Marseille internationale

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mardi 17 novembre 2009

Euroméditerranée sur la voie d’accélération ?

A Opération de requalification urbaine, outil de développement économique, levier de rayonnement international, vitrine de la métropolisation, alibi de la gentrification… Quel que soit le label apposé à Euroméditerranée, le projet semble entrer dans une phase plus opérationnelle.

L’ambiguïté d’une telle opération d’aménagement urbain – qui concerne la plupart des villes industrialo-portuaires selon des modalités très proches – réside dans le décalage entre les formulations stratégiques, d’une part, et les réalisations matérielles, d’autre part.

Les contraintes sur l’action politique

Le politique chargé d’exprimer les ambitions se heurte au moins à trois types de contraintes :

  • celle constituée par les experts, les bureaux d’études et les urbanistes, qui disposent de leur propre agenda et de leurs intérêts ;
  • celle constituée par les hiatus chronologiques entre le temps électoral (les élections municipales en 2014) et le temps du projet (la livraison d’Euroméditerranée étant prévue pour 2030) ; et
  • celle constituée, enfin, par l’environnement économique et institutionnelle, en l’espèce la crise économique et la réforme des collectivités territoriales qui renforcent le climat d’incertitude.

Ces formes non-exhaustives (on pourrait ajouter la fragmentation institutionnelle locale, les résistances de la société locale…) de contraintes pèsent sur la décision politique. Ces lourdeurs ne signifient obligatoirement l’existence de freins à la production des politiques d’aménagement et d’équipement. Elles peuvent se traduire, au contraire, suivant les contextes et les configurations territoriales, par davantage de souplesse et de flexibilité et ainsi par une accélération de la mise en œuvre du projet. Elles conduisent, en tous les cas, à modifier l’intervention du politique, qui doit faire face à une ouverture du système d’acteurs. Son rôle réside dans la coordination d’un réseau qu’il ne pilote pas plus qu’il ne l’anime.

Ces généralités méritent naturellement une attention plus précise sur les évolutions d’un cas particulier – voire une comparaison entre des cas.

À Marseille, les épisodes les plus récents d’Euroméditerranée peuvent fournir ce creuset empirique. Tentons de l’esquisser à partir des derniers éléments d’informations.

L’extension d’Euroméditerranée

Samedi dernier, l’Établissement Public d’Aménagement Euroméditerranée a annoncé le nom du lauréat du concours d’urbanisme portant sur les réalisations au sein du périmètre d’extension. C’est le bureau d’étude de François Leclerc qui a été choisi en fonction des objectifs environnementaux de son projet.

Rappelons que l’extension du périmètre est prévue par un décret du Premier ministre en date du 22 décembre 2007. Elle porte sur 169 hectares délimités par Cap Pinède et les Arnavaux au nord, le village du Canet à l’est et la tour CMA au sud. Il s’agit donc d’une pénétration de l’opération dans les quartiers nord de la ville (jusqu’à l’ancien ruisseau des Aygalades).

Le projet lauréat propose ainsi de repenser l’organisation des voies de communication reliant l’extérieur et le nord de la ville à son centre. L’autoroute A55 serait enfouie sous une corniche qui prolongerait le boulevard de Paris et le chemin de la Madrague-Ville. En outre, un jardin public – « la coulée verte » – serait construit entre le boulevard Ferdinand-de-Lesseps et la rue d’Anthoine.

Euroméditerranée n’étant plus à une contradiction près – à l’image du paradigme du développement durable – 14 hectares en bordure de la corniche devrait accueillir un palais des évènements, un casino cher à Renaud Muselier, un hôtel, des bureaux… d’ici à 2030. Coexisterait des dynamiques de préservation de l’environnement avec des équipements productifs ; ainsi qu’un processus d’éviction des classes populaires du centre vers la périphérie avec une intégration des quartiers défavorisés dans le périmètre du projet.

Le label eco-cité

L’extension semble consister un sensible tournant d’un projet d’abord conçu pour requalifier l’hyper-centre autour de la construction d’un quartier d’affaire. Il est question désormais de bâtir au sein d’Euroméditerranée, une éco-cité, c’est-à-dire d’adapter les objectifs économiques aux impératifs du développement durable, au cœur des quartiers les plus pauvres.

Ce tournant a reçu l’aval des plus hautes autorités de l’État : le 4 novembre dernier, le Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de la Mer a décerné le label EcoCité au périmètre d’extension d’Euroméditerranée.

Matérialisation de l’opération

La veille, vendredi, le Président de l’Établissement public, Guy Tessier, a inauguré, en présence du maire le chantier de recul de l’autoroute A7 à la Porte d’Aix. Selon Guy Tessier : « la coupure de l’autoroute A7 constitue véritablement un des projets d’aménagement les plus emblématiques et les plus attendus des marseillaises et des marseillais, tant les enjeux, à l’échelle de la Ville et de son agglomération sont importants. »

L’enjeu sous-jacent est non moins essentiel : 15 ans après le lancement d’Euroméditerranée, il faut montrer aux habitants, aux décideurs économiques et aux autorités nationales, que le projet sort de terre, qu’il existe parce qu’il est visible. Cette visibilité devrait se concrétiser, en 2012, par la suppression de l’autoroute sur 400 mètres pour un montant de 20 millions d'euros (soit 50 000 euros le mètre, si l’on souhaite faire du mauvais esprit).

En fait, le chantier est plus ambitieux puisqu’il s’agit de transformer l’aspect physique et la composition sociale d’un lieu historique de la ville, celui de l’économie de bazar et des marchés informels.

mardi 10 novembre 2009

Appels à projet 2010 de la coopération décentralisée : co-développement et immigration

A

Le gouvernement vient de lancer les appels d'offre à projets de coopération décentralisée. L'occasion de revenir sur cette politique locale internationale et ses évolutions.

Cadre légal et pratiques politiques

Si la loi de décentralisation du 2 mars 1982 faisait mention à son article 65 de la coopération transfrontalière, la coopération décentralisée française est principalement codifiée par la loi du 6 février 1992 relative à l’administration territoriale de la République. L’article 131 dispose en effet que « les collectivités territoriales et leurs groupements peuvent conclure des conventions avec des collectivités territoriales étrangères et leurs groupements dans les limites de leurs compétences et dans le respect des engagements internationaux de la France ».

En janvier 2007, l’adoption d’une proposition de loi relative aux actions extérieures des collectivités territoriales déposée par Michel Thiollière – sénateur-maire de Saint-Etienne à l’époque – a levé les incertitudes juridiques qui subsistaient, en particulier celles qui portaient sur « l’intérêt local » de la coopération décentralisée. Désormais, les collectivités locales se voient confirmer par la loi la possibilité de conduire des projets d’aide au développement et de mise en œuvre des actions humanitaires.

Certes, le cadre législatif n’explique pas à lui seul la croissance des initiatives internationales des villes et des régions qui ont, comme c’est souvent le cas, précédé l’adoption de normes légales. Néanmoins, cet environnement normatif qui s’est accompagné par la mise en place d’un délégué pour l’action extérieure des collectivités locales en 1983 et par la création de la Commission nationale de la coopération décentralisée 9 ans plus tard a institué un circuit de relations entre les services de l’Etat et les collectivités locales.

La régulation étatique de la coopération décentralisée

Ce circuit de relations vise à canaliser et à réguler la coopération décentralisée afin de faire des actions extérieures des collectivités locales non pas la mise en œuvre de stratégies dissidentes ou autonomes, mais la poursuite de la politique étrangère de la France par d’autres moyens. On assiste donc depuis le début des années 1980 à une décentralisation de la politique étrangère, en particulier dans le secteur de la low politics, c'est-à-dire de la politique de coopération, d’aide au développement et d’actions humanitaires et culturelles. En somme et pour schématiser, la partie rayonnement du Ministère des affaires étrangères aurait été en partie dévolue aux collectivités locales, la partie influence restant aux mains des fonctionnaires centraux.

Cette dévolution, on l’a dit, ne repose pas sur une liberté totale d’action des collectivités locales. L’Etat encadre ces pratiques par le moyen des « appels à projet ». Le Ministère des affaires étrangères définit les critères d’attribution des financements des projets qu’il souhaite être mis en œuvre par ses collectivités locales. L’Etat oriente donc la coopération décentralisée en fonction de ses priorités.

Mutualisation et ciblage géographique

Les dernières évolutions en la matière nous permettent de constater, par exemple, la montée du critère de la mutualisation. Ce critère d’action publique, qui nous vient des politiques de l’Union européenne et des bailleurs de fonds internationaux, repose sur le constat qu’un acteur seul sera moins efficace pour mener une action que s’il associe ses ressources avec des tiers. La coopération décentralisée cofinancée par l’Etat n’est donc pas constituée par l’action extérieure d’une collectivité, mais par une initiative commune et partagée par plusieurs collectivités locales. Il s’agit de réduire le risque de la dissidence en même temps que la dépense.

Un autre critère d’attribution des crédits du Ministère est géographique. Lorsque Brice Hortefeux était Ministre des collectivités territoriales en 2006, il avait secoué le milieu de la coopération décentralisée en encourageant les villes et les régions à travailler davantage avec les pays émergents et moins avec l’Afrique sub-saharienne. Dans un premier temps, ce discours s’est traduit par un rééquilibrage des fonds accordés aux projets de coopération décentralisée destinés à la Chine, à l’Inde et au Brésil. Dans un second temps, et malgré les voix s’élevant contre cet accroc à la libre administration des collectivités locales reconnues par la Constitution, il a débouché sur une montée des conventions et des accords de coopération passés entre les collectivités locales françaises et les autorités locales de ces pays.

Le Ministère de l'immigration et le co-développement

L’actualité récente nous montre une nouvelle évolution de la coopération décentralisée française et de la manière dont elle demeure régulée par l’État central. Le 8 juillet dernier, la réunion de la Commission nationale de la coopération décentralisée a adopté les conditions dans lesquels seront lancés les appels à projet pour l’année 2010.

Comme c’est le cas depuis deux ans maintenant, les appels à projet de la coopération décentralisée sont désormais divisés en deux, en fonction du Ministère compétent pour attribuer les crédits.

D’une part, le Ministère des affaires étrangères attribue des financements dans le cadre d’un appel à projet triennal (2010-2012). Les priorités stratégiques, air du temps, sont revenues à la Méditerranée et à l’Afrique subsaharienne. L’État et les collectivités territoriales ont pris conscience que la nature de la « coopération » avec les autorités locales chinoises n’avaient rien de commun avec les pratiques traditionnelles de la coopération décentralisée (appui institutionnel, formation, gestion des risques, culture). Le critère de la mutualisation reste central, mais il repose particulièrement sur l’échelle régionale et la terminologie du réseau : « les régions françaises peuvent se déclarer candidates pour signer une convention avec l'État afin de mettre en place ou maintenir des réseaux régionaux autonomes regroupant le maximum de collectivités territoriales de la région, d'associations ou organismes agissant à l'international. »

Enfin, et c’est une rupture, l’État prend acte de l’initiative de Jacques Auxiette, Président du Conseil régional des Pays-de-la-Loire qui, en 2007, a conclu une convention de coopération avec un État, en l’espèce le Burundi. Il serait en effet désormais possible pour les régions d’« être candidates pour mettre en œuvre un financement conjoint entre l'État et la région pour le soutien à la coopération décentralisée ». Cette disposition pourrait avoir des incidences sur la coopération décentralisée en Méditerranée. La faiblesse de la décentralisation au Maghreb par exemple pourrait conduire les fonctionnaires de la Région PACA chargés des relations internationales et les élus à élargir le champ de leurs activités. Celles-ci pourraient ne pas s’interdire de traiter directement avec des autorités nationales en raison du déséquilibre entre l’étendue des compétences des autorités régionales au Nord et leurs faiblesses au Sud.

D’autre part, le Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire (MIIINDS) lance lui aussi un appel à projet annuel cette fois. Les financements sont accordés aux autorités locales françaises qui souhaitent mettre en œuvre un projet ou un partenariat avec une collectivité locale étrangère « située dans une zone de forte migration vers la France ». On reste tout d’abrod interdit devant la question de la définition juridique et politique d’une « zone de forte migration vers la France ». Mais l’on comprend les intentions du gouvernement à la ligne suivante : « le projet intervient sur les secteurs participant à l'amélioration des conditions de vie et d'insertion socio-économique des populations ou qui contribuent à créer des conditions plus favorables à l'investissement productif dans les zones concernées ». En d’autres termes, le MIIINDS accordera des financements aux collectivités locales qui s’engagent à mener des projets permettant d’enrayer le phénomène migratoire. Il s’agit d’une formulation administrative organisant une politique de co-développement consistant à établir un lien entre le développement économique « là-bas » et l’immigration « ici ». Ce lien n’est pas politiquement incorrect, depuis la campagne présidentielle de 2007, le thème du co-développement et ses sous-bassements sécuritaires sont en passe de faire l'unanimité parmi les élus et cimentent le consensus relatif à la coopération décentralisée.

Gustave Massiah, membre du conseil scientifique d’ATTAC, interrogé par Libération au moment de la campagne présidentielle estimait pourtant que le « co-développement est devenu une tarte à la crème tant le concept a été dévoyé. Il avait popularisé par Jean-Pierre Cot, éphémère ministre de la Coopération, poussé à démissionner car il voulait des rapports équitables entre la France et l'Afrique. Aujourd'hui, le codéveloppement n'est, chez beaucoup de candidats à la présidentielle, qu'un alibi quisert à masquer la politique répressive vis-à-vis des migrants (…).On veut maîtriser les flux migratoires, arrimer les migrants chez eux, via une politique de camps que l'on voit se développer aux portes de l'Europe. Or, le codéveloppement, c'est de la coopération d'égal à égal. C'est faire le lien entre deux pays. C'est également remettre en question notre propre développement pour le mettre en relation avec celui d'autres pays. Ce n'est de toute façon qu'un outil complémentaire de solidarité internationale, des rapports Nord-Sud. Mais, pour avoir une pensée du codéveloppement, il faut d'abord avoir une pensée du développement
* *

lundi 2 novembre 2009

Élections régionales Paca 2009 : enjeux et incertitudes

A Avec la désignation de Thierry Mariani à la tête de la liste UMP, la pré-campagne des élections régionales de mars 2009 peut débuter. Le contexte de la réforme des collectivités territoriales – les candidats partent en campagne sans savoir s’ils siègeront 4 ou 5 ou 6 ans, s’ils seront conseillers régionaux ou conseillers territoriaux, si la Région conservera le socle actuel des compétences et des financements ou s’ils seront « resserrées » etc… – n’aide pas à clarifier les enjeux d’un scrutin dans lequel les intentions des uns pourraient masquer les ambitions des autres. Revue de détails.

Les forces en présence

À gauche, Michel Vauzelle est le grand favori pour se succéder à lui-même, onze ans après son arrivée à la tête de la Région. Les premiers sondages le placent en tête avec 31 % des voix au premier tour, soit 8 points de plus que son adversaire de droite et 18 que sa partenaire écologiste. Au second tour, dans l’hypothèse pour l’instant la plus probable d’une triangulaire PS/UMP/FN, il est crédité de 50% des suffrages contre 37% à Thierry Mariani. Le Président Vauzelle a lancé sa campagne le 11 octobre par une excursion sur la Montagne Lure comme il l’avait fait en 2003 : c’est « là que se tenaient les maquis pendant l'Occupation », a-t-il déclaré à l’AFP, jugeant que « cette allusion à la Résistance convient bien à une période où on résiste à la financiarisation mondiale et à l'action du président Sarkozy qui démolit pan par pan les services publics ».

Emportés par leur relatif succès aux européennes de mars dernier, les Verts, contrairement à 2004, se lancent seuls dans la campagne,. La liste sera conduite par la magistrate Laurence Vichnievsky, qui avait co-instruit l’affaire Elf avec Eva Joly. Suivant le format des européennes, la liste Europe-Écologie comprendra des militants associatifs et des Verts : « Ma mission va être de rassembler, c'est un mouvement. L'idée c'est de rassembler les Verts, bien sûr, car ce sont des écologistes authentiques, et puis les associatifs et des personnalités extérieures qui partagent les mêmes valeurs ». Une mission pas facile comme en témoigne le stigmate de « parachutage » qui a entouré sa désignation.

L’extrême gauche est particulièrement faible puisque le Parti de Gauche mené par Jean-Marc Coppola, Vice-Président communiste de la Région, est crédité de 3%, et Lutte ourvière de 2%, et le NPA de 1%.

À droite, le refus d’Hubert Falco, candidat désigné de l’Élysée, a plongé la droite régionale dans l’embarras. Thierry Mariani, finalement investi, est moqué pour son manque d’assiduité aux travaux du Conseil régional et bénéfice d’une faible maîtrise sur les troupes militantes.

C’est vers l’extrême-droite que les experts tentent de trouver les clés du scrutin. Jean-Marie Le Pen se lance dans, ce qui pourrait être, son ultime combat électoral. Pour l’instant loin derrière dans les sondages, le débat lancé par le gouvernement sur l’identité nationale visant à décentrer le débat politique sur les questions sécuritaires pourrait néanmoins changer la donne. La liste de la Ligue du Sud, enfin, soutenue par le Bloc identitaire et conduite par Jacques Bompard, pourrait cependant coûter le deuxième tour au Front national.

Enjeux

On voit mal ce qui pourrait priver Michel Vauzelle d’un troisième mandat consécutif. Le scandale suscité par les subventions aux associations qui ont occasionné la mise en examen du directeur de cabinet du Président et du Directeur général des services ainsi que le renvoi de la Vice-Présidente, Sylvie Andrieux, ne semble pas avoir passionné l’opinion. Rappelons que Tracfin avait mis en doute la réalité des activités de diverses associations subventionnées par le Conseil régional pour un montant total voisinant les 700 000 euros. La mise en cause publique du clientélisme, pratique qui n’épargne d'ailleurs ni Jean-Claude Gaudin , ni Jean-Noël Guérini, semble plutôt indiquer son essoufflement, c’est-à-dire son insuffisance à réguler, désormais, les rapports entre les élus et la société locale.

La seule incertitude qui pèse sur le scrutin est donc l’hypothèque Bompard. On peut interpréter l’engagement du maire d’Orange dans la campagne, comme la conséquence directe de l’accord passé entre le MPF de Philippe de Viliers, dont Bompard est membre et l’UMP. Le calcul est simple : avec Le Pen au second tour, la droite n’a aucune chance d’inquiéter Vauzelle. Or, la Ligue du Sud, emprunt à la très populiste Ligue du Nord d’Umberto Bossi en Lombardie et en Vénitie, peut grignoter les 2 ou 3 points nécessaires au FN pour dépasser la barre des 10% qui l’empêcherait de perturber le duel Mariani/ Vauzelle. Certes la Ligue du Sud sera « hors du champ de la majorité présidentielle » a cru bon de préciser Jacques Bompard. Il n’empêche, la défense de « l’identité » prônée par le candidat trouve un écho particulier dans le contexte politique actuel.

L’hypothèse d’un basculement de la région Paca à droite reste toutefois peu probable. Ce qui, au passage, présente un paradoxe étonnant lorsque l’on observe le rapport de force politique dans lequel l’UMP domine les principales villes et où Nicolas Sarkozy a dépassé les 60% lors de la dernière élection présidentielle. Durant les réunions de la majorité, le Président n’évoque même plus le cas de figure qui conduirait Mariani à la place Jules Guesdes.

On peut même avancer la provocation suivante : la droite veut-elle vraiment l’emporter ? En effet, la politique locale, on le sait, est structurée par la course à la mairie. Or, Jean-Claude Gaudin se garde bien d’organiser sa succession pour ne pas affaiblir son leadership. Les dauphins présumés (Muselier, Tessier, Roatta, Gilles…) se passeraient bien d’un nouveau challenger. Sur le plan régional, Christian Estrosi pourrait également voir d’un mauvais œil le renforcement d’une autre personnalité aux portes du comté de Nice.

vendredi 23 octobre 2009

Réformes des collectivités territoriales : recentralisation ou modernité ?

A Le Chef de l’État a donc annoncé mardi l’intention du gouvernement de présenter le projet de loi portant réforme des collectivités territoriales. Il serait inscrit à l’ordre du jour des travaux de l’Assemblée nationale pour la mi-décembre. Ce projet de loi s’inspire des conclusions du rapport Balladur remis en mars dernier et dont la proposition majeure fut de lutter contre la fragmentation institutionnelle issue des vagues successives de la décentralisation.

La philosophie du projet est donc de chasser autant le « morcellement des structures » que « l’enchevêtrement des compétences ». Il s'agit de simplifier les procédures, d’améliorer la lisibilité démocratique, et, surtout, d’économiser les coûts et les ressources en évitant les doublons administratifs. Ce projet, qui se présente donc sous les auspices de la « modernisation » fait l’objet d’une très large protestation à gauche, mais aussi dans les rangs de la majorité.

Cette protestation s’organise autour d’une contestation d’un l’État central qui tenterait d’opérer « une reprise en main des collectivités locales ». Ce qui serait en jeu dans le redécoupage territorial consisterait en une tentative de l’État de redéfinir les règles du jeu – y compris sur le plan électoral – et de les imposer à des gouvernements locaux qui, depuis 1981, ont fait l’expérience de l’autonomie.

Alors modernité ou reprise en main autoritaire ?

Trois ambitions président ainsi à ce projet : outre la simplification, « l’adaptation de l’organisation territoriale à notre temps », formule curieuse pour évoquer les dynamiques urbaines et la mondialisation et qui justifierait le regroupement métropolitain ; et l’intercommunalité en zone rurale (que nous laisserons de côté dans ce billet).

Les trois temps de la réforme

Le premier élément de la loi, le plus spectaculaire aussi, est la création des « conseillers communautaires ». Élus sur la base des cantons sur une base à la fois majoritaire pour 80% d’entre eux et proportionnel pour les autres, les conseillers communautaires se substitueront aux conseillers régionaux et généraux…. sans remplacer ni l’un, ni l’autre. L’objectif est d’éviter les financements croisés entre les deux institutions : « «La solution, ce n'est pas la suppression du Département ou de la Région, mais le rapprochement des deux » a déclaré Nicolas Sarkozy. Ainsi, la clarification des compétences envisagée pourrait se traduire par un abandon de la clause de compétence générale attribuée aux collectivités locales. Celles-ci, hormis la commune qui la conserverait, ne pourront agir que dans un cadre de compétence spécifique. Le resserrement des compétences fait ainsi peser une lourde incertitude sur l’organisation de l’action publique locale.

Le deuxième point concerne les finances locales. Au nom, une nouvelle fois, de la mondialisation – plus précisément, de la lutte contre les effets de la délocalisation industrielle – la taxe professionnelle, présumée responsable de la perte de « 500 000 emplois en 15 ans », est sacrifiée. C’est le point le plus sensible de la réforme : on voit mal les élus locaux, largement présents dans l’hémicycle du fait du cumul des mandats, se couper les vivre sans protester. Et des protestations, il y en a à gauche et à droite. Selon Alain Juppé, le Président de la République « se fout du monde » ; Pierre Mauroy assure que ce dispositif « menottera financièrement les collectivités locales » ; le Président (PS) de la Région centre évoque un « hold up financier et électoral »…
L’idée implicite imputée par les élus en particulier régionaux au Chef de l’État est l’asphyxie financière des collectivités locales qui favoriserait une reconquête politique pour la droite – rappelons qu’avant les élections régionales de mars, la gauche gouverne 20 régions sur 22.

Troisième point qui nous intéresse ici, l’intégration métropolitaine. Le projet de réforme met en avant « la compétition entre les grandes agglomérations européennes ou internationales » afin de proposer « un nouveau cadre de gouvernance, plus adapté que celui des actuelles communautés urbaines ». Un statut de métropole serait donc institué pour les ensembles urbains de plus de 450 000 habitants qui se regrouperaient « sur la base du volontariat». Le nouvel EPCI disposerait de compétences élargies en matière de développement économique, d’urbanisme, d’habitat, de transport et d’infrastructures, d’éducation, dont certaines par transferts des départements et des régions. La loi distingue les « métropoles », au nombre de 13 ( Lille, Rouen, Strasbourg, Rennes, Nantes, Lyon, Grenoble, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille, Toulon, Nice), et 8 « pôles métropolitains » qui regroupent des ensembles urbains autour d’une ville-centre moins importante (Metz-Nancy, Orléans-Tous, Besançon-Montbelliard, Annecy-Chalbéry, Biarritz-Pau). On remarque que parmi les 13 métropoles, 4 sont situés dans l’espace métropolitain méditerranéen : il n’est pas sûr que susciter une compétition régionale n’améliore la compétitivité européenne. Tout aussi curieux, les pôles métropolitains qui s’inscrivent dans le rayon d’influence d’une métropole comme à Dunkerque, Angers ou Auch. Le Grand Paris fait l’objet de dispositifs spécifiques.

Vieilles recettes, nouveau contexte

Cette réforme s’inscrit dans un contexte particulier dans lequel l’État a desserré son emprise sur les territoires. À la régulation croisée des années 1970 entre centre et périphéries a en effet succédé une ère d’autonomisation des systèmes locaux. Cette autonomie fut à l’origine le fait des initiatives locales accélérées par les réformes décentralisatrices. L’État semble toutefois revenir aux principes gaulliens qui s’appuyaient sur un volontarisme centralisateur chargé de moderniser l’organisation territoriale. Il est remarquable de constater que l’on revienne au thème des « métropoles d’équilibre » issu de la problématique des places centrales et qui a trouvé, dans les années 196O, une traduction dans la théorie des « pôles de croissance » de François Perroux. À l’époque, il s’agissait de favoriser la croissance d’aires métropolitaines dans un double renforcement des fonctions productives de leur périphérie et des capacités directionnelles de leur centre. Ces vieilles recettes sont ici appliquées moins pour réorganiser l’État territorial que pour contribuer à l’ouverture et à la compétitivité internationale des territoires, d’une part, et à la réduction des dépenses publiques d’autre part. On peut douter de la capacité de l’État à agir sur les territoires comme si les trente dernières années de consolidation de l’autonomie des gouvernements locaux n’était qu’une parenthèse à refermer. On peut également douter de la tentative étatique de renverser le cours d’une histoire administrative marquée par deux décennies de renforcement des pouvoirs et de la légitimité des systèmes locaux.

Aussi, et pour conclure, cette réforme comporte un contenu idéologique qui prescrit des fonctions spécifiques aux territoires. À la vision fonctionnelle et technique promue ici, et qui était déjà celle des aménageurs gaullistes, aurait pu s’opposer une vision sociale et politique de villes comme communautés capables de se mobiliser pour définir un intérêt local. Ce registre de légitimation semble perdre le pas face aux justifications techniques empruntés à la compétition territoriale et à la rationalisation des ressources.

Photo : E. FEFERBERG / AFP

mardi 13 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (4) : les rendez vous de la Méditerranée

A Dernier jour de la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée avec les traditionnels « Rendez-vous de la Méditerranée » organisée par le Cercle des économistes au Palais du Pharo.

La crise économique en Méditerranée : Cassandre contre la résilience

S’appuyant sur un rapport du FEMISE intitulé « Les pays partenaires méditerranéens face à la crise », les experts de l’Institut de la Méditerranée et de la Banque européenne d’investissement ont mis en garde les représentants des pays du Sud (élus, banquiers centraux, chefs d’entreprise) contre les défis économiques qui les attendent. « Inquiétez-vous, la crise est devant vous » était en substance le message des premiers. « Rassurez-vous, notre pays se porte bien » réconfortaient les seconds s’appuyant sur l’apparente résilience des fondements macro-économiques et sur les chiffres de croissance fournis par la Banque mondiale et oscillant entre 3 et 4 % cette année. Comme le dit un ancien Premier ministre algérien, « on ne vit pas la crise de la même manière ».

Au cœur de l’incompréhension, la nature de la production des richesses au sud de la Méditerranée. Pour schématiser, selon les « experts du Nord », celle-ci est le fait des flux Nord-Sud qui vont se tarir : le transfert d’épargne des travailleurs immigrés au Nord, le tourisme, le commerce et les investissements directs à l’étranger. Ainsi, les économies du sud ne subiraient pas la crise du fait de leur intégration dans les marchés financiers mondiaux, mais par leur dépendance avec l’économie réelle du Nord.

Face à ce constat – on le rappelle retranscrit ici à grands traits et par ailleurs largement nuancé par les acteurs du Sud – l’Institut de la Méditerranée recommande la création d’une zone monétaire commune entre les pays de la rive Sud. L’idée est de mettre en place « des taux de change stabilisés entre les principales monnaies de la région, principalement autour de l’euro », ce qui passe par la mise en place « d’un dispositif institutionnalisé qui permette de faire jouer la solidarité entre banques centrales de la région ». Ce « serpent monétaire » méditerranéen, selon Econostrum, serait accompagné de la création d’une "Banque Méditerranéenne de Développement" sur le modèle de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, pensée pour favoriser la transition économique des pays d’Europe centrale et orientale au début des années 1990.

L’Union pour la Méditerranée : discours contre la critique

Le deuxième temps fort de la journée était la venue d’Henri Guaino, Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et Président de la Mission interministérielle de l’Union pour la Méditerranée (UpM). On sentait M. Guaino agacé par les critiques qui accompagnent le projet. L’essentiel pour lui est qu’il continue d’exister « malgré tout », c’est-à-dire malgré ce scepticisme et malgré la guerre de Gaza de décembre 2008. Il a rappelé que l’UpM reposait sur le choix de mettre en œuvre une « logique de projets concrets » malgré la « logique de haine et de rancœur ». Tentons de reprendre les critiques traditionnellement formulées et d’analyser, rapidement, les réponses de M. Guaino.

L’UpM ne change rien à Barcelone

Qualifiant le Processus de Barcelone de projet « post-colonial», c’est-à-dire reposant sur une dynamique verticale, d’aide aux anciennes colonies, il a insisté sur la nature multilatérale, co-responsable et concrète de l’UpM contrastant avec les « dîners mondains » des Conférences de Barcelone.

L’UpM n’est pas visible

Constatant le manque de matérialité de l’UpM et le risque de délégitimation du projet aux yeux de l’opinion, il a plaidé sans surprise l’ambition d’un horizon de long terme qu’implique la dépollution de la Méditerranée, le plan solaire ou la conclusion d’une zone de libre échange.

L’UpM n’a pas d’argent

« Question stupide » pour M. Guaino. Le raisonnement approprié devrait être « un raisonnement d’entrepreneur » qui tenterait de définir d’abord les projets avant de s’interroger sur les moyens alloués. Cette réponse faisait écho à une remarque d’un élu du Sud de la Méditerranée, en l’absence de M. Guainon, regrettant le « vide politique » de l’UpM. Par ailleurs, il a rappelé la nécessité de créer des instruments financiers nouveaux, tels que le Fonds Inframed ou le projet de la Banque de la Méditerranée, également évoquée le matin.

L’UpM concerne autant Helsinki que Le Caire

Après avoir rappelé que le projet initial de la France ne devait intégrer que les pays européens riverains de la Méditerranée et qu’il n’avait pas entendu le soutien des pays du Sud à cette bouture de l’UpM au moment du compromis de Hanovre, il a souligné la logique de la « géométrie variable » de l’UpM. Ceux qui veulent travailler sur tel ou tel aspect ou projet le peuvent, les autres ne le font pas, mais ne peuvent bloquer la dynamique, ni récuser la participation d’un autre pays.

L’UpM ne sert à rien dans la crise économique

M. Guaino a saisi l’occasion de la tribune pour fournir son interprétation de la conjoncture mondiale, une « crise économique, écologique et, surtout, une crise des représentations collectives », dans un curieux réquisitoire contre la « mondialisation ». On rappelle qu’en 1987, M. Guaino était chargé de mission à la direction du Trésor et adjoint au secrétaire général du Club de Paris (chargé de renégocier la dette des pays débiteurs, le « Rotary Club », en somme, de l’élite mondialisée) ; qu’il a occupé les fonctions de responsable de la recherche finance au sein du groupe Louis Dreyfus et diverses autres au sein des activités banque d’affaire et de la direction générale de la MAAF ; et qu’il a enfin conseillé Charles Pasqua et Philippe Séguin avant de devenir la plume de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007.

Converti à l’altermondialisme, donc, M. Guaino estime que le capitalisme, comme toutes formes d’activités humaines, doit être soumis à la morale. Le rôle du politique, dans ce cadre, est de donner une dimension collective, « une morale partagée » aux choix économiques individuels. La seule alternative au « changement ordonné et raisonnable » serait le « changement désordonné et déraisonnable » comparable aux années 1930. Le changement serait devant nous, soit on s’y adapte, soit il s’impose. Et le rôle de la Méditerranée dans ces considérations ? Il serait triple selon M. Guaino. L’UpM participerait à la construction d’un « système de valeur » contrastant avec le modèle dominant actuel du « cynisme » et de « l’appât du gain ». On retrouve ici le thème cher à M. Guaino, celui de la civilisation et de la civilité. (suis-je le seul à avoir entendu « haute culture » ?).

Deuxièmement, l’UpM serait le laboratoire idéal pour construire un nouveau « modèle économique », moteur d’une autre croissance (durable) et du co-développement. Enfin, l’UpM serait le trait d’union, l’espace de l’articulation euro-africaine. Sans l’évoquer directement, M. Guaino devait sans doute faire référence à l’immigration.

L’UpM ne résout pas le conflit israélo-palestinien

Sur l’ambiguïté originelle d’une telle perspective que l’on peut résumer par l’attitude des pays du Sud consistant à dire « on ne peut pas co-construire des projets concrets ensemble car cela donnerait l’impression de normaliser la situation avec Israël », M. Guaino a commencé par balayer cette formule indiquant que cela ne fait que naître des « double-victimes » : il n’y a pas de paix, et il n’y a pas de projets. Il a néanmoins reconnu l’immensité de la tâche de faire vivre des « projets vitaux » en situation de violence politique. L’essentiel pour lui est de faire perdurer le dialogue sur les questions non-stratégiques. Pourtant, à la fin de son discours, il a évoqué la possibilité d’aborder « prochainement » le problème du conflit israélo-palestinien « de face ». Cela signifie-t-il l’organisation d’un prochain Sommet de la Paix patronné par l’UpM ? Aucune question de la salle sur ce point, aucune reprise média. Une évolution à surveiller de près dans les prochains mois.

vendredi 9 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (3) : Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée

A C’est donc aujourd’hui qu’a été officiellement lancé le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM). La présentation qui en a été faite dans le cadre de la rencontre-débat organisée par CGLU a permis de lever – un peu – le voile sur la nature et les fonctions de cette structure.

Mais de structure il n’en est pas vraiment question. Les discussions ont semble-t-il été âpre entre la ville de Marseille, l’État, par l’intermédiaire de la DIACT et la Banque mondiale. La ville n’aurait pas souhaité voir se constituer une institution nouvelle qui aurait pu échapper à son propre agenda international. La DIACT avait dans ses cartons son propre projet de plateforme internationalisé, s’appuyant sur les ressources de la Caisse des dépôts et de consignation. La Banque, enfin, souhaitait refonder sa plateforme.

C’est dans les termes de cette refondation qu’il faut rechercher l’une des clés d’explication de la naissance du CMIM. « L’institut de la Banque mondiale » de la zone MENA (Middle East and North Africa) est installé à Marseille, sur le site de la Villa Valmer, depuis 2004. Il ne s’agit donc pas d’une antenne de la Banque mondiale, réservée aux capitales des pays du sud, destinataire des aides financières – et des capitales qui ont reçu l’aide du Plan Marshall. Les instituts de la Banque mondiale sont des bases de réflexion stratégique – learning activities dans le vocabulaire de la Banque – qui produisent de l’expertise et ne financent donc pas directement des projets.

En 2007, la question du maintien du bureau marseillais de la Banque s’est posé dans le contexte de crise de légitimité des institutions de Washington et de constat d’échec porté sur le Processus de Barcelone. Il a fallu l’élection à la Présidence de la République française de Nicolas Sarkozy pour changer la donne. Son projet d’Union de pour la Méditerranée, priorité diplomatique de son mandat, a, en effet, incontestablement relancé l’attention des bailleurs sur l’espace méditerranéen – au-delà des divisions qu’il a suscité en Europe et des difficultés auxquels il est confronté aujourd’hui.

C’est dans un cadre institutionnel reformaté en fonction de ce nouveau référentiel que la Banque mondiale a construit l’instrument du CMIM, un « think tank opérationnel », pour reprendre l’oxymore assumé de son directeur, Mats Karlsson. L’idée générale est de construire une plateforme de production d’idées et de financement de projets-cibles reposant sur la connaissance, l’apprentissage, l’innovation et l’intégration des économies des pays de la Méditerranée dans les marchés mondiaux. « Network among Networks », le CMIM a d’ores et déjà défini 5 axes ( urban and spatial development ; sustainable development ; transport and logistics; skills, employment and labor mobility challenges including youth ; et knowledge economy, innovation and technology) et 14 programmes afférents.

La question qui se pose est bien sûr celle de la complémentarité de cette plateforme avec les réseaux existants et de la compatibilité avec les agendas des uns et des autres. Certains se montrent déjà sceptiques dans la portée des financements promis et dans l’efficacité avec laquelle la greffe peut prendre.

Ancrer les économies des pays méditerranéens dans les marchés mondiaux est une cause ancienne et ambitieuse qui se heurte à de nombreux obstacles structurels (l’est-elle même souhaitable pour les sociétés du sud ?), mais intégrer les ambitions des coalitions marseillaises hétéroclites à un projet fédérateur, qui plus est, porté par une institution extérieure au territoire, est un défi d’une toute autre dimension.

jeudi 8 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (2) – Medinnov V

A Deuxième journée de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM) avec au programme la poursuite des rencontres B2B et des ateliers entreprises (textile, médias, PME) sur les coursives de la Chambre de commerce.

Par ailleurs au Pharo se sont tenues les premières manifestations de l’axe gouvernance de la SEM. Si je n’ai pas pu me rendre au séminaire Médinas 2030 consacré aux « villes de Méditerranée : culture, héritage et modernité » (qui s’inscrit dans le cadre des projets déployés par le tout nouveau Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée), j’ai pu assister à une partie du colloque Medinnov dont les problématiques ont porté sur les problématiques de l’innovation et les enjeux posés par l’économie de la connaissance en Méditerranée.

Les orateurs qui se sont succédé à la tribune ont exposé l’état d’avancement et les réflexions stratégiques des projets territoriaux liés à l’innovation. Face aux récits vantant les bienfaits des « parcs technologiques », des « réseaux » ou des « pépinières d’entreprises », des « transferts de technologie et incubation », le profane peut être saisi par les effets performatifs de cette « culture commune » militante. Il peut choisir de prendre au sérieux le contenu des discours partagés par les responsables des projets et des départements de développement économique des collectivités locales des deux rives de la Méditerranée. Il peut être confronté dès lors au risque d’être étourdi par les chiffres, les images et l’autosatisfaction des acteurs au point d’en oublier la crise économique et sociale qui frappe les économies urbaines (voir le travail d'Anima relatif à la Carte des investissements en Méditerranée).

À contrario, l’observateur-participant peut interroger par la bande des façades cette « Méditerranée de l’intelligence », pour reprendre le titre du colloque, et questionner la réalité des « nouveaux espaces de production » supposés naître des systèmes productifs locaux reposant sur l’innovation.

Lui apparaît, dès lors, un écrasant et déformant effet de standardisation produit par les présentations de ces « villes-nouvelles », un mode de production de la ville désincarnée, indifférenciée, indifférente aux configurations territoriales et déconnectée de tout ancrage social.

Au son du 4ème mouvement de la 9ème symphonie de Beethoven, qui fait plus penser à Orange Mécanique qu’à l’hymne européen, les parcs technologiques sont projetés sur grand écran. Ou plutôt les maquettes des futurs parcs technologiques. Au nord et au sud, les mêmes bâtiments, blancs, octogonaux, bordés d’arbres (qui « seront plantés en janvier » nous promet-on) et dont on devine « l’éco-performance ». On invite les entreprises (et les touristes) à s’implanter (et à visiter) ces territoires du futur et de l’innovation qui semblent présenter l’avantage de ne pas être habité.

Les offres sont « benchmarkés » sur des modèles virtuels, les services normés au sein de paysage sortis d’un pastiche de Blade Runner made in Hollywood-Sillcon Valley. Un Blade Runner inversé, une City of Quartz enchanté.

La culture, quand elle est évoquée, est un outil de promotion de cette économie de la lisibilité qui vise en premier lieu à « sortir de lot », un lot composé d’objets urbains semblables, mais engagés dans une féroce compétition.

Ces pôles urbains (urbs) IT évidés de leurs substance politique (civitas) pourrait être le reflet d’un capitalisme financier que l’on croyait à bout de souffle. Comme le Paris haussmanien décrit par Zola dans La Curée était le reflet du capitalisme industriel.

mercredi 7 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée - lancement de Med Business Network

a C'est donc aujourd'hui qu'a débuté la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM). Chefs d'entreprises et experts du milieu euro-méditerranéen se sont retrouvés ce matin à la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille-Provence (CCIMP).

Med Village et B2B

L'idée des organisateurs de la SEM de créer un espace de rencontres entre ces décideurs se concrétise dans la mise à disposition au premier étage de salles consacrées aux rendez-vous entre partenaires. À l'accueil, un dossier est remis aux participants dans lequel est consigné les quelques 200 entreprises présentes. Sur les tables, des numéros qui correspondent à ces entreprises facilitent le repérage. On parle affaires, "contrats", "investissements directs étrangers", "cadres législatifs" ; on s'échange aussi les dernières nouvelles de la famille et des amis. Visiblement, on se connaît, mais on apprécie les facilités avec lesquelles on peut se rencontrer dans une unité de lieu et de temps.

Dans les couloirs attenants, le Med Village aligne les uns après les autres les partenaires-organisateurs de l'évènement. Des plaquettes de présentation sont mises à disposition. Des discussions peuvent s'engager avec les responsables, présentations powerpoint à l'appui. Bref, la SEM, c'est du Business To Business (B2B pour les initiés) et de la socialisation d'élites.

Les Atelier d'affaire

Au total, dans la journée, huit ateliers sont organisés dans les différentes salles du Palais de la Bourse : exploration des réseaux commerciaux transméditerranéens ; lutte contre le changement climatique ; l'export face au changement du cadre législatif algérien ; la Commission UpM du commerce extérieur français ; le partenariat d'entreprises Paca/Maghreb dans les secteurs de l'environnement et de l'énergie ; la mobilité du travail dans l'espace euromediterranéen ; les opportunités d'affaire en Tunisie ; et le trafic maritime en Méditerranée.

Ces réunions organisées par des institutions différentes (Top 20, CCI et réseaux de CCI, association Champs de Traverse, ONUDI, Invest in Med, Adeci, Ubifrance...) visent à renforcer la connaissance entre les acteurs et les contextes locaux pour créer de la confiance et ainsi favoriser les affaires dans un espace partagé.

Lancement de Med Business Network

C'est également cet esprit qui a présidé à la réunion de lancement de Med Business Network (MBN). Louis Allocio, vice-président de la CCIMP, assisté de Bernard Digoit, président de la Chambre française de commerce et d'industrie au Maroc, Foued Lakhoua, président de la Chambre tuniso-fraçaise de commerce et d'industrie, et jean-François Heugas, président de la Chambre française de commerce et d'industrie en Algérie ont présenté les grandes lignes de cette initiative.

Pour Marseille, le MBN vise à accompagner les entreprises locales dans leurs stratégies d'implantation des marchés du sud de la Méditerranée et à créer ainsi les conditions pour dynamiser les échanges commerciaux et industriels Nord / Sud, Sud / Nord et Sud / Sud. Surtout, il s'agit de susciter des synergies parmi des efforts éparpillés.

La volonté de coordonner des réseaux existants autour de logiques mutualistes rythmera, comme nous le verrons dans les prochains jours avec le CMIM, les discours des acteurs de cette édition de la SEM. La multiplication de ces efforts de coordination brouille, de ce fait, les ambitions initiales des uns et des autres. Et si ces "plateformes" ou autres "réseaux de réseaux" ne se situent pas exactement sur les mêmes champs, cette profusion d'agences coordinatrices ne contribue pas à clarifier les logiques d'internationalisation des acteurs économiques locaux. Les réseaux mis en place supposés clarifier et rendre plus lisibles l'espace méditerranéen intensifient la compétition entre les acteurs et les processus.

On peut se demander si cette concurrence permettra effectivement une relance des échanges dans un contexte de crise (thème qui sera au cœur des discussions ce samedi lors des Rendez-vous de la Méditerranée).

mercredi 30 septembre 2009

Semaine économique de la Méditerranée - édition 2009

A

C'est un peu plus tôt qu'à l'accoutumée que s'ouvrira la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM), mercredi prochain.


L'idée ?
Pérenniser des rencontres entre décideurs politiques et économiques des deux rives de la Méditerranée autour de manifestations thématiques. Cette année, trois mots clés ont été retenus pour labelliser le rendez-vous : "business, financement, gouvernance".

L'histoire ?
Regrouper la même semaine des manifestations hétérogènes organisées par différentes institutions. À l'origine, le sommet euro-méditerranéen de l'investissement avait été lancé en 2005. À l'époque, la ville et la région avaient confié à l'hebdomadaire anglais The Economist le soin d'organiser cette rencontre qui a disparu de l'agenda cette année mais a permis aux acteurs de prendre date et de "renforcer la dynamique évènementielle" pour reprendre les termes d'un promoteur.

Les organisateurs ?
Participer à la présentation du territoire comme acteur social collectif. Aux collectivités territoriales - ville, région, communauté urbaine - (à noter que le conseil général n'est que "sponsors" alors que les autres sont "financeurs et organisateurs"), s'adjoignent l'Établissement public Euroméditerranée et le programme européen Invest in Med piloté par le consortium Med Alliance conduit par Anima. Enfin, au titre des "partenaires organisateurs", on note la présence de réseaux de chambres consulaires françaises au Maghreb (CCE, CFCIA, CTFCI) ou de dimension euroméditerranéenne (Ascame), les institutions internationales présentes à Marseille (Banque mondiale, BEI, Commission Med de CGLU, Onudi,), des instituts de conseil et d'expertise (Adeci, Cefim, Cercle des économistes, Club Ambition Top 20, Finances Conseil, Institut de la Méditerranée, le réseau entreprendre Marseille innovation, Ubi France), des agences extérieures à la scène locale (FD intelligence, FT Global Events) ainsi que le média Econostrum. Pour être complet, la Caisse des dépôts, l'association les champs de traverse (qui organise les universités d'été de l'agriculture en Paca), le technopôle Marseille-Provence à Château Gombert et la Cité euroméditerranéenne de la Mode sont également "partenaires organisateurs".

Les enjeux ?
Construire un "Davos" à l'échelle de la Méditerranée, c'est promouvoir le dynamisme économique de cet espace par les échanges économiques. C'est aussi faire exister ce territoire par la mise en réseau d'acteurs ; à ce titre la SEM constitue un espace de socialisation des élites euroméditerranéennes. L'organisation d'un "rendez-vous devenu incontournable", c'est enfin affirmer la centralité de Marseille au sein de cet espace. On retrouve ici les deux facettes de l'internationalisation de la ville : l'exposition avec la mise en scène de la ville comme nœud métropolitain d'échanges transnationaux - fonction d'accueil ; la diffusion de l'expertise et la valorisation des savoir-faire locaux - fonction de projection.

Le programme ?
La SEM commencera mercredi 7 octobre au Palais de la Bourse de Marseille avec les les Rencontres MedBusiness Network. Le réseau MedBusiness Network des institutions consulaires euroméditerranéennes sera officiellement lancé et suivi d'ateliers thématiques (investissement, commerce, agriculture, environnement, industrie, trafic maritime).
Le lendemain, les ateliers reprendront au Palais de la Bourse autour des questions des médias, du textile et de l'accompagnement des entreprises dans leur implantation en Méditerranée. Au Palais du Pharo, la 5ème édition du Colloque Medinov portera sur les enjeux liés aux outils financiers publics et privés, aux lieux d’ancrage tels que les parcs technologiques et les technopôles, ainsi qu'aux modèles d’organisation de croissance (clusters, pôle de compétitivité). Enfin, la ville de Marseille et la BEI organisent le séminaire Medinas consacré aux problématiques urbaines (gestion et réhabilitation des centres historiques).
Vendredi, se tiendra une conférence-débat portant sur l'"attractivité des territoires en Méditerranée" sous l'égide de la Commission Med de CGLU, de l'EPAEM et des collectivités locales.
Le samedi, enfin, les rendez-vous de la Méditerranée clôtureront, comme il en est désormais la tradition, cette semaine. Il s'agit de la grand messe politique de la SEM au cours de laquelle se succéderont à la tribune, les principaux élus du territoire, les responsables des agences d'expertise, Henri Guaino, conseiller spécial du Président Sarkozy est également attendu pour une intervention sur l'Union pour la Méditerranée.

Un bilan de cette riche semaine dans un prochain billet.

mardi 22 septembre 2009

Quand une loi de finances complémentaire algérienne inquiète les élus locaux

A Une récente décision du gouvernement algérien relative à l'organisation du trafic portuaire provoque des effets en chaîne sur l'économie méditerranéenne. L'observation de ce phénomène classique est l'occasion de revenir sur la nature des interdépendances entre les acteurs d'un système de plus en plus intégré.

1er étape : une loi adoptée en Algérie

Le 22 juillet dernier le gouvernement algérien adopte une loi de finances complémentaire (LFC). Effet direct du partage de l'espace méditerranéen, cette loi a des répercussions sur l'économie locale marseillaise. Selon le cabinet de conseil[ Francis Lefebvre, la LFC "reflète la volonté de favoriser le développement des industries locales en reconduisant les mesures d’aide à l’emploi et aux PME mais surtout en leur donnant un avantage relatif par rapport aux importations". Dans les faits, ces dispositions durcissent les modalités d'importation des marchandises (en particulier en imposant le très contraignant "crédit documentaire" comme moyen de paiement) et interdit de faire entrer des engins de travaux publics d'occasion.

2ème étape : les entreprises locales se mobilisent

L'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos saisit dès le 25 août le secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, sur la menace que représente ce nouveau dispositif sur le dynamisme du port. Rappelons ici, que les chiffres d'août montre un recul de 13% du trafic du Grand port maritime par rapport à 2008. L'UMF, le Medef des entreprises portuaires locales, informe le Ministre qu' "avec plus de 8 millions de tonnes par an (hydrocarbures inclus), 10% du trafic total du port de Marseille-Fos repose sur les échanges avec l’Algérie (...) Dans les bassins Est de Marseille, 35 à 40 % des trafics sont destinés à l'Algérie (...) Ces mesures menacent directement l'activité dans les bassins Est de nombre de nos adhérents dont le chiffre d'affaires est pour certains à 75 % généré par les exportations sur l'Algérie. La lettre s'achève par un appel à "la France, 2ème partenaire mondial de l’Algérie, (pour qu'elle) entame des négociations pour que soient trouvées des solutions intermédiaires à ces mesures radicales qui pénalisent l’Algérie comme la France".

Selon l'UMF, ce n'est pas moins de quatre-cinquième du trafic qui serait menacé. Dans un milieu partagé par des acteurs interdépendants, on craint cet "avantage relatif", et on y voit surtout les signes d'un protectionnisme forcément dévastateur pour l'équilibre du système ailleurs en Méditerranée.

3ème étape : les élus prennent position

Le premier adjoint de M. Gaudin, Roland Blum, est le premier à monter au créneau et à mobiliser ce type d'argument : "C'est un sujet de forte inquiétude, la loi de finances algérienne étant assez inquiétante et pouvant avoir des répercussions importantes sur le trafic portuaire". Et M. Blum de dénoncer un "retour significatif à une politique de protectionnisme": "On ne peut pas, avec un pays avec lequel nous avons des relations aussi importantes, être dans une attitude de repli, nous avons besoin de relations d'ouverture".

4ème étape : la mission diplomatique décentralisée

Suite à cette déclaration, le premier adjoint envisage de se rendre à Alger le 20 octobre afin de négocier avec les opérateurs locaux et les élus algériens.

Cet épisode, s'il n'est pas révélateur de phénomènes nouveaux, illustre la recomposition du Bassin méditerranéen comme milieu, au sens biologique, c'est à dire comme un espace traversé par une dynamique d’interdépendances et de rencontres entre des représentations, des intérêts et des ressources permettant le maintien et la reproduction du système. Le champ d'intervention des élus locaux n'est plus limité au système purement local, mais envisage le dialogue et l'initiative dans un espace transantional élargi. Enfin, la chaîne de réaction montre l'indifférenciation croissante des logiques public / privé, dans la mesure, où le politique intervient en appui des intérêts privés dans la défense de l'outil portuaire marseillais.

jeudi 10 septembre 2009

L'utilité économique de l'action culturelle

A En cette rentrée si calme que les blogueurs ont bien du mal à trouver un sujet de rentrée, on trouve dans le journal la Marseillaise un article relatant le succès de la saison touristique dans la région aixoise.

Ce qui a attiré notre attention, ce sont ces propos tenus par Michel Fraisset (directeur de l’Atelier Cézanne et adjoint de direction de l’Office du Tourisme d’Aix-en-Provence) :

"Les choses sont claires désormais. Sans sa nouvelle dimension culturelle, et j’entends par là sa programmation contemporaine ou moderne et pas seulement son patrimoine historique, une ville comme Aix-en-Provence aurait du mal à s’imposer touristiquement face aux grandes destinations balnéaires et aux nouvelles destinations nature. En fait la crise économique née de l’annulation des festivals lors de la grève des intermittents du spectacle aura provoqué un choc salutaire auprès des commerçants, des hôteliers et d’une façon général de tous les professionnels du tourisme. Ils venaient de toucher du doigt l’importance économique de l’action culturelle. Depuis les grandes expositions et les grands festivals ont fait la preuve éclatante de leur utilité en terme d’activité, d’emploi, de retombées économiques directes et indirectes. Personne ne peut plus alléguer que la culture c’est peu ou pas grand chose comme certains commerçants et hôteliers ont pu oser le dire il y a quelques années."

Trois éléments très importants relatifs aux rapports entre la culture et la production de la ville et qui montrent plus précisément l'usage purement économique et néo-managérial des politiques culturelles :

  • Le premier terme - en gras - renvoie à la culture comme levier de positionnement concurrentiel. Les politiques culturelles seraient désormais pensées comme un outil au service de la compétitivité des territoires en renforçant leur attractivité pour les visiteurs (touristes ou investisseurs).
  • Deuxièmement, la culture est désormais appréhendée par le politique comme une variable d'utilitarisme économique. On jauge la qualité d'un évènement culturelle à la performance économique induite ("les retombées").
  • Troisièmement, enfin, la focalisation néo-managériale de la culture contribue à désamorcer les oppositions. Elle produit du consensus. La culture ne divise plus, non pas tant pour des raisons esthétiques (les vieilles querelles artistiques) que pour des raisons de performance économique ("si l'expo crée de l'emploi, alors...").

On pouvait, de ce fait, attendre autre chose de la part des journalistes de la Marseillaise que ce commentaire conclusif : "La réflexion du très passionné directeur de l’Atelier Cézanne est d’autant plus pertinente qu’elle s’accompagne d’une bonne dose d’impertinence. Aix-en-Provence, comme d’autre grandes cités culturelles du Sud, se doit désormais d’intégrer économiquement le fait culturel.''...

Au final, la culture est effectivement devenue une dimension cruciale de l'action locale, dans la mesure où, en l'absence d'une loi de décentralisation des politiques culturelles, il s'agit pratiquement du seul domaine de compétence qui reste dans le giron communal. Elle serait ainsi un moyen pour le personnel politique d'affirmer des positions fragilisées par la construction intercommunale. Pour les élites économiques, la culture est essentielle, non seulement, comme on l'a rappelé, pour promouvoir un territoire et améliorer ses résultats économiques, mais également comme champ de socialisation et de légitimation. Les dispositions législatives encourageant le mécénat se multiplient et accompagnent le mouvement d'élitisation par la culture. À l'ombre des projets culturels d'envergure, on trouve un financier ou un chef d'entreprise. François Pinault n'a-t-il pas déjeuner avec Jean-Claude Gaudin, lui promettant de lui prêter ses collections d'art moderne en 2013 ?

Photo : Montage réalisée à partir d'une photographie réalisée pendant la soirée Mécènes du Sud intitulée, Le Château n'a rien perdu de son charme, ni le jardin de son éclat au Château Ricard le 25 juin 2008 et agitée par La Zouze-compagnie Christophe Haleb.

jeudi 30 juillet 2009

Sortie de crise sur le Port ?

A

Un an après la loi portant réforme portuaire et après un long et parfois violent mouvement de grèves, la CGT et le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM) sont parvenus à un accord sur la gestion du terminal de Mourepiane. Le travail a repris sur les bassins Est selon la Provence.

La réforme portuaire

C'est à Marseille, en janvier 2008, que le Premier ministre, François Fillon, annonce une profonde réforme des ports. S'appuyant sur un constat alarmiste de l'état des ports français dans la compétition mondiale, le projet prévoit de privatiser la manutention et implique des changements institutionnels dans la gestion des ports. Les Ports autonomes, contrairement à ce que leur nom indique, sont en effet des entreprises publiques et, à ce titre, gérées par des Établissements publics. En 1920, les ports de Bordeaux et du Havre passent ainsi sous le contrôle de l'État ; en 1965, les ports de Dunkerque, Rouen, Nantes-Saint-Nazaire et Marseille deviennent autonomes, tout comme celui de La Rochelle en 2006.

À l'issue d'un cycle de négociations avec les syndicats et les organisations professionnelles, la loi est présentée au Parlement et adoptée le 4 juillet 2008. Elle prévoit l'ouverture à la concurrence des entreprises employant les grutiers et les portiqueurs, soit environ 2 000 personnes réparties sur les 7 ports autonomes. La gouvernance des ports autonomes, appelés à devenir des Grands Ports Maritimes (GPM), est par ailleurs refondée. Si les GPM restent dans le giron des Établissements Publics, leur rôle est considérablement réduit. Dans le langage des politiques publiques, "leurs missions sont recentrées sur les activités régaliennes (sécurité, sûreté et police portuaire) et sur les fonctions d’aménageur du domaine portuaire". Le transfert à des entreprises privées de la détention et de l'exploitation des outillages de manutention (grues et portiques) s'accompagne d'un redéploiement de l'investissement public en faveur des infrastructures portuaires (367 millions d’euros sur la période 2009-2013). Au final, de gérant d'exploitation, l'autorité portuaire devient aménageur d'un espace économique.

Enfin, rappelons que cette réforme s'inscrit dans la perspective d'une convergence avec les normes européennes en matière de développement portuaire, dont les contours sont redessinés à partir de l'adoption de la stratégie de Lisbonne en 2000 et qui prévoit la création d'un “espace maritime commun” impliquant une réglementation et des infrastructures communes et autorisant une continuité des solutions logistiques entre Etats membres.

La douloureuse transposition à Marseille

Dès le printemps 2008, en guise d'accompagnement de la procédure législative, la CGT bloque à plusieurs reprises le port de Marseille. "À Marseille, nous sommes déterminés à agir contre la réforme des ports qui n'est pas économique, mais idéologique. On est sur une privatisation. Nous allons agir dans la durée", prévient la direction syndicale locale. 10 jours après le vote du texte, toutefois, la fédération nationale des docks et ports de la CGT surprend en appelant à "assouplir" les mouvements de grève qui n'ont jamais faibli à Marseille. Pour le gouvernement et les élus locaux, en particulier Roland Blum en pointe dans ce domaine, c'est une victoire.

En septembre, un nouveau directeur du Port autonome (qui devient GPM le 1er octobre) est nommé, il s'agit de Jean-Claude Terrier qui succède à Guy Janin. La réforme parait en bonne voie tandis que le projet du futur port de croisière est présenté à la Foire de Marseille sur le stand du Port autonome. En novembre, les secrétaires généraux CGT de 28 ports ont approuvé à l'unanimité moins une abstention, le texte de l'accord-cadre qui sera signé jeudi au ministère des Transports. Le nom du représentant du port qui s'est abstenu n'est pas connu.

En décembre, les premiers nuages commencent à s'amonceler dans le ciel jusqu'ici pur de la réforme portuaire. Des agents portuaires CGT des terminaux pétroliers de Fos et de Lavéra bloquent l'entrée d'une cinquantaine de tankers. Les grévistes entendent peser sur les négociations encore à venir concernant le périmètre d'intervention des GPM. Si cette grève concerne pour l'heure les terminaux pétroliers (les bassins ouest, à l'extérieur de la ville), elle imprime une nouvelle tonalité au contexte local d'application de la loi et tend les relations entre branche locale des syndicats, élus locaux et gouvernement.

Fin février, en effet, la situation sur le port de Marseille se dégrade brusquement : l'Union française des industries pétrolières (Ufip) et l'Union maritime et fluviale (UMF) mettent en cause, "les mouvements sociaux sporadiques larvés et particulièrement destructeurs (...) Marseille est en otage de 200 agents du port." C'est l'affaire de l'Union navale qui mettra le feu aux poudres. Nous l'avons déjà évoqué ici.

Des incidents violents continuent d'avoir lieu durant le mois de mars : le siège du GPMM est investi, le directeur général adjoint agressé, les portes sont enfoncées, les tableaux arrachés des murs, des fumigènes sont allumés dans les couloirs, les meubles sont renversé etc. Conséquence (?), les résultats du Port sont très inquiétants:-21% de trafic de marchandises pour le début d'année. La crise économique n'est pas le seul facteur avancé.

Au même moment, le GPMM adopte son plan stratégique qui prévoit des investissements publics de 600 millions d'euros devant générer 3 milliards d'euros d'ici 2013.

L'accord CGT-GPMM

Au début de l'été, la situation n'est toujours pas apaisée. Alors que les chiffres du port sont toujours aussi mauvais (-15% sur les 6 premiers mois de l'année), une quarantaine de personnes saccagent - une nouvelle fois - le bureau du directeur général du GPMM aux cris de "''Toi, tu ne nous feras pas partir, tu ne nous feras pas partir...'".

Scènes presque banales, en tous cas pas inédites, qui témoignent, certes de la tension entre direction et syndicat, mais également d'une pression nouvelle sur les salariés. Ces formes de violence font échos aux séquestrations de patrons qui ont nourri l'actualité des derniers mois. Pour Isabelle Sommier, chercheuse au Centre de Recherches Politiques de la Sorbonne, et auteure d'ouvrages sur la violence politique, "les salariés veulent exprimer une colère, une indignation d'autant plus grandes qu'ils ont l'impression d'être dans une situation économique qui dure et des négociations bloquées. Retenir son patron apparaît alors comme un sursaut de dignité pour attirer l'attention sur leur sort injuste". Les édiles se retranchent derrière la loi et son application pour négliger un nécessaire travail de concertation.

La solution de sortie de crise semblent pourtant se dessiner autour d'une prise de participation du GPMM dans la société Intramar. L'hypothèse de l'actionnarisation de l'intervention publique semble ici aussi se vérifier. Intramar opère sur le terminal à conteneurs de Mourepiane ; l'entrée de l'Établissement public dans le capital de l'entreprise vise à favoriser le transfert des personnels (le chiffre de 230 personnes est évoqué, dont 90 à Mourepiane, le reste dans les bassins ouest) dans le secteur privé... au sein duquel les pouvoirs publics resteront présents.

L'accord scellé entre la CGT et le GPMM prévoit que le port conservera 34% des parts de la structure chargée de l'exploitation du terminal, soit une minorité de blocage. Le solde sera détenu par l'entreprise Intramar et ses actionnaires (Port Synergy dont le chef de file est le groupe CMA CGM, Sea Invest et Socoma) au terme d'une recapitalisation. Le travail reprend.

vendredi 24 juillet 2009

La Fête est-elle déjà finie pour 2013 ?

A On s'attendait à ce que la désignation de Marseille au titre de Capitale européenne de la culture en 2013 provoque des tensions parmi les élus qui souhaitent retirer les dividendes politiques du succès. C'est arrivé avec la polémique autour de la possible création d'un "guichet unique" qui, à la mairie et non au sein de l'association Marseille-Provence 2013, déciderait de l'attribution du label et de l'allocation des financements. Les choses se sont (pour l'instant) éclaircies avec la mise au point de Latarjet, directeur général de l'association. lors du dernier conseil d'administration de Marseille-Provence, au printemps : "On a perdu six mois, il est temps de se mettre au travail" avait-il déclaré.

Le travail risque cependant d'être perturbé par l'acte 2 de la contestation. Celle-ce ne provient pas des élus mais du monde associatif local. Nous avons largement évoqué les difficultés du tissu associatif local, tiers-secteur pris en tenaille entre la dynamique manageriale du projet culturel et les rapports traditionnels entretenus avec le politique. Si certaines associations de la Friche ont limité leur engagement dans la candidature à la participation aux réunions préparatoires, la plupart se sont tenues à l'écart ou ont été tenues à l'écart, attendant les contours concrets du dossier et les conditions d'accès aux diverses subventions. D'autres enfin ont été tentées de rejoindre l'initiative lilloise de la Fête est finie impulsée par les déçus de la capitale européenne de la culture nordiste en 2004. (l'illustration de ce billet est la couverture graphique de leur initiative)

Au début du mois de juillet, le conseil municipal qui a donné le feu au poudre. Une baisse générale de 15% des subventions culturelles a en effet été votée dans une relative indifférente. Le motif ? Le rééquilibrage des subventions. Comprenez : donnez plus aux associations "performantes" et moins aux autres. Aux dires de M. Daniel Herman, adjoint à la culture qui a succédé à Serge Botey à l'issue des dernières élections municipales (il n'a donc pas participé à l'aventure de la candidature), ce rééquilibrage s'effectuera en deux temps. En juillet, baisse générale ; en octobre, ré-injection. Les montants, bien sûr, n'ont pas encore été dévoilé, ni bien évidemment les critères d'une association culturelle "performante". Ce décalage dans le temps s'explique par une erreur technique : les dossiers n'ayant pas pu être présentés à temps. Cet épisode illustre-il l'amateurisme de l'équipe municipale qui trancherait avec le professionnalisme de la Chambre de commerce (son Président, Jacques Pfister, faut-il le rappeler, est à la tête de l'association Marseille-Provence 2013) ? Au contraire, est-il le signe d'une recomposition, par le haut, d'une clientèle culturelle ?

À ce stade, rien n'est moins sûr tant les relations entre les trois cercles de la politique culturelle à Marseille semble s'autonomiser. Le cercle politique est engagé dans une stratégie visant à capitaliser les ressources proprement politiques de la victoire. L'objectif est d'occuper l'espace médiatique pour apparaître comme le porteur véritable du projet. Renaud Muselier joue ici le premier rôle mais Daniel Herman pourrait contribuer à sa réussite. Reste à savoir comment les autres collectivités locales vont réagir. On pense principalement aux villes d'Aix et de Toulon et aux Conseils généraux, mais il ne faudrait pas oublier les petites collectivités locales qui ont montré à M. Muselier la réalité de leur pouvoir de nuisance quand Marseille souhaité imposer ses conditions. À ce titre, les modalités de la gouvernance de l'association Marseille-Provence 2013 où chaque collectivité locale dispose d'un droit de vote égal sont un rappel permanent aux désirs de la ville-centre.

Du côté de l'association Marseille-Provence, justement, la polémique lancée par le Ravi sur le licenciement des chargés de mission dès le lendemain de l'annonce de la victoire a laissé des traces. S'il s'est avéré finalement que seulement deux contrats "de petites mains" n'avaient pas été renouvelés, le fantasme d'un projet de "parisiens" pilotés par des technocrates extérieurs aux réalités locales est tenace. Il isole un peu plus Latarjet et son équipe du tissu associatif local. Une partie de celui-ci, réagissant à la coupe des 15%, a ainsi lancé une pétition en ligne qui s'interroge : "Est-ce ainsi que la ville de Marseille relève le défi de 2013 ?"

lundi 20 juillet 2009

Élections municipales d'Aix-en-Provence : la gauche "ne donnera pas Aix et son argent à Marseille"

a 187 voix d'écart. Maryse Joissains reste maire d'Aix-en-Provence à l'issue d'une séquence électorale municipale confuse, violente mais finalement sans surprise. Au cours de l'élection municipale partielle qui s'est achevée hier soir, il aura été beaucoup questions de la personnalité de la maire sortante, du Conseil d'État, des alliances de la gauche locale et de sa recomposition en vue des régionales de l'année prochaine, de Marseille aussi, peu d'Aix et de son avenir finalement.

Le recours

En mars dernier, Mme Joissains est réélue marie d'Aix en obtenant 44,28% des voix au second tout, contre 42,94% pour la liste de gauche menée par Alexandre Medvedowsky, 12,77% allant à la liste Modem maintenue au second tour par François-Xavier de Peretti. Le 8 juin, le Conseil d'État décide d'annuler le scrutin.

Motif: "Les attaques dirigées contre le candidat conduisant la liste « Génération Aix », et contre certains de ses colistiers, ont revêtu un caractère exceptionnellement violent. Il (le Conseil d'État) a en particulier noté qu’un tract anonyme, qui contenait des imputations injurieuses et diffamatoires mettant en cause la vie privée ou la probité des membres de cette liste et qui a été évoqué par la presse et sur internet, avait excédé largement les limites de ce qui peut être toléré dans le cadre de la polémique électorale. Il a en outre retenu le fait que, dans un article publié dans l’édition spéciale d’un hebdomadaire à diffusion nationale consacrée à la campagne aixoise, la candidate élue avait tenu des propos, qu’elle n’avait pas démentis, mettant clairement en cause la vie privée du candidat de la liste « Génération Aix » et de certains membres de cette liste. Compte tenu du retentissement que tous ces éléments ont eu pendant la campagne et de l’impossibilité, pour le juge, d’en mesurer les conséquences sur la répartition des suffrages recueillis par chacune des trois listes en présence au second tour (l’écart des voix séparant la liste l’ayant emporté et la suivante étant réduit : 1017 voix), le Conseil d’État a décidé d’annuler les élections. En conséquence, de nouvelles élections devront être tenues dans un délai de trois mois." (communiqué officiel du Conseil d'État)

À l'origine de ce recours, Stéphane Salord, adjoint de Mme Joissains lors de la mandature précédente et alors vice-président de la Communauté d’agglomération du Pays d’Aix, en charge du développement économique, de l’emploi, de la politique de la ville et de la culture, et qui s'était engagé dans la campagne de 2008 au côté de M. de Peretti : "Je me bats au nom de principes. J’ai donc fait valoir mon droit à me défendre et à contester en pointant du doigt des abus de langage et d’attitude. Mon but premier, c’était d’abord de dire : regardez comment se déroulent les campagnes électorales à Aix… Ça se termine toujours dans la boue et il y en a marre! À titre personnel, j’estime que notre pays est en retard en matière de déontologie politique… Peut-être sommes-nous en train de le rattraper ?” avait-il déclaré au moment du dépôt du recours, refusé en première instance, puis rejeté par la sous-section du Conseil d'État, enfin validé par la section du contention, l'une des formations les plus solennelles du Conseil.

Les précédents

Un temps tenté par un recours devant la Cour européenne des droits de l'Homme pour faire condamner l'État français (coutumière du fait, elle mena à bien cet objectif en tant qu'avocate dans les affaires du sang contaminé en 1990 et de l'amiante en 2001), Maryse Joissans n'a jamais décoléré contre cette "décision politique". Une décision politique, donc, qui n'est pas inédite à Aix.

En 1967, le Conseil d'État inverse le résultat des élections municipales : Félix Ciccolini (SFIO) devance Henry Mouret (centre-droit) pourtant élu au motif d'un décompte confus (les "manifestes" glissés dans les enveloppes n'avaient pas été comptabilisés). En 1977, Felix Ciccolini maire d'Aix depuis l'épisode des manifestes est réélu de justesse face à Alain Joissans (le mari). Ce dernier conteste l'élection, arguant du fait que son adversaire avait revendiqué durant l'entre-deux-tours le soutien d'une liste... qui n'avait pas donné de consigne de vote. Le Conseil d'État annule. On revote donc l'année suivante avec les mêmes protagonistes mais les rôles sont inversés. M. Joissans est élu avec 2 000 voix d'avance (un gouffre dans le contexte local) sur le maire sortant. Les socialistes déposent un recours prétextant cette fois et avec raison que l'un des colistiers de la liste victorieuse ne disposait pas de domicile fiscal sur la commune. Le Conseil d'État annule. Alain Joissains attendra octobre 1979, pour se voir élire sans contestation administrative, et au premier tour.

Ce rappel est nécessaire pour comprendre le climat politique dans une ville pourtant réputée bourgeoise, lisse, étudiante et touristique. Bref, tranquille en comparaison de son voisin marseillais dont l'ombre tutélaire plane sur le développement économique et stratégique de la ville et de son agglomération. Le rejet de la vassalisation fut ainsi un argument de campagne de l'épouse de M. Joissains, élue pour la première fois en 2001.

La campagne - 1er tour

Du côté de l'opposition, on s'organise, comme on peut. Jean-Noël Guérini, présenté comme le patron des socialistes du département, accessoirement aussi le challenger officiel de M. Gaudin à Marseille prévient : "Si les socialistes aixois ne font pas l'unité, ce sera leur dernier combat. Et s'ils se trompent, le ménage sera fait et il y aura des parachutages". Le 12 juin, alors qu'une délégation spéciale conduite par sept hauts fonctionnaires prend le contrôle de la mairie, c'est au Modem d'appeler à l'unité par la voix de Christophe Madrolle, conseiller municipal et vice-président de la communauté urbaine de Marseille.

Rapidement, à gauche, c'est Alexandre Medvedowsky qui paraît le plus à même de réaliser l'unité "des écologistes jusqu'au Modem" quitte à "en faire frémir à gauche". Effectivement, cela frémit non seulement sur le plan local, mais également sur le plan national, où la direction du PS est mise en difficulté sur sa gauche par la percée écologiste aux élections européennes et dans une moindre mesure, par la création du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélanchon qui n'en attendait pas tant pour dénoncer "le double jeu de Martine Aubry". Les Verts, quant à eux, entendent surfer sur la vague du scrutin européen qui les a vus arriver devant les socialistes dans la circonscription du Sud-Est, réalisant même 7577 voix, soit 21%, pour la seule ville d'Aix-en-Provence. Une liste "Aix Écologie" est constituée autour de Hervé Guerrera, dirigeant du Parti Occitan.

Le 18 juin, alors que Medvedowsky parvient à rallier sur sa liste le modem François-Xavier de Peretti, Mme Joissains voit se constituer à droite une liste dissidente conduite par...Stéphane Salord qui rassemble des novices et des anciens de la majorité sortante mécontents des méthodes du maire.

Le premier tour a lieu le 12 juillet. 5 listes au départ. À celles de Mme Joissains, de MM. Medvedowsky et De Peretti, de M. Salord et de M. Guerrera, s'ajoutent une liste commune PC, NPA et Parti de gauche, conduite par Nathalie Leconte qui entend capitaliser sur l'alliance "contre-nature" PS-Modem.

La campagne est très brève (moins d'un mois) mais très nerveuse. Mme Joissains reçoit les soutiens des poids lourds nationaux (Bertrand, Borloo, Falco, Copé...) alors que les sondages la placent en tête à l'issue du premier tour mais en danger en cas de duel. En plein mois de juillet, le taux d'abstention focalise les attentions et la course aux procurations est lancée (au final, ce n'est pas moins de 4 000 procurations qui auraient été attribuées, soit 10% des suffrages exprimés au second tour). Les thèmes de la campagne se concentrent sur la moralité de la gestion de la municipalité qualifiées de "non-éthiques" par M. Salord. Au centre du débat, la question de l'office HLM de la ville et notamment le possible conflit d'intérêt entre la ville et le Centre communal d'action sociale. Les conditions de nomination de Mireille Mantot et son salaire en tant que directrice de Pays d'Aix Habitat (plus de 7 000 euros) suscitent les interrogations et la polémique.

Le résultat, "Maryse seule contre tous"

Alors que les sondages laissaient entendre que le maintien au second tour des 5 listes étaient possibles, le scrutin du 12 juillet rend son verdict. Avec 43,31% des voix, la liste de la maire sortante devance la liste PS-MoDem-PRG créditée de 34,08% des suffrages. La liste écologiste obtient 11,31%, celle du divers-droite Stéphane Salord 7,08%, et celle du rassemblement PCF-NPA-PG, 4,21%. La participation s'élève à 44,05% contre 59,18% au premier tour des municipales de 2008.

L'entre-deux-tours est agitée par la question des alliances. Les Verts rejoignent la liste PS-Modem, sentant la chance historique de ravir la mairie à la droite (le dernier maire socialiste, Jean-François Picheral, administra la commune de 1989 à 2001). M. Salord appelle à voter contre Mme Joissains dans un tract au titre évocateur "La Perdition des Valeurs". La campagne se tend. M.Medvedowsky convoque la presse pour dénoncer les propos d'un tract attribué à l'UMP local. Et promet de ne pas en rester-là en cas de défaite.

Et défaite, il y a, quelques jours plus tard Avec 50,22% des voix, Maryse Jouaissains est réélue. Pour Jean-Ckaude Gaudin, "face à la coalition des rancunes, coalitions hétéroclites et de circonstances, Maryse Joissains, seule contre tous, remporte l’élection" .

Enseignement et perspectives

À l'issue de ce récit, forcément incomplet, des question subsistent. À Aix même, on peut se demander comment Mme Jouissains va pouvoir gérer sa collectivité - et ses conseils municipaux - dans un tel climat de suspicion généralisée où chaque crédit, subvention ou prise de position sera scrutée et jugée jusqu'aux tribunaux administratifs. Les colistiers de Medvedowsky laissent par ailleurs entendre qu'ils pourraient déposer des recours en annulation au motif incertain que "toute une série de publications ont été de nature à semer le trouble". Sur le plan de l'agglomération aixoise, on peut se demander si cette élection peut redistribuer les cartes. Suite à l'annulation de l'élection municipale, en effet, 48 conseillers communautaires d'Aix avaient été empêchés de siéger et Mme Jouissains privée de son poste de Présidente de la Communauté urbaine. Sur le plan de la grande agglomération, c'est à dire des relations avec Marseille, la maire élue avait averti les électeurs que son challenger entendait "donner Aix et son argent à Marseille". Derrière la formule provocatrice, apparaît l'affirmation de la stratégie d'autonomie d'Aix vis-à-vis de Marseille-Métropole. À voir cependant les réactions réjouies de MM. Gaudin et Muselier, nul doute qu'un résultat différent aurait pu déséquilibrer un peu plus la répartition des forces politiques locales en prévision des élections régionales du printemps prochain.

mercredi 15 juillet 2009

Le "Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée", nouveau venu dans le paysage institutionnel internationalisé marseillais

A Le site Econostrum l’a révélée la semaine dernière, une nouvelle plateforme visant à renforcer la capacité d’expertise du territoire marseillais sera prochainement créé. Le « Centre de Marseille pour l’Intégration en Méditerranée » (CMIM) sera financé par la ville, qui mettra à disposition des locaux, et sera porté par la Banque européenne d’investissement, la Banque mondiale, l’Agence française de développement, le Plan Bleu , et, nouveauté dans le panorama des institutions partenaires du portage de projet de ce type, la Caisse des dépôts et consignations. Cette structure s’appuiera sur un réseau d’expertise économique existant, le Forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences Économiques (FEMISE), composé de centres de recherches économiques chargé de l’analyse économique du Processus de Barcelone et piloté par l’Institut de la Méditerranée. Sa vocation serait d’être un outil d’appui technique et méthodologique supposé favoriser la réalisation de prestation de montage de projets d’appui institutionnel ou de formation en direction de la rive sud de la Méditerranée. Pour plus d'information sur l'acte de naissance du CMIM, ici.

Cette initiative est l’exemple le plus récent de la stratégie de polarisation sur le site de Marseille d’institutions internationales. Le plus souvent agences d’expertise transnationales délocalisées, elles partagent la Méditerranée comme milieu et le rayonnement de l’expertise économique marseillaise comme objectfif. Elle s’inscit ainsi au point d’intersection des dynamiques suivantes :

  • les logiques politiques locales : faire de Marseille une « capitale » du Bassin méditerranée en y attirant des institutions internationales ; le label CMIM conserve le label « Marseille » qu’elle accole au terme de « Centre »
  • les logiques de métropolisation : accroître la capacité d’expertise d’un territoire qui dépasse le site de la commune ;
  • les logiques de la mondialisation : inscrire cette métropole « sur la carte » des flux d’échange (capitaux et ressources liées à l’expertise)
  • les logiques de la diplomatie décentralisée : prendre place dans la dimension projet de l’Union pour la Méditerranée qui poursuit l’objectif d’« intégrer » davantage les économies sud-méditerranéennes.

Au final, avec le CMIM, Marseille gagne en centralité, d’une part, et change d’échelle dans son positionnement géostratégique et dans son rayonnement économique, d’autre part. Il est remarquable de noter que le dispositif sera intégré au sein de la Villa Valmer.

A Cette bâtisse symbole de la bourgeoisie du XIXème siècle qui surplombe la corniche, accueille déjà des institutions internationales délocalisées. Rapide tour d’horizon :

Le Bureau de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), installé depuis 2004, s’insère dans le réseau des Bureaux de Promotion des Investissements et de la Technologie. L’objectif affiché est "de mobiliser et faciliter les investissements, les transferts de technologies et les partenariats entre les entreprises du sud de la France, vers les pays en développement du bassin méditerranéen".

Le Plan Bleu est le Centre d’activités régionales du Plan d’Action pour la Méditerranée, adopté par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement.

La Banque mondiale fait partie du pôle Villa Valmer depuis 2003 et l’implantation de l’agence KNA-MENA à Marseille. Cette initiative a contribué à la création du réseau urbain Europe-MENA chargé d'animer un groupe d'experts travaillant sur des missions d’assistance technique.

Le bureau de l’Organisation internationale des migrations a davantage valeur de symbole et ses moyens limités ne lui permettent pas de jouer un rôle opérationnel majeur mais montre que le marqueur historique n’est pas négligé dans la constitution du réseau d’institutions internationales.

Enfin, la Commission Méditerranée de Cités et gouvernements locaux unis est la dernière arrivée. Mise en place en 2006, elle fonctionne comme une plateforme de concertation entre les élus des trois rives et joue un rôle clé dans l’organisation d’évènements internationaux comme le Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée ou la Semaine économique de la Méditerranée.

Disséminées ailleurs sur le territoire de la ville, des agences d’expertise travaillant sur l’espace méditerranéen contribuent à faire de Marseille un centre d’impulsion et de diffusion du savoir-faire technique, censé irrigué le Bassin. Premièrement, on relève des agences d’expertise françaises implantées à Marseille.

L’Institut de Recherche et de Développement (IRD), ainsi que l’Agence inter-établissements de recherche pour le développement (AIRD) sont délocalisées dans le périmètre d’Euroméditerranée depuis septembre dernier.

Le Centre d’Etudes Financières, Economiques et Bancaires (CEFEB) qui émane de l’Agence Française de Développement (AFD) participe à la formation des cadres territoriaux dans les pays méditerranéens.

UBIFRANCE, l'Agence française pour le développement international des entreprises, établissement public industriel et commercial placé sous la tutelle de Bercy, a installé son pôle Grand Sud à Marseille. Chargée, d’une part, d’accompagner le développement économique des entreprises locales, l’agence tente d’agir sur le volet des échanges avec le sud de la Méditerrané.

Deuxièmement, on peut identifier des réseaux tournés plus directement vers l’espace méditerranéen et ses enjeux. Au côté de l’Institut de la Méditerranée, donc, qui pilote le FEMISE, la ville de Marseille est le siège du Conseil Mondial de l’Eau et le support à la désignation récente de la ville à l’accuile du Sommet mondial de l’Eau en 2012. Nous avons eu l’occasion de revenir au cours d’un précédent billet sur cette victoire qui se situe dans la continuité de l’ambition de capter les ressources expertes liées au thème de l’eau.

L’Institut Méditerranéen de l’Eau est une Organisation internationale Non Gouvernementale dotée d’un statut consultatif auprès du Conseil Economique et Social des Nations Unies. Elle constitue un important réseau d’experts rassemblant les opérateurs institutionnels et techniques dans le domaine de l’eau en Méditerranée. Son objet principal est le développement de la coopération transméditerranéenne entre les collectivités territoriales et les professionnels de l’eau, de l’assainissement et de l’irrigation.

Enfin, le panorama ne serait pas complet si l'on oubliait d'évoquer l’installation à Marseille du réseau ANIMA, plateforme qui dirige le consortium Med Alliance, pilotant la mise en œuvre du programme Invest in Med, financé à 75% par l’Union européenne sur la période 2008-2011, et qui témoigne de l’ancrage territorial des enjeux et des financements communautaires.

Le CMIM est une pierre de plus dans l’édifice visant à faire de Marseille une métropole euroméditerranéenne, c'est-à-dire un centre de diffusion et de commandement sur un espace fortement inégalitaire sur le plan économique et plus précisemment, la formation, l'appui institutionnel, le transfert technologique. L’expertise et la diffusion normative et technique nord-sud constituent le créneau investi massivement par les autorités locales qui entendent s’appuyer sur un dispositif dense associant entreprises, sociétés civiles et organisations internationales. Cette densité présente toutefois le risque de superposer des entités aux terrains et aux objectifs proches et ainsi de constituer un champ de concurrence entre les institutions. L’ère du trop-plein institutionnel sur l’objet vague de « l’expertise économique » succèderait à une absence d’initiatives de ce type sur la zone depuis le ralentissement des effets du Processus de Barcelone. Le problème de la coordination et de la mise en cohérence stratégique - la construction problématique d'un "réseau de réseaux" ou de structures de coordination des "plateformes" - se pose ainsi de front aux autorités locales qui délèguent de plus en plus la maîtrise d’ouvrage à ces institutions. La régulation actionnariale des pouvoirs publics locaux peut certes faire preuve d’efficacité pour articuler autour d’un lieu un nombre conséquent d’expériences, mais la prise de participation dilluée dans des ensembles institutionnels hétérogènes et potentiellement rivaux est un risque imprévisible pour leur portée opérationnelle et leur efficacité sur un terrain forcément encombré.

vendredi 10 juillet 2009

Dépenses urbaines pour équipements métropolitains

A Hier, un conseil municipal extraordinaire de la ville de Marseille s’est réuni afin d’aborder une question unique : la rénovation du Stade Vélodrome. L’enceinte du boulevard Michelet accueille depuis 1937 les matchs de l’OM, mais, rénovée en 1998, elle ne semble plus adaptée aux exigences commerciales et sécuritaires. Surtout, dans la perspective de la candidature de la FFF à l’organisation de l’Euro 2016, c’est l’occasion de bénéficier de financements étatiques pour améliorer le confort des spectateurs et couvrir le stade.

Toutefois, dans son propos liminaire, M. le maire ne s’y est pas trompé : « c’est aussi un projet de développement économique et un enjeu de rayonnement pour Marseille ». Le groupe PS vote le texte proposé par la majorité au nom de la « gouvernance apaisée » initiée à la Communauté urbaine qui a mené des travaux exploratoires sur la question du stade. Adopté à l’unanimité, - les groupes Verts et certains Modem se sont abstenus - le projet prévoit un agrandissement et une couverture pour un montant de 150 millions d’euros financés par un partenariat public-privé. M. Gaudin a tracé deux lignes rouges : le nom restera inchangé, et la propriété du stade demeurera celle de la ville.

A Au-delà du cas du Stade Vélodrome, cette délibération pose la question du financement des équipements métropolitains dans une agglomération peu intégrée et singulièrement dans une ville-centre pauvre sur laquelle pèse la majeure partie du fardeau pour des charges qui dépassent l’usage strictement communal. Au cours des débats, Eugène Caselli a justement pointé le « manque de clarté sur le montant de la participation financière des collectivités locales ». Mais en tant que Président de la Communauté urbaine, ne pourrait on pas lui rétorquer que c’est à son institution de porter (au moins autant) le financement de grands équipements urbains de dimension métropolitaine ? Certes, ces infrastructures revêtent souvent une dimension symbolique pour la ville. Que l’on songe au Stade, à l’Opéra, aux parcs, aux bâtiments publics historiques, le patrimoine historique de la ville est en jeu et la volonté de la mairie de préserver ce lien d’appartenance se justifie.

C’est en fait tout l’enjeu de la construction de la métropole marseillaise qui se pose. Ses limites surtout. Pour schématiser les positions, les élus marseillais seraient partisans d’une grande métropole qui regrouperait les syndicats mixtes des eaux et des transports ainsi que les communautés urbaines de Marseille et d’Aix-en-Provence et, bien sûr, la communauté d’agglomération Ouest Étang de Berre, qui avec la ville de Fos-sur-Mer, et l’installation du Grand Port Maritime, engrange des recettes fiscales qui échappent à la ville centre et même à son groupement intercommunal. Selon un élu local, « Marseille a toutes les charges de centralité, opéra, stade, transports en commun, nous avons toutes les charges, mais nous n’avons pas la fiscalité afférente. Or, la fiscalité dans ces syndicats de commune est très importante, alors qu’ils n’ont pratiquement aucune charge. Donc, il faudrait réaliser une péréquation qui nous permettrait d’avoir une grande métropole marseillaise ayant des moyens très forts avec la manne de la zone de Fos-sur-Mer, qui nous permettrait de peser davantage dans l’échiquier politique et international ».

A Ce constat repose sur quatre chiffres : l’agglomération Ouest Étang de Berre, 90 000 habitants pour 115 millions d’euros de recettes de taxe professionnelle (TP) ; Marseille-Provence-Métropole, 1 million d’habitants pour 250 millions d’euros de recettes de TP. Un rapport démographique de 1 à 10 contre un rapport fiscal de 1 à 2.

Ce hiatus entre les ressources des périphéries et les charges de la ville-centre ne sont pas nouvelles à Marseille. Dès son installation, dans les années 1930, le port de Fos, conçu comme une annexe du port marseillais, s’est engagé dans le secteur des hydrocarbures, largement déconnecté de l’économie locale mais lié au reste de l’économie mondiale. À partir des années 1960, la disparition du système marseillais (port-commerce-cité) a encore accéléré le découplage entre Marseille et ses voisins. Découplage qui se traduit en termes politiques (mais pas forcément partisan). L’arrière-pays marseillais rejette toute forme d’imperium métropolitain qui serait exercé par la ville. L’échec retentissant de M. Muselier à MPM l’année dernière est le calque de cette fragmentation politique à l’échelle de la petite agglomération.

Si la fusion demeure taboue et impossible en l’état, la question posée est donc celle d’une coopération entre les intercommunalités (!) pour réaliser un « Grand Marseille ». L’idée n’est pas neuve. Le Conseil général des Bouches-du-Rhône a ainsi déposé un rapport en ce sens en…1919. Dans les années 1960, l’idée est relancée par l’État et les politiques des métropoles d’équilibre. Dans les années 1990, des experts locaux ont tenté de promouvoir une « aire métropolitaine marseillaise » correspondant aux enjeux de gestion de l’action publique territoriale qui exigent une étroite coopération intraterritoriale pour un meilleur positionnement dans la compétition interterritoriale. Les propositions du Comité Balladur semblent également aller dans le sens d’un regroupement des métropoles. Toutefois, elles ne préconisent pas de changer le périmètre institutionnel des agglomérations pour prendre la ressource où elle se trouve. Il est vrai que ce n’est qu’à Marseille que le problème se pose de cette manière.

jeudi 2 juillet 2009

LGV, le choix des métropoles: repenser l'économie du développement local

Le Ministre d'État de l'Écologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat (sic) a tranché. La Ligne à Grande Vitesse Sud-Est qui reliera Paris à Nice en 3h50, passera par Marseille et Toulon. Il a suivi sans surprise les conclusions du médiateur, Yves Cousquer. La décision confirme également l'engagement de l'État pour ce "projet majeur qui participera à la constitution de l'arc méditerranéen Barcelone-Marseille-Gênes."

Finalement passée assez inaperçu dans les médias, ce choix fait l’objet de la chronique matinale d’Olivier Duhamel sur France Culture. Il distingue 3 camps en présence qui défendent 3 logiques de développement local.


A Les opposants à la construction même du prolongement de la ligne
La cohorte habituelle des anti-TGV, écologistes, opposants au développement touristique et riverains.




A Les partisans du tracé nord à travers le Haut Var
Ce sont les partisans de chaque minute gagnée. Paris-Nice en 3h30 au lieu des 3h50 du tracé des métropoles (et des 5h30 actuellement). Ils ont avec eux l’argument financier (8milliards d’euros contre 15), même si le débat n’est semble-t-il pas tranché. Enfin, ils mettent en avant les difficultés techniques de la mise en chantier de la ligne sur un littoral très urbanisé. Cette option était ainsi défendu par le Préfet de Région, Michel Sapin.


A Les partisans du tracé des métropoles
Ceux-ci rétorquent la rentabilité de moyen-terme quand on leur parle du coût ; la protection de Sainte Victoire quand on leur parle d’environnement. Olivier Duhamel met en évidence à ce stade de sa chronique, la logique purement régionale de cette option. Si, Paris sera effectivement à 3h50 de Nice, l’essentiel est de rapprocher considérablement les distances entre les villes du littoral Marseille-Toulon-Nice. C’est la raison pour laquelle, les grands élus régionaux, ainsi que les milieux économiques locaux ont fait savoir leur préférence pour cette option et leur satisfaction de la voir retenue.

À l’issue de son raisonnement, il semble effectivement se détacher trois logiques de développement : localistes, centralistes et régionalistes.

Le chroniqueur s’arrête ici, essayons de poursuivre en analysant les rapports de force.

La logique localiste semble a priori marginalisée. Elle n’est pas majoritaire dans les enceintes politiques délibératives, elle ne trouve qu’un écho mesuré dans l’opinion. Elle s’exprime par des manifestations ponctuelles, des mobilisations collectives limitées à la défense d’un art de vivre traditionnel, où tout ce qui est perçu comme une modernité technologique est rejetée. Cette description est évidemment caricaturale et réductrice. Elle est pourtant celle qui est véhiculée par les médias dominants. Le succès électoral des listes écologistes en France lors des dernières élections européennes, l’importance institutionnelle croissante des enjeux de développement durable, le pouvoir de séduction des régulations politiques participatives alternatives devraient néanmoins nous conduire à une plus grande prudence. Et surtout à ne pas voir dans cette contestation contre le tout technologique, un mouvement confus animé par une poignée d’allumés désirant revenir à l’âge de pierre. La tentative de fendre le consensus développementaliste ou la croissance à tous crins semble avoir le sens de l’histoire à chaque secousse qui affecte les marchés financiers et par ricochet, l’économie réelle.

La logique centraliste croise la tradition jacobine de l’aménagement du territoire avec la pensée libérale du moindre coût. C’est incontestablement celle qui éprouve le plus de difficultés à se reconvertir aux nouveaux contextes : décentralisation et autonomie des pouvoirs locaux, re-régulation des marchés et relance économiques (certes davantage par l’investissement que par la consommation, par l’offre plutôt que par la demande). Son échec, qui s’étend peu à peu, montre la transformation des relations entre le centre et les périphéries. Paris n’exerce plus de la même façon des fonctions de commandement. À des rapports hiérarchiques succèdent des connexions en réseaux multipolarisés au sein desquels, les villes moyennes occupent de nouvelles centralités. Les périphéries nationales sont repensés dans un environnement géographique élargi : Marseille-Toulon-Nice redeviennent ainsi un axe pertinent reliant Rome demain, Barcelone après demain dans un axe est-ouest ; ainsi, que plus tard ( ?) les suds de la Méditerranée (même si l’on dépasse ici les strictes considérations ferroviaires).

C’est ainsi au triomphe de la logique régionale auquel nous semblons assister. L’impact du consensus entre élus locaux et régionaux au-delà des considérations partisanes montrent la force retrouvée de ce personnel politique, qui n'est plus seulement composé de notables, ni d'entrepreneurs politiques, gérants leurs fiefs comme des business à promouvoir et à défendre dans une compétition des territoires européanisés. Ils sont aussi des actionnaires de l’action publique, engageant des participations dans des projets urbains mis en œuvre par d’autres opérateurs (privés et transnationaux). Ils ont l’intention d’user de leur légitimité retrouvée et de leurs compétences inédites pour peser dans les négociations avec l’État central, qui n’est qu’un acteur parmi d’autres. Certes, les transferts de charge sont parfois plus importants que les transferts de compétence. Certes, les blocages sont encore nombreux. Mais si pour le Monde, « les collectivités locales rechignent à financer les grands projets », c’est surtout qu’elles s’attendent à prendre une part plus significative dans le cadrage de ces opérations.

La décision du tracé de la LGV Sud-est est ainsi un formidable laboratoire d’observation de ces nouvelles formes de relations centre-périphéries, au sein desquelles la régulation est transversale et le centre d’impulsion de plus en plus le fait de puissants pouvoirs métropolitains. Ce n’est pas moins toute la géographie et l’économie du développement local qui est à repenser.

vendredi 26 juin 2009

Marseille, capitale mondiale de l'eau

A Vendredi dernier, 19 juin, la ville de Marseille a été désignée par le collège des Gouverneurs du Conseil mondial de l'eau pour accueillir le Forum mondial de l'eau en 2012. Elle était en concurrence avec la ville de Durban (Afrique du Sud) pour accueillir cet évènement. Pendant une semaine, les projecteurs seront braqués sur Marseille qui devrait accueillir plus de 20 000 participants, ainsi que des débats sur l'usage de cette ressource que l'on redécouvre à la lumière du paradigme du développement durable.

Cette victoire marque, selon le communiqué du Ministère de l'Écologie "la capacité de Marseille et de sa région à accueillir, avec convivialité, des évènements de dimension internationale". Avec convivialité, donc, Marseille poursuit sa stratégie d'accueil de grands évènements internationaux et de production d'une expertise mondiale sur des thématiques liées à son milieu ( eau, migrations) ou aux potentialités de croissance et de rayonnement (ingénierie financière, culture). Cette stratégie, enfin, trouve sa cohérence dans sa focale méditerranéenne et s'inscrit dans l'ambition de devenir capitale, c'est-à-dire un centre de commandement et de décision qui maîtrise les destinées de son espace proche.

Cette dimension stratégique ne doit toutefois pas cacher le fait que les acteurs locaux marseillais disposent d'une vraie expertise dans le domaine de la gestion de l'eau. On se souvient qu'en mars 2008, la région autonome de Catalogne - donc le rival barcelonais ! - soumise à une grave sécheresse avait demandé au Port autonome de Marseille ainsi qu’à la Société des Eaux de Marseille (SEM) l’envoi de centaines de milliers de mètres cubes d’eau par voie maritime afin de lui venir en aide. En 1983, déjà, ce sont les villes de Taragone (Espagne) et de Porto Vesme (Italie) qui avait bénéficié d'une livraison de 1,5 million de m3 d’eau brute de la part de la cité phocéenne.

La SEM, devenue Groupe des Eaux de Marseille, domine le marché provençal de la distribution d'eau potable, de collecte et de traite des eaux usées, domestiques et industrielles. Elle mène des actions internationalisées en direction du Maghreb et d'Amérique latine - et le cas échéant, aux villes des pays du sud de l'Europe. Elle forme par exemple les personnels locaux à la gestion de l'eau et de l'assainissement et procède à des transferts de technologie. Enfin, elle dispose d'une cellule humanitaire, "Water Help". On le voit à l'issue de cette description rapide, la SEM est un acteur local de premier plan dans la production et la diffusion d'une expertise compétitive sur une problématique de plus en plus sensible et stratégique et qui touche le cœur des fonctions locales, l'eau.

A Le groupe des Eaux de Marseille qui fédère 18 sociétés, dont deux à l'étranger, est le quatrième groupe français dans le secteur de l’eau, et s’articule autour de la Société des Eaux de Marseille, détenue à parts égales (48,83% chacune) par Veolia Eau et Lyonnaise des Eaux France. Le groupe emploie 850 salariés pour un chiffre d’affaires de 290 millions d'euro. Il est dirigé par Loïc Fauchon qui n'est pas un inconnu des mondes politiques marseillais. Son parcours est assez exemplaire de la manière dont les compétences sont investies, les ressources mobilisées et les relations entre l'expertise, le politique et le marché structurées.

À sa sortie de l'IEP d'Aix en Provence en 1970, il s'inscrit en thèse d'économie qu'il soutient quelques années plus tard et qui portait sur l'économie du tourisme. Il entre alors à la Préfecture de Région et s'occupe des questions de tourisme et de loisir. Il travaille un temps dans une entreprise d'informatique et crée une ONG, Transahara, qui organise des missions humanitaires d'urgence en Roumanie, en Bosnie, au Mali et en Tunisie. Après un passage dans un Syndicat mixte d'aménagement, il revient dans le secteur public en intégrant le cabinet du Président du Conseil régional de 1980 à 1983. Durant ce relatif court passage à la Région, il connaît deux Présidents, Gaston Defferre, puis Michel Pezet. En 1983, il devient Directeur de cabinet de Gaston Defferre à la mairie cette fois et occupe cette fonction auprès de Robert Vigouroux. En 1991, il est nommé brièvement Secrétaire général adjoint chargé des relations internationales. Durant cette période, il est élu maire de la ville de Trets (10 000 habitants). Il quitte la politique en 1991 pour entrer dans la SEM dont il prendra la direction en 1997. Enfin, en 2000, il devient gouverneur du Conseil mondial de l'eau dont le siège est à Marseille, puis Président depuis 2005.

Ce bref rappel biographique permet de comprendre comment le lien est assuré entre les univers politiques et économiques locaux et dans quelle mesure la thématique internationale (y compris dans sa dimension humanitaire) y est intégrée. Ses compétences et ses relations nouées tout au long de son parcours font de M. Fauchon, une pièce maîtresse du dispositif de rayonnement international de la ville qui trouve sa consécration dans le thème si important de l'eau avec la décision des Gouverneurs du Conseil faisant de Marseille, la Capitale mondiale de l'eau jusqu'en 2012.

mardi 23 juin 2009

Union pour la Méditerranée, des projets et la guerre

A L'Union pour la Méditerranée (UpM) fêtera les 13 et 14 juillet le premier anniversaire du Sommet de l'Élysée qui a relancé la politique méditerranéenne de l'Union européenne (UE). Il est évidemment tôt pour dresser un bilan, ou même mesurer sa portée. Mais cette année écoulée a contribué à éclaircir les attentes portée dans ce projet politique. À en montrer les facteurs de blocage également.

Dés l'été 2008, l'UpM a du faire face à des blocages politiques et des incertitudes stratégiques. La Commission européenne et certaines chancelleries européennes (en particulier les pays d'Europe centrale et orientale soutenus par Berlin, ainsi que pour des raisons différentes l'Espagne) ont vu d'un mauvais œil la "relève" du Processus de Barcelone. Certains ont interprété le projet, avec raison semble-t-il, comme une volonté de rééquilibrer le centre de gravité stratégique de l'Union vers le sud au dépend des efforts pour ancrer les pays de l'est, fraichement membres, dans la marché commun. D'autres, une initiative purement sarkozyste visant à revendiquer un leadership sur la politique de voisinage de l'UE. Du côté des Suds, la Turquie se montrait septiques quant à l'esprit d'un projet qui semblait surtout offrir à l'opinion publique européenne une alternative à son adhésion. La Libye était le seul pays de la rive sud à ne pas être représenté à son plus haut niveau pour protester contre une logique qui viserait à "disperser les rangs" des pays arabes.

L'UpM pouvait toutefois bénéficier de la bienveillance de l'Égypte, dans la mesure où cette initiative était l'occasion pour elle de consolider son autorité sur un bloc arabe dans les négociations avec les pays européens. Surtout, l'Allemagne s'est laissée finalement convaincre. Après avoir exprimée son "inquiétude" en décembre 2007, accusant Sarkozy de vouloir provoquer des torsions dans le projet européen, Angela Merkel se rallie à l'initiative Sarkozy lors du compromis d'Hanovre en mars 2008 à une condition essentielle qui allait changer l'orientation et la dimension du projet (ainsi que son nom : on passe significativement de l'Union Méditerranéenne à l'Union pour la Méditerranée). Il fallait pour préserver la nature de la construction européenne, que l'UpM ne concerne pas seulement pas les pays méditerranéens de l'UE dans une sorte de coopération renforcée, mais qu'elle fasse participer l'ensemble des pays membres de l'Union.

Ces blocages politiques surmontés, le "réhaussement" de la représentation politique est réalisée à Paris à l'issue des cérémonies du 14 juillet. L'UpM doit faire face un mois après son lancement aux premiers nuages stratégiques. La crise géorgienne qui éclate au début du mois d'août 2008 focalise l'attention et mobilise les énergies du Conseil présidé par la France. En septembre, c'est la crise financière qui fait passer au second plan les projets de développement nord/sud. En novembre, enfin, l'élection de Barack Obama à la Présidence des États-Unis, si elle suscite de nombreux espoirs relatifs à une attitude nouvelle du Département d'État sur les questions méditerranéennes et proche-orientales, active des réflexes d'attentisme qui sont peu propices à la mise en œuvre des nouveaux dispositifs prévus par l'UpM. Enfin, la présidence tchèque qui succède à la France à partir du premier semestre 2009 complique la gouvernance arrêtée à Marseille lors du Conseil des ministres de novembre. À côté dune co-présidence franco-égyptienne, l'UpM doit également compter sur un gouvernement tchèque peu enthousiaste envers la politique méditerranéenne de l'Union.

A Surtout, le 27 décembre 2008, l'armée israélienne déclenche une offensive sur Gaza et bloque, jusqu'à ce jour, toutes nouvelles négociations dans le cadre d'une UpM qui se vantait de réunir autour d'une même table, Israéliens et Palestiniens. Dernier épisode en date, le gouvernement israélien fraîchement élu semble remettre en cause les précédents accords diplomatiques conclus par son prédécesseur.

On touche ici au cœur de l'ambiguïté congénitale de l'UpM : l'affirmation conjointe de la mise en œuvre de projets concrets (low politics) souhaitant outre-passer la négociation décisive sur le conflit israélo-palestinien (high politics). Le problème, c'est que, tout particulièrement dans cette région, le second terme de l'équation détermine le reste. Penchons nous, cependant, un instant sur le "reste" afin de tester l'hypothèse suivante : en l'absence d'un règlement du conflit israélo-palestinien, l'UpM est-elle vouée à l'échec ?

Selon Pierre Beckouche, universitaire et expert au sein de l'IPEMED, la cause du déficit d'intégration et de développement économique de la zone MENA réside dans l'absence d'un système productif autonome et performant en Méditerranée. L'UpM est en effet conçue comme un outil, non de résolution des conflits - on l'a dit - mais comme une série d'instruments économiques et financiers contribuant à la mise en contact des entreprises, des associations et des autorités locales des deux rives dans le but de réaliser des projets de développement économiques sur la rive sud. Laissons de côté un instant, sans la perdre de vue, la nature post-coloniale (au sens littérale, "dispositifs d'après") d'un projet qui repose sur des relations asymétriques poursuivant la convergence normative et économique, pour ne pas dire un alignement conditionné des économies et des sociétés du sud sur celles du nord (les systèmes politiques autoritaires sont préservés afin de garantir la stabilité de ces pays et empêcher une menace terroriste islamiste, d'une part, et l'afflux de migrants, d'autre part).

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La croissance démographique des pays de la zone Med est de 1,5%, la croissance économique de 2%, soit largement supérieur aux taux que l'on connait en Europe. Les fonds Inframed qui sont sensés subventionner les projets d'infrastructure représenteraient 200 milliards d'euros selon la Caisse des dépôts, la Banque européenne d'investissement prévoit un besoin d'apport de plus de 250 milliards d'euros pour "mettre à niveau" les économies du sud. Le Plan Bleu estime à 50 milliards d'euros le coût d'adaptation de ces pays au changement climatique. On le voit, les perspectives de développement pour les pays du sud, et de business pour les entreprises du nord sont considérables et l'UpM a eu le mérite de braquer un projecteur sur ces attentes. Et les études d'Anima montrent, années après années, le formidable potentiel d'attractivité de ces pays du sud, pour les grands projets d'équipement ou pour des initiatives plus modestes de PME. Certes l'investissement direct à l'étranger a fléchi l'année dernière pour atteindre 40 milliards d'euros, soit une baisse de 35% par rapport à l'année précédente, mais comparée aux 3 milliards au début des années 1990, on peut affirmer que la zone a acquis une crédibilité inédite auprès des bailleurs et des porteurs de projets. La recherche de la compétence est désormais un argument avancé pour investir dans la rive sud davantage que celui du coût du travail. Couplé avec la proximité des marchés, la maîtrise des langues, la rive sud semble s'être engagée dans une dynamique positive appuyée par les dispositifs d'incitation économique, de canalisation de l'épargne, de sécurisation des investissements et de coordination politique de l'UpM.

Mais l'instabilité stratégique de la région remet en cause ce bel édifice. La "relève" semble tomber sur les mêmes embûches que son prédécesseur. Pour un avenir identique ?

jeudi 18 juin 2009

Olympique de Marseille : enjeu du pouvoir municipal ?

A La crise qui secoue l'OM suite à la démission-révocation de son Président, Pape Diouf est l'occasion d'une prise de parole insolite de la part des élites municipales.

Extrait :

Eugène Caselli, président de MPM (PS) : "Je salue le très grand dirigeant sportif, qui a été toujours exemplaire. Je regrette son départ."

- Jean-Noel Guérini, président du Conseil Général (PS) "Au terme d’une belle saison qui a permis à l’OM de retrouver pour la troisième saison consécutive la Ligue des champions, Robert Louis-Dreyfus, actionnaire principal, et Pape Diouf, président emblématique, n’ont pas donné suite à ce qui restera "une belle aventure". Le supporter que je suis le regrette, comme il a regretté le départ d’Eric Gerets. Alors que le club a retrouvé une stabilité financière et une crédibilité sportive, grâce au travail de Pape Diouf, j’espère que le climat de défiance qui s’est installé au cours de ces jours derniers ne se prolongera pas. Pour l’avenir de l’OM, par respect pour tous ceux qui s’enthousiasment pour un club unique en France, profondément ancré dans la vie quotidienne de tous les Marseillais et de tous habitants des Bouches-du-Rhône, il est vital que les enjeux sportifs ne passent pas au second plan. Tout en étant conscient des difficultés, j’espère que tout sera mis en œuvre pour conforter la place de l’OM au sommet de la hiérarchie du football français et européen en balayant toutes les suspicions qui nourrissent des réflexes d’un autre temps. Pour moi, l’OM doit atteindre cet objectif, au cœur d’un stade Vélodrome modernisé, qui appartient à tous les Marseillais."

- Richard Miron, adjoint aux sports (UMP) : "Cela fait partie de la vie d'une entreprise que de choisir avec qui l'on travaille. Je le remercie pour tout ce qu'il a fait. Je suis certain que son successeur saura trouver l'équilibre nécessaire pour ce club car l'OM représente l'image de Marseille."

- Jacques Pfister, président de la Chambre de commerce : "On est très attaché à l'OM car c'est le seul objet connu du monde entier que nous ayons. Quand vous allez en Afrique, en Chine, on vous en parle. C'est un capital qu'il faut préserver et qui doit retrouver de la stabilité et des résultats sportifs."

- Jacques Dallest, procureur de la République de Marseille : "C'est la continuité qui prime, que l'on soit Marseillais de souche ou d'adoption. Je souhaite que l'OM aille le plus loin possible dans le parfait respect de la déontologie, de la morale et de l'éthique sportive, avec des résultats positifs."

- Dominique Mattei, bâtonnier de Marseille : "J'espère que ce départ n'affectera pas le club de turbulences. Il est dommage que l'image de sérénité qui se dégageait de l'OM soit troublée par ce départ."

Jean-Claude Gaudin n'est pas en reste. Après un communiqué hier, il tenait une conférence de presse ce jour à l'occasion de la tournée des stades susceptibles d'accueillir l'Euro en 2016 organisée par les dirigeant du football français. L'occasion lui a été donnée de confirmer le fait "que le Vélodrome restera la propriété de la ville, tout comme la Commanderie". Façon de mettre fin, à l'hypothèse du naming et de réaffirmer le projet de partenariat public-privé (on évoque 160 millions d'euros) qui consiste à moderniser le stade, porter sa capacité à 70 000 places et couvrir l'enceinte. Visiblement excédé, il déclare n'avoir pas été informé de la décision de l'actionnaire majoritaire, Robert Louis-Dreyfus et se déclare "étonné que l'on s'en prenne à Monsieur Pape Diouf, dont nous avions le sentiment qu'il avait bien accompli les choses. Mais vous savez que sous la municipalité Gaudin, on ne mélange pas la politique et le football, c'était d'autres époques. Nous ne faisons pas cela.". Le maire rappelle alors un principe qui contraste avec la situation : "Je n'ai pas de commentaire à faire, je l'ai fait dans un communiqué (sic). On ne m'a pas donné un coup de fil, ni rien, on aurait pu le faire. On ne l'a pas fait, on ne l'a pas fait. Ne m'en faites pas dire plus".

Il en a dit pourtant davantage. L'Olympique de Marseille serait bien un enjeu du pouvoir municipal. La fonction d'intégration sociale est largement évoquée par les études sur le supporterisme à Marseille. La fonction politique l'est moins. Gaston Defferre avait l'habitude de revendiquer le titre de "Maire de l'OM" et l'arrivée de Bernard Tapie à la tête du club en 1986 est avant tout une décision politique inscrite dans l'exercice du pouvoir municipal. Cette vidéo disponible sur le site de l'INA est avec le recul édifiante. Le discours relatif à l'instrumentalisation du club comme vecteur de promotion de la ville est identique en tout point avec celui d'aujourd'hui. La municipalité a d'ailleurs exercé la présidence par intérim lors du dépôt de bilan soldant les années Tapie. Ce matin, sur les antennes de RMC, Renaud Muselier, longtemps dauphin de Jean-Claude Gaudin, a du décliner l'hypothèse de son arrivée à la tête du club évoquée par Le Parisien avançant l'idée que "cette activité était incompatible avec son engagement politique".

L'hypothèse de l'usage clientéliste de l'OM semble séduisante, mais un peu facile. Les spécificités locales ne suffisent pas à faire du football, une ressource clientélaire échangeable politiquement. Il est indéniable que la réputation de l'OM véhiculée par ses performances et par la notoriété de ses supporters (la fameuse ambiance du Vélodrome) est un atout dans la compétition territoriale offrant l'image d'une ville unifiée et bouillonnante et pouvant renforcer son attractivité. Il y a peut-être également aussi un peu de l'identification du club à la ville et du sentiment d'appartenance de ses habitants avec l'OM (on se souvient que lors du procès des comptes de l'OM en 2007, le procureur avait déclaré prendre en compte la spécificité de "l'institution sociale OM" dans son attitude dans les débats). La colère qui semble monter contre l'actionnaire majoritaire "suisse" et son conseil de surveillance "parisien" illustre moins un phénomène de xénophobie, qu'un patriotisme municipal exacerbé par un sentiment de dépossession du destin de la ville que l'on pourrait comparer avec les résistances qui commencent à émerger sur la transformation physique de la ville (port, Euroméditerranée) et le manque d'ancrage social des grands projets urbains. Les clubs de supporters - dont le pouvoir d'influence dans la gouvernance du club est comparable à celui des CIQ, par analogie, dans la municipalité - s'apprêtent à publier un communiqué commun où l'on sera attentif à l'expression de ce sentiment de dépossession. Qui pourrait aussi en dire davantage.

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