com, et .fr n'ont été acheté par la mairie qu'après l'annonce officielle.

Ces réactions ont poussé Jean-Claude Gaudin à justifier l'opération en forme de mise au point (lui permettant de faire un détour pour protéger son leadership) :

"C'était pour faire notre propagande du tourisme à l'étranger. Ce matin je lisais dans les journaux : 'Marseille on the move quezaco?' Vous croyez que ça aurait plus de succès si j'envoyais des papiers sur le tourisme à Marseille avec quezaco à New York, à Boston ou à Baltimore ? Alons bon ! Je note l'humour de cette presse-là, mais moi je vais de l'avant et dans la modernité. Le 'talk Orange' : ça surprend quelqu'un ça ? Tout le monde trouve ça normal. Et bien, "on the move", en mouvement, on se bouge pour Marseille. On ne peut pas quand même transformer tous les mots en provençal ou ceux auxquels on est habitué aujourd'hui et aller de l'autre côté de l'Atlantique. Il faut être dans modernité. Voyez que je le suis. Étape après étape : oh la, la, je vais rester encore des années".

Sur le blog de Boris Mynandier, docteur en science de gestion et dont la thèse a porté sur le city branding, on pouvait lire en janvier 2007, déjà, que "'faire de Marseille une marque, ce serait affirmer son identité, la rendre évidente, sûrement pas s'y opposer. Marseille la frondeuse (le label,inspiré d'un article de François Ruffin dans le Monde diplomatique, qu'il propose, ndla) peut faire son bout de chemin dans l'hypermodernité sans lisser sa personnalité tout en étant une ville agréable, attractive, attachante et vivante.''"

Encore cet appel à la modernité pour traduire les stratégies de séduction des villes en direction des investisseurs étrangers. Mais de quoi, au juste, cette modernité porte-t-elle le nom ?

vendredi 2 avril 2010

Marseille-Provence 2013 : ça se précise et ça se complique

A Après une pause due à la campagne, ce blog reprend un peu d’activités. Et en guise de reprise, un point sur les dernières évolutions et perspectives de la Capitale européenne de la culture 2013.

Deux moments importants se sont tenus au mois de mars en ce qui concerne Marseille-Provence 2013.

Les Ateliers de l'Euroméditerranée se dotent d'une Charte stratégique

Le 9 mars, la Chambre de commerce et l’association ont organisé une réunion précisant les contours des Ateliers de l’ Euro-Méditerranée. Point fort de la candidature, le principe est autant stratégique que culturel. On rappelle qu’il s’agit d’organiser des résidences d’artistes venus du Bassin méditerranéen au sein des entreprises locales. Mais comme le rappelle Bernard Latarjet dans la Provence, «ce qui distingue les ateliers des résidences classiques, c’est l’engagement sur la durée, un an, deux ou plus et un engagement de diffusion. C’est aussi leur dimension méditerranéenne, puisque nous voulons faire travailler des artistes des deux rives

En effet, l’idée est de contribuer à l’affichage géostratégique d’une opération vouée à remplir la case «culture» du Partenariat euro-méditerranéen (Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée). D’autre part, ces Ateliers reflètent le registre managérial de la mobilisation collective dans la mesure où ils illustrent l’implication du monde économique local dans le projet.

Cette initiative trouve en effet son origine dans les travaux de Mécènes du Sud, une organisation regroupant les entreprises marseillaise souhaitant promouvoir le territoire par la culture. Corinne Brenet, Présidente de Courtage de France, l’une des fondatrices de Mécènes du Sud, est ainsi devenue la responsable de la mission Entreprises 2013, qui au sein de la Chambre de commerce est chargée de promouvoir les Ateliers au sein des entreprises du territoire.

Le document stratégique adopté par l’association précise les objectifs et la méthodologie qui préside à l’octroi du label et des financements liés aux Ateliers. La production d’un Atelier résultera d’un accord entre la structure productrice (l’entreprise), le projet (l’artiste) et labellisation (l’association).

Le conseil d’administration : entre avancées et inquiétudes

Deuxième point fort, cette semaine a eu lieu le conseil d’administration de l’association qui a permis de remettre à plat un certain nombres de questions restées en suspens :

Le logo ? Le concours lancé en juillet 2009, s’étant avéré disatisfiant, l’identité visuelle de 2013 reste à construire (pourquoi, dès lors, ne pas conserver la charte graphique de la candidature qui a fait ses preuves et qui est désormais identifiée par les Marseillais ?)

Les équipements ? Malgré les recours, les chantiers du Mucem, le Centre régional de la Méditerranée sont désormais bien entamés. Il n’y a qu’à se rendre dans les jardins du Pharo et se tourner vers le J4 pour constater comment la ville se prépare physiquement à recevoir l’Europe de la culture dans moins de trois ans. Michel Pezet, représentant le département au sein du Conseil d’administration, a tout de même rafraîchi l’assistance en demandant «comment savoir où l’on en est puisque les manifestations de 2013 se feront dans des sites à construire». Dans un entretien à l’Observatoire méditerranéen, le nouveau chargé de la culture du Conseil général, confiait l’impression d'essoufflement de 2013, du au fait que les «élus traînaient les pieds». Par ailleurs, il constate, sans surprise, «la perplexité des acteurs culturels qui ne savent pas où déposer leurs dossiers» Au final, malgré les réunions avec les techniciens, «on ne sent pas qu’il se passe quelque chose»

Le pilotage institutionnel ? Du côté de l’association, on se réorganise en prévision de la phase de programmation qui débutera à partir de juillet où fois l’ensemble des dossiers déposés. Pascale Amenc Antoni, conseillère spéciale du directeur d’ITer, est nommée «administrateur indépendant» et sera chargée de l’animation d’un comité d’audit. Thierry Roche, conseiller technique à la mairie d’Aix-en-Provence est normmé directeur délégué aux relations institutionnelles et à la coordination des Ateliers de l’Euroméditerranée. Surtout, Ulrich Fuchs qui a l’expérience de la Capitale européenne, en étant directeur adjoint du directeur de la programmation de Linz l’année dernière, est engagé au titre de directeur général adjoint de la programmation. Occupera-t-il les fonctions de directeur artistique vacantes depuis le départ de Pierre Hivernat en juillet dernier (même s’il n’en avait pas formellement le titre) ?

jeudi 11 mars 2010

Pendant la campagne, l'UpM a trouvé un siège

A Si l’agitation politique qui règne pendant une campagne électorale est peu propice à l’avancée des projets, elle est encore moins propice à leur observation. Difficile en effet d’évoquer les politiques locales au-delà du tumulte entretenu par les petites phrases, les promesses et les postures.

Tout est-il «gelé» pendant la campagne ? Non, bien sûr : à la faveur des recompositions induites par la compétition électorale, des enseignements sont sans doute à tirer en matière de gouvernance territoriale. Je ne saurais que trop recommander le blog de Rémi Leroux qui analyse au quotidien le déroulement des affrontements en cours et à venir.

Avec l’imbrication des échelles de prise de décision de l’action publique locale, la campagne électorale n’a cependant pas enrayé le mouvement des politiques locales internationales. En d’autres termes, le temps des affrontements électoraux n’empêche pas le monde de continuer à tourner.

Au début du mois de février, nous avions évoqué la création de l’Assemblée régionale et locale euroméditerranéenne (ARLEM), sorte de Comité des régions de l’Union pour la Méditerranée (UpM).
Complétant le dispositif institutionnel, le 4 mars dernier, les chefs de la diplomatie française et espagnols, accompagnés des Ministres égyptiens et jordaniens des Affaires étrangères, Abul Gheith et Nasser Judeh, du Commissaire européen en charge de l'élargissement et de la politique européenne de voisinage, Štefan Füle, et du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, ont officiellement installé le Secrétariat général, sorte de Commission européenne de l’UpM.

À cette occasion, la prise de parole du nouveau Secrétaire général de l’UpM, Ahmed Massadeh était attendue. Il a tenté de donner des gages à ceux qui redoutent que l’UpM n’apporte de la confusion face aux initiatives communautaires existantes, en particulier celles prévues par la Politique de Voisinage, ainsi qu’à ceux qui doutent sur le fond de la pertinence du projet. «Nous essaierons de faire face aux divergences de façon à ce que chaque membre de l’Union devienne partie prenante à cet effort» a-t-il déclaré.

Ce voeux risque de se transformer en feuille de route pour l’institution barcelonaise tant le scepticisme semble désormais bien installé dans les chancelleries de la rive sud, en écho aux indifférences des opinions publiques, et aux railleries de certains États européens contre cette «politique sans financement» ou cette «im/posture diplomatique». Il n’y a qu’à lire l’article d’El Watan sur le sujet pour se rendre compte des difficultés qui se dresseront dans la perspective de la préparation du deuxième Sommet de l’UpM, prévu à Barcelone en juin prochain.

jeudi 18 février 2010

Les Régions et l’Europe

A À moins d’un mois des élections régionales, les enjeux de la campagne s’éclaircissent un peu. Selon les observateurs et les acteurs politiques, ils sont nationaux - qui de l’UMP ou du PS sortira en tête ? Le Président Sarkozy sera-t-il affaibli par le scrutin ? Quid de l’état du Front national ? de la recomposition de l’extrême-gauche ?.... - ou locaux - quelle sera l’identité de celui qui prendra la tête de la région ?

Déplaçons le regard un instant vers un enjeu de campagne jamais évoqué par les candidats et qui ne produit pas moins d’effets sur l’avenir des régions : leur place en Europe et le dialogue entretenu avec les institutions communautaires.

Le projet de réforme des collectivités territoriales n’évoque l’Europe qu’à demi-mot, aucune des 20 proposition du rapport Balladur n’en fait référence. Pourtant, les autorités régionales sont confrontées à un tournant dans leur rapport à l’Europe.

Depuis les années 1980, l’Union européenne, pour les régions, se résumait à un guichet finançant des dépenses de développement et d’aménagement. Même si elles n’ont pas complètement disparu, les élargissements successifs ont conduit à un tarissement de ce type de ressources pour les régions françaises.

Parallèlement, et décentralisation aidant, le droit communautaire a directement porté sur des compétences relevant des collectivités locales et régionales. Le rapport des régions à la norme, non pas seulement lors de sa digestion, mais également dès la phase de fabrication a considérablement évolué depuis une dizaine d’années. Les régions sont directement branchées sur l’Europe sans que l’on en parle.

Afin d’illustrer ce commentaire, aperçu rapide des relations entre l’Europe et la région Paca.

Les fonds structurels

En matière de gestion des programmes européens, le Conseil régional dispose d’une Mission Europe chargée du pilotage, de l’animation et de la coordination des programmes auxquels la Région participe. Pour la période de programmation 2007-2013, les fonds européens accordés à la Région sont en effet directement gérés par chacune des Directions opérationnelles concernées et non par la Mission Europe. Cette gestion décentralisée du financement de la coopération européenne est ainsi l’aboutissement d’une évolution qui a vu progressivement les bureaux des relations internationales des collectivités locales irriguer les autres services et visant à l’appropriation progressive d’une culture administrative européenne commune.

Pour la période de programmation 2007-2013, la Région PACA est impliquée dans onze Programmes Opérationnels (PO) pour un montant total supérieur à un milliard d’euros.

Les PO les plus importants financièrement relèvent de l’Objectif de compétitivité régionale (FEDER, 302 millions d’euros), de l’Objectif emploi (FSE 285 millions d’euros), et de l’Objectif développement rural (FEADER, 104 millions d’euros).

Les autres concernent des programmes interrégionaux, tels que le PO interrégional Massif des Alpes (35 millions d’euros) et le PO plurirégional Rhône (35 millions d’euros). Le PO pêche atteint, pour sa part, 2,5 millions d’euros. Enfin, quatre PO sont liés à l’Objectif Coopération territoriale européenne : le programme transfrontalier ALCOTRA (150 millions d’euros) entre la France et l’Italie ; le programme transnational MED (193 millions d’euros) pour lequel la Région assume l’Autorité Unique de Gestion, c’est-à-dire un rôle de coordination nationale des projets ; le programme transnational ESPACE ALPIN (98 millions d’euros) ; le programme interrégional IV C, pour lequel la Région assure la mission de coordination des treize régions du sud de la France.

Enfin, PACA est partie prenante du programme de l’Instrument européen de voisinage et de partenariat pour le Bassin maritime Méditerranéen d’un montant total de 172 millions d’euros – qui remplace les anciens fonds MEDA prévus par le Processus de Barcelone.

Les normes européennes en Région - La Région à Bruxelles

Le tournant de l’attitude régionale à l’égard de l’Europe est constitué par l’échec du référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005. Un constat a été fait au niveau de l’administration centrale que la position de l’État sur les enjeux européens n’était pas toujours relayée par les discours des autorités locales qui pouvaient utiliser l’Europe comme le bouc émissaire de difficultés exogènes.

A contrario, les régions n’étaient impliquées ni dans le processus décisionnel européen, ni dans les négociations interministérielles dégageant les positions françaises à défendre à Bruxelles. Les conséquences de cette situations sont nombreuses : affaiblissement des positions françaises vis-à-vis de l’UE, faible légitimité de normes européennes contestées localement, crédibilité mauvaise de l’Europe vis-à-vis du citoyen.

L’exemple le plus connu de ces couacs fut l’infraction relative à l’intercommunalité. En l’espèce, l’État français et les autorités locales se retrouvaient pour contester la vision libérale européenne de l’intercommunalité supposée se plier aux règles du marché intérieur, mais chacun plaidait la cause avec des argumentaires juridiques différents et parfois contradictoires si bien que la position française ne pouvait être défendue... car elle n’existait pas.

Afin de résoudre ce problème, un double mouvement est engagé : une association croissante des élus locaux et régionaux aux discussions interministérielles, d’une part, et une mobilisation accrue de ces élus en vue d’exercer un lobbying sur les institutions communautaires, d’autre part.

En ce qui concerne le premier volet, le Président Chirac a lancé le mouvement en 2005 lors de la Conférence des ambassadeurs en appelant à la « concertation » avec les collectivités locales sur les questions européennes. Il s’agissait de compléter le dispositif de négociations horizontales et sectorielles - Ministère par Ministère - par des cycles de négociations verticales - État - régions.

La cellule chargée de mener à bien ce travail est située au sein du Secrétariat générale des affaires européennes, rattaché au Premier Ministre. Celle-ci s’appuie désormais non pas sur des relations bilatérales avec les Présidents de région, mais sur des réseaux constituées par les associations d’élus : AMF, ADF, ARF pour ne citer que les plus importantes.

En ce qui concerne la région Paca, son Président Michel Vauzelle, a fait le choix de s’appuyer sur un réseau lui permettant de défendre un positionnement stratégique : en l’espèce la Commission Interméditerranéenne de la Conférence des Régions Périphériques et Maritimes, qu’il préside. Il utilise ce réseau, non seulement pour intervenir, sur des négociations nationales relevant des enjeux régionaux méditerranéens dans le cadre du schéma du two level game (négociation nationale > élaboration d’une position commune > négociation intergouvernementale), mais également pour défendre directement ses positions à Bruxelles.

On pressent la limite de l’exercice de la concertation du SGAE. Peut-être celle-ci intervient-elle avec un temps de retard dans la mesure où les régions s’organisent de plus en plus pour exercer un lobbying sur les institutions de Bruxelles. Il n’y a qu’à observer le contenu de la déclaration finale de l’assemblée générale de la Commission interméditerranéene du 17 juillet 2009 sur « le rôle et la place des régions dans l’UpM» pour se rendre compte du fait que les régions n’attendent plus de l’État qu’il défende à sa place les intérêts régionaux.

Il y aurait donc effectivement des « intérêts régionaux » propres, séparables des intérêts de l’État, qui, à la différence de la période précédente, se structurent et s’organisent en dehors des arènes institutionnelles étatiques.

Ils mériteraient peut-être d’être exposés à l’électeur.

mercredi 10 février 2010

La restructuration des services de la ville de Marseille

A Lors Lors du conseil municipal de Marseille du 14 décembre dernier, entre l’adoption d’une mesure relative aux «baux emphytéotiques pour la réalisation d'un hôtel et d'un immeuble de bureaux sur le périmètre du parc Chanot» et de celle approuvant la conclusion d’une « convention pluriannuelle d'objectifs avec la Cité des Métiers de Marseille et PACA », les élus ont voté la délibération n°09/1340/FEAM portant sur la « réorganisation des services de la Ville de Marseille. »

Intitulée 'Préparer demain ensemble', cette délibération prévoit une reconfiguration complète de l’organisation des services municipaux et s’inscrit par anticipation dans la réforme des collectivités territoriales et par réaction dans la révision des politiques publiques. Elle pourrait, par ailleurs, susciter pas mal de réactions de la part de l’opposition et des syndicats d'agents.

Que dit le texte de la délibération ?

Il repose sur un rapport de 8 pages soumis au vote. L’introduction du texte qui se propose de tout changer énonce que « l'organisation actuelle des services municipaux (...) a bien fonctionné. Elle s'est adaptée, elle a évolué

Le retour du New public management à la française

Comme de nombreuses réformes du cadrage de l’action publique, le texte justifie les mesures par des « défis » posés par des déterminants internes et externes. Sont évoquées, les adoptions du Plan Climat Municipal, du Plan Centre-Ville et du Plan Marseille-Emploi, c’est-à-dire des ensembliers de politique publique intégrant des enjeux autrefois sectorialisés et désormais voués à être traités transversalement par l’action publique locale.

L’objectif général est de « retrouver des ‘marges de manœuvre’ » économiques et financières en favorisant « responsabilisation » et « synergie ». En clair, la réorganisation des services municipaux - qualifiée de « processus d’envergure » - s’inspire de la rationalisation des politiques locales avec l’idée centrale de faire mieux et plus avec moins (de moyens) et moins (de personnes).

Une formule du document résume bien un esprit qui renoue avec la tradition des villes-entrepreneuriales des années 80 et du New Public Management des années 90 : « optimiser l’affectation des ressources en fonction des priorités » pour le volet productivité ; « permettre à la collectivité de s’adapter aux constantes évolutions de son temps » pour le volet flexibilité.

La déclinaison territoriale de la RGPP

Le texte propose un calendrier assez détaillé de « l’ajustement » ainsi proposé aux agents. Entre octobre 2008 et juin 2009, une « Révision Générale des Moyens Municipaux » (RGMM) a été menée. Elle s’inscrit dans le droit fil de la fameuse Révision Générale des Politiques Publiques. Selon Acteurs Publics, dans un article qui date de janvier 2009, « les collectivités sont aujourd’hui fortement incitées par l’État à effectuer leur propre RGPP. En clair, à rationaliser leur processus et rendre leurs dépenses plus efficaces. L’augmentation des contraintes financières qui pèsent sur les budgets locaux ne leur laisse guère le choix

C’est entre juillet 2009 et décembre 2009 que s’est enclenchée à Marseille l’étape « Préparer Demain Ensemble » qui a débouché sur un nouvel organigramme supposé renforcer le « niveau d’engagement de chaque acteur de la chaîne manageriale. » La ville, une entreprise comme les autres ? En tous les cas, un vocabulaire partagé : « ingénierie de projet », « fonctions supports », « gestion raisonnée », « valeur de la chaîne de management » « valeur ajoutée » des compétences des agents.

Le problème résidera sans doute dans la pédagogie que devra mettre en œuvre le Secrétariat général auprès des agents. On apprend, en effet, que les « directions générales fonctionnelles seront incitées à partager leur capital savoir comme leur restitution d’analyses et à renforcer le dialogue intra-directions » : des doublons seront supprimés au regard de la « performance ». Un autre problème, évidemment, consistera à articuler ce paradigme du management avec les exigences du service public, dont le texte se propose, sans insister, d’en « renforcer l’identité. » Enfin, il semble que la mairie envisage de regrouper les services dans un endroit unique : c’est une profonde rupture pour avec la volonté de les disséminer aux quatre coins de la ville et au plus près de la population (les Relations internationales, par exemple sont au Pharo, les Affaires Culturelles, rue Saint Férréol etc.).

Le nouvel organigramme : plus simple ?

L’organigramme de la ville de Marseille est refondé. Jusqu’alors trois types de directions composaient l’organisation des services :

  • 11 Directions rattachées au Secrétariat général (Direction général d’incendie et de secours, Direction des assemblées, Marseille Mission Europe, Marseille Mission Emploi, Direction du Développement durable, Atelier du Patrimoine, Grand Projet de Ville, Direction des Grands Équipements, Maison de l’artisanat et des Métiers d’Art, Direction de la Politique de la ville, Direction Internet) ;
  • 8 Directions Opérationnelles (Direction Générale des Services à la Population, Direction Générale des Affaires Culturelles, Direction Générale des Services Techniques, Direction Générale des Affaires Sociales et de la Solidarité Urbaine, Direction Générale de l'Education et de la Petite Enfance, Direction Générale de l'Urbanisme et de l'Habitat, Direction Générale de l'Architecture et des Bâtiments Communaux , Direction Générale de la Prévention et de la Protection) ; et
  • 6 Directions Fonctionnelles (Direction Générale des Ressources Humaines Direction, Générale des Services Financiers, Direction Générale de la Communication et des Relations Extérieures, Direction Générale de la Logistique, Direction Générale des Affaires Juridiques, Direction des Services Concédés et des Sociétés d'Economie Mixtes).

Désormais, la Direction générale des services est réorganisée autour de 7 structures dédiées :

  • Secrétariat général (regroupement des Directions des assemblées, de la Mission Marseille 2013, des chargés de mission, de la Communication interne, d’internet)
  • Bataillon des Marin-Pompiers
  • Mission Prospective et évaluation
  • Inspection générale des services
  • Grands équipements
  • Communication et Relations publiques
  • Relations internationales et européennes.

En outre, 5 Délégations générales constitueront des pôles autour desquels s’articuleront les compétences mutualisées des anciennes directions :

  • Éducation, culture et solidarité
  • Ville durable et expansion
  • Vie citoyenne et proximité
  • Valorisation des équipements
  • Modernisation et Gestion des ressources (centres de supports et experts).

On notera le joli oxymore qui associe « ville durable » et « expansion ». Reste l’impression d’une organisation en poupées russes : les quatre premières, appelées « délégations générales » par opposition à la délégation fonctionnelle de la modernisation et de la gestion des ressources, se décomposent en effet en « directions » qui reprennent peu ou prou les anciennes dénominations et compétences.

Reste surtout une inconnue : si le non-remplacement d’une partie des fonctionnaires territoriaux partant à la retraite est acquis, sachant que le recours à la contractualisation n’est pas en voie d’essoufflement, et si la réduction du volume global des effectifs sera sans doute réalisée, la réception de cette réforme par les agents sera un facteur déterminant de la réussite de cette rationalisation. La bienveillance ou le sentiment d’une pénétration à marche forcée de logiques privées dans l’organisation et la production des politiques publiques locales ?

vendredi 5 février 2010

Naissance de l’ARLEM : la contribution des autorités locales et régionales au projet de l’Union pour la Méditerranée

A Le 21 janvier dernier, 84 élus régionaux et locaux et membres d’associations de coopération européenne appartenant aux pays membres de l’Union pour la Méditerranée (UpM) se sont réunis à Barcelone au cours d’une réunion constitutive de l’Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM). L’adoption des statuts du Secrétariat général et la répartition des compétences entre les six Secrétariats adjoints est prévue le 9 février à l’issue d’une rencontre entre ambassadeurs. Cette annonce clôturerait la première phase institutionnelle de l'UpM, un an et demi après son lancement officiel.

Installés au même endroit, le Palais de Pedralbes à Barcelone, l’ARLEM et le Secrétariat général devrait pouvoir commencer à travailler d’ici la fin de l’année. En attendant que le nouveau Secrétaire général, le Jordanien Ahmad Massa'deh, reçoive sa lettre de mission des États, il sera chargé de préparer le deuxième sommet de l’UpM prévu en juin prochain dans la capitale catalane. La France et de l’Egypte transmettront alors la co-présidence à l’Espagne - qui exerce ce semestre la Présidence tournante de l’UE - et au Maroc.

L’ARLEM ne sera pas en reste avec l’organisation du deuxième Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée, dont la première édition avait eu lieu à Marseille en juin 2008, qui se tiendra à Barcelone (toujours) les 2 et 3 mai 2010.

L’ARLEM est appelée à jouer pour l’UpM, le rôle du Comité des Régions de l’UE - tout comme l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne est la duplication du Parlement européen, et le Secrétariat général celle de la Commission. C’est d’ailleurs le Président du Comité des Régions, le Belge, Luc van den Brande, qui a été nommé président de cette nouvelle institution. Il sera assisté du Marocain Mohamed Boudra, maire de Al Hoceima, afin de respecter la stricte parité entre représentants des deux rives. Chargée de faire entendre la voix des autorités régionales et des territoires, l’ARLEM serait doté d’un rôle consultatif, comme en témoigne la commande d’un rapport sur la coopération décentralisée euro-méditerranéenne attribué au Président de la Catalogne, José Montilla.

Toutefois l’ambition affichée d’adopter une méthode territoriale, qui tranche avec l’approche suivie depuis le lancement du Processus de Barcelone pourrait renforcer la place des autorités locales dans le dispositif.

Le récit politique de l’UpM ne prétend plus agir sur les problèmes globaux (« sécurité », « démocratie », « intégration et prospérité économique », « dialogue inter-culturel », pour reprendre les corbeilles traditionnelles du Partenariat euro-méditerranéen issu du Processus de Barcelone), mais entend favoriser la mise en oeuvre de « projets concrets ».

Le thème du « projet concret » fonctionne comme un policy discourse, c’est-à-dire le produit d’une activité discursive qui est parvenue à donner un sens fédérateur à un projet politique ; une vision globale construite à partir d’un consensus entre des acteurs qui ne partagent pourtant pas les mêmes intérêts dans l’action.

Si l’observation des modes de construction de ce consensus reste à étudier, on peut néanmoins constater à l’occasion du lancement de l’ARLEM à quel point il est incorporé par les acteurs locaux : « Notre conviction est que l'Union pour la Méditerranée ne doit pas tomber dans le piège de Barcelone, en se limitant à la diplomatie classique. De ce constat nous offrons l'apport de notre engagement sur le terrain, orienté vers la réalisation de projets concrets grâce à la contribution des collectivités régionales et locales qui travaillent au jour le jour pour une amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens. Notre objectif est de donner au dialogue euro-méditerranéen une chance ultérieure d'aboutir finalement à la réalisation des initiatives qui ont été avancées à Paris en 2008 » a résumé son Président.

Le fait de réclamer pour l’ARLEM le statut d’« organe orienté vers le terrain qui peut fonctionner indépendamment de la réalité politique internationale » montre dans quelle mesure les acteurs locaux et régionaux ont compris les bénéfices à retirer d’un projet tourné vers « le développement urbain et territorial, la décentralisation, la société de l'information et le soutien aux petites et moyennes entreprises», qui sont les quatre thèmes fixés par le programme de travail de l’ARLEM.

La distribution des caciques entre enjeux territoriaux et enjeux globaux n’est cependant ni figée, ni contradictoire. Ni figée dans la mesure où la mise en oeuvre de projets structurels, nécessitant des investissements importants, comme le Plan Solaire ou les Autoroutes de la Mer n’a jamais été abandonné par les discours politiques ou par les administrations centrales. Pas plus abandonnée que l’incantation à construire cette « zone de prospérité partagée de paix et de sécurité » qui implique pas moins que l’intégration économique au Sud et la résolution du conflit israélo-palestinien. Ni contradictoire dans le long terme, puisque ces problèmes ne sont pas séparables du climat économique général qui pèse sur la production des projets concrets.

Plus d'information sur la création de l'ARLEM sur le site d'Econostrum et d'Europa

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