Marseille internationale

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jeudi 10 septembre 2009

L'utilité économique de l'action culturelle

A En cette rentrée si calme que les blogueurs ont bien du mal à trouver un sujet de rentrée, on trouve dans le journal la Marseillaise un article relatant le succès de la saison touristique dans la région aixoise.

Ce qui a attiré notre attention, ce sont ces propos tenus par Michel Fraisset (directeur de l’Atelier Cézanne et adjoint de direction de l’Office du Tourisme d’Aix-en-Provence) :

"Les choses sont claires désormais. Sans sa nouvelle dimension culturelle, et j’entends par là sa programmation contemporaine ou moderne et pas seulement son patrimoine historique, une ville comme Aix-en-Provence aurait du mal à s’imposer touristiquement face aux grandes destinations balnéaires et aux nouvelles destinations nature. En fait la crise économique née de l’annulation des festivals lors de la grève des intermittents du spectacle aura provoqué un choc salutaire auprès des commerçants, des hôteliers et d’une façon général de tous les professionnels du tourisme. Ils venaient de toucher du doigt l’importance économique de l’action culturelle. Depuis les grandes expositions et les grands festivals ont fait la preuve éclatante de leur utilité en terme d’activité, d’emploi, de retombées économiques directes et indirectes. Personne ne peut plus alléguer que la culture c’est peu ou pas grand chose comme certains commerçants et hôteliers ont pu oser le dire il y a quelques années."

Trois éléments très importants relatifs aux rapports entre la culture et la production de la ville et qui montrent plus précisément l'usage purement économique et néo-managérial des politiques culturelles :

  • Le premier terme - en gras - renvoie à la culture comme levier de positionnement concurrentiel. Les politiques culturelles seraient désormais pensées comme un outil au service de la compétitivité des territoires en renforçant leur attractivité pour les visiteurs (touristes ou investisseurs).
  • Deuxièmement, la culture est désormais appréhendée par le politique comme une variable d'utilitarisme économique. On jauge la qualité d'un évènement culturelle à la performance économique induite ("les retombées").
  • Troisièmement, enfin, la focalisation néo-managériale de la culture contribue à désamorcer les oppositions. Elle produit du consensus. La culture ne divise plus, non pas tant pour des raisons esthétiques (les vieilles querelles artistiques) que pour des raisons de performance économique ("si l'expo crée de l'emploi, alors...").

On pouvait, de ce fait, attendre autre chose de la part des journalistes de la Marseillaise que ce commentaire conclusif : "La réflexion du très passionné directeur de l’Atelier Cézanne est d’autant plus pertinente qu’elle s’accompagne d’une bonne dose d’impertinence. Aix-en-Provence, comme d’autre grandes cités culturelles du Sud, se doit désormais d’intégrer économiquement le fait culturel.''...

Au final, la culture est effectivement devenue une dimension cruciale de l'action locale, dans la mesure où, en l'absence d'une loi de décentralisation des politiques culturelles, il s'agit pratiquement du seul domaine de compétence qui reste dans le giron communal. Elle serait ainsi un moyen pour le personnel politique d'affirmer des positions fragilisées par la construction intercommunale. Pour les élites économiques, la culture est essentielle, non seulement, comme on l'a rappelé, pour promouvoir un territoire et améliorer ses résultats économiques, mais également comme champ de socialisation et de légitimation. Les dispositions législatives encourageant le mécénat se multiplient et accompagnent le mouvement d'élitisation par la culture. À l'ombre des projets culturels d'envergure, on trouve un financier ou un chef d'entreprise. François Pinault n'a-t-il pas déjeuner avec Jean-Claude Gaudin, lui promettant de lui prêter ses collections d'art moderne en 2013 ?

Photo : Montage réalisée à partir d'une photographie réalisée pendant la soirée Mécènes du Sud intitulée, Le Château n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat au Château Ricard le 25 juin 2008 et agitée par La Zouze-compagnie Christophe Haleb.

jeudi 30 juillet 2009

Sortie de crise sur le Port ?

A

Un an après la loi portant réforme portuaire et après un long et parfois violent mouvement de grèves, la CGT et le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) sont parvenus à un accord sur la gestion du terminal de Mourepiane. Le travail a repris sur les bassins Est selon la Provence.

La réforme portuaire

C'est à Marseille, en janvier 2008, que le Premier ministre, François Fillon, annonce une profonde réforme des ports. S'appuyant sur un constat alarmiste de l'état des ports français dans la compétition mondiale, le projet prévoit de privatiser la manutention et implique des changements institutionnels dans la gestion des ports. Les Ports autonomes, contrairement à ce que leur nom indique, sont en effet des entreprises publiques et, à ce titre, gérées par des Établissements publics. En 1920, les ports de Bordeaux et du Havre passent ainsi sous le contrôle de l'État ; en 1965, les ports de Dunkerque, Rouen, Nantes-Saint-Nazaire et Marseille deviennent autonomes, tout comme celui de La Rochelle en 2006.

À l'issue d'un cycle de négociations avec les syndicats et les organisations professionnelles, la loi est présentée au Parlement et adoptée le 4 juillet 2008. Elle prévoit l'ouverture à la concurrence des entreprises employant les grutiers et les portiqueurs, soit environ 2 000 personnes réparties sur les 7 ports autonomes. La gouvernance des ports autonomes, appelés à devenir des Grands Ports Maritimes (GPM), est par ailleurs refondée. Si les GPM restent dans le giron des Établissements Publics, leur rôle est considérablement réduit. Dans le langage des politiques publiques, "leurs missions sont recentrées sur les activités régaliennes (sécurité, sûreté et police portuaire) et sur les fonctions d’aménageur du domaine portuaire". Le transfert à des entreprises privées de la détention et de l'exploitation des outillages de manutention (grues et portiques) s'accompagne d'un redéploiement de l'investissement public en faveur des infrastructures portuaires (367 millions d’euros sur la période 2009-2013). Au final, de gérant d'exploitation, l'autorité portuaire devient aménageur d'un espace économique.

Enfin, rappelons que cette réforme s'inscrit dans la perspective d'une convergence avec les normes européennes en matière de développement portuaire, dont les contours sont redessinés à partir de l'adoption de la stratégie de Lisbonne en 2000 et qui prévoit la création d'un “espace maritime commun” impliquant une réglementation et des infrastructures communes et autorisant une continuité des solutions logistiques entre Etats membres.

La douloureuse transposition à Marseille

Dès le printemps 2008, en guise d'accompagnement de la procédure législative, la CGT bloque à plusieurs reprises le port de Marseille. "À Marseille, nous sommes déterminés à agir contre la réforme des ports qui n'est pas économique, mais idéologique. On est sur une privatisation. Nous allons agir dans la durée", prévient la direction syndicale locale. 10 jours après le vote du texte, toutefois, la fédération nationale des docks et ports de la CGT surprend en appelant à "assouplir" les mouvements de grève qui n'ont jamais faibli à Marseille. Pour le gouvernement et les élus locaux, en particulier Roland Blum en pointe dans ce domaine, c'est une victoire.

En septembre, un nouveau directeur du Port autonome (qui devient GPM le 1er octobre) est nommé, il s'agit de Jean-Claude Terrier qui succède à Guy Janin. La réforme parait en bonne voie tandis que le projet du futur port de croisière est présenté à la Foire de Marseille sur le stand du Port autonome. En novembre, les secrétaires généraux CGT de 28 ports ont approuvé à l'unanimité moins une abstention, le texte de l'accord-cadre qui sera signé jeudi au ministère des Transports. Le nom du représentant du port qui s'est abstenu n'est pas connu.

En décembre, les premiers nuages commencent à s'amonceler dans le ciel jusqu'ici pur de la réforme portuaire. Des agents portuaires CGT des terminaux pétroliers de Fos et de Lavéra bloquent l'entrée d'une cinquantaine de tankers. Les grévistes entendent peser sur les négociations encore à venir concernant le périmètre d'intervention des GPM. Si cette grève concerne pour l'heure les terminaux pétroliers (les bassins ouest, à l'extérieur de la ville), elle imprime une nouvelle tonalité au contexte local d'application de la loi et tend les relations entre branche locale des syndicats, élus locaux et gouvernement.

Fin février, en effet, la situation sur le port de Marseille se dégrade brusquement : l'Union française des industries pétrolières (Ufip) et l'Union maritime et fluviale (UMF) mettent en cause, "les mouvements sociaux sporadiques larvés et particulièrement destructeurs (...) Marseille est en otage de 200 agents du port." C'est l'affaire de l'Union navale qui mettra le feu aux poudres. Nous l'avons déjà évoqué ici.

Des incidents violents continuent d'avoir lieu durant le mois de mars : le siège du GPMM est investi, le directeur général adjoint agressé, les portes sont enfoncées, les tableaux arrachés des murs, des fumigènes sont allumés dans les couloirs, les meubles sont renversé etc. Conséquence (?), les résultats du Port sont très inquiétants:-21% de trafic de marchandises pour le début d'année. La crise économique n'est pas le seul facteur avancé.

Au même moment, le GPMM adopte son plan stratégique qui prévoit des investissements publics de 600 millions d'euros devant générer 3 milliards d'euros d'ici 2013.

L'accord CGT-GPMM

Au début de l'été, la situation n'est toujours pas apaisée. Alors que les chiffres du port sont toujours aussi mauvais (-15% sur les 6 premiers mois de l'année), une quarantaine de personnes saccagent - une nouvelle fois - le bureau du directeur général du GPMM aux cris de "''Toi, tu ne nous feras pas partir, tu ne nous feras pas partir...'".

Scènes presque banales, en tous cas pas inédites, qui témoignent, certes de la tension entre direction et syndicat, mais également d'une pression nouvelle sur les salariés. Ces formes de violence font échos aux séquestrations de patrons qui ont nourri l'actualité des derniers mois. Pour Isabelle Sommier, chercheuse au Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne, et auteure d'ouvrages sur la violence politique, "les salariés veulent exprimer une colère, une indignation d'autant plus grandes qu'ils ont l'impression d'être dans une situation économique qui dure et des négociations bloquées. Retenir son patron apparaît alors comme un sursaut de dignité pour attirer l'attention sur leur sort injuste". Les édiles se retranchent derrière la loi et son application pour négliger un nécessaire travail de concertation.

La solution de sortie de crise semblent pourtant se dessiner autour d'une prise de participation du GPMM dans la société Intramar. L'hypothèse de l'actionnarisation de l'intervention publique semble ici aussi se vérifier. Intramar opère sur le terminal à conteneurs de Mourepiane ; l'entrée de l'Établissement public dans le capital de l'entreprise vise à favoriser le transfert des personnels (le chiffre de 230 personnes est évoqué, dont 90 à Mourepiane, le reste dans les bassins ouest) dans le secteur privé... au sein duquel les pouvoirs publics resteront présents.

L'accord scellé entre la CGT et le GPMM prévoit que le port conservera 34% des parts de la structure chargée de l'exploitation du terminal, soit une minorité de blocage. Le solde sera détenu par l'entreprise Intramar et ses actionnaires (Port Synergy dont le chef de file est le groupe CMA CGM, Sea Invest et Socoma) au terme d'une recapitalisation. Le travail reprend.

vendredi 24 juillet 2009

La Fête est-elle déjà finie pour 2013 ?

A On s'attendait à ce que la désignation de Marseille au titre de Capitale européenne de la culture en 2013 provoque des tensions parmi les élus qui souhaitent retirer les dividendes politiques du succès. C'est arrivé avec la polémique autour de la possible création d'un "guichet unique" qui, à la mairie et non au sein de l'association Marseille-Provence 2013, déciderait de l'attribution du label et de l'allocation des financements. Les choses se sont (pour l'instant) éclaircies avec la mise au point de Latarjet, directeur général de l'association. lors du dernier conseil d'administration de Marseille-Provence, au printemps : "On a perdu six mois, il est temps de se mettre au travail" avait-il déclaré.

Le travail risque cependant d'être perturbé par l'acte 2 de la contestation. Celle-ce ne provient pas des élus mais du monde associatif local. Nous avons largement évoqué les difficultés du tissu associatif local, tiers-secteur pris en tenaille entre la dynamique manageriale du projet culturel et les rapports traditionnels entretenus avec le politique. Si certaines associations de la Friche ont limité leur engagement dans la candidature à la participation aux réunions préparatoires, la plupart se sont tenues à l'écart ou ont été tenues à l'écart, attendant les contours concrets du dossier et les conditions d'accès aux diverses subventions. D'autres enfin ont été tentées de rejoindre l'initiative lilloise de la Fête est finie impulsée par les déçus de la capitale européenne de la culture nordiste en 2004. (l'illustration de ce billet est la couverture graphique de leur initiative)

Au début du mois de juillet, le conseil municipal qui a donné le feu au poudre. Une baisse générale de 15% des subventions culturelles a en effet été votée dans une relative indifférente. Le motif ? Le rééquilibrage des subventions. Comprenez : donnez plus aux associations "performantes" et moins aux autres. Aux dires de M. Daniel Herman, adjoint à la culture qui a succédé à Serge Botey à l'issue des dernières élections municipales (il n'a donc pas participé à l'aventure de la candidature), ce rééquilibrage s'effectuera en deux temps. En juillet, baisse générale ; en octobre, ré-injection. Les montants, bien sûr, n'ont pas encore été dévoilé, ni bien évidemment les critères d'une association culturelle "performante". Ce décalage dans le temps s'explique par une erreur technique : les dossiers n'ayant pas pu être présentés à temps. Cet épisode illustre-il l'amateurisme de l'équipe municipale qui trancherait avec le professionnalisme de la Chambre de commerce (son Président, Jacques Pfister, faut-il le rappeler, est à la tête de l'association Marseille-Provence 2013) ? Au contraire, est-il le signe d'une recomposition, par le haut, d'une clientèle culturelle ?

À ce stade, rien n'est moins sûr tant les relations entre les trois cercles de la politique culturelle à Marseille semble s'autonomiser. Le cercle politique est engagé dans une stratégie visant à capitaliser les ressources proprement politiques de la victoire. L'objectif est d'occuper l'espace médiatique pour apparaître comme le porteur véritable du projet. Renaud Muselier joue ici le premier rôle mais Daniel Herman pourrait contribuer à sa réussite. Reste à savoir comment les autres collectivités locales vont réagir. On pense principalement aux villes d'Aix et de Toulon et aux Conseils généraux, mais il ne faudrait pas oublier les petites collectivités locales qui ont montré à M. Muselier la réalité de leur pouvoir de nuisance quand Marseille souhaité imposer ses conditions. À ce titre, les modalités de la gouvernance de l'association Marseille-Provence 2013 où chaque collectivité locale dispose d'un droit de vote égal sont un rappel permanent aux désirs de la ville-centre.

Du côté de l'association Marseille-Provence, justement, la polémique lancée par le Ravi sur le licenciement des chargés de mission dès le lendemain de l'annonce de la victoire a laissé des traces. S'il s'est avéré finalement que seulement deux contrats "de petites mains" n'avaient pas été renouvelés, le fantasme d'un projet de "parisiens" pilotés par des technocrates extérieurs aux réalités locales est tenace. Il isole un peu plus Latarjet et son équipe du tissu associatif local. Une partie de celui-ci, réagissant à la coupe des 15%, a ainsi lancé une pétition en ligne qui s'interroge : "Est-ce ainsi que la ville de Marseille relève le défi de 2013 ?"

lundi 20 juillet 2009

Élections municipales d'Aix-en-Provence : la gauche "ne donnera pas Aix et son argent à Marseille"

a 187 voix d'écart. Maryse Joissains reste maire d'Aix-en-Provence à l'issue d'une séquence électorale municipale confuse, violente mais finalement sans surprise. Au cours de l'élection municipale partielle qui s'est achevée hier soir, il aura été beaucoup questions de la personnalité de la maire sortante, du Conseil d'État, des alliances de la gauche locale et de sa recomposition en vue des régionales de l'année prochaine, de Marseille aussi, peu d'Aix et de son avenir finalement.

Le recours

En mars dernier, Mme Joissains est réélue marie d'Aix en obtenant 44,28% des voix au second tout, contre 42,94% pour la liste de gauche menée par Alexandre Medvedowsky, 12,77% allant à la liste Modem maintenue au second tour par François-Xavier de Peretti. Le 8 juin, le Conseil d'État décide d'annuler le scrutin.

Motif: "Les attaques dirigées contre le candidat conduisant la liste « Génération Aix », et contre certains de ses colistiers, ont revêtu un caractère exceptionnellement violent. Il (le Conseil d'État) a en particulier noté qu’un tract anonyme, qui contenait des imputations injurieuses et diffamatoires mettant en cause la vie privée ou la probité des membres de cette liste et qui a été évoqué par la presse et sur internet, avait excédé largement les limites de ce qui peut être toléré dans le cadre de la polémique électorale. Il a en outre retenu le fait que, dans un article publié dans l’édition spéciale d’un hebdomadaire à diffusion nationale consacrée à la campagne aixoise, la candidate élue avait tenu des propos, qu’elle n’avait pas démentis, mettant clairement en cause la vie privée du candidat de la liste « Génération Aix » et de certains membres de cette liste. Compte tenu du retentissement que tous ces éléments ont eu pendant la campagne et de l’impossibilité, pour le juge, d’en mesurer les conséquences sur la répartition des suffrages recueillis par chacune des trois listes en présence au second tour (l’écart des voix séparant la liste l’ayant emporté et la suivante étant réduit : 1017 voix), le Conseil d’État a décidé d’annuler les élections. En conséquence, de nouvelles élections devront être tenues dans un délai de trois mois." (communiqué officiel du Conseil d'État)

À l'origine de ce recours, Stéphane Salord, adjoint de Mme Joissains lors de la mandature précédente et alors vice-président de la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, en charge du développement économique, de l’emploi, de la politique de la ville et de la culture, et qui s'était engagé dans la campagne de 2008 au côté de M. de Peretti : "Je me bats au nom de principes. J’ai donc fait valoir mon droit à me défendre et à contester en pointant du doigt des abus de langage et d’attitude. Mon but premier, c’était d’abord de dire : regardez comment se déroulent les campagnes électorales à Aix… Ça se termine toujours dans la boue et il y en a marre! À titre personnel, j’estime que notre pays est en retard en matière de déontologie politique… Peut-être sommes-nous en train de le rattraper ?” avait-il déclaré au moment du dépôt du recours, refusé en première instance, puis rejeté par la sous-section du Conseil d'État, enfin validé par la section du contention, l'une des formations les plus solennelles du Conseil.

Les précédents

Un temps tenté par un recours devant la Cour européenne des droits de l'Homme pour faire condamner l'État français (coutumière du fait, elle mena à bien cet objectif en tant qu'avocate dans les affaires du sang contaminé en 1990 et de l'amiante en 2001), Maryse Joissans n'a jamais décoléré contre cette "décision politique". Une décision politique, donc, qui n'est pas inédite à Aix.

En 1967, le Conseil d'État inverse le résultat des élections municipales : Félix Ciccolini (SFIO) devance Henry Mouret (centre-droit) pourtant élu au motif d'un décompte confus (les "manifestes" glissés dans les enveloppes n'avaient pas été comptabilisés). En 1977, Felix Ciccolini maire d'Aix depuis l'épisode des manifestes est réélu de justesse face à Alain Joissans (le mari). Ce dernier conteste l'élection, arguant du fait que son adversaire avait revendiqué durant l'entre-deux-tours le soutien d'une liste... qui n'avait pas donné de consigne de vote. Le Conseil d'État annule. On revote donc l'année suivante avec les mêmes protagonistes mais les rôles sont inversés. M. Joissans est élu avec 2 000 voix d'avance (un gouffre dans le contexte local) sur le maire sortant. Les socialistes déposent un recours prétextant cette fois et avec raison que l'un des colistiers de la liste victorieuse ne disposait pas de domicile fiscal sur la commune. Le Conseil d'État annule. Alain Joissains attendra octobre 1979, pour se voir élire sans contestation administrative, et au premier tour.

Ce rappel est nécessaire pour comprendre le climat politique dans une ville pourtant réputée bourgeoise, lisse, étudiante et touristique. Bref, tranquille en comparaison de son voisin marseillais dont l'ombre tutélaire plane sur le développement économique et stratégique de la ville et de son agglomération. Le rejet de la vassalisation fut ainsi un argument de campagne de l'épouse de M. Joissains, élue pour la première fois en 2001.

La campagne - 1er tour

Du côté de l'opposition, on s'organise, comme on peut. Jean-Noël Guérini, présenté comme le patron des socialistes du département, accessoirement aussi le challenger officiel de M. Gaudin à Marseille prévient : "Si les socialistes aixois ne font pas l'unité, ce sera leur dernier combat. Et s'ils se trompent, le ménage sera fait et il y aura des parachutages". Le 12 juin, alors qu'une délégation spéciale conduite par sept hauts fonctionnaires prend le contrôle de la mairie, c'est au Modem d'appeler à l'unité par la voix de Christophe Madrolle, conseiller municipal et vice-président de la communauté urbaine de Marseille.

Rapidement, à gauche, c'est Alexandre Medvedowsky qui paraît le plus à même de réaliser l'unité "des écologistes jusqu'au Modem" quitte à "en faire frémir à gauche". Effectivement, cela frémit non seulement sur le plan local, mais également sur le plan national, où la direction du PS est mise en difficulté sur sa gauche par la percée écologiste aux élections européennes et dans une moindre mesure, par la création du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélanchon qui n'en attendait pas tant pour dénoncer "le double jeu de Martine Aubry". Les Verts, quant à eux, entendent surfer sur la vague du scrutin européen qui les a vus arriver devant les socialistes dans la circonscription du Sud-Est, réalisant même 7577 voix, soit 21%, pour la seule ville d'Aix-en-Provence. Une liste "Aix Écologie" est constituée autour de Hervé Guerrera, dirigeant du Parti Occitan.

Le 18 juin, alors que Medvedowsky parvient à rallier sur sa liste le modem François-Xavier de Peretti, Mme Joissains voit se constituer à droite une liste dissidente conduite par...Stéphane Salord qui rassemble des novices et des anciens de la majorité sortante mécontents des méthodes du maire.

Le premier tour a lieu le 12 juillet. 5 listes au départ. À celles de Mme Joissains, de MM. Medvedowsky et De Peretti, de M. Salord et de M. Guerrera, s'ajoutent une liste commune PC, NPA et Parti de gauche, conduite par Nathalie Leconte qui entend capitaliser sur l'alliance "contre-nature" PS-Modem.

La campagne est très brève (moins d'un mois) mais très nerveuse. Mme Joissains reçoit les soutiens des poids lourds nationaux (Bertrand, Borloo, Falco, Copé...) alors que les sondages la placent en tête à l'issue du premier tour mais en danger en cas de duel. En plein mois de juillet, le taux d'abstention focalise les attentions et la course aux procurations est lancée (au final, ce n'est pas moins de 4 000 procurations qui auraient été attribuées, soit 10% des suffrages exprimés au second tour). Les thèmes de la campagne se concentrent sur la moralité de la gestion de la municipalité qualifiées de "non-éthiques" par M. Salord. Au centre du débat, la question de l'office HLM de la ville et notamment le possible conflit d'intérêt entre la ville et le Centre communal d'action sociale. Les conditions de nomination de Mireille Mantot et son salaire en tant que directrice de Pays d'Aix Habitat (plus de 7 000 euros) suscitent les interrogations et la polémique.

Le résultat, "Maryse seule contre tous"

Alors que les sondages laissaient entendre que le maintien au second tour des 5 listes étaient possibles, le scrutin du 12 juillet rend son verdict. Avec 43,31% des voix, la liste de la maire sortante devance la liste PS-MoDem-PRG créditée de 34,08% des suffrages. La liste écologiste obtient 11,31%, celle du divers-droite Stéphane Salord 7,08%, et celle du rassemblement PCF-NPA-PG, 4,21%. La participation s'élève à 44,05% contre 59,18% au premier tour des municipales de 2008.

L'entre-deux-tours est agitée par la question des alliances. Les Verts rejoignent la liste PS-Modem, sentant la chance historique de ravir la mairie à la droite (le dernier maire socialiste, Jean-François Picheral, administra la commune de 1989 à 2001). M. Salord appelle à voter contre Mme Joissains dans un tract au titre évocateur "La Perdition des Valeurs". La campagne se tend. M.Medvedowsky convoque la presse pour dénoncer les propos d'un tract attribué à l'UMP local. Et promet de ne pas en rester-là en cas de défaite.

Et défaite, il y a, quelques jours plus tard Avec 50,22% des voix, Maryse Jouaissains est réélue. Pour Jean-Ckaude Gaudin, "face à la coalition des rancunes, coalitions hétéroclites et de circonstances, Maryse Joissains, seule contre tous, remporte l’élection" .

Enseignement et perspectives

À l'issue de ce récit, forcément incomplet, des question subsistent. À Aix même, on peut se demander comment Mme Jouissains va pouvoir gérer sa collectivité - et ses conseils municipaux - dans un tel climat de suspicion généralisée où chaque crédit, subvention ou prise de position sera scrutée et jugée jusqu'aux tribunaux administratifs. Les colistiers de Medvedowsky laissent par ailleurs entendre qu'ils pourraient déposer des recours en annulation au motif incertain que "toute une série de publications ont été de nature à semer le trouble". Sur le plan de l'agglomération aixoise, on peut se demander si cette élection peut redistribuer les cartes. Suite à l'annulation de l'élection municipale, en effet, 48 conseillers communautaires d'Aix avaient été empêchés de siéger et Mme Jouissains privée de son poste de Présidente de la Communauté urbaine. Sur le plan de la grande agglomération, c'est à dire des relations avec Marseille, la maire élue avait averti les électeurs que son challenger entendait "donner Aix et son argent à Marseille". Derrière la formule provocatrice, apparaît l'affirmation de la stratégie d'autonomie d'Aix vis-à-vis de Marseille-Métropole. À voir cependant les réactions réjouies de MM. Gaudin et Muselier, nul doute qu'un résultat différent aurait pu déséquilibrer un peu plus la répartition des forces politiques locales en prévision des élections régionales du printemps prochain.

mercredi 15 juillet 2009

Le "Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée", nouveau venu dans le paysage institutionnel internationalisé marseillais

A Le site Econostrum l’a révélée la semaine dernière, une nouvelle plateforme visant à renforcer la capacité d’expertise du territoire marseillais sera prochainement créé. Le « Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée » (CMIM) sera financé par la ville, qui mettra à disposition des locaux, et sera porté par la Banque européenne d’investissement, la Banque mondiale, l’Agence française de développement, le Plan Bleu , et, nouveauté dans le panorama des institutions partenaires du portage de projet de ce type, la Caisse des dépôts et consignations. Cette structure s’appuiera sur un réseau d’expertise économique existant, le Forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences Économiques (FEMISE), composé de centres de recherches économiques chargé de l’analyse économique du Processus de Barcelone et piloté par l’Institut de la Méditerranée. Sa vocation serait d’être un outil d’appui technique et méthodologique supposé favoriser la réalisation de prestation de montage de projets d’appui institutionnel ou de formation en direction de la rive sud de la Méditerranée. Pour plus d'information sur l'acte de naissance du CMIM, ici.

Cette initiative est l’exemple le plus récent de la stratégie de polarisation sur le site de Marseille d’institutions internationales. Le plus souvent agences d’expertise transnationales délocalisées, elles partagent la Méditerranée comme milieu et le rayonnement de l’expertise économique marseillaise comme objectfif. Elle s’inscit ainsi au point d’intersection des dynamiques suivantes :

  • les logiques politiques locales : faire de Marseille une « capitale » du Bassin méditerranée en y attirant des institutions internationales ; le label CMIM conserve le label « Marseille » qu’elle accole au terme de « Centre »
  • les logiques de métropolisation : accroître la capacité d’expertise d’un territoire qui dépasse le site de la commune ;
  • les logiques de la mondialisation : inscrire cette métropole « sur la carte » des flux d’échange (capitaux et ressources liées à l’expertise)
  • les logiques de la diplomatie décentralisée : prendre place dans la dimension projet de l’Union pour la Méditerranée qui poursuit l’objectif d’« intégrer » davantage les économies sud-méditerranéennes.

Au final, avec le CMIM, Marseille gagne en centralité, d’une part, et change d’échelle dans son positionnement géostratégique et dans son rayonnement économique, d’autre part. Il est remarquable de noter que le dispositif sera intégré au sein de la Villa Valmer.

A Cette bâtisse symbole de la bourgeoisie du XIXème siècle qui surplombe la corniche, accueille déjà des institutions internationales délocalisées. Rapide tour d’horizon :

Le Bureau de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), installé depuis 2004, s’insère dans le réseau des Bureaux de Promotion des Investissements et de la Technologie. L’objectif affiché est "de mobiliser et faciliter les investissements, les transferts de technologies et les partenariats entre les entreprises du sud de la France, vers les pays en développement du bassin méditerranéen".

Le Plan Bleu est le Centre d’activités régionales du Plan d’Action pour la Méditerranée, adopté par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

La Banque mondiale fait partie du pôle Villa Valmer depuis 2003 et l’implantation de l’agence KNA-MENA à Marseille. Cette initiative a contribué à la création du réseau urbain Europe-MENA chargé d'animer un groupe d'experts travaillant sur des missions d’assistance technique.

Le bureau de l’Organisation internationale des migrations a davantage valeur de symbole et ses moyens limités ne lui permettent pas de jouer un rôle opérationnel majeur mais montre que le marqueur historique n’est pas négligé dans la constitution du réseau d’institutions internationales.

Enfin, la Commission Méditerranée de Cités et gouvernements locaux unis est la dernière arrivée. Mise en place en 2006, elle fonctionne comme une plateforme de concertation entre les élus des trois rives et joue un rôle clé dans l’organisation d’évènements internationaux comme le Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée ou la Semaine économique de la Méditerranée.

Disséminées ailleurs sur le territoire de la ville, des agences d’expertise travaillant sur l’espace méditerranéen contribuent à faire de Marseille un centre d’impulsion et de diffusion du savoir-faire technique, censé irrigué le Bassin. Premièrement, on relève des agences d’expertise françaises implantées à Marseille.

L’Institut de Recherche et de Développement (IRD), ainsi que l’Agence inter-établissements de recherche pour le développement (AIRD) sont délocalisées dans le périmètre d’Euroméditerranée depuis septembre dernier.

Le Centre d’Etudes Financières, Economiques et Bancaires (CEFEB) qui émane de l’Agence Française de Développement (AFD) participe à la formation des cadres territoriaux dans les pays méditerranéens.

UBIFRANCE, l'Agence française pour le développement international des entreprises, établissement public industriel et commercial placé sous la tutelle de Bercy, a installé son pôle Grand Sud à Marseille. Chargée, d’une part, d’accompagner le développement économique des entreprises locales, l’agence tente d’agir sur le volet des échanges avec le sud de la Méditerrané.

Deuxièmement, on peut identifier des réseaux tournés plus directement vers l’espace méditerranéen et ses enjeux. Au côté de l’Institut de la Méditerranée, donc, qui pilote le FEMISE, la ville de Marseille est le siège du Conseil Mondial de l’Eau et le support à la désignation récente de la ville à l’accuile du Sommet mondial de l’Eau en 2012. Nous avons eu l’occasion de revenir au cours d’un précédent billet sur cette victoire qui se situe dans la continuité de l’ambition de capter les ressources expertes liées au thème de l’eau.

L’Institut Méditerranéen de l’Eau est une Organisation internationale Non Gouvernementale dotée d’un statut consultatif auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies. Elle constitue un important réseau d’experts rassemblant les opérateurs institutionnels et techniques dans le domaine de l’eau en Méditerranée. Son objet principal est le développement de la coopération transméditerranéenne entre les collectivités territoriales et les professionnels de l’eau, de l’assainissement et de l’irrigation.

Enfin, le panorama ne serait pas complet si l'on oubliait d'évoquer l’installation à Marseille du réseau ANIMA, plateforme qui dirige le consortium Med Alliance, pilotant la mise en œuvre du programme Invest in Med, financé à 75% par l’Union européenne sur la période 2008-2011, et qui témoigne de l’ancrage territorial des enjeux et des financements communautaires.

Le CMIM est une pierre de plus dans l’édifice visant à faire de Marseille une métropole euroméditerranéenne, c'est-à-dire un centre de diffusion et de commandement sur un espace fortement inégalitaire sur le plan économique et plus précisemment, la formation, l'appui institutionnel, le transfert technologique. L’expertise et la diffusion normative et technique nord-sud constituent le créneau investi massivement par les autorités locales qui entendent s’appuyer sur un dispositif dense associant entreprises, sociétés civiles et organisations internationales. Cette densité présente toutefois le risque de superposer des entités aux terrains et aux objectifs proches et ainsi de constituer un champ de concurrence entre les institutions. L’ère du trop-plein institutionnel sur l’objet vague de « l’expertise économique » succèderait à une absence d’initiatives de ce type sur la zone depuis le ralentissement des effets du Processus de Barcelone. Le problème de la coordination et de la mise en cohérence stratégique - la construction problématique d'un "réseau de réseaux" ou de structures de coordination des "plateformes" - se pose ainsi de front aux autorités locales qui délèguent de plus en plus la maîtrise d’ouvrage à ces institutions. La régulation actionnariale des pouvoirs publics locaux peut certes faire preuve d’efficacité pour articuler autour d’un lieu un nombre conséquent d’expériences, mais la prise de participation dilluée dans des ensembles institutionnels hétérogènes et potentiellement rivaux est un risque imprévisible pour leur portée opérationnelle et leur efficacité sur un terrain forcément encombré.

vendredi 10 juillet 2009

Dépenses urbaines pour équipements métropolitains

A Hier, un conseil municipal extraordinaire de la ville de Marseille s’est réuni afin d’aborder une question unique : la rénovation du Stade Vélodrome. L’enceinte du boulevard Michelet accueille depuis 1937 les matchs de l’OM, mais, rénovée en 1998, elle ne semble plus adaptée aux exigences commerciales et sécuritaires. Surtout, dans la perspective de la candidature de la FFF à l’organisation de l’Euro 2016, c’est l’occasion de bénéficier de financements étatiques pour améliorer le confort des spectateurs et couvrir le stade.

Toutefois, dans son propos liminaire, M. le maire ne s’y est pas trompé : « c’est aussi un projet de développement économique et un enjeu de rayonnement pour Marseille ». Le groupe PS vote le texte proposé par la majorité au nom de la « gouvernance apaisée » initiée à la Communauté urbaine qui a mené des travaux exploratoires sur la question du stade. Adopté à l’unanimité, - les groupes Verts et certains Modem se sont abstenus - le projet prévoit un agrandissement et une couverture pour un montant de 150 millions d’euros financés par un partenariat public-privé. M. Gaudin a tracé deux lignes rouges : le nom restera inchangé, et la propriété du stade demeurera celle de la ville.

A Au-delà du cas du Stade Vélodrome, cette délibération pose la question du financement des équipements métropolitains dans une agglomération peu intégrée et singulièrement dans une ville-centre pauvre sur laquelle pèse la majeure partie du fardeau pour des charges qui dépassent l’usage strictement communal. Au cours des débats, Eugène Caselli a justement pointé le « manque de clarté sur le montant de la participation financière des collectivités locales ». Mais en tant que Président de la Communauté urbaine, ne pourrait on pas lui rétorquer que c’est à son institution de porter (au moins autant) le financement de grands équipements urbains de dimension métropolitaine ? Certes, ces infrastructures revêtent souvent une dimension symbolique pour la ville. Que l’on songe au Stade, à l’Opéra, aux parcs, aux bâtiments publics historiques, le patrimoine historique de la ville est en jeu et la volonté de la mairie de préserver ce lien d’appartenance se justifie.

C’est en fait tout l’enjeu de la construction de la métropole marseillaise qui se pose. Ses limites surtout. Pour schématiser les positions, les élus marseillais seraient partisans d’une grande métropole qui regrouperait les syndicats mixtes des eaux et des transports ainsi que les communautés urbaines de Marseille et d’Aix-en-Provence et, bien sûr, la communauté d’agglomération Ouest Étang de Berre, qui avec la ville de Fos-sur-Mer, et l’installation du Grand Port Maritime, engrange des recettes fiscales qui échappent à la ville centre et même à son groupement intercommunal. Selon un élu local, « Marseille a toutes les charges de centralité, opéra, stade, transports en commun, nous avons toutes les charges, mais nous n’avons pas la fiscalité afférente. Or, la fiscalité dans ces syndicats de commune est très importante, alors qu’ils n’ont pratiquement aucune charge. Donc, il faudrait réaliser une péréquation qui nous permettrait d’avoir une grande métropole marseillaise ayant des moyens très forts avec la manne de la zone de Fos-sur-Mer, qui nous permettrait de peser davantage dans l’échiquier politique et international ».

A Ce constat repose sur quatre chiffres : l’agglomération Ouest Étang de Berre, 90 000 habitants pour 115 millions d’euros de recettes de taxe professionnelle (TP) ; Marseille-Provence-Métropole, 1 million d’habitants pour 250 millions d’euros de recettes de TP. Un rapport démographique de 1 à 10 contre un rapport fiscal de 1 à 2.

Ce hiatus entre les ressources des périphéries et les charges de la ville-centre ne sont pas nouvelles à Marseille. Dès son installation, dans les années 1930, le port de Fos, conçu comme une annexe du port marseillais, s’est engagé dans le secteur des hydrocarbures, largement déconnecté de l’économie locale mais lié au reste de l’économie mondiale. À partir des années 1960, la disparition du système marseillais (port-commerce-cité) a encore accéléré le découplage entre Marseille et ses voisins. Découplage qui se traduit en termes politiques (mais pas forcément partisan). L’arrière-pays marseillais rejette toute forme d’imperium métropolitain qui serait exercé par la ville. L’échec retentissant de M. Muselier à MPM l’année dernière est le calque de cette fragmentation politique à l’échelle de la petite agglomération.

Si la fusion demeure taboue et impossible en l’état, la question posée est donc celle d’une coopération entre les intercommunalités (!) pour réaliser un « Grand Marseille ». L’idée n’est pas neuve. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône a ainsi déposé un rapport en ce sens en…1919. Dans les années 1960, l’idée est relancée par l’État et les politiques des métropoles d’équilibre. Dans les années 1990, des experts locaux ont tenté de promouvoir une « aire métropolitaine marseillaise » correspondant aux enjeux de gestion de l’action publique territoriale qui exigent une étroite coopération intraterritoriale pour un meilleur positionnement dans la compétition interterritoriale. Les propositions du Comité Balladur semblent également aller dans le sens d’un regroupement des métropoles. Toutefois, elles ne préconisent pas de changer le périmètre institutionnel des agglomérations pour prendre la ressource où elle se trouve. Il est vrai que ce n’est qu’à Marseille que le problème se pose de cette manière.

jeudi 2 juillet 2009

LGV, le choix des métropoles: repenser l'économie du développement local

Le Ministre d'État de l'Écologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat (sic) a tranché. La Ligne à Grande Vitesse Sud-Est qui reliera Paris à Nice en 3h50, passera par Marseille et Toulon. Il a suivi sans surprise les conclusions du médiateur, Yves Cousquer. La décision confirme également l'engagement de l'État pour ce "projet majeur qui participera à la constitution de l'arc méditerranéen Barcelone-Marseille-Gênes."

Finalement passée assez inaperçu dans les médias, ce choix fait l’objet de la chronique matinale d’Olivier Duhamel sur France Culture. Il distingue 3 camps en présence qui défendent 3 logiques de développement local.


A Les opposants à la construction même du prolongement de la ligne
La cohorte habituelle des anti-TGV, écologistes, opposants au développement touristique et riverains.




A Les partisans du tracé nord à travers le Haut Var
Ce sont les partisans de chaque minute gagnée. Paris-Nice en 3h30 au lieu des 3h50 du tracé des métropoles (et des 5h30 actuellement). Ils ont avec eux l’argument financier (8milliards d’euros contre 15), même si le débat n’est semble-t-il pas tranché. Enfin, ils mettent en avant les difficultés techniques de la mise en chantier de la ligne sur un littoral très urbanisé. Cette option était ainsi défendu par le Préfet de Région, Michel Sapin.


A Les partisans du tracé des métropoles
Ceux-ci rétorquent la rentabilité de moyen-terme quand on leur parle du coût ; la protection de Sainte Victoire quand on leur parle d’environnement. Olivier Duhamel met en évidence à ce stade de sa chronique, la logique purement régionale de cette option. Si, Paris sera effectivement à 3h50 de Nice, l’essentiel est de rapprocher considérablement les distances entre les villes du littoral Marseille-Toulon-Nice. C’est la raison pour laquelle, les grands élus régionaux, ainsi que les milieux économiques locaux ont fait savoir leur préférence pour cette option et leur satisfaction de la voir retenue.

À l’issue de son raisonnement, il semble effectivement se détacher trois logiques de développement : localistes, centralistes et régionalistes.

Le chroniqueur s’arrête ici, essayons de poursuivre en analysant les rapports de force.

La logique localiste semble a priori marginalisée. Elle n’est pas majoritaire dans les enceintes politiques délibératives, elle ne trouve qu’un écho mesuré dans l’opinion. Elle s’exprime par des manifestations ponctuelles, des mobilisations collectives limitées à la défense d’un art de vivre traditionnel, où tout ce qui est perçu comme une modernité technologique est rejetée. Cette description est évidemment caricaturale et réductrice. Elle est pourtant celle qui est véhiculée par les médias dominants. Le succès électoral des listes écologistes en France lors des dernières élections européennes, l’importance institutionnelle croissante des enjeux de développement durable, le pouvoir de séduction des régulations politiques participatives alternatives devraient néanmoins nous conduire à une plus grande prudence. Et surtout à ne pas voir dans cette contestation contre le tout technologique, un mouvement confus animé par une poignée d’allumés désirant revenir à l’âge de pierre. La tentative de fendre le consensus développementaliste ou la croissance à tous crins semble avoir le sens de l’histoire à chaque secousse qui affecte les marchés financiers et par ricochet, l’économie réelle.

La logique centraliste croise la tradition jacobine de l’aménagement du territoire avec la pensée libérale du moindre coût. C’est incontestablement celle qui éprouve le plus de difficultés à se reconvertir aux nouveaux contextes : décentralisation et autonomie des pouvoirs locaux, re-régulation des marchés et relance économiques (certes davantage par l’investissement que par la consommation, par l’offre plutôt que par la demande). Son échec, qui s’étend peu à peu, montre la transformation des relations entre le centre et les périphéries. Paris n’exerce plus de la même façon des fonctions de commandement. À des rapports hiérarchiques succèdent des connexions en réseaux multipolarisés au sein desquels, les villes moyennes occupent de nouvelles centralités. Les périphéries nationales sont repensés dans un environnement géographique élargi : Marseille-Toulon-Nice redeviennent ainsi un axe pertinent reliant Rome demain, Barcelone après demain dans un axe est-ouest ; ainsi, que plus tard ( ?) les suds de la Méditerranée (même si l’on dépasse ici les strictes considérations ferroviaires).

C’est ainsi au triomphe de la logique régionale auquel nous semblons assister. L’impact du consensus entre élus locaux et régionaux au-delà des considérations partisanes montrent la force retrouvée de ce personnel politique, qui n'est plus seulement composé de notables, ni d'entrepreneurs politiques, gérants leurs fiefs comme des business à promouvoir et à défendre dans une compétition des territoires européanisés. Ils sont aussi des actionnaires de l’action publique, engageant des participations dans des projets urbains mis en œuvre par d’autres opérateurs (privés et transnationaux). Ils ont l’intention d’user de leur légitimité retrouvée et de leurs compétences inédites pour peser dans les négociations avec l’État central, qui n’est qu’un acteur parmi d’autres. Certes, les transferts de charge sont parfois plus importants que les transferts de compétence. Certes, les blocages sont encore nombreux. Mais si pour le Monde, « les collectivités locales rechignent à financer les grands projets », c’est surtout qu’elles s’attendent à prendre une part plus significative dans le cadrage de ces opérations.

La décision du tracé de la LGV Sud-est est ainsi un formidable laboratoire d’observation de ces nouvelles formes de relations centre-périphéries, au sein desquelles la régulation est transversale et le centre d’impulsion de plus en plus le fait de puissants pouvoirs métropolitains. Ce n’est pas moins toute la géographie et l’économie du développement local qui est à repenser.

vendredi 26 juin 2009

Marseille, capitale mondiale de l'eau

A Vendredi dernier, 19 juin, la ville de Marseille a été désignée par le collège des Gouverneurs du Conseil mondial de l'eau pour accueillir le Forum mondial de l'eau en 2012. Elle était en concurrence avec la ville de Durban (Afrique du Sud) pour accueillir cet évènement. Pendant une semaine, les projecteurs seront braqués sur Marseille qui devrait accueillir plus de 20 000 participants, ainsi que des débats sur l'usage de cette ressource que l'on redécouvre à la lumière du paradigme du développement durable.

Cette victoire marque, selon le communiqué du Ministère de l'Écologie "la capacité de Marseille et de sa région à accueillir, avec convivialité, des évènements de dimension internationale". Avec convivialité, donc, Marseille poursuit sa stratégie d'accueil de grands évènements internationaux et de production d'une expertise mondiale sur des thématiques liées à son milieu ( eau, migrations) ou aux potentialités de croissance et de rayonnement (ingénierie financière, culture). Cette stratégie, enfin, trouve sa cohérence dans sa focale méditerranéenne et s'inscrit dans l'ambition de devenir capitale, c'est-à-dire un centre de commandement et de décision qui maîtrise les destinées de son espace proche.

Cette dimension stratégique ne doit toutefois pas cacher le fait que les acteurs locaux marseillais disposent d'une vraie expertise dans le domaine de la gestion de l'eau. On se souvient qu'en mars 2008, la région autonome de Catalogne - donc le rival barcelonais ! - soumise à une grave sécheresse avait demandé au Port autonome de Marseille ainsi qu’à la Société des Eaux de Marseille (SEM) l’envoi de centaines de milliers de mètres cubes d’eau par voie maritime afin de lui venir en aide. En 1983, déjà, ce sont les villes de Taragone (Espagne) et de Porto Vesme (Italie) qui avait bénéficié d'une livraison de 1,5 million de m3 d’eau brute de la part de la cité phocéenne.

La SEM, devenue Groupe des Eaux de Marseille, domine le marché provençal de la distribution d'eau potable, de collecte et de traite des eaux usées, domestiques et industrielles. Elle mène des actions internationalisées en direction du Maghreb et d'Amérique latine - et le cas échéant, aux villes des pays du sud de l'Europe. Elle forme par exemple les personnels locaux à la gestion de l'eau et de l'assainissement et procède à des transferts de technologie. Enfin, elle dispose d'une cellule humanitaire, "Water Help". On le voit à l'issue de cette description rapide, la SEM est un acteur local de premier plan dans la production et la diffusion d'une expertise compétitive sur une problématique de plus en plus sensible et stratégique et qui touche le cœur des fonctions locales, l'eau.

A Le groupe des Eaux de Marseille qui fédère 18 sociétés, dont deux à l'étranger, est le quatrième groupe français dans le secteur de l’eau, et s’articule autour de la Société des Eaux de Marseille, détenue à parts égales (48,83% chacune) par Veolia Eau et Lyonnaise des Eaux France. Le groupe emploie 850 salariés pour un chiffre d’affaires de 290 millions d'euro. Il est dirigé par Loïc Fauchon qui n'est pas un inconnu des mondes politiques marseillais. Son parcours est assez exemplaire de la manière dont les compétences sont investies, les ressources mobilisées et les relations entre l'expertise, le politique et le marché structurées.

À sa sortie de l'IEP d'Aix en Provence en 1970, il s'inscrit en thèse d'économie qu'il soutient quelques années plus tard et qui portait sur l'économie du tourisme. Il entre alors à la Préfecture de Région et s'occupe des questions de tourisme et de loisir. Il travaille un temps dans une entreprise d'informatique et crée une ONG, Transahara, qui organise des missions humanitaires d'urgence en Roumanie, en Bosnie, au Mali et en Tunisie. Après un passage dans un Syndicat mixte d'aménagement, il revient dans le secteur public en intégrant le cabinet du Président du Conseil régional de 1980 à 1983. Durant ce relatif court passage à la Région, il connaît deux Présidents, Gaston Defferre, puis Michel Pezet. En 1983, il devient Directeur de cabinet de Gaston Defferre à la mairie cette fois et occupe cette fonction auprès de Robert Vigouroux. En 1991, il est nommé brièvement Secrétaire général adjoint chargé des relations internationales. Durant cette période, il est élu maire de la ville de Trets (10 000 habitants). Il quitte la politique en 1991 pour entrer dans la SEM dont il prendra la direction en 1997. Enfin, en 2000, il devient gouverneur du Conseil mondial de l'eau dont le siège est à Marseille, puis Président depuis 2005.

Ce bref rappel biographique permet de comprendre comment le lien est assuré entre les univers politiques et économiques locaux et dans quelle mesure la thématique internationale (y compris dans sa dimension humanitaire) y est intégrée. Ses compétences et ses relations nouées tout au long de son parcours font de M. Fauchon, une pièce maîtresse du dispositif de rayonnement international de la ville qui trouve sa consécration dans le thème si important de l'eau avec la décision des Gouverneurs du Conseil faisant de Marseille, la Capitale mondiale de l'eau jusqu'en 2012.

mardi 23 juin 2009

Union pour la Méditerranée, des projets et la guerre

A L'Union pour la Méditerranée (UpM) fêtera les 13 et 14 juillet le premier anniversaire du Sommet de l'Élysée qui a relancé la politique méditerranéenne de l'Union européenne (UE). Il est évidemment tôt pour dresser un bilan, ou même mesurer sa portée. Mais cette année écoulée a contribué à éclaircir les attentes portée dans ce projet politique. À en montrer les facteurs de blocage également.

Dés l'été 2008, l'UpM a du faire face à des blocages politiques et des incertitudes stratégiques. La Commission européenne et certaines chancelleries européennes (en particulier les pays d'Europe centrale et orientale soutenus par Berlin, ainsi que pour des raisons différentes l'Espagne) ont vu d'un mauvais œil la "relève" du Processus de Barcelone. Certains ont interprété le projet, avec raison semble-t-il, comme une volonté de rééquilibrer le centre de gravité stratégique de l'Union vers le sud au dépend des efforts pour ancrer les pays de l'est, fraichement membres, dans la marché commun. D'autres, une initiative purement sarkozyste visant à revendiquer un leadership sur la politique de voisinage de l'UE. Du côté des Suds, la Turquie se montrait septiques quant à l'esprit d'un projet qui semblait surtout offrir à l'opinion publique européenne une alternative à son adhésion. La Libye était le seul pays de la rive sud à ne pas être représenté à son plus haut niveau pour protester contre une logique qui viserait à "disperser les rangs" des pays arabes.

L'UpM pouvait toutefois bénéficier de la bienveillance de l'Égypte, dans la mesure où cette initiative était l'occasion pour elle de consolider son autorité sur un bloc arabe dans les négociations avec les pays européens. Surtout, l'Allemagne s'est laissée finalement convaincre. Après avoir exprimée son "inquiétude" en décembre 2007, accusant Sarkozy de vouloir provoquer des torsions dans le projet européen, Angela Merkel se rallie à l'initiative Sarkozy lors du compromis d'Hanovre en mars 2008 à une condition essentielle qui allait changer l'orientation et la dimension du projet (ainsi que son nom : on passe significativement de l'Union Méditerranéenne à l'Union pour la Méditerranée). Il fallait pour préserver la nature de la construction européenne, que l'UpM ne concerne pas seulement pas les pays méditerranéens de l'UE dans une sorte de coopération renforcée, mais qu'elle fasse participer l'ensemble des pays membres de l'Union.

Ces blocages politiques surmontés, le "réhaussement" de la représentation politique est réalisée à Paris à l'issue des cérémonies du 14 juillet. L'UpM doit faire face un mois après son lancement aux premiers nuages stratégiques. La crise géorgienne qui éclate au début du mois d'août 2008 focalise l'attention et mobilise les énergies du Conseil présidé par la France. En septembre, c'est la crise financière qui fait passer au second plan les projets de développement nord/sud. En novembre, enfin, l'élection de Barack Obama à la Présidence des États-Unis, si elle suscite de nombreux espoirs relatifs à une attitude nouvelle du Département d'État sur les questions méditerranéennes et proche-orientales, active des réflexes d'attentisme qui sont peu propices à la mise en œuvre des nouveaux dispositifs prévus par l'UpM. Enfin, la présidence tchèque qui succède à la France à partir du premier semestre 2009 complique la gouvernance arrêtée à Marseille lors du Conseil des ministres de novembre. À côté dune co-présidence franco-égyptienne, l'UpM doit également compter sur un gouvernement tchèque peu enthousiaste envers la politique méditerranéenne de l'Union.

A Surtout, le 27 décembre 2008, l'armée israélienne déclenche une offensive sur Gaza et bloque, jusqu'à ce jour, toutes nouvelles négociations dans le cadre d'une UpM qui se vantait de réunir autour d'une même table, Israéliens et Palestiniens. Dernier épisode en date, le gouvernement israélien fraîchement élu semble remettre en cause les précédents accords diplomatiques conclus par son prédécesseur.

On touche ici au cœur de l'ambiguïté congénitale de l'UpM : l'affirmation conjointe de la mise en œuvre de projets concrets (low politics) souhaitant outre-passer la négociation décisive sur le conflit israélo-palestinien (high politics). Le problème, c'est que, tout particulièrement dans cette région, le second terme de l'équation détermine le reste. Penchons nous, cependant, un instant sur le "reste" afin de tester l'hypothèse suivante : en l'absence d'un règlement du conflit israélo-palestinien, l'UpM est-elle vouée à l'échec ?

Selon Pierre Beckouche, universitaire et expert au sein de l'IPEMED, la cause du déficit d'intégration et de développement économique de la zone MENA réside dans l'absence d'un système productif autonome et performant en Méditerranée. L'UpM est en effet conçue comme un outil, non de résolution des conflits - on l'a dit - mais comme une série d'instruments économiques et financiers contribuant à la mise en contact des entreprises, des associations et des autorités locales des deux rives dans le but de réaliser des projets de développement économiques sur la rive sud. Laissons de côté un instant, sans la perdre de vue, la nature post-coloniale (au sens littérale, "dispositifs d'après") d'un projet qui repose sur des relations asymétriques poursuivant la convergence normative et économique, pour ne pas dire un alignement conditionné des économies et des sociétés du sud sur celles du nord (les systèmes politiques autoritaires sont préservés afin de garantir la stabilité de ces pays et empêcher une menace terroriste islamiste, d'une part, et l'afflux de migrants, d'autre part).

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La croissance démographique des pays de la zone Med est de 1,5%, la croissance économique de 2%, soit largement supérieur aux taux que l'on connait en Europe. Les fonds Inframed qui sont sensés subventionner les projets d'infrastructure représenteraient 200 milliards d'euros selon la Caisse des dépôts, la Banque européenne d'investissement prévoit un besoin d'apport de plus de 250 milliards d'euros pour "mettre à niveau" les économies du sud. Le Plan Bleu estime à 50 milliards d'euros le coût d'adaptation de ces pays au changement climatique. On le voit, les perspectives de développement pour les pays du sud, et de business pour les entreprises du nord sont considérables et l'UpM a eu le mérite de braquer un projecteur sur ces attentes. Et les études d'Anima montrent, années après années, le formidable potentiel d'attractivité de ces pays du sud, pour les grands projets d'équipement ou pour des initiatives plus modestes de PME. Certes l'investissement direct à l'étranger a fléchi l'année dernière pour atteindre 40 milliards d'euros, soit une baisse de 35% par rapport à l'année précédente, mais comparée aux 3 milliards au début des années 1990, on peut affirmer que la zone a acquis une crédibilité inédite auprès des bailleurs et des porteurs de projets. La recherche de la compétence est désormais un argument avancé pour investir dans la rive sud davantage que celui du coût du travail. Couplé avec la proximité des marchés, la maîtrise des langues, la rive sud semble s'être engagée dans une dynamique positive appuyée par les dispositifs d'incitation économique, de canalisation de l'épargne, de sécurisation des investissements et de coordination politique de l'UpM.

Mais l'instabilité stratégique de la région remet en cause ce bel édifice. La "relève" semble tomber sur les mêmes embûches que son prédécesseur. Pour un avenir identique ?

jeudi 18 juin 2009

Olympique de Marseille : enjeu du pouvoir municipal ?

A La crise qui secoue l'OM suite à la démission-révocation de son Président, Pape Diouf est l'occasion d'une prise de parole insolite de la part des élites municipales.

Extrait :

Eugène Caselli, président de MPM (PS) : "Je salue le très grand dirigeant sportif, qui a été toujours exemplaire. Je regrette son départ."

- Jean-Noel Guérini, président du Conseil Général (PS) "Au terme d’une belle saison qui a permis à l’OM de retrouver pour la troisième saison consécutive la Ligue des champions, Robert Louis-Dreyfus, actionnaire principal, et Pape Diouf, président emblématique, n’ont pas donné suite à ce qui restera "une belle aventure". Le supporter que je suis le regrette, comme il a regretté le départ d’Eric Gerets. Alors que le club a retrouvé une stabilité financière et une crédibilité sportive, grâce au travail de Pape Diouf, j’espère que le climat de défiance qui s’est installé au cours de ces jours derniers ne se prolongera pas. Pour l’avenir de l’OM, par respect pour tous ceux qui s’enthousiasment pour un club unique en France, profondément ancré dans la vie quotidienne de tous les Marseillais et de tous habitants des Bouches-du-Rhône, il est vital que les enjeux sportifs ne passent pas au second plan. Tout en étant conscient des difficultés, j’espère que tout sera mis en œuvre pour conforter la place de l’OM au sommet de la hiérarchie du football français et européen en balayant toutes les suspicions qui nourrissent des réflexes d’un autre temps. Pour moi, l’OM doit atteindre cet objectif, au cœur d’un stade Vélodrome modernisé, qui appartient à tous les Marseillais."

- Richard Miron, adjoint aux sports (UMP) : "Cela fait partie de la vie d'une entreprise que de choisir avec qui l'on travaille. Je le remercie pour tout ce qu'il a fait. Je suis certain que son successeur saura trouver l'équilibre nécessaire pour ce club car l'OM représente l'image de Marseille."

- Jacques Pfister, président de la Chambre de commerce : "On est très attaché à l'OM car c'est le seul objet connu du monde entier que nous ayons. Quand vous allez en Afrique, en Chine, on vous en parle. C'est un capital qu'il faut préserver et qui doit retrouver de la stabilité et des résultats sportifs."

- Jacques Dallest, procureur de la République de Marseille : "C'est la continuité qui prime, que l'on soit Marseillais de souche ou d'adoption. Je souhaite que l'OM aille le plus loin possible dans le parfait respect de la déontologie, de la morale et de l'éthique sportive, avec des résultats positifs."

- Dominique Mattei, bâtonnier de Marseille : "J'espère que ce départ n'affectera pas le club de turbulences. Il est dommage que l'image de sérénité qui se dégageait de l'OM soit troublée par ce départ."

Jean-Claude Gaudin n'est pas en reste. Après un communiqué hier, il tenait une conférence de presse ce jour à l'occasion de la tournée des stades susceptibles d'accueillir l'Euro en 2016 organisée par les dirigeant du football français. L'occasion lui a été donnée de confirmer le fait "que le Vélodrome restera la propriété de la ville, tout comme la Commanderie". Façon de mettre fin, à l'hypothèse du naming et de réaffirmer le projet de partenariat public-privé (on évoque 160 millions d'euros) qui consiste à moderniser le stade, porter sa capacité à 70 000 places et couvrir l'enceinte. Visiblement excédé, il déclare n'avoir pas été informé de la décision de l'actionnaire majoritaire, Robert Louis-Dreyfus et se déclare "étonné que l'on s'en prenne à Monsieur Pape Diouf, dont nous avions le sentiment qu'il avait bien accompli les choses. Mais vous savez que sous la municipalité Gaudin, on ne mélange pas la politique et le football, c'était d'autres époques. Nous ne faisons pas cela.". Le maire rappelle alors un principe qui contraste avec la situation : "Je n'ai pas de commentaire à faire, je l'ai fait dans un communiqué (sic). On ne m'a pas donné un coup de fil, ni rien, on aurait pu le faire. On ne l'a pas fait, on ne l'a pas fait. Ne m'en faites pas dire plus".

Il en a dit pourtant davantage. L'Olympique de Marseille serait bien un enjeu du pouvoir municipal. La fonction d'intégration sociale est largement évoquée par les études sur le supporterisme à Marseille. La fonction politique l'est moins. Gaston Defferre avait l'habitude de revendiquer le titre de "Maire de l'OM" et l'arrivée de Bernard Tapie à la tête du club en 1986 est avant tout une décision politique inscrite dans l'exercice du pouvoir municipal. Cette vidéo disponible sur le site de l'INA est avec le recul édifiante. Le discours relatif à l'instrumentalisation du club comme vecteur de promotion de la ville est identique en tout point avec celui d'aujourd'hui. La municipalité a d'ailleurs exercé la présidence par intérim lors du dépôt de bilan soldant les années Tapie. Ce matin, sur les antennes de RMC, Renaud Muselier, longtemps dauphin de Jean-Claude Gaudin, a du décliner l'hypothèse de son arrivée à la tête du club évoquée par Le Parisien avançant l'idée que "cette activité était incompatible avec son engagement politique".

L'hypothèse de l'usage clientéliste de l'OM semble séduisante, mais un peu facile. Les spécificités locales ne suffisent pas à faire du football, une ressource clientélaire échangeable politiquement. Il est indéniable que la réputation de l'OM véhiculée par ses performances et par la notoriété de ses supporters (la fameuse ambiance du Vélodrome) est un atout dans la compétition territoriale offrant l'image d'une ville unifiée et bouillonnante et pouvant renforcer son attractivité. Il y a peut-être également aussi un peu de l'identification du club à la ville et du sentiment d'appartenance de ses habitants avec l'OM (on se souvient que lors du procès des comptes de l'OM en 2007, le procureur avait déclaré prendre en compte la spécificité de "l'institution sociale OM" dans son attitude dans les débats). La colère qui semble monter contre l'actionnaire majoritaire "suisse" et son conseil de surveillance "parisien" illustre moins un phénomène de xénophobie, qu'un patriotisme municipal exacerbé par un sentiment de dépossession du destin de la ville que l'on pourrait comparer avec les résistances qui commencent à émerger sur la transformation physique de la ville (port, Euroméditerranée) et le manque d'ancrage social des grands projets urbains. Les clubs de supporters - dont le pouvoir d'influence dans la gouvernance du club est comparable à celui des CIQ, par analogie, dans la municipalité - s'apprêtent à publier un communiqué commun où l'on sera attentif à l'expression de ce sentiment de dépossession. Qui pourrait aussi en dire davantage.

mardi 9 juin 2009

Élections du Parlement européen : les élus de la circonscription Sud-Est

A Les élections du Parlement européen qui se sont tenues dimanche n'ont pas été déterminées, en France comme ailleurs, par les enjeux européens ou par les enjeux locaux - voire par la combinaison des deux, c'est-à-dire la capacité des programmes et des candidats à faire valoir des intérêts locaux et régionaux sur la scène européenne. Pourtant, la récente polémique sur le vin rosé et la mobilisation victorieuse des appellations de Provence rappelle l'une des fonctions des parlementaires européens : le relais entre des espaces politiques d'échelles différentes.

Des collaborateurs de député m'ont confié en ces termes les contours de cette articulation : "Si le commissaire européen en charge des Transports, qui est par exemple Français, comme c’est le cas avec Jacques Barrot, que le député européen est en commission Transport, cela peut faciliter la discussion en disant « voilà, ce qu’il serait intéressant pour une ville comme Marseille, quels sont les programmes européens qui permettraient de… ». Donc, on crée une relation de travail mais à partir des programmes européens." Pour un député réélu dimanche : "une des choses dont je vais beaucoup plus m’occuper au cours de mon second mandat sera de voir quelles sont les liaisons à mettre en place entre le local, mais extensible, eurorégional, de l’ensemble des départements sur lesquels je suis élu ; et le niveau européen. C’est-à-dire quelle aide je peux apporter en tant que parlementaire européen ? Parce que pour l’instant je n’ai pas eu le temps de faire cela. L’élu local qui a du pouvoir dans les relations internationales, c’est le Maire, le Président du Conseil général, le Président de l’intercommunalité, le Président du Conseil régional. En ce qui nous concerne..."

Pour autant, le rôle des élus locaux et régionaux n'échappe pas à la bruxellisation comme en témoigne ce diplomate, spécialiste des affaires européennes : "les élus, eux-mêmes, ont une action de lobbying. Il est de plus en plus fréquent, et d’ailleurs à Paris cela énerve des ministères, de voir des Présidents de Conseils régionaux se déplacer à Bruxelles et aller rencontrer les Commissaires en charge de tel ou tel dossier, et d’aller plaider en direct leurs dossiers. C’est quelque chose d’assez nouveau puisque traditionnellement le domaine des organisations internationales, ce n’est pas la chasse gardée, mais c’est essentiellement l’Etat". Certes, il n'est pas question ici des parlementaires européens, mais ceux-ci peuvent être sollicités dans le cadre de la défense de projets spécifiques de dimension européenne, comme cela a été le cas avec la candidature de Marseille-Provence 2013.

Qui sont donc les élus qui seront chargés de promouvoir ces enjeux locaux à Strasbourg (et à Bruxelles) ? Petit tour d'horizon qui se limitera aux 13 élus de la grande circonscription sud-est qui comprend la Corse, Paca et Rhône-Alpes.

Le grand vainqueur reste ici comme ailleurs, l'abstention, puisqu'avec un taux de participation de 39,63 %, la circonscription a moins voté que l'ensemble du pays avec un taux de 43,01 % et moins que l'ensemble des 27 avec un taux de 42,94 %.

L'UMP arrive en tête au niveau de la circonscription avec 29,5 % des suffrages (en progression de 12 points par rapport aux élections européennes de 2004). Dans les Bouches-du-Rhône, le résultat est un peu en-deçà pour la liste de la stéphanoise Françoise Grossetête qui réalise un score de 26,9 %. La liste UMP parvient à envoyer cinq élus (3 femmes, 2 hommes). Françoise Grossetête est une ancienne adjointe du maire de Saint-Étienne, Michel Thiollière battu aux dernières municipales. Députée européen depuis depuis 1994 et Vice-présidente du groupe du Parti populaire européen depuis 1999, elle vient d'être nommée par son parti pour conduire la liste UMP aux prochaines élections régionales. Damien Abad sera le benjamin du Parlement européen à 29 ans. Président des Jeunes Centristes (Nouveau Centre) à sa sortie de Sciences Po., il est conseiller municipal de Vauvert dans le Gard, son département de naissance. Dominique Vlasto est réélue sans surprise. L'adjointe au maire de Marseille chargée du Tourisme et des Congrès rempliera un troisième mandat. Gaston Franco, ancien député, proche de Christian Estrosi, est maire du village de Saint-Martin-Vésubie à côté de Nice. Il ira siéger pour la première fois au Parlement européen à Strasbourg le 14 juillet. Enfin, Nora Berra, médecin, membre du Mouvement des musulmans laïcs de France et conseillère municipale de Neuville-sur-Saône, fut tête de liste Perben dans le 8ème arrondissement de Lyon lors des dernières municipales. Finalement, sur les 5 élus, on compte une Stéphanoise, une Lyonnaise, un Nîmois, un Niçois et une Marseillaise ; une élus issue de la diversité et de la société civile ; un très jeune ; et deux professionnelles de la politique européenne.

Surprise, en deuxième position, on trouve la liste d'Europe-Écologie qui, avec 18,27 % remporte trois sièges. En 2004, les Verts conduits par Jean-Luc Benhamias avaient réalisé un score de 12%. Michèle Rivasi, normalienne et biologiste, ancienne députée de la majorité plurielle de Lionel Jospin est depuis mars 2008, adjointe au maire de Valence et Vice-présidente du Conseil général de la Drôme pour les Verts. François Alfonsi est le porte-parole du Parti de la Nation Corse, membre de la Fédération des Partis Politiques Régionalistes et Autonomistes. Enfin, Malika Benarab-Attou est une militante des Verts à Chambéry, cadre à la Sécurité Sociale. Bilan pour les Verts d'Europe-Écologie, deux femmes, un homme, une Drômoise, un Corse, une Savoyarde. Au-delà de la sensibilité écolo, ces élus viendront à Strasbourg pour porter des revendications - sinon, des intérêts - de lieux à forte identité culturelle.

Cruelle déception pour le PS et son leader dans le Sud-Est, Vincent Peillon, qui avec 14,49 % des suffrages, ne qualifient que deux candidats - contre 5 lors de la mandature précédente. Il siégera au Parlement européen pour un deuxième mandat avec Sylvie Guillaume, adjointe de Gérard Colomb à Lyon aux affaires sociales.

Jean-Luc Benhamias avec 7,37 % des voix sauve son siège pour le MODEM ; tout comme Jean-Marie Le Pen, dont la liste réalise 8,49% (en recul de 4 points par rapport à 2004) et qui devient le doyen du Parlement européen. Enfin, Marie-Christine Vergiat, militante de la Ligue des Droits de l'Homme, fait son entrée à Strasbourg sur la liste du Front de Gauche qui réalise 5,90%.

Les autres listes ne disposeront pas d'élus. On trouve dans l'ordre NPA avec 4,33%, MPF-CPN avec 4,29%, Alliance Écologie menée par Francis Lalanne, 3,75% et Debout la République avec 1,99%. 11 autres listes réalisent moins de 1% des suffrages.

Une élection se clôt et déjà des projections se réalisent sur les élections régionales qui auront lieu le printemps prochain et au cours de laquelle, la domination du Parti socialiste risque d'être ébranlée si l'on s'en tient à la photographie du paysage local et régional actuelle. En politique, comme ailleurs, la vérité du jour...

mercredi 20 mai 2009

Marseille Espérance : 2013, évènement cultu(r)el

a Jean-Claude Gaudin a ouvert dimanche dernier le premier évènement labellisé Capitale européenne de la culturel. L'association Marseille-Provence 2013 avait choisi de soutenir la 6ème édition du Colloque "Religion et culture, transmission et modernités" organisé par Marseille Espérance. Le programme complet ici.

Y-aurait il quelque chose de surprenant ou de choquant à donner le privilège du lancement de l'opération 2013 à un évènement à connotation religieuse ? Qu'est ce que cet évènement nous dit sur 2013 et sur Marseille ? Pour répondre à ces questions, il est évidemment indispensable de revenir sur la place de Marseille Espérance dans le dispositif local de la régulation politique, sociale et donc, culturel.

En 1990, au lendemain de la profanation du cimetière juif de Carpentras, le maire de Marseille, Robert-Paul Vigouroux décide de créer une structure informelle rassemblant les responsables locaux des religions principales de la ville. Les évêque catholique, orthodoxe et arménien, le pasteur protestant, le cheikh président de la Fédération des musulmans du sud de la France, un imam sénégalais, le grand rabbin de Marseille, ainsi que des associations laïcs (Radio Gazelle, association des Vietnamien de Marseille) inaugurent ce groupement.

À l'origine de ce dossier on trouve Bruno Étienne, universitaire, spécialiste des religions, récemment disparu et qui selon son collègue et ami, Franck Fregosi, "n'a cessé d'affirmer l'inexistence d'une communauté musulmane entendue comme un ensemble monolithique d'individus ayant les mêmes pratiques, défendant les mêmes intérêts et mus par le souci de l'unité communautaire". Ses travaux sur l'islam tendent à montrer que la religion n'est pas importée, mais qu'elle est retraduite par les conditions nationales et locales au sein desquelles elle s'exerce. En d'autre terme, l'islam, tel qu'il est pratiqué en France, est une religion française. En outre, il insistait dans ses travaux et son enseignement sur la dimension laïque de la religion, sur les espaces non strictement religieux investis par les membres des soi-disant "communautés".

A On peut tout de même se demander si, malgré les louables intentions de ses pères fondateurs, Marseille Espérance serait autre chose qu'un outil politique au service de la gestion clientélaire des communautés. "L'avenir de Marseille, son dynamisme et sa prospérité, le bien-être de chacun, dépendent de la revitalisation de l'économie, mais en même temps de la qualité des rapports entre les communautés" déclare M. Vigouroux lors de la réunion inaugurale. Élargi progressivement à d'autres cultes (jusqu'au Grand vénérable de la Pagode de la Savine), Marseille Espérance déclare dans sa charte sa conviction dans l'instauration "d'un dialogue et d'une meilleure compréhension entre tous les Marseillais". À son arrivée à la mairie, Jean-Claude Gaudin décide de continuer l'expérience qui se signale par des prises de position mises en scène de manière spectaculaire : en 1996, le meurtre d'un jeune par un homme d'origine maghrébine suscitant une violente campagne raciste de la part du Front national ou les attentats du 11 septembre sont l'occasion pour Marseille Espérance d'exprimer un "œcuménisme politique" selon l'expression de Samson et Péraldi.

Pourquoi avoir confié à Marseille Espérance la primeur du label Capitale européenne de la culture ? Donnons la parole à Bernard Latarjet, directeur général de l'association Marseille-Provence 2013, qui s'exprimait au mirco de Med'in Marseille : "Les religions sont des composantes essentielles des cultures. Elles sont même souvent fondatrices des cultures, spécialement en Méditerranée. Aujourd'hui, en Méditerranée, mais partout dans le monde, la question des rapports entre la culture et la religion, entre la révélation et la raison, entre la foi et la connaissance... Elles sont à la fois fondatrices des cultures de Méditerranée, qui doivent connaitre à Marseille-Provence en 2013 une illustration exemplaire, mais elles sont aussi une actualité de plus en plus importante. Oui, les religion auront une place importantes dans les célébrations de Marseille-Provence 2013."

Dans le droit fil de l'édition 2008 des Rencontres d'Averroès, cette initiative tend à souligner le rôle assigné à la religion dans le dialogue culturel euroméditerranéen. Un rôle que l'on voudrait le plus éloigné possible du discours des chocs de civilisation qui voyait dans le culte, une institution archaïque à l'origine des conflits et des résistances à un supposé progrès universel (le marché, la démocratie libérale, la laïcité occidentale). La ville, parce qu'elle est le réceptacle d'investissements pluri-cultuels - même lorsque cet investissement est alimenté par une récupération politique, contribue à déplacer le dialogue entre les religions sur le terrain de la culture. Elle constitue ainsi un espace privilégié, une alternative aux politiques et aux discours sécuritaires. En choisissant de labéliser un évènement de Marseille Espérance pour lancer la Capitale européenne de la culture, Marseille 2013 se place ainsi d'emblée sur le terrain euro-méditerranéen du dialogue, conformément au thème du "passeur-traducteur" cher à Étienne Balibar, sans oublier de s'adresser à ses populations. Premier défi relevé ?

mercredi 13 mai 2009

La recherche d'une marque

A Certaines villes n'ont pas besoin de label pour s'imposer dans la compétition des territoires. Leurs ressources et leur capacité de commandement suffisent à faire d'elles des places dominantes, des "villes globales" : New York (on se souvient toutefois du logo "I Love NY" imaginé Milton Glaser en 1977), Londres, Paris, Tokyo. D'autres ont besoin d'organiser des campagnes pour vendre la ville en mobilisant des images, des slogans ou des personnalités capables de représenter et de véhiculer le message.

L'office du tourisme de Lyon présente sa trouvaille marketing en forme d'anagramme : "Only Lyon". "Visible, claire, facilement repérable et mémorisable, cette nouvelle signature est à la fois moderne et compréhensible à travers le monde entier" apprend on sur leur site, "elle illustre la volonté de la métropole d'affirmer sa différence, ses valeurs, son identité, sa personnalité et son exclusivité. Sa stratégie vise à faire de Lyon un fleuron économique européen, en capitalisant sur son leadership (...). Cette nouvelle signature s'adresse en premier lieu aux décideurs et prescripteurs des grandes capitales européennes. Mais elle est aussi destinée aux Lyonnais pour exprimer leur fierté et leur identité, qui sont appelés à devenir les premiers ambassadeurs de leur ville en s'emparant de cette signature." Lyon est ainsi un cas d'école : le label doit être facile et percutant, moderne (?) et projetable en dehors de la ville, s'adresser aux habitants et aux décideurs internationaux.
À Barcelone, Manu Chao est convoqué pour vanter les "raisons qui font choisir" la capitale catalane dans un clip très efficace. Bordeaux met en avant de manière moins convaincante Le Port de la lune, son estuaire classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Et Marseille dans tout cela ? Existe-t-il quelque chose comme une marque Marseille, un label de promotion de la ville à l'étranger et positionnant son territoire dans la compétition mondiale ? Un infographiste a réalisé pour une association humanitaire locale une affiche "Marseille is beautiful" collectant des photos de la vile. "Fiers d'être Marseillais", le slogan des supporters de l'OM - époque Tapie - a pu s'imposer également avant d'être récupéré par une entreprise commerciale et sombrer dans un goût douteux. Dans le cadre de la candidature de Marseille au titre de Capitale européenne de la culture, l'Agence Provence Promotion, portée par le Conseil général et soutenue par la Chambre de commerce et d'industrie, a lancé en 2007 une initiative devant aboutir sur une "Charte stratégique de communication du territoire". Il s’agit de créer une situation dans laquelle toutes les campagnes de communication des entreprises du territoire se réfèrent à une charte commune.

Ce qui est remarquable dans ses tentatives c'est qu'elle repose sur des acteurs extérieurs à la ville. La direction de la communication n'a pour l'instant pas jugé utile de se lancer dans une campagne de promotion à grande échelle, tandis que l'Office du Tourisme et des Congrès ne semble pas disposer d'un budget suffisant pour être à l'origine d'un projet de cette nature. Ainsi la labellisation de la ville est externalisé et échappe aux intérêts qui pourraient être défendus par une collectivité locale au profit d'acteurs informels ou économiques. En outre, les cibles de la communication urbaine à Marseille semblent tournées vers le local. On tente de convaincre les Marseillais d'être des acteurs de leur ville (lisez : "ramassez vos papiers s'il vous plait") et d'en être fiers alors même que le mouvement général du marketing urbain est tournés vers les "décideurs nationaux et étrangers" comme le rappelle la campagne lyonnaise. La tendance de l'internationalisation des espaces urbains se manifestent par un ensemble de politiques visant à attirer capitaux, investisseurs, touristes et emplois qualifiés sur un territoire élargi. À ce titre, l'usage d'outils de communication de portée mondiale s'imposent.

Le titre de Capitale européenne de la culture 2013 - par ailleurs officiel depuis hier et la réunion du Conseil Culture de l'UE - ainsi que l'opération Euroméditerranée semble pouvoir pallier à cette carence en élargissant le territoire considéré. Il s'agirait moins de promouvoir la ville à l'étranger que d'insister sur les atouts d'un territoire. L'exportation du périmètre de Marseille-Provence s'accompagnerait de l'invention d'un nouveau territoire métropolitain dont l'identité serait "euro-méditerranéenne". Après tout, la campagne "I Love NY" n'a-t-elle pas été commandé par l'État de New York et non sa ville ? Ou comment la construction et la promotion d'un nouveau territoire conduit à la redécouverte de la centralité de la ville-mère.

jeudi 30 avril 2009

La crise une chance pour l’Union pour la Méditerranée ?

A Des anciens chefs de gouvernement français, italien, espagnols et algériens, des anciens ministres libanais, turcs, marocains, grecs, un ancien vice-président de la Banque mondiale égyptien et le président de la Fondation Anna-Lindh (liste non-exhaustive) ont signé ce mercredi une tribune dans laquelle ils appellent les chefs d'États et de gouvernements à se saisir de "l'opportunité historique" offerte par l'Union pour la Méditerranée (UpM) pour enrayer la crise économique mondiale et inventer un nouveau modèle de développement.

Se saisir de l'UpM par le truchement de la crise économique est une initiative suffisamment originale pour que l'on s'y arrête quelques instants. Surtout, la tribune recèle en creux les premiers indices d'une inquiétude exprimée lors du lancement du projet en juillet dernier et pas dissipée depuis.

De manière classique dans le discours sur la Méditerranée, les signataires envisagent l'UpM comme une occasion d'appréhender les relations Nord-Sud sur un mode plus réciproque et moins inégalitaire : "tout ce qui manque à la rive nord, le dynamisme démographique, les marchés, l'énergie, on le trouve à quelques centaines de kilomètres au sud ; réciproquement tout ce qui manque au sud, notamment la technologie, l'organisation, et le cadre favorable à l'investissement et la productivité, on le trouve sur la rive nord."

Ce qui est moins classique c'est le lien qui est établi entre le contexte économique mondial et les potentialités du partenariat euroméditerranéen, moins pour résoudre les problèmes posés en terme de relance et de régulation des marchés financiers, que pour définir de nouvelles règles du jeu. La crise serait le signe d'une nécessaire triple mutation : le passage de l'économie virtuelle à l'économie réelle ; la promotion de nouveaux modes de consommation et d'activités durables ; enfin, le remplacement des logiques Nord-Sud par "des solidarités de proximité". À ce stade, il semble que l'appel aux "mutations" exprime davantage la volonté de renouer avec un fonctionnement régulier des marchés (économie réelle, développement durable, c'est-à-dire croissance maîtrisée, ancrage géographique des échanges) qu'un saut en avant vers un "nouveau modèle". L'histoire récente des relations euroméditerranéennes a semblé buté continuellement sur le problème de la redéfinition des rapports politiques et économiques entre des aires géographiques aux modèles, aux niveaux et aux potentiels de développement pour le moins différenciés. On n'a jamais cessé, d'une part, d'appeler à la construction d'un tiers-modèle qui ne soit ni le régime d'accumulation capitaliste et libéral, ni le régime planificateur et autoritaire. On n'a jamais cessé, d'autre part, de reproduire les schémas anciens, généraux mais trop flous pour enclencher une véritable dynamique de coopération, en dehors des accords conclus sur la corbeille sécurité et lutte anti-terrorisme. Les relations euroméditerranéennes se sont heurtées à l'impossible définition d'une troisième voie.

Et pourtant, la tribune signée par ces membres du comité de parrainage politique de l'Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMed) évacue justement les questions sécuritaires pour se focaliser sur les enjeux économiques : "au-delà de conflits qui, pour être très douloureux, relèvent d'un passé qu'il faudra solder, le Bassin méditerranéen redevient un des carrefours stratégiques des échanges mondiaux". La formule est intéressante car elle marque une rupture avec 15 ans de négociation. Les "conflits" (il faut lire le conflit israélo-palestinien et ses répercussions dans le monde arabe) sont balayés d'un revers de main et relégués dans le passé pour faire place aux enjeux économiques. Là, réside la principale innovation de l'UpM par rapport à sa grande sœur du Processus du Barcelone : "concentrons-nous sur les projets, laissons le règlement des conflits qui empoisonnent les initiatives de coopération à d'autres enceintes, d'autres acteurs" semblent nous dire les signataires en échos aux déclarations de Nicolas Sarkozy lors du Sommet de l'Élysée. Les signataires semblent avoir vu juste tant la dialectique entre les projets concrets versus la négociation diplomatique reste le nœud de tous les écueils. Les logiques de projets pour neutraliser les effets des conflits. Mais que faire quand les blocages politiques de haut niveau empêchent sur le terrain la mise en œuvre des chantiers prévus (dépollution, énergie, transport, technologies numériques, formation) ? C'est l'articulation impossible entre high et low politics qui a, jusqu'ici, empêché le partenariat euroméditerranéen de produire des effets d'entraînement.

Dans cette perspective, l'appel à la volonté politique pour que les gouvernements soient pleinement "acteurs" de l'UpM se doublent ainsi d'un appel aux chefs d'entreprise "pour qu'ils intègrent leurs projets de développement dans ce nouvel espace". Malgré un recul en 2008, les rapports successifs de la plateforme ANIMA relatifs à la progression des IDE semblent indiquer que les chefs d'entreprise des deux rives n'ont pas attendu les négociations internationales pour investir un espace naturel pour eux. On peut regretter toutefois que la tribune laisse de côté l'implication indispensable du reste de la société civile et des collectivités territoriales dans l'élaboration et la mise en œuvre des projets.

Il reste que la tribune est une profitable piqûre de rappel pour les promoteurs d'un partenariat renouvelé et relancé entre les deux rives. L'UpM conçue comme la relève du Processus de Barcelone semble toujours cherché la voix étroite qui lui permettrait de sortir des faces à faces stériles et bloc Nord contre bloc Sud ainsi que du point aveugle sécuritaire qui a trop longtemps constitué l'horizon des relations euroméditerranéennes.

mercredi 22 avril 2009

Exposition Itinéraires à Euroméditerranée

A Vu dans le quotidien La Marseillaise, l'opération d'aménagement urbaine et de développement économique Euroméditerranée lance une exposition intitulée "Itinéraires" : "Six cubes (1,7 mètre de côté), conçus comme du mobilier urbain, proposent un parcours pour faire connaître l’opération de réaménagement". L'exposition est mobile et change de lieux tous les 15 jours : du 5 au 17 mai, au parc Borély ; du 19 au 31 mai, au parc du 26e centenaire ; du 2 au 14 juin, au parc Longchamp ; du 16 juin au 5 juillet, au parc François-Billoux ; et du 7 au 29 juillet, sur le cours d’Estienne d’Orves.

L'enjeu principal de l'exposition réside dans une prise de conscience d'un manque d'ancrage social de l'opération Euroméditerranée et montre la volonté de la nouvelle direction politique de l'Établissement public (Guy Tessier a remplacé Renaud Muselier il y a un an) de rompre, pour partie, avec l'image managériale de l'opération. Depuis sa création en octobre 1995, l'Établissement public, créé pour gérer "l'opération d'intérêt national", s'est efforcé de trouver un équilibre entre sa fonction de rénovation urbaine et sa fonction de développement économique. Certes, dans l'esprit des animateurs de l'opération les deux piliers sont liés. La rupture avec la paupérisation des quartiers centraux devaient passer par une revalorisation du bâti et du foncier, des populations nouvelles (plus jeunes, plus riches, plus mobiles) seraient attirées, ainsi que des entreprises et des touristes séduits par la nouvelle forme de la ville et de son centre. Le tout devant entraîner un changement de l'image de Marseille et enclencher une dynamique économique positive. L'une des focales emblématiques du projet étant la Rue de la République qui symbolise et manifeste historiquement la polarisation spatiale nord-sud de la ville et la stratégie de "reconquête" du centre.

Toutefois, cette articulation ne s'est pas déployée de manière si mécanique. Entre 1995 et 1998, "Euroméditerranée est réduite à une opération d'aménagement classique" selon Gilles Pinson. Le pilotage politique du projet est réduit, l'équipe mise en place manque d'expérience en matière de gestion des procédures d'aménagement et l'ensemble donne l'impression d'une approche exclusivement technique, en particulier lorsque l'on observe le contenu du Schéma de référence d'urbanisme d'Euroméditerranée publiée en 1998 par la direction de Dominique Becker.

En 1998, Jean-Michel Guénod remplace Becker à la direction générale de l'Établissement public. Il tente d'insuffler une dynamique de projet à une opération réduite à une simple ZAC trop procédurière. Ce virage vise à définir des orientations générales sur lesquelles viendraient se greffer des projets intermédiaires. Euroméditerranée est conçue à cette époque comme un acteur structurant de multiples initiatives, engendrant des dynamiques générales sur une échelle de temps plus longue. L'Établissement public semble préfigurer un nouvel outil de gouvernance succédant à une gestion clientélaire essoufflée. Ce n'est pas une simple coïncidence si la période voit se créer un deuxième Établissement public, la communauté urbaine Marseille-Provence Métropole. Les élites urbaines semblent avoir pris conscience de la nécessité de produire un système local élargi à d'autres échelles et d'autres acteurs, reposant sur le projet et capable de faire émerger un pouvoir métropolitain dégagée des contraintes de la compétition politique dans un contexte marqué par un endettement croissant de la ville.

En 2004, toutefois, François Jallinot, nouveau directeur général, imprime une nouvelle orientation à l'opération. Il s'agit désormais de crédibiliser Euroméditerranée en faisant sortir de terre le plus rapidement possible des réalisations concrètes. La dimension immobilière de l'opération domine les enjeux. Le marché est le point de référence unique, un rythme sur lequel se cale les promoteurs. La conséquence la plus manifeste sera de ralentir la constitution timide d'un système d'acteurs élargis mobilisés autour d'Euroméditerranée. L'appel à la société locale amorcé par Becker se tarit et se limite aux acteurs techniques et politiques. La Chambre de commerce et les entrepreneurs locaux sont tenus à l'écart de cette dynamique collective limitée.

Ce déficit d'ancrage social n'est pas sans conséquence dans la réaction des populations et des groupes organisés qui vivent sur le périmètre. Cette réaction se manifeste par l'usage du recours qui consiste à contester devant les tribunaux administratifs la validité des permis de construire. Si ces recours mettent rarement en cause la réalisation, ils retardent considérablement les travaux. Ils témoignent surtout de la faiblesse des effets des pratiques délibératives ou concertatives dans Euroméditerranée.

Si l'exposition Itinéraires se révèlera probablement insuffisante pour renouer avec une production concertée de l'action publique locale, elle montre une prise de conscience politique de ce déficit. Guy Tessier résume le sentiment général "au départ, mon prédécesseur voulait faire d’Euroméditerranée un quartier d’affaires. C’est un quartier de vie dont moi je voudrais." Pour qu'Euroméditerranée ne soit pas qu'une maquette d'urbaniste.

Photos : Maquette Euroméditerranée, Les Docks

mercredi 1 avril 2009

Marseille 2013 : les premières fissures du jouer collectif

A La désignation en septembre dernier de la ville de Marseille du territoire Marseille-Provence, comme Capitale européenne de la culture a suscité l’enthousiasme mais aussi la surprise des observateurs et des acteurs de l’actualité marseillaise. « Marseille 2013, c'est la victoire d'une méthode : le jouer collectif, a déclaré M. Pfister, le président de la candidature, c'est la réussite d'un formidable élan du territoire Marseille-Provence, dont les acteurs politiques, économiques et culturels de 130 communes ont su se rassembler autour d'un même projet militant ». En conférence de presse ou sur leur blog personnel, les trois élus principaux de la région se félicitent de cette unité retrouvée. Pour M. Gaudin, « c’est l'esprit d'équipe qui a gagné. Nous avons eu l'appui de 80 collectivités qui ont toutes une richesse extraordinaire. Nous nous sommes réunis et nous avons gagné » ; M. Guérini, « ensemble, au-delà des clivages politiques, nous avons su relever un véritable défi. Ensemble, je suis certain que nous ferons gagner la culture dans les Bouches-du-Rhône et à Marseille » ; ou M. Vauzelle , « la victoire d’aujourd’hui est le résultat d’une démarche exemplaire de partenariat entre les différentes collectivités dont la Région se félicite. C’est une belle image de la politique et de notre région que nous avons offerte, en démontrant notre capacité à travailler ensemble, élus de tous bords, acteurs culturels et économiques, sur un projet majeur pour notre développement et notre rayonnement ».

Cette unité davantage qu’un consensus semble avoir été assuré par le pilotage du monde patronal local, métropolitain regroupé autour de la Chambre de commerce et de son président Jacques Pfister, par ailleurs président de l’association Marseille-Provence 2013. La dépolitisation de la conduite du projet fut un atout dans la candidature : elle a permis de désamorcer par avance les rivalités et de surmonter la fragmentation politique. Ainsi, la gouvernance de l’association assure la stricte égalité des collectivités locales et des institutions partenaires dans la prise de décision. À l’image du projet de Lille 2004, cette méthode a contribué à reconsidérer le pouvoir métropolitain autour de représentations internationalisées et managériales à rebours du folklore régional promues par certaines structures associatives culturelle locales et par certains élus.

Les «Ateliers de l’Euroméditerranée » imaginées par Jean Digne dans son projet de « Mille Talents, Milles Projets, Mille Entreprises » entendent développer dans les entreprises de Marseille, l’accueil et le travail en résidence de créateurs et d’artistes internationaux. Il est révélateur de souligner que le projet de M. Digne est issu d’une commande des « Mécènes du Sud » fondés par une dizaine de grandes entreprises dont les activités sont tournées vers l’international et qui fut le format de départ de la candidature.

On pourrait à l’envi insister sur la primauté des élites économiques métropolitaines sur les mondes politiques marseillais. Cette primauté, toutefois, ne doit pas nous conduire à conclure à la subordination des élus face aux patrons. Ces derniers se sont appuyés sur les édiles et leurs ressources pour relayer des intérêts partagés auprès des institutions européennes. L’idée est en effet d’utiliser la culture comme un levier d’attractivité et promotion de territoire. L’organisation d’évènements culturels n’est pas la finalité de l’opération. Celle-ci réside davantage dans la progression de l’agglomération marseillaise dans la hiérarchie des villes européennes. Le Club Ambition Top 20 mis en place par la Chambre de commerce organise des road shows dans les villes européennes pour promouvoir la candidature et occuper un rang supérieur dans la compétition territoriale. La trajectoire de la candidature est ainsi un objet particulièrement intéressant pour observer la pluralité des changements d’échelles qui président à la transformation des pouvoirs urbains et à l’émergence d’une gouvernance métropolitaine à Marseille.

Cette gouvernance n’est pas synonyme, nous le répétons car la notion de gouvernance est parfois sujette à des interprétations en ce sens, d’une évacuation du politique. La récente empoignade lors du Conseil municipal de la ville de Marseille en début de semaine est là pour en témoigner. La passe d’armes qui a opposé Renaud Muselier, délégué spécial de la ville pour la Capitale européenne de la culture 2013, et Jean-Nöel Guerrini, chef de file de l’opposition municipale, indique que nous sommes passés à une autre phase dans le projet. Une phase propice au reclassement des acteurs politiques.

La polémique porte sur une information faisant état de la volonté de la mairie de mettre en place un « guichet unique » qui permettrait de centraliser les demandes de participation aux projets culturels et le cas échéant, de les sélectionner. L’enjeu n’est pas mince : la mairie, qui a participé dans la phase de la candidature à hauteur de 90% du financement de l’association, entendrait décider seule de l’attribution du label et des financements inhérents.

Le groupe socialiste réagit par une lettre adressée à M. Gaudin et parue dans les quotidiens régionaux samedi dernier appelant curieusement au « rassemblement ». L’issue de la controverse n’est pas l’essentiel ici. Retenons que les élus sont de retour sur le devant de la scène 4 ans avant le lancement des festivités officielles. Cette lutte pour une potentielle récupération ne sera pas sans inquiéter les chefs d’entreprise qui avaient tout mis en ouvre pour éviter les retombées négatives de la division politique.

Une inconnue demeure, celle de l’exclusion du tissu associatif local de la définition du projet culturel. Thème sur lequel nous aurons probablement l’occasion d’y revenir.

En partenariat avec Rue89 / Marseille 89 A

Photo : http://marseilleunautreregard.wordpress.com/

samedi 21 mars 2009

Livre : "Gouverner la ville par projet" de Gilles Pinson

A Le thème de la gouvernance urbaine a connu un fort engouement académique depuis le milieu des années 1990, en particulier dans le sillage des travaux de Patrick Le Galès. Gilles Pinson inscrit son ouvrage sur les projets de ville dans cette perspective : la transformation et le retour au premier plan des villes européennes, entendues comme des acteurs collectifs, doivent être compris comme les produits de la "redistribution de l'autorité politique entre les niveaux territoriaux et de changement d'échelle des processus de gouvernement des sociétés européennes". L'idée de Pinson, commune aux tenants de la gouvernance urbaine, est d'articuler les échelles de gouvernement avec les formes de l'action publique. En d'autres termes, la description des modulations entre les espaces de la prise de décision permet de comprendre et d'expliquer les mutations de la décision même.

Facteurs exogènes et endogènes du "retour des villes européennes"

Ce livre envisage les transformations de l'État, l'européanisation des politiques locales et les conditions d'entrée des territoires dans les marchés mondiaux, d'une part, les nouveaux rôles politiques des élites locales, l'évolution des agendas urbains et leur impact sur la régulation sociale des espaces locaux, d'autre part, en s'appuyant sur des projets urbains dans 5 villes européennes : Manchester, Turin, Venise, Nantes et... Marseille ! Dans chacun des cas, l'auteur montre que ces deux séries de facteurs poussent les villes à se positionner sur une compétition territoriale. Ce marché des fonctions urbaines pousse les espaces urbains à développer des avantages comparatifs reposant sur un diagnostic partagé de ce que doit être la ville. À ce titre, la démarche de projet n'est pas séparable des réflexions relatives à la fabrication de l'identité des villes. Toutefois, l'analyse de l'entrée des territoires dans les flux d'échanges mondiaux s'accompagne d'une observation fine des transformations du pouvoir dans les villes. L'un des points forts de l'ouvrage est ce dialogue continu entre les explications exogènes et endogènes des démarches de projets et de la transformation de l'action publique locale.

Projets de ville et réseaux d'acteurs locaux

Les projets urbains visent moins pour l'auteur à résoudre des problèmes d'action publique (rénovation urbaine, développement économique, aménagement, construction d'équipements...) que de construire des systèmes d'acteurs capables de se mobiliser et de se coaliser de manière durable et stabilisée. Les projets ne font pas que produire une série de politique publique, ils produisent surtout des interdépendances entre des acteurs publics et privés, nationaux, régionaux et locaux. Le projet sert avant tout à mobiliser et à coordonner. L'une des conséquences de la pluralisation de l'action publique locale est le "décentrement" (une perte de centralité) des acteurs politiques et étatiques dans la définition des processus et du cadrage au profit des élites économiques et des démarches empruntées à la logique marchande. Nous serions passés (pour schématiser à grands traits) d'un modèle vertical et hiérarchique de l'action publique, piloté par l'Etat, à un modèle horizontal et pluraliste, orientée par le marché. La conclusion de l'auteur sur ce point prend à contre-pied le sens commun et une bonne partie des travaux existants. Selon Gille Pinson, cette situation plus confuse, aux acteurs et aux échelles enchâssés dans des dynamiques délibératives diffuses et extra-politiques, ne créent pas mécaniquement l'ingouvernementalité. Au contraire, la gouvernance urbaine peut produire une certaine efficacité politique et démocratique même si l'auteur ne néglige pas la portée souvent élitiste des projets urbains, dont les focales foncière et compétitive se traduisent par une marginalisation des catégories populaires.

Marseille et le contre-exemple Euroméditerranée

L'ouvrage présente 5 études de cas de projets, construits comme des "nouveaux instruments de politique ubaine". Le projet et le cas concret constituent le pivot de l'analyse à travers duquel sont expliqués les changements dans les échelles et les contenus de l'action publique locale. Au fil de la lecture, l'auteur nous propose des encadrés sur chacun des projets et confronte concrètement le cadrage analytique avec le terrain. Or, ce qui frappe dans le cas de Marseille, c'est que le projet Euroméditerranée fait figure de contre-exemple. Sur la conversion du capitalisme local au tournant post-fordiste, sur la mise sur l'agenda politique du projet, sur la réécriture de l'identité locale, sur le dialogue entre méta-projets et projets-opérationnels, sur la valorisation de l'enjeu de la constitution de la société locale en acteur collectif, sur les logiques délibératives, sur les demandes sociales exprimées... Euroméditerraée contraste avec les autres projets (Ile de Nantes, Porto-Marghera à Venise, les candidatures olympiques de Manchester, et le plan stratégique de Torino Internazionale). Cette singularité ne justifie pas une monographie des logiques marseillaises ?

mercredi 11 mars 2009

Réparations navales : les leçons d'une crise

A Cette fois, c'est fini. Hier, mardi 10 mars, le Tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire de la société Union Navale Marseille (UNM). Le Juge a refusé la solution du redressement judiciaire proposée par les syndicats qui s'appuyaient sur l'épaisseur du carnet de commande (2 millions d'euros, selon les avocats des salariés) de l'entreprise de réparation navale (140 salariés). Retour sur un conflit qui revêt à Marseille une dimension fortement symbolique et identitaire au-delà des enjeux économiques.

En janvier dernier, des revendications syndicales s'organisent pour dénoncer le recours de la société à la sous-traitance, entraînant, selon eux, des risques en termes de sécurité et de condition de travail. La problématique de la sous-traitance s'inscrit de manière plus générale dans la réforme des ports lancé en janvier 2008 par le gouvernement. Celle-ci repose sur le constat du manque de compétitivité des ports français et prévoit le transfert des activité de chargement à des entreprises privées et modifie le statut de certains personnels de manutention portuaire des Grands ports maritimes (nouveau nom des Ports autonomes). La CGT approuve l'accord-cadre en octobre 2008, soit dix mois après le lancement du processus et trois mois après le vote de la loi du 4 juillet 2008 portant réforme portuaire qui réformait la gouvernance et l'organisation des ports français dans l'optique d'une adaptation aux enjeux européens : il s'agit de se conformer aux dynamiques normatives communautaires.

En 2001, la Commission avait en effet présenté une proposition de directive concernant l’accès au marché des services portuaires, avant une deuxième version remaniée, en 2004. A la suite du rejet, à deux reprises, par le Parlement européen (en novembre 2003 et en janvier 2006) des “paquets portuaires”, la Commission décide, le 8 mars 2006, de retirer ses propositions. Dans sa communication au Conseil et au Parlement européen de juin 2006, au sujet de l’examen à mi-parcours du Livre blanc de 2001, la Commission, souligne la nécessité “d’exploiter pleinement les ouvertures de droit international” afin de favoriser l’émergence d’un marché intérieur de la navigation au sein de l’Union européenne. La création de cet “espace maritime commun” implique une réglementation et des infrastructures communes autorisant une continuité des solutions logistiques entre Etats membres, exploitant tous les modes de transport (maritime, fluvial et ferroviaire).

A ces phases communautaires et nationales a succédé une phase de négociations locales : les Grands Ports avaient jusqu'à janvier pour identifier les activités à transférer. À Marseille, et singulièrement en ce qui concerne l'UNM, cette négociation se déroule dans un climat de tension et de rapports de force. En février, l'UNM s'apprête à se séparer de sept de ses collaborateurs a qui il est reproché, le 17 janvier lors d'un mouvement de grève, d'avoir empêché plusieurs salariés d'entreprises sous-traitantes de travailler à bord de navires en réparation. La CGT dénonce de son côté un recours abusif à la sous-traitance et reproche à la direction de ne pas embaucher assez. Du côté, des fédérations d'entrepreneurs portuaires, on s'inquiète du format que prend la réforme en critiquant... l'État : "Nous avons rêvé que cela pourrait changer et que le transfert des outillages au privé permettrait d'aller vers davantage de fiabilité et de compétitivité. On sait faire. Mais le rêve s'est arrêté et nous pensons que l'État, au nom de l'intérêt national, va privilégier l'option d'une filiale dans laquelle il sera majoritaire. Et les opérateurs minoritaires" déclare à la Provence l'Union française des industries pétrolières (Ufip). La situation se crispe sur le terrain (grèves sporadiques, recours au Tribunal de Grande Instance...) et l'État ne parvient pas à jouer le rôle de médiateur - d'honest broker - dans cette affaire. Le 20 février, le TGI donne raison aux syndicalistes et demandent à l'UNM de réintégrer les salariés assignés par la direction pour "entrave à la liberté de travailler'".

La réaction du groupe espagnol Boluda ne se fait pas attendre. Le 4 mars, elle menace de mettre un terme aux activités de sa filiale marseillaise UNM, en demandant à la direction de déposer le bilan et de solliciter la liquidation judiciaire de l’entreprise. La situation se radicalise lorsque un groupe d'individus vêtus de cagoules et armés de masse investissent "Le Corse", en réparation sur le chantier, tentent de faire sauter les bouchons de nable scellés sur le métal et sans lesquels toute remise à l'eau est impossible. Surpris durant l'opération par le commandant, le commando a pris la fuite. L'affaire prend alors une tournure politique quand Roland Blum, 1er adjoint du maire de Marseille, et Dominique Vlasto, députée européenne et adjoint au Tourisme et au Congrès, interpellent le gouvernement. "Marseille, c'est la République, la réforme portuaire s'y appliquera aussi", déclare l'édile tandis que Madame Vlasto "n'accepte pas qu'une poignée de syndicalistes viennent casser l'économie d'une ville alors que comme dans la plupart des grandes métropoles, à Marseille l'économie passe par le tourisme. Ils mettent en péril une partie de l'emploi local" à la suite du blocage du terminal de croisière.

L'épilogue s'est donc joué au Tribunal de commerce qui a confirmé la liquidation judiciaire. Cette décision pose la question du maintien à Marseille des activités de réparation navale sur lesquelles s'est construit une partie de la prospérité du système industrialo-portuaire marseillais à partir du XIXème siècle. C'est l'identité économique du district qui est remis en cause par les évolutions du capitalisme mondial, la succession des étapes législatives et ses répercussions sociales. Une partie de la radicalisation du mouvement s'explique peut-être par cet enjeu culturel. La question qui se pose, en effet, est celle de l'usage de l'outil portuaire pour les métropoles engagés dans une compétition mondiale. Celui-ci doit-il continuer à jouer un rôle dans la production matérielle des richesses et donc continuer à s'articuler autour d'activités industrielles ? Ou doit-il être un instrument du marketing urbain, un dispositif essentiellement communicationnel chargé d'attirer les touristes ? Si la première option semble compromise aujourd'hui, le risque est de couper le fil qui unissait, certes de plus en plus difficilement depuis le déclin des performances du port de Marseille, les activités économiques et les ressources sociales et identitaires qui l'animaient.

Photo : Le Point © TSCHAEN/SIPA

Réparations navales : les leçons d'une crise

A Cette fois, c'est fini. Hier, mardi 10 mars, le Tribunal de commerce a prononcé la liquidation judiciaire de la société Union Navale Marseille (UNM). Le Juge a refusé la solution du redressement judiciaire proposée par les syndicats qui s'appuyaient sur l'épaisseur du carnet de commande (2 millions d'euros, selon les avocats des salariés) de l'entreprise de réparation navale (140 salariés). Retour sur un conflit qui revêt à Marseille une dimension fortement symbolique et identitaire au-delà des enjeux économiques.

En janvier dernier, des revendications syndicales s'organisent pour dénoncer le recours de la société à la sous-traitance, entraînant, selon eux, des risques en termes de sécurité et de condition de travail. La problématique de la sous-traitance s'inscrit de manière plus générale dans la réforme des ports lancé en janvier 2008 par le gouvernement. Celle-ci repose sur le constat du manque de compétitivité des ports français et prévoit le transfert des activité de chargement à des entreprises privées et modifie le statut de certains personnels de manutention portuaire des Grands ports maritimes (nouveau nom des Ports autonomes). La CGT approuve l'accord-cadre en octobre 2008, soit dix mois après le lancement du processus et trois mois après le vote de la loi du 4 juillet 2008 portant réforme portuaire qui réformait la gouvernance et l'organisation des ports français dans l'optique d'une adaptation aux enjeux européens : il s'agit de se conformer aux dynamiques normatives communautaires.

En 2001, la Commission avait en effet présenté une proposition de directive concernant l’accès au marché des services portuaires, avant une deuxième version remaniée, en 2004. A la suite du rejet, à deux reprises, par le Parlement européen (en novembre 2003 et en janvier 2006) des “paquets portuaires”, la Commission décide, le 8 mars 2006, de retirer ses propositions. Dans sa communication au Conseil et au Parlement européen de juin 2006, au sujet de l’examen à mi-parcours du Livre blanc de 2001, la Commission, souligne la nécessité “d’exploiter pleinement les ouvertures de droit international” afin de favoriser l’émergence d’un marché intérieur de la navigation au sein de l’Union européenne. La création de cet “espace maritime commun” implique une réglementation et des infrastructures communes autorisant une continuité des solutions logistiques entre Etats membres, exploitant tous les modes de transport (maritime, fluvial et ferroviaire).

A ces phases communautaires et nationales a succédé une phase de négociations locales : les Grands Ports avaient jusqu'à janvier pour identifier les activités à transférer. À Marseille, et singulièrement en ce qui concerne l'UNM, cette négociation se déroule dans un climat de tension et de rapports de force. En février, l'UNM s'apprête à se séparer de sept de ses collaborateurs a qui il est reproché, le 17 janvier lors d'un mouvement de grève, d'avoir empêché plusieurs salariés d'entreprises sous-traitantes de travailler à bord de navires en réparation. La CGT dénonce de son côté un recours abusif à la sous-traitance et reproche à la direction de ne pas embaucher assez. Du côté, des fédérations d'entrepreneurs portuaires, on s'inquiète du format que prend la réforme en critiquant... l'État : "Nous avons rêvé que cela pourrait changer et que le transfert des outillages au privé permettrait d'aller vers davantage de fiabilité et de compétitivité. On sait faire. Mais le rêve s'est arrêté et nous pensons que l'État, au nom de l'intérêt national, va privilégier l'option d'une filiale dans laquelle il sera majoritaire. Et les opérateurs minoritaires" déclare à la Provence l'Union française des industries pétrolières (Ufip). La situation se crispe sur le terrain (grèves sporadiques, recours au Tribunal de Grande Instance...) et l'État ne parvient pas à jouer le rôle de médiateur - d'honest broker - dans cette affaire. Le 20 février, le TGI donne raison aux syndicalistes et demandent à l'UNM de réintégrer les salariés assignés par la direction pour "entrave à la liberté de travailler'".

La réaction du groupe espagnol Boluda. Le 4 mars, elle menace de mettre un terme aux activités de sa filiale marseillaise UNM, en demandant à la direction de déposer le bilan et de demander la liquidation judiciaire de l’entreprise. La situation se radicalise lorsque un groupe d'individus vêtus de cagoules et armés de masse investissent "Le Corse", en réparation sur le chantier, tentent de faire sauter les bouchons de nable scellés sur le métal et sans lesquels toute remise à l'eau est impossible. Surpris durant l'opération par le commandant, le commando a pris la fuite. L'affaire prend alors une tournure politique quand Roland Blum, 1er adjoint du maire de Marseille, et Dominique Vlasto, députée européenne et adjoint au Tourisme et au Congrès, interpellent le gouvernement. "Marseille, c'est la République, la réforme portuaire s'y appliquera aussi", déclare l'édile tandis que Madame Vlasto "n'accepte pas qu'une poignée de syndicalistes viennent casser l'économie d'une ville alors que comme dans la plupart des grandes métropoles, à Marseille l'économie passe par le tourisme. Ils mettent en péril une partie de l'emploi local" à la suite du blocage du terminal de croisière.

L'épilogue s'est donc joué au Tribunal de commerce qui a confirmé la liquidation judiciaire. Cette décision pose la question du maintien à Marseille des activités de réparation navale sur lesquelles s'est construit une partie de la prospérité du système industrialo-portuaire marseillais à partir du XIXème siècle. C'est l'identité économique du district qui est remis en cause par la succession de ces étapes législatives et des répercussions sociales. Une partie de la radicalisation du mouvement s'explique peut-être par cet enjeu culturel. La question qui se pose, en effet, est celle de l'usage de l'outil portuaire pour les métropoles engagés dans une compétition mondiale. Celui-ci doit-il continuer à jouer un rôle dans la production matérielle des richesses et donc continuer à s'articuler autour d'activités industrielles ? Ou doit-il être un instrument du marketing urbain, un dispositif essentiellement communicationnel chargé d'attirer les touristes ? Si la première option semble compromise aujourd'hui, le risque est de couper le fil qui unissait, certes de plus en plus difficilement depuis le déclin des performances du port de Marseille, les activités économiques et les ressources sociales et identitaires qui l'animaient.

samedi 7 mars 2009

Plus belle la vie dans la mondialisation

1 La série télévisée Plus Belle la Vie (PBLV) diffusée sur France 3 tous les soirs de la semaine réalise une audience supérieure au Journal télévisé de France 2 (selon Médiamétrie, autour de 22% de part de marché, soit presque 6 millions de téléspectateurs). La suppression de la publicité sur le service public après 20H et l'avancée de l'horaire du programme a renforcé les inquiétudes dans les rédactions des JT. On apprend par ailleurs que le New York Times a consacré un long papier au phénomène.

La série, qui met en scène la ville de Marseille comme un personnage de fiction à part entière, est tournée dans les locaux de l'ancienne manufacture de tabac fermée en 1990 et laissée en friche. En 1992, l'association Système Friche Théâtre investit les lieux pour mettre en œuvre un projet de "conquête de nouveaux territoires de création" afin de "poser autrement les enjeux de production et dégager de l’espace et du temps pour les artistes." Le site est situé au cœur de la ville-centre paupérisée et dégradée par le déclin des activités industrielles. La conjonction des projets culturels et urbanistiques débouche sur la constitution d'un avant-pont des activités artistiques inscrit dans un pôle média connecté aux échanges et aux réseaux internationaux..

En effet, le site est intégré au périmètre de l'opération Euroméditerranée. Or, la Friche se situe clairement dans l'optique des objectifs promus par le projet de développement économique et de rénovation urbaine : revitaliser économiquement et architecturalement un hyper-centre jusqu'alors peu attractif dans la course aux territoires.

À côté des actifs culturels de la ville désormais agglomérés autour de la perspective de 2013 et du label de capitale européenne de la culturelle (MUCEM, Cité régionale de la Méditerranée, Rencontre d'Avérroès, etc.), la Friche de la Belle de Mai est conçue comme la bulle média de l'opération. Selon un membre de l'Établissement public "on y construit un pôle dédié au média et en particulier aux contenus pour mobile. Et là, clairement l’offre qu’on défend n’est pas une offre d’accès à un marché mais une offre d’accès à des compétences. On essaie d’attirer des entreprises qui feraient abstraction des marchés locaux pour se focaliser sur les compétences qui gravitent autour du pôle. Et là on se raccroche, on se connecte directement sur les pôles de compétitivité et on dit « voilà aujourd’hui Marseille est un pôle de référence sur les technologies mobiles et est capable de faire converger des contenus et des technologies dans une mobilité" (entretien). L'idée est de construire un pôle high-tech sur une friche industrielle à partir d'une action publique d'animation de la filière et des compétences, d'une part, et de promotion d'un quartier dans le cadre du marketing urbain, d'autre part. On comprend dès lors dans quelle mesure la conversion des économies d'accumulation de type fordistes en économies de la connaissance se construit aussi à l'échelle des quartiers.

Dans cette perspective, il n'est pas étonnant de constater que les producteurs de la série PBLV empruntent des techniques de fabrication à Hollywood. Selon le New York Times, "to keep creativity and consistency, Mr. Tomasini (ndla, coproducteur) adopted a practice from Hollywood: a team of 20 writers who create in workshops, producing carefully arced scripts. Mr. Besson (ndla: coproducteur) said that the challenge was to produce a “soap à l’américaine” but “keep an identity of our own, speaking with an accent while communicating to all of France.”

L'impact de la série est l'illustration des effets collusifs du local dans le global. Les studios de la Friche montrent, si besoin était, dans quelle mesure relater la vie quotidienne d'un quartier fictif -mais en même temps, tellement typique qu'il en devient plus "vrai"- peut produire des effets dans d'autres échelles, à conditions d'utiliser des moyens adaptés à l'économie-monde.

NB : La photo est extraite du travail réalisé par Pauline Daniel entre aout et septembre 2005 dans le cadre d'une commande publique de la DRAC PACA et de la ville de Marseille autour des mutations urbaines engendrées par le projet "Euroméditerranée". L'artiste met en perspective les "deux visages de la Belle de Mai", l'un formé par les habitants, l'autre, par les activités culturelles et de la haute technologie qui se sont récemment greffés au lieu. Son travail est à découvrir ici.

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