Marseille internationale

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jeudi 11 mars 2010

Pendant la campagne, l'UpM a trouvé un siège

A Si l’agitation politique qui règne pendant une campagne électorale est peu propice à l’avancée des projets, elle est encore moins propice à leur observation. Difficile en effet d’évoquer les politiques locales au-delà du tumulte entretenu par les petites phrases, les promesses et les postures.

Tout est-il «gelé» pendant la campagne ? Non, bien sûr : à la faveur des recompositions induites par la compétition électorale, des enseignements sont sans doute à tirer en matière de gouvernance territoriale. Je ne saurais que trop recommander le blog de Rémi Leroux qui analyse au quotidien le déroulement des affrontements en cours et à venir.

Avec l’imbrication des échelles de prise de décision de l’action publique locale, la campagne électorale n’a cependant pas enrayé le mouvement des politiques locales internationales. En d’autres termes, le temps des affrontements électoraux n’empêche pas le monde de continuer à tourner.

Au début du mois de février, nous avions évoqué la création de l’Assemblée régionale et locale euroméditerranéenne (ARLEM), sorte de Comité des régions de l’Union pour la Méditerranée (UpM).
Complétant le dispositif institutionnel, le 4 mars dernier, les chefs de la diplomatie française et espagnols, accompagnés des Ministres égyptiens et jordaniens des Affaires étrangères, Abul Gheith et Nasser Judeh, du Commissaire européen en charge de l'élargissement et de la politique européenne de voisinage, Štefan Füle, et du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, ont officiellement installé le Secrétariat général, sorte de Commission européenne de l’UpM.

À cette occasion, la prise de parole du nouveau Secrétaire général de l’UpM, Ahmed Massadeh était attendue. Il a tenté de donner des gages à ceux qui redoutent que l’UpM n’apporte de la confusion face aux initiatives communautaires existantes, en particulier celles prévues par la Politique de Voisinage, ainsi qu’à ceux qui doutent sur le fond de la pertinence du projet. «Nous essaierons de faire face aux divergences de façon à ce que chaque membre de l’Union devienne partie prenante à cet effort» a-t-il déclaré.

Ce voeux risque de se transformer en feuille de route pour l’institution barcelonaise tant le scepticisme semble désormais bien installé dans les chancelleries de la rive sud, en écho aux indifférences des opinions publiques, et aux railleries de certains États européens contre cette «politique sans financement» ou cette «im/posture diplomatique». Il n’y a qu’à lire l’article d’El Watan sur le sujet pour se rendre compte des difficultés qui se dresseront dans la perspective de la préparation du deuxième Sommet de l’UpM, prévu à Barcelone en juin prochain.

jeudi 18 février 2010

Les Régions et l’Europe

A À moins d’un mois des élections régionales, les enjeux de la campagne s’éclaircissent un peu. Selon les observateurs et les acteurs politiques, ils sont nationaux - qui de l’UMP ou du PS sortira en tête ? Le Président Sarkozy sera-t-il affaibli par le scrutin ? Quid de l’état du Front national ? de la recomposition de l’extrême-gauche ?.... - ou locaux - quelle sera l’identité de celui qui prendra la tête de la région ?

Déplaçons le regard un instant vers un enjeu de campagne jamais évoqué par les candidats et qui ne produit pas moins d’effets sur l’avenir des régions : leur place en Europe et le dialogue entretenu avec les institutions communautaires.

Le projet de réforme des collectivités territoriales n’évoque l’Europe qu’à demi-mot, aucune des 20 proposition du rapport Balladur n’en fait référence. Pourtant, les autorités régionales sont confrontées à un tournant dans leur rapport à l’Europe.

Depuis les années 1980, l’Union européenne, pour les régions, se résumait à un guichet finançant des dépenses de développement et d’aménagement. Même si elles n’ont pas complètement disparu, les élargissements successifs ont conduit à un tarissement de ce type de ressources pour les régions françaises.

Parallèlement, et décentralisation aidant, le droit communautaire a directement porté sur des compétences relevant des collectivités locales et régionales. Le rapport des régions à la norme, non pas seulement lors de sa digestion, mais également dès la phase de fabrication a considérablement évolué depuis une dizaine d’années. Les régions sont directement branchées sur l’Europe sans que l’on en parle.

Afin d’illustrer ce commentaire, aperçu rapide des relations entre l’Europe et la région Paca.

Les fonds structurels

En matière de gestion des programmes européens, le Conseil régional dispose d’une Mission Europe chargée du pilotage, de l’animation et de la coordination des programmes auxquels la Région participe. Pour la période de programmation 2007-2013, les fonds européens accordés à la Région sont en effet directement gérés par chacune des Directions opérationnelles concernées et non par la Mission Europe. Cette gestion décentralisée du financement de la coopération européenne est ainsi l’aboutissement d’une évolution qui a vu progressivement les bureaux des relations internationales des collectivités locales irriguer les autres services et visant à l’appropriation progressive d’une culture administrative européenne commune.

Pour la période de programmation 2007-2013, la Région PACA est impliquée dans onze Programmes Opérationnels (PO) pour un montant total supérieur à un milliard d’euros.

Les PO les plus importants financièrement relèvent de l’Objectif de compétitivité régionale (FEDER, 302 millions d’euros), de l’Objectif emploi (FSE 285 millions d’euros), et de l’Objectif développement rural (FEADER, 104 millions d’euros).

Les autres concernent des programmes interrégionaux, tels que le PO interrégional Massif des Alpes (35 millions d’euros) et le PO plurirégional Rhône (35 millions d’euros). Le PO pêche atteint, pour sa part, 2,5 millions d’euros. Enfin, quatre PO sont liés à l’Objectif Coopération territoriale européenne : le programme transfrontalier ALCOTRA (150 millions d’euros) entre la France et l’Italie ; le programme transnational MED (193 millions d’euros) pour lequel la Région assume l’Autorité Unique de Gestion, c’est-à-dire un rôle de coordination nationale des projets ; le programme transnational ESPACE ALPIN (98 millions d’euros) ; le programme interrégional IV C, pour lequel la Région assure la mission de coordination des treize régions du sud de la France.

Enfin, PACA est partie prenante du programme de l’Instrument européen de voisinage et de partenariat pour le Bassin maritime Méditerranéen d’un montant total de 172 millions d’euros – qui remplace les anciens fonds MEDA prévus par le Processus de Barcelone.

Les normes européennes en Région - La Région à Bruxelles

Le tournant de l’attitude régionale à l’égard de l’Europe est constitué par l’échec du référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005. Un constat a été fait au niveau de l’administration centrale que la position de l’État sur les enjeux européens n’était pas toujours relayée par les discours des autorités locales qui pouvaient utiliser l’Europe comme le bouc émissaire de difficultés exogènes.

A contrario, les régions n’étaient impliquées ni dans le processus décisionnel européen, ni dans les négociations interministérielles dégageant les positions françaises à défendre à Bruxelles. Les conséquences de cette situations sont nombreuses : affaiblissement des positions françaises vis-à-vis de l’UE, faible légitimité de normes européennes contestées localement, crédibilité mauvaise de l’Europe vis-à-vis du citoyen.

L’exemple le plus connu de ces couacs fut l’infraction relative à l’intercommunalité. En l’espèce, l’État français et les autorités locales se retrouvaient pour contester la vision libérale européenne de l’intercommunalité supposée se plier aux règles du marché intérieur, mais chacun plaidait la cause avec des argumentaires juridiques différents et parfois contradictoires si bien que la position française ne pouvait être défendue... car elle n’existait pas.

Afin de résoudre ce problème, un double mouvement est engagé : une association croissante des élus locaux et régionaux aux discussions interministérielles, d’une part, et une mobilisation accrue de ces élus en vue d’exercer un lobbying sur les institutions communautaires, d’autre part.

En ce qui concerne le premier volet, le Président Chirac a lancé le mouvement en 2005 lors de la Conférence des ambassadeurs en appelant à la « concertation » avec les collectivités locales sur les questions européennes. Il s’agissait de compléter le dispositif de négociations horizontales et sectorielles - Ministère par Ministère - par des cycles de négociations verticales - État - régions.

La cellule chargée de mener à bien ce travail est située au sein du Secrétariat générale des affaires européennes, rattaché au Premier Ministre. Celle-ci s’appuie désormais non pas sur des relations bilatérales avec les Présidents de région, mais sur des réseaux constituées par les associations d’élus : AMF, ADF, ARF pour ne citer que les plus importantes.

En ce qui concerne la région Paca, son Président Michel Vauzelle, a fait le choix de s’appuyer sur un réseau lui permettant de défendre un positionnement stratégique : en l’espèce la Commission Interméditerranéenne de la Conférence des Régions Périphériques et Maritimes, qu’il préside. Il utilise ce réseau, non seulement pour intervenir, sur des négociations nationales relevant des enjeux régionaux méditerranéens dans le cadre du schéma du two level game (négociation nationale > élaboration d’une position commune > négociation intergouvernementale), mais également pour défendre directement ses positions à Bruxelles.

On pressent la limite de l’exercice de la concertation du SGAE. Peut-être celle-ci intervient-elle avec un temps de retard dans la mesure où les régions s’organisent de plus en plus pour exercer un lobbying sur les institutions de Bruxelles. Il n’y a qu’à observer le contenu de la déclaration finale de l’assemblée générale de la Commission interméditerranéene du 17 juillet 2009 sur « le rôle et la place des régions dans l’UpM» pour se rendre compte du fait que les régions n’attendent plus de l’État qu’il défende à sa place les intérêts régionaux.

Il y aurait donc effectivement des « intérêts régionaux » propres, séparables des intérêts de l’État, qui, à la différence de la période précédente, se structurent et s’organisent en dehors des arènes institutionnelles étatiques.

Ils mériteraient peut-être d’être exposés à l’électeur.

mercredi 10 février 2010

La restructuration des services de la ville de Marseille

A Lors Lors du conseil municipal de Marseille du 14 décembre dernier, entre l’adoption d’une mesure relative aux «baux emphytéotiques pour la réalisation d'un hôtel et d'un immeuble de bureaux sur le périmètre du parc Chanot» et de celle approuvant la conclusion d’une « convention pluriannuelle d'objectifs avec la Cité des Métiers de Marseille et PACA », les élus ont voté la délibération n°09/1340/FEAM portant sur la « réorganisation des services de la Ville de Marseille. »

Intitulée 'Préparer demain ensemble', cette délibération prévoit une reconfiguration complète de l’organisation des services municipaux et s’inscrit par anticipation dans la réforme des collectivités territoriales et par réaction dans la révision des politiques publiques. Elle pourrait, par ailleurs, susciter pas mal de réactions de la part de l’opposition et des syndicats d'agents.

Que dit le texte de la délibération ?

Il repose sur un rapport de 8 pages soumis au vote. L’introduction du texte qui se propose de tout changer énonce que « l'organisation actuelle des services municipaux (...) a bien fonctionné. Elle s'est adaptée, elle a évolué

Le retour du New public management à la française

Comme de nombreuses réformes du cadrage de l’action publique, le texte justifie les mesures par des « défis » posés par des déterminants internes et externes. Sont évoquées, les adoptions du Plan Climat Municipal, du Plan Centre-Ville et du Plan Marseille-Emploi, c’est-à-dire des ensembliers de politique publique intégrant des enjeux autrefois sectorialisés et désormais voués à être traités transversalement par l’action publique locale.

L’objectif général est de « retrouver des ‘marges de manœuvre’ » économiques et financières en favorisant « responsabilisation » et « synergie ». En clair, la réorganisation des services municipaux - qualifiée de « processus d’envergure » - s’inspire de la rationalisation des politiques locales avec l’idée centrale de faire mieux et plus avec moins (de moyens) et moins (de personnes).

Une formule du document résume bien un esprit qui renoue avec la tradition des villes-entrepreneuriales des années 80 et du New Public Management des années 90 : « optimiser l’affectation des ressources en fonction des priorités » pour le volet productivité ; « permettre à la collectivité de s’adapter aux constantes évolutions de son temps » pour le volet flexibilité.

La déclinaison territoriale de la RGPP

Le texte propose un calendrier assez détaillé de « l’ajustement » ainsi proposé aux agents. Entre octobre 2008 et juin 2009, une « Révision Générale des Moyens Municipaux » (RGMM) a été menée. Elle s’inscrit dans le droit fil de la fameuse Révision Générale des Politiques Publiques. Selon Acteurs Publics, dans un article qui date de janvier 2009, « les collectivités sont aujourd’hui fortement incitées par l’État à effectuer leur propre RGPP. En clair, à rationaliser leur processus et rendre leurs dépenses plus efficaces. L’augmentation des contraintes financières qui pèsent sur les budgets locaux ne leur laisse guère le choix

C’est entre juillet 2009 et décembre 2009 que s’est enclenchée à Marseille l’étape « Préparer Demain Ensemble » qui a débouché sur un nouvel organigramme supposé renforcer le « niveau d’engagement de chaque acteur de la chaîne manageriale. » La ville, une entreprise comme les autres ? En tous les cas, un vocabulaire partagé : « ingénierie de projet », « fonctions supports », « gestion raisonnée », « valeur de la chaîne de management » « valeur ajoutée » des compétences des agents.

Le problème résidera sans doute dans la pédagogie que devra mettre en œuvre le Secrétariat général auprès des agents. On apprend, en effet, que les « directions générales fonctionnelles seront incitées à partager leur capital savoir comme leur restitution d’analyses et à renforcer le dialogue intra-directions » : des doublons seront supprimés au regard de la « performance ». Un autre problème, évidemment, consistera à articuler ce paradigme du management avec les exigences du service public, dont le texte se propose, sans insister, d’en « renforcer l’identité. » Enfin, il semble que la mairie envisage de regrouper les services dans un endroit unique : c’est une profonde rupture pour avec la volonté de les disséminer aux quatre coins de la ville et au plus près de la population (les Relations internationales, par exemple sont au Pharo, les Affaires Culturelles, rue Saint Férréol etc.).

Le nouvel organigramme : plus simple ?

L’organigramme de la ville de Marseille est refondé. Jusqu’alors trois types de directions composaient l’organisation des services :

  • 11 Directions rattachées au Secrétariat général (Direction général d’incendie et de secours, Direction des assemblées, Marseille Mission Europe, Marseille Mission Emploi, Direction du Développement durable, Atelier du Patrimoine, Grand Projet de Ville, Direction des Grands Équipements, Maison de l’artisanat et des Métiers d’Art, Direction de la Politique de la ville, Direction Internet) ;
  • 8 Directions Opérationnelles (Direction Générale des Services à la Population, Direction Générale des Affaires Culturelles, Direction Générale des Services Techniques, Direction Générale des Affaires Sociales et de la Solidarité Urbaine, Direction Générale de l'Education et de la Petite Enfance, Direction Générale de l'Urbanisme et de l'Habitat, Direction Générale de l'Architecture et des Bâtiments Communaux , Direction Générale de la Prévention et de la Protection) ; et
  • 6 Directions Fonctionnelles (Direction Générale des Ressources Humaines Direction, Générale des Services Financiers, Direction Générale de la Communication et des Relations Extérieures, Direction Générale de la Logistique, Direction Générale des Affaires Juridiques, Direction des Services Concédés et des Sociétés d'Economie Mixtes).

Désormais, la Direction générale des services est réorganisée autour de 7 structures dédiées :

  • Secrétariat général (regroupement des Directions des assemblées, de la Mission Marseille 2013, des chargés de mission, de la Communication interne, d’internet)
  • Bataillon des Marin-Pompiers
  • Mission Prospective et évaluation
  • Inspection générale des services
  • Grands équipements
  • Communication et Relations publiques
  • Relations internationales et européennes.

En outre, 5 Délégations générales constitueront des pôles autour desquels s’articuleront les compétences mutualisées des anciennes directions :

  • Éducation, culture et solidarité
  • Ville durable et expansion
  • Vie citoyenne et proximité
  • Valorisation des équipements
  • Modernisation et Gestion des ressources (centres de supports et experts).

On notera le joli oxymore qui associe « ville durable » et « expansion ». Reste l’impression d’une organisation en poupées russes : les quatre premières, appelées « délégations générales » par opposition à la délégation fonctionnelle de la modernisation et de la gestion des ressources, se décomposent en effet en « directions » qui reprennent peu ou prou les anciennes dénominations et compétences.

Reste surtout une inconnue : si le non-remplacement d’une partie des fonctionnaires territoriaux partant à la retraite est acquis, sachant que le recours à la contractualisation n’est pas en voie d’essoufflement, et si la réduction du volume global des effectifs sera sans doute réalisée, la réception de cette réforme par les agents sera un facteur déterminant de la réussite de cette rationalisation. La bienveillance ou le sentiment d’une pénétration à marche forcée de logiques privées dans l’organisation et la production des politiques publiques locales ?

vendredi 5 février 2010

Naissance de l’ARLEM : la contribution des autorités locales et régionales au projet de l’Union pour la Méditerranée

A Le 21 janvier dernier, 84 élus régionaux et locaux et membres d’associations de coopération européenne appartenant aux pays membres de l’Union pour la Méditerranée (UpM) se sont réunis à Barcelone au cours d’une réunion constitutive de l’Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM). L’adoption des statuts du Secrétariat général et la répartition des compétences entre les six Secrétariats adjoints est prévue le 9 février à l’issue d’une rencontre entre ambassadeurs. Cette annonce clôturerait la première phase institutionnelle de l'UpM, un an et demi après son lancement officiel.

Installés au même endroit, le Palais de Pedralbes à Barcelone, l’ARLEM et le Secrétariat général devrait pouvoir commencer à travailler d’ici la fin de l’année. En attendant que le nouveau Secrétaire général, le Jordanien Ahmad Massa'deh, reçoive sa lettre de mission des États, il sera chargé de préparer le deuxième sommet de l’UpM prévu en juin prochain dans la capitale catalane. La France et de l’Egypte transmettront alors la co-présidence à l’Espagne - qui exerce ce semestre la Présidence tournante de l’UE - et au Maroc.

L’ARLEM ne sera pas en reste avec l’organisation du deuxième Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée, dont la première édition avait eu lieu à Marseille en juin 2008, qui se tiendra à Barcelone (toujours) les 2 et 3 mai 2010.

L’ARLEM est appelée à jouer pour l’UpM, le rôle du Comité des Régions de l’UE - tout comme l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne est la duplication du Parlement européen, et le Secrétariat général celle de la Commission. C’est d’ailleurs le Président du Comité des Régions, le Belge, Luc van den Brande, qui a été nommé président de cette nouvelle institution. Il sera assisté du Marocain Mohamed Boudra, maire de Al Hoceima, afin de respecter la stricte parité entre représentants des deux rives. Chargée de faire entendre la voix des autorités régionales et des territoires, l’ARLEM serait doté d’un rôle consultatif, comme en témoigne la commande d’un rapport sur la coopération décentralisée euro-méditerranéenne attribué au Président de la Catalogne, José Montilla.

Toutefois l’ambition affichée d’adopter une méthode territoriale, qui tranche avec l’approche suivie depuis le lancement du Processus de Barcelone pourrait renforcer la place des autorités locales dans le dispositif.

Le récit politique de l’UpM ne prétend plus agir sur les problèmes globaux (« sécurité », « démocratie », « intégration et prospérité économique », « dialogue inter-culturel », pour reprendre les corbeilles traditionnelles du Partenariat euro-méditerranéen issu du Processus de Barcelone), mais entend favoriser la mise en oeuvre de « projets concrets ».

Le thème du « projet concret » fonctionne comme un policy discourse, c’est-à-dire le produit d’une activité discursive qui est parvenue à donner un sens fédérateur à un projet politique ; une vision globale construite à partir d’un consensus entre des acteurs qui ne partagent pourtant pas les mêmes intérêts dans l’action.

Si l’observation des modes de construction de ce consensus reste à étudier, on peut néanmoins constater à l’occasion du lancement de l’ARLEM à quel point il est incorporé par les acteurs locaux : « Notre conviction est que l'Union pour la Méditerranée ne doit pas tomber dans le piège de Barcelone, en se limitant à la diplomatie classique. De ce constat nous offrons l'apport de notre engagement sur le terrain, orienté vers la réalisation de projets concrets grâce à la contribution des collectivités régionales et locales qui travaillent au jour le jour pour une amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens. Notre objectif est de donner au dialogue euro-méditerranéen une chance ultérieure d'aboutir finalement à la réalisation des initiatives qui ont été avancées à Paris en 2008 » a résumé son Président.

Le fait de réclamer pour l’ARLEM le statut d’« organe orienté vers le terrain qui peut fonctionner indépendamment de la réalité politique internationale » montre dans quelle mesure les acteurs locaux et régionaux ont compris les bénéfices à retirer d’un projet tourné vers « le développement urbain et territorial, la décentralisation, la société de l'information et le soutien aux petites et moyennes entreprises», qui sont les quatre thèmes fixés par le programme de travail de l’ARLEM.

La distribution des caciques entre enjeux territoriaux et enjeux globaux n’est cependant ni figée, ni contradictoire. Ni figée dans la mesure où la mise en oeuvre de projets structurels, nécessitant des investissements importants, comme le Plan Solaire ou les Autoroutes de la Mer n’a jamais été abandonné par les discours politiques ou par les administrations centrales. Pas plus abandonnée que l’incantation à construire cette « zone de prospérité partagée de paix et de sécurité » qui implique pas moins que l’intégration économique au Sud et la résolution du conflit israélo-palestinien. Ni contradictoire dans le long terme, puisque ces problèmes ne sont pas séparables du climat économique général qui pèse sur la production des projets concrets.

Plus d'information sur la création de l'ARLEM sur le site d'Econostrum et d'Europa

mercredi 27 janvier 2010

La cahoteuse réforme des collectivités territoriales

A Le processus de réformes des collectivités territoriales est entré dans une nouvelle phase avec la discussion au Parlement du volet consacré à l’organisation de la nouvelle architecture institutionnelle.
Rappelons que quatre textes sont au programmes : relatifs à l'élection des membres des conseils des collectivités territoriales et des établissements publics de coopération intercommunale ; à l'élection des conseillers territoriaux et au renforcement de la démocratie locale ; à l’organisation de la concomitance des renouvellements des conseils généraux et des conseils régionaux ; et à la réforme des collectivités territoriales per se.
Le Parlement a déjà voté la suppression de la taxe professionnelle et son remplacement par le dispositif de la «contribution économique territoriale» à l’occasion du vote de la loi de finance 2010 en décembre dernier. Cette refondation de l’architecture financière avait, on s’en souvient, suscité l’opposition d’une partie de la majorité inquiète du manque à gagner que pourrait constituer cette suppression pour les collectivités locales. Jean-Pierre Raffarin était par ailleurs intervenu pour regretter que le débat des finances ait eu lieu avant celui sur les compétences.
En outre, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, hier, le texte déjà voté au Sénat organisant la concommitance des renouvellements des conseils généraux et des conseils régionaux qui réduit le mandat des membres de ces deux assemblées afin de permettre l’expiration simultanée des mandats en mars 2014.
Dans cet entrecroisement de textes entre les deux assemblées sur l’objet de la réforme des collectivités territoriales, le Sénat a engagé le débat sur la composition des conseils généraux et régionaux et du nombre de conseillers territoriaux. En juin, le dernier volet de cette réforme devrait s’achever avec le débat relatif au mode d’élection de ces derniers. Les textes se succèdent, les oppositions s’organisent et l’incertitude politique et juridique demeure dans la perspective des élections régionales de mars, d’une part, et dans l’attente d’une possible saisine du Conseil constitutionnel, d’autre part.
Comme souvent en matière de processus législatif, l’adoption d’une partie du dispositif permet d’éclairer les éléments de blocage du débat. Celui-ci semble se cristalliser autour du rôle du futur conseiller territorial.
Pour Pierre Mauroy, membre du comité Balladur, dont le rapport remis au Président de la République a servi de base au projet de loi, ce point illustre « l’affaiblissement des assemblées » locales et la « recentralisation » de l’organisation territoriale de l’État. Laurent Fabius évoque une « loi de régression territoriale et financière ». Rejoints par des élus de la majorité, ils défendent le maintien de la spécificité des missions du conseil général et du conseil régional et s’opposent à l’argument de la « simplification administrative », gage d’une réduction des coûts et d’une meilleure lisibilité de la responsabilité démocratique (3 000 conseillers territoriaux devant « remplacer » les 6 000 conseillers régionaux et généraux). L’une des critiques les plus vives concerne à ce titre le mode de scrutin de ces futurs conseillers territoriaux. Accusé d’obéir à des impératifs électoraux, le projet prévoit une élection au scrutin uninominal à un tour - le modèle britannique du winner takes all - et tendrait ainsi à bipolariser la vie politique locale.
Enfin, certaines voix se sont élevées pour regretter le manque d’ambition en matière de réforme de l’intercommunalité. En effet, le projet de loi ne transforme pas le statut juridique des groupements de communes qui restent des Établissements publics de coopération intercommunale et non des collectivités territoriales à part entière dotées d’une compétence générale. Si cette vision est conforme aux voeux formulées par l’AMF, c’est une version moins « ambitieuse », pour reprendre les termes de Jean-Jacques Hyest, Président (UMP) de la Commission des Lois du Sénat, que celle contenue dans le rapport Balladur qui sera discutée.
Au final, « il n’y a pas de majorité » sur le texte affirme Gérard Larcher, le Président du Sénat. Cette situation de blocage se traduit par la crispation des positions : l’UMP accuse le PS d’utiliser l’argent publique à des fins de propagande politiques dénigrant la réforme. Pour certains sénateurs, ce n’est pas tout à fait exact (cf. cette passe d'arme). L’enjeu du processus de réforme apparaît plus clairement à mesure que les forces partisanes s’organisent pour la campagne électorale.

lundi 18 janvier 2010

Frémissements sur le front des politiques locales internationales ? Partie 2

Deuxième volet de notre tour d’horizon des récents développements des politiques locales internationales marseillaises qui ne montrent pas que des signes de déblocage.

Euroméditerranée : de nouveaux tournants

A Tout se passe comme si nous ne cessions de décrire le lancement de la matérialisation de l’opération. Pour l’Établissement public, 2010 est une année charnière. Une autre. Au cours de l’année, en effet, un certain nombre de chantiers devraient être entamés et divers équipements livrés.

Citons la salle de spectacle (2 000 places) du Silo ; le Centre régional de la Méditerranée - surnommé par certaines mauvaises langues, la « Villa Vauzélia »; les travaux d’enfouissement de la passerelle sur le J4 et la réalisation de la Place de la Méditerranée qui fera la jonction entre les Docks et l’Euromed Center ; enfin, les désormais consensuelles Terrasses du Ports.

Ajoutons au tableau, l’extension du périmètre d’‘Euromediterranée qui marque autant la pérennisation du projet que la fin d’une phase. À ce titre, un bilan pourrait prochainement être tiré. Or, si le taux de remplissage qui reste satisfaisant et si le nombre de bureaux prévus n’est que légèrement en deça des attentes (360 000 m2 contre 500 000 attendus), il est difficile de mesurer l’impact direct de l’opération en terme de création d’emplois, et d'attractivité économique.

Quant à l’aménagement du territoire, le projet s’est pour l’instant « cantonné » à l’édification d’une grande tour, mais on cherche « l’architecture du quotidien » ou les « espaces publics de proximité » promis par le cahier des charges discursif de l’Établissement public.

La crise, certes, a « impacté », comme les économistes disent, le projet. Toutefois, elle a pu avoir quelques effets bénéfiques pour les pôles secondaires de l’économie-mondiale. Ainsi, certaines entreprises en difficultés se trouvent contraintes de délocaliser leurs sièges hors des grandes places. Marseille peut fournir de base de repli pour ces firmes qui souhaitent bénéficier de loyers moins onéreux.

Reprise des tensions sur le port

A La hantise des VRP d’Euroméditerranée chargés de « vendre » la ville aux investisseurs qui semblait être assoupi a refait surface : la grève sur le port. On se souvent de la tension survenue suite à la décision du groupe espagnol Boluda de retirer sa participation dans l’Union nationale marseillaise, entraînant la liquidation judiciaire de l’entreprise et la fin des activités de réparation navale sur le Port (Photo : S. Pagano / 20 Minutes).

Cette tension s’inscrivait dans le cadre de la réforme des Ports autonomes refusée par la CGT marseillaise jusqu’à la fin de l’été. L’accord signé entre dirigeants de la CGT et le nouveau Grand Port Maritime a pu faire croire, un temps, à la fin des hostilités et le début de la transposition de la nouvelle organisation des activités portuaires dans le bastion marseillais.

Toutefois, la situation sur le port s’est tendu sur un autre front au plein coeur de l’été : la décision protectionniste du gouvernement algérien de taxer les importations sur certain secteurs liés aux activités portuaires a mis à genoux l’économie marseillaise du commerce des engins de travaux publics d’occasion.

Six mois plus tard, alors que l’on croyait le contexte marseillaise isolé, c’est un mouvement national qui va perturber les activités du port. Le 4 janvier dernier, la Fédération nationale des Ports et docks (FNDP) a lancé un mot d’ordre de grève concernant les salariés des Grands Ports Maritimes. Cette grève a été particulièrement suivi, notamment à Marseille où aucune marchandise n’a été déchargée, même si, selon Reuters, « aucune incidence n’a pu être observé sur le trafic pétrolier des bassins de Fos et de Lavera ou sur la circulation des voyageurs ».

Les syndicats protestent contre l’application de la réforme : « alors que 30 000 emplois devaient être créés, nous sommes touchés par le chômage partiel et des départs non remplacés. Sur les investissements promis, nous ne voyons rien venir » a déclaré le secrétaire général de la CGT marseillaise. Cette action spectaculaire, renouvelé le 11 janvier, fait suite aux grèves, plus discrètes, du mois de novembre, mais tend à montrer une radicalisation du mouvement.

2013 : la Poste, premier sponsor

A Hugues de Cibon a-t-il accepté une mission impossible en quittant son poste de Directeur marketing d’Euromediterranée pour rejoindre l’équipe de Bernard Latarjet et convaincre les entreprises de se « mobiliser financièrement » derrière 2013 ? Rappelons qu’il s’agit de trouver 15 à 20 % du financement global (évalué à 98 millions d’euros). Le nouveau Directeur du mécénat et des relations avec le monde économique a imaginé un système permettant un engagement différencié des entreprises dans la Capitale européenne de la culture.

Le premier étage est composé du « Club des entreprises de Marseille-Provence 2013 » dont les membres participent à hauteur de 1 000 euros. Le deuxième regroupe les « Supporters » qui apportent une contribution supérieure. Enfin, les « Partenaires» concernent les donateurs les plus généreux. Cet étage distingue dans l’ordre croissant les « Partenaire projet», « Partenaire grands projets » et «Partenaire officiels ».

Or, l’association a inscrit à son tableau de chasse le premier des Partenaires officiels, happy few des événements culturels de 2013. Le Groupe La Poste, qui devient habitué des Capitales européennes de la culture françaises, puisque déjà présent à Lille en 2004, a déboursé les 1,5 Millions d’euros nécessaires pour faire partie des privilégiés. À la clé, une mise en avant de la marque dans les principaux supports de communication, une présence dans les manifestations et la possibilité d’utiliser le logo dans ses opérations publicitaires.

Pour Jacques Pfister, le Président de l’association et de la Chambre de commerce, cette signature « en annonce d’autres ». Il ne manque plus que l’engagement définitif de François Pinault qui aurait promis au maire de mettre à disposition une partie de ses collections pour mettre 2013 sur les bons rails managériaux. Pour la programmation artistique on attendra encore un peu.

jeudi 14 janvier 2010

Frémissements sur le front des politiques locales internationales ?

Ce début d’année est déjà riche en actualités dans le domaine des politiques locales internationales marseillaises. L’occasion de faire un point sur les récents développements et les perspectives des principaux dossiers.

Compétition politique : tous en place pour les régionales ?

A Presque... Du côté du duel attendu Mariani/Vauzelle, la campagne semble s’être accélérée - avant même d’avoir vraiment commencé... -sur le thème de la sécurité et de l’emploi. Comme nous le décrit Rémi Leroux, « la droite a attaqué bille en tête. La gauche a répliqué du tac au tac. La campagne est lancée » sur des enjeux aussi peu régionaux, que politiques - c’est-à-dire facilement convertibles en clivage droite / gauche. Au-delà de la passe d’arme Marianni / Menucci sur la vidéo-surveillance ou la teneur du Plan de relance de la Région, l’un des effets attendus de cette agitation est de « réduire (la campagne) à un affrontement UMP / PS » d’autant plus que les autres forces partisanes peinent à s’organiser.

On apprend aujourd’hui dans La Provence que Catherine Levraud a finalement été désignée pour diriger la liste Modem après le retrait de François-Xavier De Peretti. Cette désignation clôt la phase d’incertitude au sein du mouvement de François Bayrou. Enfin, pas vraiment selon M. De Peretti qui rappelle justement : « nous n'avons que la tête de liste, il reste 136 noms à trouver. Quant au programme, nous sommes la région la plus en retard. Il faut s'y mettre dans l'urgence.»

Du côté du Front de Gauche, les choses ne sont pas mieux engagées. Le ralliement de Joël Canapa, Vice-Président communiste du Conseil régional, à la liste PS dans le Var, repose la question de la stratégie du Parti communiste de faire liste commune avec le parti de Jean-Luc Mélanchon. D’autre part, le refus de la Fédération pour une alternative sociale et écologique de rejoindre le Front de Gauche compromet un peu plus ses chances d’apparaître comme une liste élargie de la gauche de la gauche.

Union pour la Méditerranée : des accords, enfin

A Le volontarisme diplomatique de ces dernières semaines semblent avoir enfin porté leurs fruits. À moins que les récents développements de l’Union pour la Méditerranée ne soient du aux effets de lassitude d’un blocage qui persiste depuis plus d’un an. Après l’annulation de la réunion d’Istanbul, certaines chancelleries désespéraient de trouver une issue à l’épineuse question de l’identité (et de la nationalité) du futur Secrétaire général de l’UpM. À Barcelone, au palais de Peladbres pourtant, tout est pourtant prêt pour l’accueillir.

Le 5 janvier, le chef de la diplomatie française s’est rendu au Caire pour exhorter ses collègues à «réveiller » le projet. Au moment de rencontrer ses homologues égyptiens, espagnols, tunisiens et jordaniens, Bernard Kouchner a reconnu « qu’il reste de petits problèmes entre certains ministres des Affaires étrangères (...). Pour des raisons politiques, nous ne sommes pas tous les jours d'accord »

Pourtant, la réunion du Caire a été l’occasion de percées inédites. Premièrement, les « financements se précisent ». Les Echos croit savoir, en effet, qu’ « au premier rang des investisseurs se trouvent la banque allemande de développement KFW, l'Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d'investissement (BEI) et la Banque mondiale, auxquels s'ajoute le fonds InfraMed mis en oeuvre par la Caisse française des Dépôts et Consignations (CDC), la Cassa Depositi e Prestiti d'Italie, EFG Hermès (Egypte) et la Caisse de Dépôt et de Gestion du Maroc». Au final, ces investissements sont estimés entre 8 et 10 milliards d’euros. C’est l’une des premières fois qu’est exprimée une évaluation des moyens mobilisables par l’UpM.

Deuxièmement, un consensus s’est dessiné autour de la candidature de Ahmad Massa’deh Ahmad Massa’deh, ambassadeur de la Jordanie auprès de l’Union européenne et de l’OTAN, au poste de Secrétaire général. Son nom proposé par les « 5 du Caire » a été accepté par les hauts fonctionnaires de l’UpM le 12 janvier. Pour être effective, la désignation devra être entérinée par les Ministres des Affaires étrangères des pays membres. La date de la mi-février est évoquée, mais l’essentiel semble être acquis pour que le Secrétariat technique puisse commencer à travailler - c’est-dire examiner les projets à financer. Le Secrétaire général sera assisté par des adjoints palestinien, israélien, turc, ainsi que représentant la Ligue arabe.

À suivre, « Euroméditerranée ; le Port ; et 2013 »'

mercredi 30 décembre 2009

Bilan des enjeux locaux internationaux (3) : la dipliomatie décentralisée

A 2009 a semblé montrer les limites de la diplomatie décentralisée marseillaise. Le dialogue entre les autorités locales et régionales de la Méditerranée s'est en effet heurtée, d'une part, au retour des questions sécuritaires dans la région et aux blocages consécutifs à la logique projet de l'Union pour la Méditerranée. D'autre part, la "diplomatie participative" chère à Michel Vauzelle n'est pas parvenue à anticiper les effets des mesures protectionnistes en Algérie. L'activisme international des élus locaux et régionaux a pu paraître cantonné à des appels vains à la médiation ou à l'intervention de l'État. Contrairement aux prophéties, celui-ci a donc encore de beaux jours devant lui. "Le cadavre de l'État bouge encore", nous rappelle cette année de diplomatie décentralisée. Celui du protectionnisme et des égoïsmes nationaux aussi.

L'Union pour la Méditerranée : l'impasse de la logique projet

La guerre de Gaza, on l'a dit, a considérablement remis en cause les ambitions du projet français. Celles-ci reposaient sur le constat d'un double échec : ceux d'Oslo et de Barcelone. Oslo, car de processus de paix dans la région, il ne reste ni processus, ni paix, pour reprendre un adage désormais partagé sur le terrain. L'échec de Barcelone, ce fut la conjonction de la mauvaise volonté des bailleurs (États, Commission européenne) et de la logique sécuritaire des négociations reposant sur l'équation suivante : lutte contre l'immigration + lutte contre l'islamisme = stabilité des régimes autoritaires du Sud et absence d'intégration des marchés et de développement économique).

L'idée de Nicolas Sarkozy (mise en forme par Henri Guaino) était de prendre acte de ce double échec. Il s'agissait de repenser le dialogue euroméditerranéen sur une perspective de plus long terme et d'orienter les enjeux vers les considérations économiques. L'erreur originelle fut de croire, en libéral wilsonien, que le progrès économique allait automatiquement créer les conditions pour la paix et la sécurité ; que la guerre allait attendre que se concluent les business deal.

A

Cette idée a fait long feu et l'exercice est facile aujourd'hui de lui reprocher les sous-bassements théoriques. Il n'en demeure pas moins qu'elle aura permis d'attirer l'attention des bailleurs sur la région dans une perspective moins huntingtoniennne que le Grand Moyen Orient de Georges W. Bush. La perspective de la Présidence espagnole de l'Union européenne et de l'anniversaire du Processus de Barcelone, sans oublier l'ouverture prochaine (?) du siège du Secrétariat général de l'UpM au Palais Pedralbes, pourraient même ouvrir la porte à des progrès.

L'initiative française aura par ailleurs permis aux autorités locales et régionales de la rive nord de repenser leurs stratégies méditerranéennes. Le deuxième Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée qui aura lieu à Barcelone au début du mois de mai sera l'occasion de constater les évolutions en ce domaine. À Marseille, les autorités locales se sont rapprochées des États dans leur approche de la diplomatie décentralisée et ne s'interdisent plus de sortir de la coopération d'autorités locales à autorités locales comme la loi l'autorise.

La loi de finances complémentaire algérienne : essai grandeur nature

Au cœur de l'été, la décision du gouvernement algérien de durcir les conditions d'importation des marchandises portuaires a suscité parmi les autorités locales et les entreprises marseillaises l'incompréhension, la panique, puis la frustration de ne pouvoir rien faire.

Du côté des entreprises, l'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos a alerté le Secrétaire d'État au Commerce extérieur, bientôt imité par les élus locaux. Un bel exemple de "jouer collectif" tant l'enjeu paraissait considérable pour l'économie locale portuaire dont 40% de l'activité était orientée vers l'Algérie. À la fin de l'automne, "les quatre cinquièmes du trafic avaient disparu", déclare un porte-parole de l'organisation patronale à l'AFP, citant notamment l'exemple de la compagnie maritime Marfret. Bernard Vidil, son Président, évoque un "recul massif" de l'activité, soulignant, "sur le port, c'est le désarroi total".

A

Après une visite éclair de Anne-Sophie Idrac à Marseille, certainement pour rappeler que l'Algérie étant un pays souverain et que ses décisions ne pouvait faire l'objet de négociation, surtout en temps de crise économique, les élus locaux ont organisé une rencontre avec les autorités algériennes. Celle-ci a finalement eu lieu au début du mois de décembre. Pour quels résultats ? "Nous avons dit à M. le Premier ministre que nous avons le plus grand respect pour la souveraineté et les choix du gouvernement algérien" a déclaré Michel Vauzelle, qui a souhaité s'exprimer au nom de la "France méditerranéenne". Jean-Noël Guérini précise "nous acceptons la LFC algérienne et les contraintes qu'elle peut imposer aux entreprises françaises notamment portuaires. Mais nous avons dit au Premier ministre que ces entreprises s'adaptent".

La délégation marseillaise entend surtout se servir de cette leçon en améliorant ses outils de veille et en renforçant la coopération institutionnelle avec son partenaire algérien qui se situe moins que jamais dans les Wilaya, mais dans les cabinets ministériels. Une Maison Marseille-Provence-Algérie devrait ainsi être construite prochainement et gérée par la Chambre de commerce de Marseille ; deux groupes de travail réunissant les acteurs des deux ports et des deux institutions consulaires devraient également voir le jour ; enfin, le premier adjoint du maire - absent, il a promis de se rendre à Alger au début de l'année 2010 - a proposé la mise en place d'un bureau de représentation économique de l'Algérie à Marseille : "Nous voulons que le gouvernement algérien et la banque centrale d'Algérie autorisent l'ouverture d'un bureau de représentation à Marseille qui pourrait être tenu par la Société générale, qui est candidate. Ces bureaux pourraient accueillir les entreprises algériennes qui travaillent en France et aider les entreprises françaises désireuses de travailler en Algérie. Cette représentation pourrait donc générer un flux financier entre les deux pays".

Propos recueillis par Econostrum et Algeria Watch

mardi 15 décembre 2009

Bilan des enjeux locaux internationaux (2): Euroméditerranée

A Au début de cette année, nous écrivions ici que "2009 dev(r)ait être une année décisive" pour Euroméditerranée. Nous évoquions les question d'implantation sociale du projet, le commencement des chantiers architecturaux et d'aménagement et la mise en œuvre du programme d'extension.

Sur ces trois dossiers, il semble que l'Établissement Public soit confronté au défi du temps. On n'ignore plus que les grands projets urbains, qui s'imposent comme la norme de la production de la ville, obéissent à des temporalités contradictoires. La vision politique du projet urbain est supposée conférer une cohérence stratégique à un ensemblier de politiques publiques hétérogènes. Le politique ici n'est pas sensé donner seulement du souffle à une opération d'aménagement, mais doit l'inscrire dans une conception partagée de la cité, et qui soit projetable dans le temps. Cependant, les aménageurs ne peuvent négliger le rythme soutenu du calendrier électoral, qui ne coïncide pas avec la temporalité longue de la construction stratégique.

Cette dichotomie est également observable sur le plan de l'opérationnalisation. La contradiction que doit résoudre l'Établissement public est de matérialiser l'opération, c'est-à-dire de la rendre immédiatement visible aux destinataires (habitants, firmes, touristes), tout en mettant en œuvre des programmes aussi ambitieux que chronophages.

On le constate ainsi, ce n'est pas seulement le temps qui pose problème à la production des projets urbains. L'élargissement du système d'acteurs qui marque la nouvelle économie politique des villes - la gouvernance urbaine - redistribue les ressources de l'action collective et complexifie les processus décisionnels. Il serait naïf de considérer l'"rrupition" du marché dans la production des politiques urbaines comme une nouveauté ou un big bang. Néanmoins, il faut prendre la mesure de l'indifférenciation croissante des logiques privés et publiques particulièrement visibles dans les projets urbains en les inscrivant dans des logiques d'acteurs.

L'année 2009 pour Euroméditerranée est particulièrement révélatrice des questions que ces évolutions soulèvent. L'extension du périmètre est l'un de ces exemples. Évoquée il y a quelques billets, intéressons nous ici au Mucem.

Tout au long de l'année, le Mucem a été l'objet de nombreux soubresauts. En janvier, Nicolas Sarkozy annonce qu'il "croit beaucoup" au Musée. Quelques jours plus tard, dans le cadre du Plan de Relance, ses Ministres Patrick Devedjan (relance, justement) et Christine Albanel (culture) se rendent à Marseille pour confirmer l'engagement de l'État et le début du chantier pour juin. Au même moment, on apprend que deux associations locales - le CIQ du 2ème arrondissement et l'association des Jardins Portuaires - ont déposé un recours pour empêcher les travaux. Dans le Ravi de novembre, ils s'expliquent : "c'en sera fini du panorama sur la Méditerranée et des promenades en bord de mer", "on est peiné de s'attaquer à un projet culturel, mais le quartier est asphyxié par la circulation et le manque d'espaces verts". Résultats, le chantier n'a pas commencé en juin, mais en janvier - en effet, jusqu'au 31 décembre la place du J5 accueille le cirque Médrano. La livraison devrait être prévue en mai 2013. Cinq mois après le début des festivités de la Capitale européenne de la culture alors que le musée qui doit être, selon le Ministre, "beaucoup plus qu'un équipement culturel" est supposé "être le lieu-matrice d'une Méditerranée pleinement réconciliée". Il attendra encore un peu.

lundi 7 décembre 2009

Bilan des enjeux locaux internationaux (1) : compétition électorale

A La fin de l'année approche, il est temps de sacrifier à l'exercice rituel des bilans. Au début de l'année, j'avais proposé sur ces pages un rapide tour d'horizon des enjeux locaux internationaux de l'année 2009. Premier volet, les élections. Retour en arrière, donc, sur la compétition électorale marquée par le scrutin européen de juin.

Résultats

Avec 36,93% de participation, on a moins voté dans la circonscription du Sud-Est que dans le reste de la France (crédité de 40,48%) et même que dans l'ensemble de l'Union (en moyenne, 42,94%). On a même moins voté que lors du scrutin de 2004 (40,37% pour la circonscription du Sud-Est).

La liste UMP conduite par Françoise Grossetête arrive en tête avec 29,34% des voix. 5 députés UMP sont élus dans la circonscription : Françoise Grosstête, donc, et Dominique Vlasto, députées sortantes, sont accompagnées de Damien Abad, Gaston Franco et Michel Dantin, qui font leur entrée au Parlement européen.

La surprise provient de la liste Europe-Écologie qui, avec 18,27% des suffrages, devance la liste PS de presque 4 points et compte un élu de plus que les socialistes. Michèle Rivasi, François Alfonsi et Malika Benarab-Attou gonfleront la présence des Verts à Strasbourg, tandis que Vincent Peillon échoue dans son pari et n'emmène qu'une seule élue, Sylvie Guillaume, avec lui. En 2004, la liste PS, emmenée par Michel Rocard, avait réalisé le score de 28,62%, contre 17,62 à l'UMP.

Pour le reste, Jean-Luc Benhamias conserve son siège, cette fois pour le MODEM - il était élu Vert en 2004 - en recueillant 7,37% des voix. Une attention particulière s'était portée sur la liste du Front national. Jean-Marie Le Pen conserve son siège avec 8,49%, mais perd 4 points par rapport à 2004 et poursuit son tassement observable au niveau national où le FN ne recueille que 6,9%. Il fait cependant mieux, sur la scène locale, que les centristes.

Enfin, le Front de Gauche, le NPA et Libertas arrivent dans cet ordre mais ne rassemblent chacun qu'entre 4 et 6 % des voix.

Enseignements

Si l'on compare avec ce qui avait été dit sur ces pages en janvier dernier, on s'aperçoit que les têtes de liste n'ont pas été celle prévues. Alors que l'on attendait Michèle Barnier à droite et Patrick Mennuci à gauche, c'est le contraire qui s'est produit avec une élue implantée localement comme tête de liste de l'UMP et un parachuté pour le PS, désigné en fonction des luttes internes au PS. Ségolène Royal avait, en effet, obtenu deux têtes de liste pour ses "proches", Bernadette Vergniaud pour l'Ouest et Vincent Peillon pour le Sud-Est. C'était avant la rupture.

Les enjeux locaux ont été particulièrement absents de ce scrutin, toutefois, on peut se demander si l'expérience et le succès d'Europe-Écologie peuvent se traduire dans un scrutin régional et sur un terme plus long.

Le PS local est-il si durablement affaibli qu'il n'apparaît plus que comme la troisième force politique de la région ? Conclusion bien évidemment hâtive, mais comme le système politique national de la Vème République est tout entier tourné vers l'élection présidentielle, le système politique local se structure autour de la conquête de la mairie de la ville-centre. Or, le leader du PS marseillais, Jean-Noël Guérini concentre toutes ses forces et ses troupes vers la bataille déjà annoncée de 2014, délaissant les scrutins intermédiaires ou les utilisant dans l'optique des municipales.

Apparaît-là l'un des grands paradoxes de la vie politique locale : la mairie conserve aux yeux des acteurs politiques et des citoyens, la primauté en terme de légitimité politique, alors même que cet échelon n'a jamais été aussi faible en terme de capacité d'action et de compétences politiques.

Cette contradiction produit des effets de turbulences sur les autres scrutins et enjeux politiques locaux - intermédiaire dans le cadre de la lutte partisane, essentiel dans la production des politiques publiques. Les Verts d'Europe-Écologie ont profité de ce brouillage au moment des Européennes (mais pas seulement : la confusion qui continue de régner au sein du PS au niveau national, ainsi que le relais positif dont bénéficie la question écologique dans l'opinion ne doivent pas être négligés). Qui en profitera en mars prochain pour les Régionales?

vendredi 27 novembre 2009

Barcelone, la rivale ?

A On pourrait à l’envi tenter d’objectiver la rivalité entre Barcelone et Marseille, la Catalogne et la Provence, l’Espagne et la France engagées dans une compétition pour l’exercice du leadership institutionnel dans l’espace méditerranéen et dans le contrôle des flux économiques maritimes. On pourrait au contraire montrer les effets performatifs d’une concurrence qui relève davantage du marketing urbain que d’une réalité économique. On pourrait, par ailleurs, tenter de décrire les limites, voire les dangers, des termes d’une compétition territoriale pour les équilibres sociaux internes et son non-sens alors que les territoires sont engagés dans des dynamiques croissantes de coopération. On pourrait enfin signaler la différence entre les échelles d’intervention des deux pôles dûe à des assises politiques et économiques qui n’appartiennent pas aux mêmes unités de grandeur au profit de la capitale catalane.

On préfèrera ici retranscrire la parole des acteurs marseillais qui se déploie sur l’une ou l’autre de ces modes de compréhension de la rivalité barcelonaise pour saisir la portée de cette concurrence.

« Barcelone s’est positionnée sur ce créneau en investissant l’espace culturel. Ici, à Marseille, nous entendons plutôt utiliser le développement économique et l’ingénierie financière en favorisant notamment l’installation dans notre ville d’institutions internationales spécialisées ». (Ville de Marseille, Mission Europe,)

« Marseille avait un peu tourné le dos à la Méditerranée pour se tourner vers l’intérieur et se rapprocher des grands pôles européens et ne pas apparaître comme le mauvais élève. Mais il y a eu une évolution de et les élus se sont rendu compte que la Méditerranée c’est notre champ et qu’elle peut être un atout y compris dans la perspective européenne. C’est là-dessus qu’on peut concurrencer Barcelone même si Barcelone est le premier pôle euro-méditerranéen, elle n’est pas une ville méditerranéenne, il n’y a pas de populations de la rive sud de la Méditerranéenne par exemple. C’est davantage une ville du sud de l’Europe qu’une ville Méditerranéenne qui fasse le lien entre les deux rives. Bien que sa dynamique soit plus importante, Marseille dans son identité est une vraie ville euroméditerranéenne. » (Ville de Marseille, Relations internationales)

« En 1995, l’Etat fait le constat au moment du lancement du Processus de Barcelone que la France avait une carte à jouer sur la Méditerranée. On a vu émerger des villes concurrents sur la Méditerranée, en l’occurrence Barcelone, qui commençait à s’afficher comme un pôle d’interface entre l’Europe et la Méditerranée et qui commençait à attirer des organisations internationales, des grands évènements, des entreprises. Pourtant, les autorités nationales ont commencé à percevoir comme légitime le faire de disposer aussi d’une interface euromediterranéenne. L’Etat se disait, « c’est curieux, j’ai une ville dont l’histoire, la localisation, l’activité s’est construit autour d’échanges avec le bassin méditerranée et malgré tout cette ville n’arrive pas à jouer le rôle que joue Barcelone ». Pourquoi ? » (Établissement public Euroméditerranée)

Quand on demande aux entreprises de différents continents, quels sont les villes qui peuvent prétendre à devenir hub entre l’Europe et la Méditerranée. Forcément, il y a Barcelone qui arrive en tête, mais juste après il y a Marseille. Alors, Ernst a refait une étude plus large où on est position un peu moins dominante. On voit Istanbul et Rome qui sont dans des positions significatives, mais ce qui est important c’est que le leadership de Marseille au niveau français est absolument incontesté. (Établissement public Euroméditerranée)

« Il faut que la ville regarde vers le Sud mais aussi vers l’Europe. À mon avis, c’est cet équilibre qu’il faut trouver. C’est un peu comme les bridges, ces appareils photos numériques qui sont l’intermédiaire entre le réflexe et le petit numérique. On doit trouver un compromis entre l’Europe et la Méditerranée. Parce qu’au fond Barcelone est une ville de la Méditerranée, mais qui n’est tournée que vers l’Europe. Nous, on est quand même plus tournés vers le Sud. L’ambition de cette ville, ce serait d’être cette tête de pont entre les deux rives. » (Chef d’entreprise, animateur du Club Ambition Top 20)

« Au moment du lancement du Processus de Barcelone, en 1995, le grand débat c’était de savoir qui de Marseille ou de Barcelone seraient la capitale de cet espace. Évidemment, on raisonne toujours en terme de capitale. Sachant que, et là c’est le Marseillais qui parle, le fait de se vouloir capitale, prétendre à être capitale montre bien qu’on ne l’est pas et c’est peut être la manifestation d’un complexe d’infériorité par rapport à Paris et d’autres. » (Conseil régional PACA, Mission Europe)

« Capitale est un peu le terme générique qui chapote toutes les ambitions. On l’utilise alternativement pour la culture, l’économie, le tourisme. On veut toujours être capitale de quelque chose et évidemment une capitale de tout. On est arrivé à synthétiser cela en disant « capitale euroméditerranéenne ». Je crois qu’il y a déjà une volonté d’afficher haut l’ambition. Quand on utilise le mot capitale, on est obligé d’obtenir des résultats (…). C’est une espèce de phare qui illumine tout le monde et qui est censé organiser des synergies. Dans le cas de Marseille, J’y vois ce rapport aux autres villes du Bassin méditerranéen. Alors, on pourrait parler de Barcelone, il se trouve aussi quelques capitales réelles, style Athènes. Il a bien fallu se hisser un petit peu au niveau. C’est donc l’idée qu’il y a certaines villes, certaines métropoles sur ce pourtour méditerranéen qui vont compter ou qui peuvent compter ; en se positionnant comme capitale, on se met d’emblée à leur niveau. » (Collaborateur d’élu)

« Les ambitions se définissent au regard des défis que l’on se pose, mais aussi aux concurrents que l’on se crée. Si vous abordez votre ambition politique sous l’angle de la concurrence avec Fos-sur-Mer, pour une métropole comme Marseille, et bien vous ne placez pas la barre très haute et vous n’allez pas faire rêver les gens. Mais sans même les faire rêver, vous n’allez pas mobiliser vos entreprises, votre secteur touristique, tout votre secteur économique. Il y a peu de chances qu’ils se bougent pour ravir la capitale de la pétanque à Aubagne. Si d’emblée vous affirmez « écoutez, nous, notre ambition, c’est d’être au même niveau que Barcelone », ma foi, les paupières se soulèvent un peu. On se dit « tiens, cela change », cela change, effectivement, de la rivalité avec Aix. Et pour placer la barre plus haut, vous changez les lignes politiques parce que d’un coup, en raisonnant comme cela, il y a tout un ensemble de problèmes qui paraissaient abscons et sans intérêt, qui deviennent visibles. De fait vous entrez dans une autre dimension. » (Collaborateur d’élu)

« Notre concurrent, c’est clairement Barcelone, plus que Gênes dont le port a été plombé par les dockers. J’espère que Marseille ne suivra pas le même chemin. Le vrai challenge c’est Barcelone. C’est un challenge qui est loin d’être gagné pour Marseille. Barcelone a des atouts importants, des atouts également concernant le maritime. Et la tradition. Il y a en Espagne, comme en Italie, mais surtout en Espagne, une tradition des grandes villes, de grandes régions. Barcelone, c’est la Catalogne. La région Catalogne par rapport à la région Paca, c’est dix ou quinze fois plus de budget. C’est une autonomie de gestion, de décision, de compétences, que n’ont pas les régions françaises. Et au niveau des villes, c’est la même chose. C’est notre concurrent, notre vrai concurrent et on va mettre du temps pour les rattraper. Les ports sont concurrents. Sur la captation de marchandises, nous sommes concurrents. Qui dit captation de marchandises, dit implantation d’investisseurs, d’acteurs portuaires, d’investisseurs économiques. C’est à nous de gagner des parts de marché. C’est donc un concurrent très, très important. Après, les conséquences s’enchaînent. Vous faites venir des entreprises, donc vous faites venir du monde, donc vous faites venir des gens qui s’y installent, donc vous créez des logements, donc vous faites venir des gens qui paient la taxe foncière et la taxe d’habitation, qui donc enrichissent la ville et c’est le cercle vertueux ou le cercle vicieux en sens inverse. » (Élu local)

« Barcelone a 10 ans d’avance sur tout le monde. Nous nous sommes beaucoup battus, pas contre Barcelone, parce qu’on n’a rien contre Barcelone, mais on trouvait anormal que Barcelone soit la capitale de l’Union pour la Méditerranée, compte tenu de ce qu’était Marseille. Ce n’est pas parce que l’on est Français, mais Marseille est la vraie capitale fédérative de la Méditerranée, du fait de son passé moyen-oriental et du fait de son présent maghrébin. Cela remonte à François Ier, les capitulations, les échelles du Levant, c’est une très vieille histoire et Marseille a joué traditionnellement son rôle. » (Réseau de collectivités locales)

« Barcelone joue sur une rivalité, qui, à mon avis, n’a pas de sens. Barcelone, Capitale de la Catalogne, nous, on n’est pas Capitale de la Provence, on est à part. Ni plus, ni moins. La puissance de l’économie de Barcelone qui équivaut à celle de Paris, n’a rien à voir avec nous. C’est une autre histoire. Mais Barcelone a des craintes. Parce que Barcelone qui s’est développée très tôt et intelligemment, mais a commis des erreurs de développement. Nous, ce qui a été notre faiblesse, le fait que l’on ait tardé, nous a permis de tirer des leçons qui sont profitables. En même temps, je pense qu’on ne peut pas s’inscrire en concurrence. Quand on se compare au foyer fiscal de Barcelone, il nous faudra cinquante ans pour y arriver. Dites-vous que Barcelone, c’est 3 millions d’habitants et 5 millions avec l’agglomération. Marseille c’est 800 000 habitants et 1 million et demi avec l’agglomération. C’est très insuffisant. Et dans le centre de Barcelone, c’est très riche. Après, c’est une autre histoire : sur l’aspect culturel par exemple, il y aurait beaucoup à en dire sur les effets du catalanisme ». (Ancien élu local)

Photo: Palais Pedralbes - Barcelone. Siège du Secrétariat Général de l'Union pour la Méditerranée

mardi 17 novembre 2009

Euroméditerranée sur la voie d’accélération ?

A Opération de requalification urbaine, outil de développement économique, levier de rayonnement international, vitrine de la métropolisation, alibi de la gentrification… Quel que soit le label apposé à Euroméditerranée, le projet semble entrer dans une phase plus opérationnelle.

L’ambiguïté d’une telle opération d’aménagement urbain – qui concerne la plupart des villes industrialo-portuaires selon des modalités très proches – réside dans le décalage entre les formulations stratégiques, d’une part, et les réalisations matérielles, d’autre part.

Les contraintes sur l’action politique

Le politique chargé d’exprimer les ambitions se heurte au moins à trois types de contraintes :

  • celle constituée par les experts, les bureaux d’études et les urbanistes, qui disposent de leur propre agenda et de leurs intérêts ;
  • celle constituée par les hiatus chronologiques entre le temps électoral (les élections municipales en 2014) et le temps du projet (la livraison d’Euroméditerranée étant prévue pour 2030) ; et
  • celle constituée, enfin, par l’environnement économique et institutionnelle, en l’espèce la crise économique et la réforme des collectivités territoriales qui renforcent le climat d’incertitude.

Ces formes non-exhaustives (on pourrait ajouter la fragmentation institutionnelle locale, les résistances de la société locale…) de contraintes pèsent sur la décision politique. Ces lourdeurs ne signifient obligatoirement l’existence de freins à la production des politiques d’aménagement et d’équipement. Elles peuvent se traduire, au contraire, suivant les contextes et les configurations territoriales, par davantage de souplesse et de flexibilité et ainsi par une accélération de la mise en œuvre du projet. Elles conduisent, en tous les cas, à modifier l’intervention du politique, qui doit faire face à une ouverture du système d’acteurs. Son rôle réside dans la coordination d’un réseau qu’il ne pilote pas plus qu’il ne l’anime.

Ces généralités méritent naturellement une attention plus précise sur les évolutions d’un cas particulier – voire une comparaison entre des cas.

À Marseille, les épisodes les plus récents d’Euroméditerranée peuvent fournir ce creuset empirique. Tentons de l’esquisser à partir des derniers éléments d’informations.

L’extension d’Euroméditerranée

Samedi dernier, l’Établissement Public d’Aménagement Euroméditerranée a annoncé le nom du lauréat du concours d’urbanisme portant sur les réalisations au sein du périmètre d’extension. C’est le bureau d’étude de François Leclerc qui a été choisi en fonction des objectifs environnementaux de son projet.

Rappelons que l’extension du périmètre est prévue par un décret du Premier ministre en date du 22 décembre 2007. Elle porte sur 169 hectares délimités par Cap Pinède et les Arnavaux au nord, le village du Canet à l’est et la tour CMA au sud. Il s’agit donc d’une pénétration de l’opération dans les quartiers nord de la ville (jusqu’à l’ancien ruisseau des Aygalades).

Le projet lauréat propose ainsi de repenser l’organisation des voies de communication reliant l’extérieur et le nord de la ville à son centre. L’autoroute A55 serait enfouie sous une corniche qui prolongerait le boulevard de Paris et le chemin de la Madrague-Ville. En outre, un jardin public – « la coulée verte » – serait construit entre le boulevard Ferdinand-de-Lesseps et la rue d’Anthoine.

Euroméditerranée n’étant plus à une contradiction près – à l’image du paradigme du développement durable – 14 hectares en bordure de la corniche devrait accueillir un palais des évènements, un casino cher à Renaud Muselier, un hôtel, des bureaux… d’ici à 2030. Coexisterait des dynamiques de préservation de l’environnement avec des équipements productifs ; ainsi qu’un processus d’éviction des classes populaires du centre vers la périphérie avec une intégration des quartiers défavorisés dans le périmètre du projet.

Le label eco-cité

L’extension semble consister un sensible tournant d’un projet d’abord conçu pour requalifier l’hyper-centre autour de la construction d’un quartier d’affaire. Il est question désormais de bâtir au sein d’Euroméditerranée, une éco-cité, c’est-à-dire d’adapter les objectifs économiques aux impératifs du développement durable, au cœur des quartiers les plus pauvres.

Ce tournant a reçu l’aval des plus hautes autorités de l’État : le 4 novembre dernier, le Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de la Mer a décerné le label EcoCité au périmètre d’extension d’Euroméditerranée.

Matérialisation de l’opération

La veille, vendredi, le Président de l’Établissement public, Guy Tessier, a inauguré, en présence du maire le chantier de recul de l’autoroute A7 à la Porte d’Aix. Selon Guy Tessier : « la coupure de l’autoroute A7 constitue véritablement un des projets d’aménagement les plus emblématiques et les plus attendus des marseillaises et des marseillais, tant les enjeux, à l’échelle de la Ville et de son agglomération sont importants. »

L’enjeu sous-jacent est non moins essentiel : 15 ans après le lancement d’Euroméditerranée, il faut montrer aux habitants, aux décideurs économiques et aux autorités nationales, que le projet sort de terre, qu’il existe parce qu’il est visible. Cette visibilité devrait se concrétiser, en 2012, par la suppression de l’autoroute sur 400 mètres pour un montant de 20 millions d'euros (soit 50 000 euros le mètre, si l’on souhaite faire du mauvais esprit).

En fait, le chantier est plus ambitieux puisqu’il s’agit de transformer l’aspect physique et la composition sociale d’un lieu historique de la ville, celui de l’économie de bazar et des marchés informels.

mardi 10 novembre 2009

Appels à projet 2010 de la coopération décentralisée : co-développement et immigration

A

Le gouvernement vient de lancer les appels d'offre à projets de coopération décentralisée. L'occasion de revenir sur cette politique locale internationale et ses évolutions.

Cadre légal et pratiques politiques

Si la loi de décentralisation du 2 mars 1982 faisait mention à son article 65 de la coopération transfrontalière, la coopération décentralisée française est principalement codifiée par la loi du 6 février 1992 relative à l’administration territoriale de la République. L’article 131 dispose en effet que « les collectivités territoriales et leurs groupements peuvent conclure des conventions avec des collectivités territoriales étrangères et leurs groupements dans les limites de leurs compétences et dans le respect des engagements internationaux de la France ».

En janvier 2007, l’adoption d’une proposition de loi relative aux actions extérieures des collectivités territoriales déposée par Michel Thiollière – sénateur-maire de Saint-Etienne à l’époque – a levé les incertitudes juridiques qui subsistaient, en particulier celles qui portaient sur « l’intérêt local » de la coopération décentralisée. Désormais, les collectivités locales se voient confirmer par la loi la possibilité de conduire des projets d’aide au développement et de mise en œuvre des actions humanitaires.

Certes, le cadre législatif n’explique pas à lui seul la croissance des initiatives internationales des villes et des régions qui ont, comme c’est souvent le cas, précédé l’adoption de normes légales. Néanmoins, cet environnement normatif qui s’est accompagné par la mise en place d’un délégué pour l’action extérieure des collectivités locales en 1983 et par la création de la Commission nationale de la coopération décentralisée 9 ans plus tard a institué un circuit de relations entre les services de l’Etat et les collectivités locales.

La régulation étatique de la coopération décentralisée

Ce circuit de relations vise à canaliser et à réguler la coopération décentralisée afin de faire des actions extérieures des collectivités locales non pas la mise en œuvre de stratégies dissidentes ou autonomes, mais la poursuite de la politique étrangère de la France par d’autres moyens. On assiste donc depuis le début des années 1980 à une décentralisation de la politique étrangère, en particulier dans le secteur de la low politics, c'est-à-dire de la politique de coopération, d’aide au développement et d’actions humanitaires et culturelles. En somme et pour schématiser, la partie rayonnement du Ministère des affaires étrangères aurait été en partie dévolue aux collectivités locales, la partie influence restant aux mains des fonctionnaires centraux.

Cette dévolution, on l’a dit, ne repose pas sur une liberté totale d’action des collectivités locales. L’Etat encadre ces pratiques par le moyen des « appels à projet ». Le Ministère des affaires étrangères définit les critères d’attribution des financements des projets qu’il souhaite être mis en œuvre par ses collectivités locales. L’Etat oriente donc la coopération décentralisée en fonction de ses priorités.

Mutualisation et ciblage géographique

Les dernières évolutions en la matière nous permettent de constater, par exemple, la montée du critère de la mutualisation. Ce critère d’action publique, qui nous vient des politiques de l’Union européenne et des bailleurs de fonds internationaux, repose sur le constat qu’un acteur seul sera moins efficace pour mener une action que s’il associe ses ressources avec des tiers. La coopération décentralisée cofinancée par l’Etat n’est donc pas constituée par l’action extérieure d’une collectivité, mais par une initiative commune et partagée par plusieurs collectivités locales. Il s’agit de réduire le risque de la dissidence en même temps que la dépense.

Un autre critère d’attribution des crédits du Ministère est géographique. Lorsque Brice Hortefeux était Ministre des collectivités territoriales en 2006, il avait secoué le milieu de la coopération décentralisée en encourageant les villes et les régions à travailler davantage avec les pays émergents et moins avec l’Afrique sub-saharienne. Dans un premier temps, ce discours s’est traduit par un rééquilibrage des fonds accordés aux projets de coopération décentralisée destinés à la Chine, à l’Inde et au Brésil. Dans un second temps, et malgré les voix s’élevant contre cet accroc à la libre administration des collectivités locales reconnues par la Constitution, il a débouché sur une montée des conventions et des accords de coopération passés entre les collectivités locales françaises et les autorités locales de ces pays.

Le Ministère de l'immigration et le co-développement

L’actualité récente nous montre une nouvelle évolution de la coopération décentralisée française et de la manière dont elle demeure régulée par l’État central. Le 8 juillet dernier, la réunion de la Commission nationale de la coopération décentralisée a adopté les conditions dans lesquels seront lancés les appels à projet pour l’année 2010.

Comme c’est le cas depuis deux ans maintenant, les appels à projet de la coopération décentralisée sont désormais divisés en deux, en fonction du Ministère compétent pour attribuer les crédits.

D’une part, le Ministère des affaires étrangères attribue des financements dans le cadre d’un appel à projet triennal (2010-2012). Les priorités stratégiques, air du temps, sont revenues à la Méditerranée et à l’Afrique subsaharienne. L’État et les collectivités territoriales ont pris conscience que la nature de la « coopération » avec les autorités locales chinoises n’avaient rien de commun avec les pratiques traditionnelles de la coopération décentralisée (appui institutionnel, formation, gestion des risques, culture). Le critère de la mutualisation reste central, mais il repose particulièrement sur l’échelle régionale et la terminologie du réseau : « les régions françaises peuvent se déclarer candidates pour signer une convention avec l'État afin de mettre en place ou maintenir des réseaux régionaux autonomes regroupant le maximum de collectivités territoriales de la région, d'associations ou organismes agissant à l'international. »

Enfin, et c’est une rupture, l’État prend acte de l’initiative de Jacques Auxiette, Président du Conseil régional des Pays-de-la-Loire qui, en 2007, a conclu une convention de coopération avec un État, en l’espèce le Burundi. Il serait en effet désormais possible pour les régions d’« être candidates pour mettre en œuvre un financement conjoint entre l'État et la région pour le soutien à la coopération décentralisée ». Cette disposition pourrait avoir des incidences sur la coopération décentralisée en Méditerranée. La faiblesse de la décentralisation au Maghreb par exemple pourrait conduire les fonctionnaires de la Région PACA chargés des relations internationales et les élus à élargir le champ de leurs activités. Celles-ci pourraient ne pas s’interdire de traiter directement avec des autorités nationales en raison du déséquilibre entre l’étendue des compétences des autorités régionales au Nord et leurs faiblesses au Sud.

D’autre part, le Ministère de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire (MIIINDS) lance lui aussi un appel à projet annuel cette fois. Les financements sont accordés aux autorités locales françaises qui souhaitent mettre en œuvre un projet ou un partenariat avec une collectivité locale étrangère « située dans une zone de forte migration vers la France ». On reste tout d’abrod interdit devant la question de la définition juridique et politique d’une « zone de forte migration vers la France ». Mais l’on comprend les intentions du gouvernement à la ligne suivante : « le projet intervient sur les secteurs participant à l'amélioration des conditions de vie et d'insertion socio-économique des populations ou qui contribuent à créer des conditions plus favorables à l'investissement productif dans les zones concernées ». En d’autres termes, le MIIINDS accordera des financements aux collectivités locales qui s’engagent à mener des projets permettant d’enrayer le phénomène migratoire. Il s’agit d’une formulation administrative organisant une politique de co-développement consistant à établir un lien entre le développement économique « là-bas » et l’immigration « ici ». Ce lien n’est pas politiquement incorrect, depuis la campagne présidentielle de 2007, le thème du co-développement et ses sous-bassements sécuritaires sont en passe de faire l'unanimité parmi les élus et cimentent le consensus relatif à la coopération décentralisée.

Gustave Massiah, membre du conseil scientifique d’ATTAC, interrogé par Libération au moment de la campagne présidentielle estimait pourtant que le « co-développement est devenu une tarte à la crème tant le concept a été dévoyé. Il avait popularisé par Jean-Pierre Cot, éphémère ministre de la Coopération, poussé à démissionner car il voulait des rapports équitables entre la France et l'Afrique. Aujourd'hui, le codéveloppement n'est, chez beaucoup de candidats à la présidentielle, qu'un alibi quisert à masquer la politique répressive vis-à-vis des migrants (…).On veut maîtriser les flux migratoires, arrimer les migrants chez eux, via une politique de camps que l'on voit se développer aux portes de l'Europe. Or, le codéveloppement, c'est de la coopération d'égal à égal. C'est faire le lien entre deux pays. C'est également remettre en question notre propre développement pour le mettre en relation avec celui d'autres pays. Ce n'est de toute façon qu'un outil complémentaire de solidarité internationale, des rapports Nord-Sud. Mais, pour avoir une pensée du codéveloppement, il faut d'abord avoir une pensée du développement
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lundi 2 novembre 2009

Élections régionales Paca 2009 : enjeux et incertitudes

A Avec la désignation de Thierry Mariani à la tête de la liste UMP, la pré-campagne des élections régionales de mars 2009 peut débuter. Le contexte de la réforme des collectivités territoriales – les candidats partent en campagne sans savoir s’ils siègeront 4 ou 5 ou 6 ans, s’ils seront conseillers régionaux ou conseillers territoriaux, si la Région conservera le socle actuel des compétences et des financements ou s’ils seront « resserrées » etc… – n’aide pas à clarifier les enjeux d’un scrutin dans lequel les intentions des uns pourraient masquer les ambitions des autres. Revue de détails.

Les forces en présence

À gauche, Michel Vauzelle est le grand favori pour se succéder à lui-même, onze ans après son arrivée à la tête de la Région. Les premiers sondages le placent en tête avec 31 % des voix au premier tour, soit 8 points de plus que son adversaire de droite et 18 que sa partenaire écologiste. Au second tour, dans l’hypothèse pour l’instant la plus probable d’une triangulaire PS/UMP/FN, il est crédité de 50% des suffrages contre 37% à Thierry Mariani. Le Président Vauzelle a lancé sa campagne le 11 octobre par une excursion sur la Montagne Lure comme il l’avait fait en 2003 : c’est « là que se tenaient les maquis pendant l'Occupation », a-t-il déclaré à l’AFP, jugeant que « cette allusion à la Résistance convient bien à une période où on résiste à la financiarisation mondiale et à l'action du président Sarkozy qui démolit pan par pan les services publics ».

Emportés par leur relatif succès aux européennes de mars dernier, les Verts, contrairement à 2004, se lancent seuls dans la campagne,. La liste sera conduite par la magistrate Laurence Vichnievsky, qui avait co-instruit l’affaire Elf avec Eva Joly. Suivant le format des européennes, la liste Europe-Écologie comprendra des militants associatifs et des Verts : « Ma mission va être de rassembler, c'est un mouvement. L'idée c'est de rassembler les Verts, bien sûr, car ce sont des écologistes authentiques, et puis les associatifs et des personnalités extérieures qui partagent les mêmes valeurs ». Une mission pas facile comme en témoigne le stigmate de « parachutage » qui a entouré sa désignation.

L’extrême gauche est particulièrement faible puisque le Parti de Gauche mené par Jean-Marc Coppola, Vice-Président communiste de la Région, est crédité de 3%, et Lutte ourvière de 2%, et le NPA de 1%.

À droite, le refus d’Hubert Falco, candidat désigné de l’Élysée, a plongé la droite régionale dans l’embarras. Thierry Mariani, finalement investi, est moqué pour son manque d’assiduité aux travaux du Conseil régional et bénéfice d’une faible maîtrise sur les troupes militantes.

C’est vers l’extrême-droite que les experts tentent de trouver les clés du scrutin. Jean-Marie Le Pen se lance dans, ce qui pourrait être, son ultime combat électoral. Pour l’instant loin derrière dans les sondages, le débat lancé par le gouvernement sur l’identité nationale visant à décentrer le débat politique sur les questions sécuritaires pourrait néanmoins changer la donne. La liste de la Ligue du Sud, enfin, soutenue par le Bloc identitaire et conduite par Jacques Bompard, pourrait cependant coûter le deuxième tour au Front national.

Enjeux

On voit mal ce qui pourrait priver Michel Vauzelle d’un troisième mandat consécutif. Le scandale suscité par les subventions aux associations qui ont occasionné la mise en examen du directeur de cabinet du Président et du Directeur général des services ainsi que le renvoi de la Vice-Présidente, Sylvie Andrieux, ne semble pas avoir passionné l’opinion. Rappelons que Tracfin avait mis en doute la réalité des activités de diverses associations subventionnées par le Conseil régional pour un montant total voisinant les 700 000 euros. La mise en cause publique du clientélisme, pratique qui n’épargne d'ailleurs ni Jean-Claude Gaudin , ni Jean-Noël Guérini, semble plutôt indiquer son essoufflement, c’est-à-dire son insuffisance à réguler, désormais, les rapports entre les élus et la société locale.

La seule incertitude qui pèse sur le scrutin est donc l’hypothèque Bompard. On peut interpréter l’engagement du maire d’Orange dans la campagne, comme la conséquence directe de l’accord passé entre le MPF de Philippe de Viliers, dont Bompard est membre et l’UMP. Le calcul est simple : avec Le Pen au second tour, la droite n’a aucune chance d’inquiéter Vauzelle. Or, la Ligue du Sud, emprunt à la très populiste Ligue du Nord d’Umberto Bossi en Lombardie et en Vénitie, peut grignoter les 2 ou 3 points nécessaires au FN pour dépasser la barre des 10% qui l’empêcherait de perturber le duel Mariani/ Vauzelle. Certes la Ligue du Sud sera « hors du champ de la majorité présidentielle » a cru bon de préciser Jacques Bompard. Il n’empêche, la défense de « l’identité » prônée par le candidat trouve un écho particulier dans le contexte politique actuel.

L’hypothèse d’un basculement de la région Paca à droite reste toutefois peu probable. Ce qui, au passage, présente un paradoxe étonnant lorsque l’on observe le rapport de force politique dans lequel l’UMP domine les principales villes et où Nicolas Sarkozy a dépassé les 60% lors de la dernière élection présidentielle. Durant les réunions de la majorité, le Président n’évoque même plus le cas de figure qui conduirait Mariani à la place Jules Guesdes.

On peut même avancer la provocation suivante : la droite veut-elle vraiment l’emporter ? En effet, la politique locale, on le sait, est structurée par la course à la mairie. Or, Jean-Claude Gaudin se garde bien d’organiser sa succession pour ne pas affaiblir son leadership. Les dauphins présumés (Muselier, Tessier, Roatta, Gilles…) se passeraient bien d’un nouveau challenger. Sur le plan régional, Christian Estrosi pourrait également voir d’un mauvais œil le renforcement d’une autre personnalité aux portes du comté de Nice.

vendredi 23 octobre 2009

Réformes des collectivités territoriales : recentralisation ou modernité ?

A Le Chef de l’État a donc annoncé mardi l’intention du gouvernement de présenter le projet de loi portant réforme des collectivités territoriales. Il serait inscrit à l’ordre du jour des travaux de l’Assemblée nationale pour la mi-décembre. Ce projet de loi s’inspire des conclusions du rapport Balladur remis en mars dernier et dont la proposition majeure fut de lutter contre la fragmentation institutionnelle issue des vagues successives de la décentralisation.

La philosophie du projet est donc de chasser autant le « morcellement des structures » que « l’enchevêtrement des compétences ». Il s'agit de simplifier les procédures, d’améliorer la lisibilité démocratique, et, surtout, d’économiser les coûts et les ressources en évitant les doublons administratifs. Ce projet, qui se présente donc sous les auspices de la « modernisation » fait l’objet d’une très large protestation à gauche, mais aussi dans les rangs de la majorité.

Cette protestation s’organise autour d’une contestation d’un l’État central qui tenterait d’opérer « une reprise en main des collectivités locales ». Ce qui serait en jeu dans le redécoupage territorial consisterait en une tentative de l’État de redéfinir les règles du jeu – y compris sur le plan électoral – et de les imposer à des gouvernements locaux qui, depuis 1981, ont fait l’expérience de l’autonomie.

Alors modernité ou reprise en main autoritaire ?

Trois ambitions président ainsi à ce projet : outre la simplification, « l’adaptation de l’organisation territoriale à notre temps », formule curieuse pour évoquer les dynamiques urbaines et la mondialisation et qui justifierait le regroupement métropolitain ; et l’intercommunalité en zone rurale (que nous laisserons de côté dans ce billet).

Les trois temps de la réforme

Le premier élément de la loi, le plus spectaculaire aussi, est la création des « conseillers communautaires ». Élus sur la base des cantons sur une base à la fois majoritaire pour 80% d’entre eux et proportionnel pour les autres, les conseillers communautaires se substitueront aux conseillers régionaux et généraux…. sans remplacer ni l’un, ni l’autre. L’objectif est d’éviter les financements croisés entre les deux institutions : « «La solution, ce n'est pas la suppression du Département ou de la Région, mais le rapprochement des deux » a déclaré Nicolas Sarkozy. Ainsi, la clarification des compétences envisagée pourrait se traduire par un abandon de la clause de compétence générale attribuée aux collectivités locales. Celles-ci, hormis la commune qui la conserverait, ne pourront agir que dans un cadre de compétence spécifique. Le resserrement des compétences fait ainsi peser une lourde incertitude sur l’organisation de l’action publique locale.

Le deuxième point concerne les finances locales. Au nom, une nouvelle fois, de la mondialisation – plus précisément, de la lutte contre les effets de la délocalisation industrielle – la taxe professionnelle, présumée responsable de la perte de « 500 000 emplois en 15 ans », est sacrifiée. C’est le point le plus sensible de la réforme : on voit mal les élus locaux, largement présents dans l’hémicycle du fait du cumul des mandats, se couper les vivre sans protester. Et des protestations, il y en a à gauche et à droite. Selon Alain Juppé, le Président de la République « se fout du monde » ; Pierre Mauroy assure que ce dispositif « menottera financièrement les collectivités locales » ; le Président (PS) de la Région centre évoque un « hold up financier et électoral »…
L’idée implicite imputée par les élus en particulier régionaux au Chef de l’État est l’asphyxie financière des collectivités locales qui favoriserait une reconquête politique pour la droite – rappelons qu’avant les élections régionales de mars, la gauche gouverne 20 régions sur 22.

Troisième point qui nous intéresse ici, l’intégration métropolitaine. Le projet de réforme met en avant « la compétition entre les grandes agglomérations européennes ou internationales » afin de proposer « un nouveau cadre de gouvernance, plus adapté que celui des actuelles communautés urbaines ». Un statut de métropole serait donc institué pour les ensembles urbains de plus de 450 000 habitants qui se regrouperaient « sur la base du volontariat». Le nouvel EPCI disposerait de compétences élargies en matière de développement économique, d’urbanisme, d’habitat, de transport et d’infrastructures, d’éducation, dont certaines par transferts des départements et des régions. La loi distingue les « métropoles », au nombre de 13 ( Lille, Rouen, Strasbourg, Rennes, Nantes, Lyon, Grenoble, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille, Toulon, Nice), et 8 « pôles métropolitains » qui regroupent des ensembles urbains autour d’une ville-centre moins importante (Metz-Nancy, Orléans-Tous, Besançon-Montbelliard, Annecy-Chalbéry, Biarritz-Pau). On remarque que parmi les 13 métropoles, 4 sont situés dans l’espace métropolitain méditerranéen : il n’est pas sûr que susciter une compétition régionale n’améliore la compétitivité européenne. Tout aussi curieux, les pôles métropolitains qui s’inscrivent dans le rayon d’influence d’une métropole comme à Dunkerque, Angers ou Auch. Le Grand Paris fait l’objet de dispositifs spécifiques.

Vieilles recettes, nouveau contexte

Cette réforme s’inscrit dans un contexte particulier dans lequel l’État a desserré son emprise sur les territoires. À la régulation croisée des années 1970 entre centre et périphéries a en effet succédé une ère d’autonomisation des systèmes locaux. Cette autonomie fut à l’origine le fait des initiatives locales accélérées par les réformes décentralisatrices. L’État semble toutefois revenir aux principes gaulliens qui s’appuyaient sur un volontarisme centralisateur chargé de moderniser l’organisation territoriale. Il est remarquable de constater que l’on revienne au thème des « métropoles d’équilibre » issu de la problématique des places centrales et qui a trouvé, dans les années 196O, une traduction dans la théorie des « pôles de croissance » de François Perroux. À l’époque, il s’agissait de favoriser la croissance d’aires métropolitaines dans un double renforcement des fonctions productives de leur périphérie et des capacités directionnelles de leur centre. Ces vieilles recettes sont ici appliquées moins pour réorganiser l’État territorial que pour contribuer à l’ouverture et à la compétitivité internationale des territoires, d’une part, et à la réduction des dépenses publiques d’autre part. On peut douter de la capacité de l’État à agir sur les territoires comme si les trente dernières années de consolidation de l’autonomie des gouvernements locaux n’était qu’une parenthèse à refermer. On peut également douter de la tentative étatique de renverser le cours d’une histoire administrative marquée par deux décennies de renforcement des pouvoirs et de la légitimité des systèmes locaux.

Aussi, et pour conclure, cette réforme comporte un contenu idéologique qui prescrit des fonctions spécifiques aux territoires. À la vision fonctionnelle et technique promue ici, et qui était déjà celle des aménageurs gaullistes, aurait pu s’opposer une vision sociale et politique de villes comme communautés capables de se mobiliser pour définir un intérêt local. Ce registre de légitimation semble perdre le pas face aux justifications techniques empruntés à la compétition territoriale et à la rationalisation des ressources.

Photo : E. FEFERBERG / AFP

mardi 13 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (4) : les rendez vous de la Méditerranée

A Dernier jour de la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée avec les traditionnels « Rendez-vous de la Méditerranée » organisée par le Cercle des économistes au Palais du Pharo.

La crise économique en Méditerranée : Cassandre contre la résilience

S’appuyant sur un rapport du FEMISE intitulé « Les pays partenaires méditerranéens face à la crise », les experts de l’Institut de la Méditerranée et de la Banque européenne d’investissement ont mis en garde les représentants des pays du Sud (élus, banquiers centraux, chefs d’entreprise) contre les défis économiques qui les attendent. « Inquiétez-vous, la crise est devant vous » était en substance le message des premiers. « Rassurez-vous, notre pays se porte bien » réconfortaient les seconds s’appuyant sur l’apparente résilience des fondements macro-économiques et sur les chiffres de croissance fournis par la Banque mondiale et oscillant entre 3 et 4 % cette année. Comme le dit un ancien Premier ministre algérien, « on ne vit pas la crise de la même manière ».

Au cœur de l’incompréhension, la nature de la production des richesses au sud de la Méditerranée. Pour schématiser, selon les « experts du Nord », celle-ci est le fait des flux Nord-Sud qui vont se tarir : le transfert d’épargne des travailleurs immigrés au Nord, le tourisme, le commerce et les investissements directs à l’étranger. Ainsi, les économies du sud ne subiraient pas la crise du fait de leur intégration dans les marchés financiers mondiaux, mais par leur dépendance avec l’économie réelle du Nord.

Face à ce constat – on le rappelle retranscrit ici à grands traits et par ailleurs largement nuancé par les acteurs du Sud – l’Institut de la Méditerranée recommande la création d’une zone monétaire commune entre les pays de la rive Sud. L’idée est de mettre en place « des taux de change stabilisés entre les principales monnaies de la région, principalement autour de l’euro », ce qui passe par la mise en place « d’un dispositif institutionnalisé qui permette de faire jouer la solidarité entre banques centrales de la région ». Ce « serpent monétaire » méditerranéen, selon Econostrum, serait accompagné de la création d’une "Banque Méditerranéenne de Développement" sur le modèle de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement, pensée pour favoriser la transition économique des pays d’Europe centrale et orientale au début des années 1990.

L’Union pour la Méditerranée : discours contre la critique

Le deuxième temps fort de la journée était la venue d’Henri Guaino, Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy et Président de la Mission interministérielle de l’Union pour la Méditerranée (UpM). On sentait M. Guaino agacé par les critiques qui accompagnent le projet. L’essentiel pour lui est qu’il continue d’exister « malgré tout », c’est-à-dire malgré ce scepticisme et malgré la guerre de Gaza de décembre 2008. Il a rappelé que l’UpM reposait sur le choix de mettre en œuvre une « logique de projets concrets » malgré la « logique de haine et de rancœur ». Tentons de reprendre les critiques traditionnellement formulées et d’analyser, rapidement, les réponses de M. Guaino.

L’UpM ne change rien à Barcelone

Qualifiant le Processus de Barcelone de projet « post-colonial», c’est-à-dire reposant sur une dynamique verticale, d’aide aux anciennes colonies, il a insisté sur la nature multilatérale, co-responsable et concrète de l’UpM contrastant avec les « dîners mondains » des Conférences de Barcelone.

L’UpM n’est pas visible

Constatant le manque de matérialité de l’UpM et le risque de délégitimation du projet aux yeux de l’opinion, il a plaidé sans surprise l’ambition d’un horizon de long terme qu’implique la dépollution de la Méditerranée, le plan solaire ou la conclusion d’une zone de libre échange.

L’UpM n’a pas d’argent

« Question stupide » pour M. Guaino. Le raisonnement approprié devrait être « un raisonnement d’entrepreneur » qui tenterait de définir d’abord les projets avant de s’interroger sur les moyens alloués. Cette réponse faisait écho à une remarque d’un élu du Sud de la Méditerranée, en l’absence de M. Guainon, regrettant le « vide politique » de l’UpM. Par ailleurs, il a rappelé la nécessité de créer des instruments financiers nouveaux, tels que le Fonds Inframed ou le projet de la Banque de la Méditerranée, également évoquée le matin.

L’UpM concerne autant Helsinki que Le Caire

Après avoir rappelé que le projet initial de la France ne devait intégrer que les pays européens riverains de la Méditerranée et qu’il n’avait pas entendu le soutien des pays du Sud à cette bouture de l’UpM au moment du compromis de Hanovre, il a souligné la logique de la « géométrie variable » de l’UpM. Ceux qui veulent travailler sur tel ou tel aspect ou projet le peuvent, les autres ne le font pas, mais ne peuvent bloquer la dynamique, ni récuser la participation d’un autre pays.

L’UpM ne sert à rien dans la crise économique

M. Guaino a saisi l’occasion de la tribune pour fournir son interprétation de la conjoncture mondiale, une « crise économique, écologique et, surtout, une crise des représentations collectives », dans un curieux réquisitoire contre la « mondialisation ». On rappelle qu’en 1987, M. Guaino était chargé de mission à la direction du Trésor et adjoint au secrétaire général du Club de Paris (chargé de renégocier la dette des pays débiteurs, le « Rotary Club », en somme, de l’élite mondialisée) ; qu’il a occupé les fonctions de responsable de la recherche finance au sein du groupe Louis Dreyfus et diverses autres au sein des activités banque d’affaire et de la direction générale de la MAAF ; et qu’il a enfin conseillé Charles Pasqua et Philippe Séguin avant de devenir la plume de Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2007.

Converti à l’altermondialisme, donc, M. Guaino estime que le capitalisme, comme toutes formes d’activités humaines, doit être soumis à la morale. Le rôle du politique, dans ce cadre, est de donner une dimension collective, « une morale partagée » aux choix économiques individuels. La seule alternative au « changement ordonné et raisonnable » serait le « changement désordonné et déraisonnable » comparable aux années 1930. Le changement serait devant nous, soit on s’y adapte, soit il s’impose. Et le rôle de la Méditerranée dans ces considérations ? Il serait triple selon M. Guaino. L’UpM participerait à la construction d’un « système de valeur » contrastant avec le modèle dominant actuel du « cynisme » et de « l’appât du gain ». On retrouve ici le thème cher à M. Guaino, celui de la civilisation et de la civilité. (suis-je le seul à avoir entendu « haute culture » ?).

Deuxièmement, l’UpM serait le laboratoire idéal pour construire un nouveau « modèle économique », moteur d’une autre croissance (durable) et du co-développement. Enfin, l’UpM serait le trait d’union, l’espace de l’articulation euro-africaine. Sans l’évoquer directement, M. Guaino devait sans doute faire référence à l’immigration.

L’UpM ne résout pas le conflit israélo-palestinien

Sur l’ambiguïté originelle d’une telle perspective que l’on peut résumer par l’attitude des pays du Sud consistant à dire « on ne peut pas co-construire des projets concrets ensemble car cela donnerait l’impression de normaliser la situation avec Israël », M. Guaino a commencé par balayer cette formule indiquant que cela ne fait que naître des « double-victimes » : il n’y a pas de paix, et il n’y a pas de projets. Il a néanmoins reconnu l’immensité de la tâche de faire vivre des « projets vitaux » en situation de violence politique. L’essentiel pour lui est de faire perdurer le dialogue sur les questions non-stratégiques. Pourtant, à la fin de son discours, il a évoqué la possibilité d’aborder « prochainement » le problème du conflit israélo-palestinien « de face ». Cela signifie-t-il l’organisation d’un prochain Sommet de la Paix patronné par l’UpM ? Aucune question de la salle sur ce point, aucune reprise média. Une évolution à surveiller de près dans les prochains mois.

vendredi 9 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (3) : Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée

A C’est donc aujourd’hui qu’a été officiellement lancé le Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM). La présentation qui en a été faite dans le cadre de la rencontre-débat organisée par CGLU a permis de lever – un peu – le voile sur la nature et les fonctions de cette structure.

Mais de structure il n’en est pas vraiment question. Les discussions ont semble-t-il été âpre entre la ville de Marseille, l’État, par l’intermédiaire de la DIACT et la Banque mondiale. La ville n’aurait pas souhaité voir se constituer une institution nouvelle qui aurait pu échapper à son propre agenda international. La DIACT avait dans ses cartons son propre projet de plateforme internationalisé, s’appuyant sur les ressources de la Caisse des dépôts et de consignation. La Banque, enfin, souhaitait refonder sa plateforme.

C’est dans les termes de cette refondation qu’il faut rechercher l’une des clés d’explication de la naissance du CMIM. « L’institut de la Banque mondiale » de la zone MENA (Middle East and North Africa) est installé à Marseille, sur le site de la Villa Valmer, depuis 2004. Il ne s’agit donc pas d’une antenne de la Banque mondiale, réservée aux capitales des pays du sud, destinataire des aides financières – et des capitales qui ont reçu l’aide du Plan Marshall. Les instituts de la Banque mondiale sont des bases de réflexion stratégique – learning activities dans le vocabulaire de la Banque – qui produisent de l’expertise et ne financent donc pas directement des projets.

En 2007, la question du maintien du bureau marseillais de la Banque s’est posé dans le contexte de crise de légitimité des institutions de Washington et de constat d’échec porté sur le Processus de Barcelone. Il a fallu l’élection à la Présidence de la République française de Nicolas Sarkozy pour changer la donne. Son projet d’Union de pour la Méditerranée, priorité diplomatique de son mandat, a, en effet, incontestablement relancé l’attention des bailleurs sur l’espace méditerranéen – au-delà des divisions qu’il a suscité en Europe et des difficultés auxquels il est confronté aujourd’hui.

C’est dans un cadre institutionnel reformaté en fonction de ce nouveau référentiel que la Banque mondiale a construit l’instrument du CMIM, un « think tank opérationnel », pour reprendre l’oxymore assumé de son directeur, Mats Karlsson. L’idée générale est de construire une plateforme de production d’idées et de financement de projets-cibles reposant sur la connaissance, l’apprentissage, l’innovation et l’intégration des économies des pays de la Méditerranée dans les marchés mondiaux. « Network among Networks », le CMIM a d’ores et déjà défini 5 axes ( urban and spatial development ; sustainable development ; transport and logistics; skills, employment and labor mobility challenges including youth ; et knowledge economy, innovation and technology) et 14 programmes afférents.

La question qui se pose est bien sûr celle de la complémentarité de cette plateforme avec les réseaux existants et de la compatibilité avec les agendas des uns et des autres. Certains se montrent déjà sceptiques dans la portée des financements promis et dans l’efficacité avec laquelle la greffe peut prendre.

Ancrer les économies des pays méditerranéens dans les marchés mondiaux est une cause ancienne et ambitieuse qui se heurte à de nombreux obstacles structurels (l’est-elle même souhaitable pour les sociétés du sud ?), mais intégrer les ambitions des coalitions marseillaises hétéroclites à un projet fédérateur, qui plus est, porté par une institution extérieure au territoire, est un défi d’une toute autre dimension.

jeudi 8 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée (2) – Medinnov V

A Deuxième journée de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM) avec au programme la poursuite des rencontres B2B et des ateliers entreprises (textile, médias, PME) sur les coursives de la Chambre de commerce.

Par ailleurs au Pharo se sont tenues les premières manifestations de l’axe gouvernance de la SEM. Si je n’ai pas pu me rendre au séminaire Médinas 2030 consacré aux « villes de Méditerranée : culture, héritage et modernité » (qui s’inscrit dans le cadre des projets déployés par le tout nouveau Centre de Marseille pour l’intégration en Méditerranée), j’ai pu assister à une partie du colloque Medinnov dont les problématiques ont porté sur les problématiques de l’innovation et les enjeux posés par l’économie de la connaissance en Méditerranée.

Les orateurs qui se sont succédé à la tribune ont exposé l’état d’avancement et les réflexions stratégiques des projets territoriaux liés à l’innovation. Face aux récits vantant les bienfaits des « parcs technologiques », des « réseaux » ou des « pépinières d’entreprises », des « transferts de technologie et incubation », le profane peut être saisi par les effets performatifs de cette « culture commune » militante. Il peut choisir de prendre au sérieux le contenu des discours partagés par les responsables des projets et des départements de développement économique des collectivités locales des deux rives de la Méditerranée. Il peut être confronté dès lors au risque d’être étourdi par les chiffres, les images et l’autosatisfaction des acteurs au point d’en oublier la crise économique et sociale qui frappe les économies urbaines (voir le travail d'Anima relatif à la Carte des investissements en Méditerranée).

À contrario, l’observateur-participant peut interroger par la bande des façades cette « Méditerranée de l’intelligence », pour reprendre le titre du colloque, et questionner la réalité des « nouveaux espaces de production » supposés naître des systèmes productifs locaux reposant sur l’innovation.

Lui apparaît, dès lors, un écrasant et déformant effet de standardisation produit par les présentations de ces « villes-nouvelles », un mode de production de la ville désincarnée, indifférenciée, indifférente aux configurations territoriales et déconnectée de tout ancrage social.

Au son du 4ème mouvement de la 9ème symphonie de Beethoven, qui fait plus penser à Orange Mécanique qu’à l’hymne européen, les parcs technologiques sont projetés sur grand écran. Ou plutôt les maquettes des futurs parcs technologiques. Au nord et au sud, les mêmes bâtiments, blancs, octogonaux, bordés d’arbres (qui « seront plantés en janvier » nous promet-on) et dont on devine « l’éco-performance ». On invite les entreprises (et les touristes) à s’implanter (et à visiter) ces territoires du futur et de l’innovation qui semblent présenter l’avantage de ne pas être habité.

Les offres sont « benchmarkés » sur des modèles virtuels, les services normés au sein de paysage sortis d’un pastiche de Blade Runner made in Hollywood-Sillcon Valley. Un Blade Runner inversé, une City of Quartz enchanté.

La culture, quand elle est évoquée, est un outil de promotion de cette économie de la lisibilité qui vise en premier lieu à « sortir de lot », un lot composé d’objets urbains semblables, mais engagés dans une féroce compétition.

Ces pôles urbains (urbs) IT évidés de leurs substance politique (civitas) pourrait être le reflet d’un capitalisme financier que l’on croyait à bout de souffle. Comme le Paris haussmanien décrit par Zola dans La Curée était le reflet du capitalisme industriel.

mercredi 7 octobre 2009

Semaine économique de la Méditerranée - lancement de Med Business Network

a C'est donc aujourd'hui qu'a débuté la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM). Chefs d'entreprises et experts du milieu euro-méditerranéen se sont retrouvés ce matin à la Chambre de commerce et d'industrie de Marseille-Provence (CCIMP).

Med Village et B2B

L'idée des organisateurs de la SEM de créer un espace de rencontres entre ces décideurs se concrétise dans la mise à disposition au premier étage de salles consacrées aux rendez-vous entre partenaires. À l'accueil, un dossier est remis aux participants dans lequel est consigné les quelques 200 entreprises présentes. Sur les tables, des numéros qui correspondent à ces entreprises facilitent le repérage. On parle affaires, "contrats", "investissements directs étrangers", "cadres législatifs" ; on s'échange aussi les dernières nouvelles de la famille et des amis. Visiblement, on se connaît, mais on apprécie les facilités avec lesquelles on peut se rencontrer dans une unité de lieu et de temps.

Dans les couloirs attenants, le Med Village aligne les uns après les autres les partenaires-organisateurs de l'évènement. Des plaquettes de présentation sont mises à disposition. Des discussions peuvent s'engager avec les responsables, présentations powerpoint à l'appui. Bref, la SEM, c'est du Business To Business (B2B pour les initiés) et de la socialisation d'élites.

Les Atelier d'affaire

Au total, dans la journée, huit ateliers sont organisés dans les différentes salles du Palais de la Bourse : exploration des réseaux commerciaux transméditerranéens ; lutte contre le changement climatique ; l'export face au changement du cadre législatif algérien ; la Commission UpM du commerce extérieur français ; le partenariat d'entreprises Paca/Maghreb dans les secteurs de l'environnement et de l'énergie ; la mobilité du travail dans l'espace euromediterranéen ; les opportunités d'affaire en Tunisie ; et le trafic maritime en Méditerranée.

Ces réunions organisées par des institutions différentes (Top 20, CCI et réseaux de CCI, association Champs de Traverse, ONUDI, Invest in Med, Adeci, Ubifrance...) visent à renforcer la connaissance entre les acteurs et les contextes locaux pour créer de la confiance et ainsi favoriser les affaires dans un espace partagé.

Lancement de Med Business Network

C'est également cet esprit qui a présidé à la réunion de lancement de Med Business Network (MBN). Louis Allocio, vice-président de la CCIMP, assisté de Bernard Digoit, président de la Chambre française de commerce et d'industrie au Maroc, Foued Lakhoua, président de la Chambre tuniso-fraçaise de commerce et d'industrie, et jean-François Heugas, président de la Chambre française de commerce et d'industrie en Algérie ont présenté les grandes lignes de cette initiative.

Pour Marseille, le MBN vise à accompagner les entreprises locales dans leurs stratégies d'implantation des marchés du sud de la Méditerranée et à créer ainsi les conditions pour dynamiser les échanges commerciaux et industriels Nord / Sud, Sud / Nord et Sud / Sud. Surtout, il s'agit de susciter des synergies parmi des efforts éparpillés.

La volonté de coordonner des réseaux existants autour de logiques mutualistes rythmera, comme nous le verrons dans les prochains jours avec le CMIM, les discours des acteurs de cette édition de la SEM. La multiplication de ces efforts de coordination brouille, de ce fait, les ambitions initiales des uns et des autres. Et si ces "plateformes" ou autres "réseaux de réseaux" ne se situent pas exactement sur les mêmes champs, cette profusion d'agences coordinatrices ne contribue pas à clarifier les logiques d'internationalisation des acteurs économiques locaux. Les réseaux mis en place supposés clarifier et rendre plus lisibles l'espace méditerranéen intensifient la compétition entre les acteurs et les processus.

On peut se demander si cette concurrence permettra effectivement une relance des échanges dans un contexte de crise (thème qui sera au cœur des discussions ce samedi lors des Rendez-vous de la Méditerranée).

mercredi 30 septembre 2009

Semaine économique de la Méditerranée - édition 2009

A

C'est un peu plus tôt qu'à l'accoutumée que s'ouvrira la troisième édition de la Semaine économique de la Méditerranée (SEM), mercredi prochain.


L'idée ?
Pérenniser des rencontres entre décideurs politiques et économiques des deux rives de la Méditerranée autour de manifestations thématiques. Cette année, trois mots clés ont été retenus pour labelliser le rendez-vous : "business, financement, gouvernance".

L'histoire ?
Regrouper la même semaine des manifestations hétérogènes organisées par différentes institutions. À l'origine, le sommet euro-méditerranéen de l'investissement avait été lancé en 2005. À l'époque, la ville et la région avaient confié à l'hebdomadaire anglais The Economist le soin d'organiser cette rencontre qui a disparu de l'agenda cette année mais a permis aux acteurs de prendre date et de "renforcer la dynamique évènementielle" pour reprendre les termes d'un promoteur.

Les organisateurs ?
Participer à la présentation du territoire comme acteur social collectif. Aux collectivités territoriales - ville, région, communauté urbaine - (à noter que le conseil général n'est que "sponsors" alors que les autres sont "financeurs et organisateurs"), s'adjoignent l'Établissement public Euroméditerranée et le programme européen Invest in Med piloté par le consortium Med Alliance conduit par Anima. Enfin, au titre des "partenaires organisateurs", on note la présence de réseaux de chambres consulaires françaises au Maghreb (CCE, CFCIA, CTFCI) ou de dimension euroméditerranéenne (Ascame), les institutions internationales présentes à Marseille (Banque mondiale, BEI, Commission Med de CGLU, Onudi,), des instituts de conseil et d'expertise (Adeci, Cefim, Cercle des économistes, Club Ambition Top 20, Finances Conseil, Institut de la Méditerranée, le réseau entreprendre Marseille innovation, Ubi France), des agences extérieures à la scène locale (FD intelligence, FT Global Events) ainsi que le média Econostrum. Pour être complet, la Caisse des dépôts, l'association les champs de traverse (qui organise les universités d'été de l'agriculture en Paca), le technopôle Marseille-Provence à Château Gombert et la Cité euroméditerranéenne de la Mode sont également "partenaires organisateurs".

Les enjeux ?
Construire un "Davos" à l'échelle de la Méditerranée, c'est promouvoir le dynamisme économique de cet espace par les échanges économiques. C'est aussi faire exister ce territoire par la mise en réseau d'acteurs ; à ce titre la SEM constitue un espace de socialisation des élites euroméditerranéennes. L'organisation d'un "rendez-vous devenu incontournable", c'est enfin affirmer la centralité de Marseille au sein de cet espace. On retrouve ici les deux facettes de l'internationalisation de la ville : l'exposition avec la mise en scène de la ville comme nœud métropolitain d'échanges transnationaux - fonction d'accueil ; la diffusion de l'expertise et la valorisation des savoir-faire locaux - fonction de projection.

Le programme ?
La SEM commencera mercredi 7 octobre au Palais de la Bourse de Marseille avec les les Rencontres MedBusiness Network. Le réseau MedBusiness Network des institutions consulaires euroméditerranéennes sera officiellement lancé et suivi d'ateliers thématiques (investissement, commerce, agriculture, environnement, industrie, trafic maritime).
Le lendemain, les ateliers reprendront au Palais de la Bourse autour des questions des médias, du textile et de l'accompagnement des entreprises dans leur implantation en Méditerranée. Au Palais du Pharo, la 5ème édition du Colloque Medinov portera sur les enjeux liés aux outils financiers publics et privés, aux lieux d’ancrage tels que les parcs technologiques et les technopôles, ainsi qu'aux modèles d’organisation de croissance (clusters, pôle de compétitivité). Enfin, la ville de Marseille et la BEI organisent le séminaire Medinas consacré aux problématiques urbaines (gestion et réhabilitation des centres historiques).
Vendredi, se tiendra une conférence-débat portant sur l'"attractivité des territoires en Méditerranée" sous l'égide de la Commission Med de CGLU, de l'EPAEM et des collectivités locales.
Le samedi, enfin, les rendez-vous de la Méditerranée clôtureront, comme il en est désormais la tradition, cette semaine. Il s'agit de la grand messe politique de la SEM au cours de laquelle se succéderont à la tribune, les principaux élus du territoire, les responsables des agences d'expertise, Henri Guaino, conseiller spécial du Président Sarkozy est également attendu pour une intervention sur l'Union pour la Méditerranée.

Un bilan de cette riche semaine dans un prochain billet.

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