Marseille internationale

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dimanche 13 juin 2010

Retour aux affaires

A La première quinzaine de juin a été l’occasion de voir ressurgir à Marseille le vocable des «affaires» et du «banditisme». Il n’est pas question de lier des affaires aussi diverses qu’un braquage, l’arrestation de présumés figures du miieu et une enquête judiciaire impliquant des proches d’élus. Toutefois, la dimension spectaculaire de ces événements et l’unité chronologique sont susceptibles de réactiver la «mauvaise réputation» de la ville dans la mesure où ils correspondent aux clichés régulièrement attachés. Cette séquence tombe mal pour les édiles et les élites économiques locale qui dépensent une énergie considérable pour changer l’image du territoire.

Lundi 31 mai, un commando de six personnes attaquent à l’arme lourde un fourgon de convoyeur de fonds contenant près de huit millions d’euros. La scène qui se déroule à proximité des bassins du radoub du port en fin de matinée est filmée par les badauds. Cent cartouches de kalachnikov sont retrouvés sur les lieux où aucun blessé n’est à déplorer. L’enquête s’oriente vers la piste du «banditisme de cité», le mode opératoire faisant davantage penser à un «braquage de bazar» plutôt qu’à des professionnels. Si cette hypothèse se confirme, la question sera de savoir comment les malfrats ont pu avoir accès aux explosifs et aux compétences pour les utiliser. Enfin, cette affaire bat en brèche la thèse du modèle d’intégration marseillais dont se se vante les élites politiques depuis les émeutes parisiennes de décembre 2005 : «La violence des cités est plus meurtrière que celle du banditisme classique, estime un ancien commandant de police de la brigade de répression du banditisme. Et le problème, c'est qu'on tend de plus en plus vers ce type de braquages. Les grandes équipes, corses notamment, sont aujourd'hui sous les verrous. La place est donc libre.»

Encore plus libre, peut-être, depuis l’arrestation des-dits «parrains marseillais» le 7 juin. Bernard Barresi, recherché depuis dix-huit, Michel et Gérard Campanella sont interpellés alors qu’ils s’apprêtaient à passer un après-midi en famille sur le yacht Atlas. Les perquisitions menées à la suite du coup de filet conduisent les enquêteurs à trouver 200 000 euros en liquide, des faux papiers, des armes, des montres de luxe, des véhicules... des indices qui pourraient permettre de prouver des irrégularités entre le train de vie et les revenus de personnes soupçonnées de rackets, d’exploitation de machines à sous et de blanchiments. L’opération ne s’est pas résumée au spectacle d’une arrestation sur des bateaux de luxe mais a impliqué au total une vingtaine interpellations, dont celle d’Alexandre Rodriguez, 25 ans, Président du directoire de la société éponyme de yacht de luxe, l’un des leaders du marché, et potentielle vitrine du croisiérisme marseillais, malgré des difficultés financières récentes qui semblaient avoir été surmontées.

Dernier épisode, Bakchich établit un lien entre un marché public de sécurité passé par le conseil général des Bouches-du-Rhône et Carole-Evelyne Serrano, la compagne de Bernard Barresi, également mise en examen après l’arrestation de ce dernier. Gérante de la boîte de sécurité Alba Sécurité, elle s’est vue attribuée le «gardiennage sureté sécrurité des sites déconcentrés du Conseil général». Si le contrat, qui a fait l’objet d’un appel d’offres, n’est pas visé par la justice, ces liens s’ajoutent à l’affaire qui secoue le Conseil général depuis plus d’un an. À ce propos, un proche d’Alexandre Guérini, Eric Pascal, dirigeant d’une entreprise de ramassage d’ordures - Quayras - a été mis en examen cette même semaine dans le cadre de l’enquête relative aux marchés publics des ordures.

On le comprend rien ne relie ces épisodes et rien n’indique que le contrat passé entre le Conseil général et «Mme Barresi» soit entaché d’irrégularité. Ils posent néanmoins le problème de la réactivation des images négatives qui collent à Marseille et sont susceptibles de pénaliser l’attractivité du territoire tant recherché.

Comme le suggère un membre d’une institution publique locale travaillant sur cet aspect :

« L’image pour l’international c’est essentiel, parce qu’il faut être attractif. Rayonner, c’est une chose, mais pour rayonner, il faut être attractif. (...). Et ça participe de la perception de Marseille. Les gens qui viennent de loin, la perception de Marseille, c’était quoi ? C’était toujours la même. Les Marseillais, à tort, en plus ont souffert de la perception French connection, Spirito, Carbone, Borsalino. Mais Marseille, ce n’est plus ça, aujourd’hui, ce n’est plus ça du tout.»

Photo : François Spirito et Paul Carbone

mardi 1 juin 2010

Où l’on reparle du «Grand Marseille»

A À l’heure du Grand Paris et de la réforme des collectivités territoriales, l’idée de la morphologie métropolitaine de Marseille refait l’objet de débats au sein des acteurs politiques et économiques locaux.


Bien sûr, l’idée n’est pas neuve et l’histoire connue : les «métropoles d’équilibre» du Général de Gaulle, le refus de Defferre de constituer une communauté urbaine incluant les villes communistes de l’agglomération, le découplage entre la ville-centre et ses périphéries, le retard pris sur les modèles lillois, bordelais et lyonnais, la concurrence interterritoriale qui s’organise sur des aires géographiques intégrées plus vastes...

Quarante ans plus tard, l’enjeu du «Grand Marseille» réapparaît sur l’agenda politique local - et national - et on peut se demander si les termes ont vraiment changé.

Certes, Marseille s’est dotée en 2001 d’une communauté urbaine regroupant 18 communes pour un peu plus d’un million d’habitants. Chargée des compétences en matière de développement économique et d’aménagement urbain, elle est devenue le siège du pouvoir local au moins en ce qui concerne la production des politiques publiques.

En effet, le maire concerne les attributs de la souveraineté et de la légitimité municipale en dépit de sa perte d’influence réelle sur la conduite des affaires locales. En outre, la constitution de Marseille Provence Métropole n’a pas résolu le problème de la fragmentation politico-institutionnelle de l’agglomération tandis que les écarts entre la métropole technique (celle des déplacements liées au travail, au loisir et à l’habitat) et sa réalité juridique se sont accrus.

C’est pour répondre à ces deux types d’enjeux (alignement des structures institutionnelles sur les réalités politiques, d’une part et économiques, d’autre part) que les élus s’emparent de la question du «Grand Marseille» profitant du contexte national relatif aux futures dispositions prévue par la loi sur les collectivités territoriales.

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce débat fait resurgir les vieux démons de la politique marseillaise. Les maires des petites communes s’inquiètent des conséquences de la création d’un « nouveau monstre administratif qui bride les communes et les vide de leur autorité ». À Aubagne, on organise un référendum consultatif pour savoir si « oui ou non, (les habitants souhaitent que) la commune (soit) absorbée dans la future métropole de Marseille ». On réactive la peur de l’impérium métropolitain marseillais. À Aix, on prévient qu’ « un ensemble autour de Marseille qui irait de l’étang de Berre jusqu’à La Ciotat et au Pays d’Aix, est envisageable seulement si les intercommunalités existantes conservent leur périmètre et leurs compétences ». Le « seulement » est important pusqu’il signifie que cet ensemble est... inenvisageable.

À Marseille, chacun y va de son périmètre. Pour Renaud Muselier, fondateur de l’association « Pensons le Grand Marseille » celui-ci irait jusqu’à Lyon. Pour Eugène Caselli, l’actuel Président (sans majorité) de la Communauté urbaine, il s’agit avant tout de corriger les effets d’archipel issus du découpage de 2001, mais se montre avant tout prudent au moment d’entamer les négociations avec les maires et les représentants des autres agglomérations. Quant à Jean-Noël Guérini, il se fait pour le moment discret, s’efforçant surtout de combattre la réforme présentée au Parlement, à partir de son mandat de sénateur. Néanmoins, le lancement du syndicat mixte des transports il y a tout juste un an préfigure la méthode employée par le Président du département : dessiner les contours d’une métropole fonctionnelle capable d’entraîner un alignement institutionnel et dépasser ainsi les conflits politiques.

Les choses s’accélèrent néanmoins. La semaine dernière, plusieurs réunions publiques ont permis de voir se dessiner certaines lignes de tension. L’Union pour les entreprises des Bouches-du-Rhône ont, sans surprise, plaidé pour une intégration fonctionnelle, fustigeant les blocages politiques.

Surtout, initiée par Renaud Muselier, une « Agora sur le Grand Marseille » s’est tenue vendredi dernier au Parc Chanot en présence du Ministre de l’économie, du préfet, d’un conseiller du Président Sarkozy...

À l’issue de cette rencontre, rien ne permet de dessiner les contours du futur « Grand Marseille », si ce n’est qu’il est devenu essentiel pour ces acteurs de ne pas apparaître comme les bâtisseurs d’un «Marseille en plus grand» qui ont précipité les échecs précédents et qui fabriquent les ressentiments futurs.

Si cette orientation devait se confirmer, elle pourrait être porteur d’une profonde recomposition du système politique local, en redistribuant les modalités qui organisent jusqu’à présent l’échange politique territorial. Enfin, elle pourrait favoriser l’émergence de nouveaux projets associant des acteurs, des institutions et des territoires sur des échelles à la fois plus variables et plus vastes, à l’image de la candidature à la Capitale européenne de la culture. Néanmoins, sur ce dossier comme sur d’autres, le « jouer collectif », cher à Jacques Pfister, le Président de la Chambre de commerce, est loin d’être stabilisé.

Crédit Image /Carte : AGAM

vendredi 28 mai 2010

Le For’UM : l’UpM et Marseille à la relance

A Quelques jours après l’annonce du report du Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union pour la Méditerranée (UpM), la co-Présidence franco-égyptienne a réuni, hier, bailleurs de fonds et investisseurs privés à Marseille.

Pour la Cellule de l’Élysée et son patron, Henri Guaino, l’objectif de la manifestation était de montrer la vitalité de l’initiative sur le plan des projets concrets contrastant avec ses blocages politiques. Pour la Chambre de commerce marseillaise (CCIMP), l’opportunité était belle de souligner la centralité de la ville dans les échanges euro-méditerranéens ; une manière de matérialiser les ambitions des élites politiques et des experts selon lesquelles Marseille est sensée jouée le rôle de «plate-forme d’ingénierie financière et technique» de la zone, laissant à Barcelone, celui de vitrine institutionnelle.

Le plateau

Du beau monde s’était déplacé au Palais de la Bourse : des Ministres français et égyptien ; un Commissaire européen et un haut fonctionnaire d’EuropeAid ; le Secrétaire général de l’UpM ; des représentants de la BEI et d’autres bailleurs de fonds publics (AFD, Banque mondiale, OCDE, INGD) et privés ; des représentants du patronat des deux rives ; des experts.

Une journée organisée en deux temps : les grands discours de cadrage le matin vantant le «bilan» (sic) et les perspectives du projet et les ateliers thématiques l’après-midi portant sur les domaines «concrets» de la coopération dans la région (investissement et financement de projets, énergie, transports et développement urbain, eau et environnement, développement économique des entreprises, développement humain et social).

Les discours

Le discours des décideurs politiques et économiques convergeaient sans surprise pour souligner les potentialités d’investissements en Méditerranée et la maintien de son attractivité due à une croissance supérieure de 6 points entre les pays de l’UE (-4,3%) et ceux du Sud (+2,3%). Quid des problèmes politiques (insécurité juridique, conflits frontaliers au Maghreb, blocage au Proche-Orient, incertitudes au Levant) ? «Largement surévalué» selon le MEDEF qui rappelle les bons classements du Maroc, de la Jordanie et de l’Egypte en termes d’audit et de sécurisation des transactions.

Le Ministre français du Commerce édicte la méthode, devenue lieu commun du partenariat euro-méditerranéen post-Barcelone : «nous ne tentons pas d’approche trop politique (souligné par nous), mais essayons de traiter les questions de façon bilatérale» et loue, au passage, l’approche des collectivités locales dans le cas de la gestion du problème lié à la LFC algérienne. Plus précis et plus incisif, Henri Guaino refuse de voir l’UpM «l’otage pour résoudre les problèmes politiques. La politique a été un moyen d’impulsion, elle est également une difficulté à résoudre».

On se souvient alors de la formule de Jean-Claude Gaudin dans sa conception, certes improvisée, de la diplomatie décentralisée :

«Nous ne souhaitons en aucun cas nous substituer aux États, quoi que nous ne ferions pas plus mal» (tenue lors du 1er Forum des Autorités Locales et Régionales, Marseille, 28 mai 2008) ;

et de celle, davantage formalisée, de Michel Vauzelle :

«Je fais de la diplomatie participative quand je dis à l’Etat ‘nous ne nous occupons pas des questions sensibles, nous vous les laissons : Palestine, Israël, Algérie, Sahara… Nous nous occupons des petites choses comme l’eau, les forêts…’ Nous tissons graduellement des liens entre le monde des affaires, les universitaires, les étudiants, les jeunes, les athlètes, les techniciens» (Entretien avec Michel Vauzelle, propos recueilli par Bruno Etienne et Thierry Fabre, La Pensée de midi, 21, avril 2007, pp. 110).

 Les annonces

À entendre les annonces, il semble qu’en attendant les projets et l’ouverture du dialogue politique, les fonds ne manquent pas en Méditerranée.

Alors que la BEI, la Caisse de dépôts et de consignation lancent InfraMed pour financer les projets d’infrastructure (doté de 385 millions d’euros et devant mobiliser 1 milliard d'euros à terme, la BEI, cette fois associée à l’AFD, ont créé un Fonds d’Amorçage de Réalisation et d’Orientation (FARO) destinée à aider les entreprises à s’implanter en Méditerranée (1 million d’euros). Ces initiatives complètent un dispositif composé de la Facilité d’investissement de soutien en Méditerranée (FISEM, 250 millions d’euros), de la Facilité euro-méditerranéenne d’investissement et de partenariat (FEMIP, environ 10 milliard d’euros depuis son lancement en 2002), sans oublier les financements issus des programmes opérationnels européens inscrits dans le cadre de la Politique de Voisinage (IEVP Bassin méditerranée, 173 millions pour la période 2007-2013).

Nonobstant les différences en termes de volume, d’acteurs et d’objectifs de ces fonds, l’addition, forcément trompeuse, de ces financements s’élève à 1,650 milliards d’euros (certes essentiellement dus à la FEMIP). Par ailleurs, gageons que ces financements ne concernent que les bailleurs de fond du Nord et occultent donc les montants investis par les fonds souverains du Golfe.

Ces derniers ne sont pas pour autant oubliés par les promoteurs de l’UpM. Christine Lagarde a ainsi tenté «une approche du Qatar pour un milliard» et Henri Guaino souhaité la bienvenue à tous les financements.

On peut néanmoins supposer que le rapport sur le cofinancement en Méditerranée qui sera prochainement remis par Charles Millaud au Président de la République cherche à structurer ces logiques et à coordonner ces institutions. La proposition de l'ancien Président du directoire des Caisses d'Épargne et de l'actuel adjoint au maire de Marseille chargé des relations économiques internationales, viserait à créer un nouvel établissement au sein duquel la BEI deviendrait l'actionnaire principal et qui serait appeler à exercer les missions de la FEMIP.

Et Marseille ?

Ne se contentant pas d’être les hôtes de la réunion, le réseau informel des experts locaux internationalisés (Institut de la Méditerranée, Anima, CMIM, Euromed Management) a décidé la création - encore une - d’un «Office de coopération économique pour la Méditerranée et les pays du Golfe». Par ailleurs, toujours en marge du For’UM, la CCIM a signé un accord de coopération avec son homologue milanaise.

Le For’UM n’a donc pas été qu’un contre-feux diplomatique à l’échec de la réunion de Barcelone - même si à en croire la Cellule de l’Élysée, le report n’est pas un échec, «bien au contraire» -, il a été l’occasion pour Marseille, c’est-à-dire, les acteurs et les institutions politiques et économiques du territoire, de consolider leur légitimité à intervenir sur ses sujets et à jouer un rôle de facilitateur du dialogue. En somme, d’être cette interface opérationnelle entre les deux rives.

Pour plus d'information sur le For'UM, voir les articles disponibles sur Econostrum.

samedi 22 mai 2010

(Le Sommet de) l'Union pour la Méditerranée n'aura pas lieu

A C'était dans l'air du temps depuis un moment, c'est désormais officiel : le sommet de l'Union pour la Méditerranée (UpM) n'aura pas lieu. Du moins, pas le 7 juin et pas à Barcelone qui exerce la Présidence de l'Union européenne (UE). En langage diplomatique, le sommet n'est pas annulé, mais "reporté" à novembre. Le temps assure la Présidence égyptienne et le gouvernement espagnol - et la France qui exerce pourtant encore la co-Présidence ? - de "donner du temps aux pourparlers indirects" avant donc, si l'on comprend bien, de donner une chance au dialogue direct.

Il nous revient à l'esprit la phrase d'Henri Guaino lors du lancement de l'UpM, phrase qu'il répétait souvent l'année dernière lorsque les ennuis commençaient à s'accumuler sur son projet : "le vrai bilan de l'UpM sera dressé deux ans après son lancement". Deux ans, on y est.

Du côté du dialogue politique, les Ministérielles se sont annulées les unes après les autres, la guerre de Gaza ayant empêché tout contact entre Palestiniens et Israéliens. En ce qui concerne, la mise en œuvre de projets "concrets", les financements sont toujours attendus comme une réponse à une autre antienne d'Henri Guaino "la définition des projets d'abord, le montant des financements après".

Par ailleurs, la Commission européenne a bien d'autres préoccupations en matière de politique étrangère et méditerranéenne que d'alimenter la dynamique d'une UpM auquelle elle n'a jamais cru. Catherine Ashton est en train de mettre en place le grand service diplomatique de l'UE supposé remplacer les anciens découpages administratifs (DG Relex, AidCo, EuropAid...). Les arbitrages sur la politique méditerranéenne qui sont en train de se tenir sont probablement plus décisifs que les soubresauts de l'UpM. Au côté de ces enjeux bureaucratiques, demeure les négociations qui s'ouvrent sur le cadre budgétaire de la période 2014-2020. Assistera-t-on à un rééquilibrage de la Politique de Voisinage entre l'Est et l'Ouest ? Verra-t-on se concrétiser - ou s'initier - l'idée de macro-région aux échelles de la Méditerranée comme nous le suggérions dans un précédent billet ?

La primauté de ces enjeux sur l'avenir de l'UpM ne signifie pas qu'il faille dénier à ce projet toute résonance politique. En premier lieu, le grand mérite de l'initiative sarkozyste aura été de braquer les projecteurs sur cette région. Finalement, il s'agissait moins de relancer le Processus de Barcelone - l'UpM est, à cet égard, enlisée dans les mêmes contradictions et les mêmes impasses - que d'inscrire cette région sur l'agenda stratégique de l'UE, des bailleurs de fond et des investisseurs privés. Certes, la Banque mondiale ou les fonds souverains du Golfe n'ont pas attendu le discours de Toulon pour financer des projets, l'Europe l'a peut-être attendu davantage.

Deux ans après son lancement, de l'UpM, il reste des structures institutionnelles chargées de financer des projets mais qui se trouvent privées à la fois de financement et de projets. On peut se demander à l'infini quelles sont les raisons qui ont précipité son échec : ambition franco-française ; opposition allemande à la maquette initiale qui aurait pourtant favorisé les coopérations renforcées ; situation géo-politique pour le moins instable au Proche-Orient ; cadre juridique imprécis et articulation avec les politiques européennes incertaine...
Il n'en demeure pas moins que les échecs répétés des projets institutionnels intergouvernementaux ne parviendront pas à tuer l'idée selon laquelle la coopération en Méditerranée demeure une ardente obligation pour la paix, la sécurité et la prospérités sur les deux rives.

Lieux communs sans aucun doute. Tellement communs qu'aucune réponse n'a pu être apporté et trop peu de progrès enregistrés depuis le lancement de la première initiative européenne dans cette région, la Politique méditerranéenne globale. C'était en 1972.

lundi 17 mai 2010

Vers une macro-région en Méditerranée ?

A À l’issue de la deuxième édition du Forum des autorités locales et régionales de la Méditerranée qui s’est tenue à Barcelone au début de ce mois, les élus locaux et régionaux des deux rives ont adopté une Déclaration finale qui contient, sans surprise, un appel à une meilleure association des collectivités locales dans la poursuite de la mise en œuvre de l’Union pour la Méditerranée et dans la perspective des négociations de la programmation des fonds européens pour la période 2014-2020.

À ce sujet, la Déclaration encourage le Conseil européen à instaurer le concept de macro-région en Méditerranée, appelé à «renforcer le programme de coopération transfrontalière par bassin maritime associant les fonds FEDER et IEVP».

À ce jour, deux programmes européens distincts sont déployés en direction de la Méditerranée. Le Programme Med obéit à l’Objectif Coopération territoriale européenne et se déploie sur la rive Nord de la Méditerranée. Successeur des programmes Interreg, il est financé par les fonds FEDER. Le second programme, IEVP Bassin Maritime, s’inscrit dans la Politique européenne de voisinage, et non dans la Politique régionale, puisqu’il ne concerne que la rive Sud.

La Région Paca, autorité unique de gestion (AUG) du Programme Med - c’est-à-dire qu’elle héberge une équipe chargée de coordonner la mise en oeuvre des appels à projets - souhaite rompre avec la dichotomie entre deux initiatives parallèles en faisant la promotion d’une macro-région qui permettrait d’englober sous un programme unique les deux rives de la Méditerranée. Ainsi, elle a mis en place un Bureau de Liaison, située à Valence en Espagne, dont la mission est d’être le point de contact entra l’AUG du Programme Med et l’AUG du programme IEVP Bassin Maritime (la Région Sardaigne).

La macro-région est une expérience née autour de la Mer Baltique. L’idée des États-membres concernés (Pologne, Allemagne, Danemark, Suède, Finlande, Estonie, Lituanie et Lettonie) qui ont soumis l’initiative au Conseil, est de mettre en place une stratégie globale sur une région transnationale à partir des problèmes spécifiques qu’elle pose, quitte à sortir du cadre institutionnel des programmes européens supposés s’appliquer à toutes les zones en fonction des critères d’éligibilité. La macro-région modifie donc le sens de la territorialisation des programmes européens tels qu’ils sont traditionnellement définis par la politique régionale.

Dans sa Communication sur la Stratégie de l’UE à l’égard de la région de la Mer Baltique, la Commission s’enorgueillit de proposer pour « la première fois (...) ce type de stratégie globale à l’échelle d’une macrorégion Cette stratégie pourrait en inspirer d’autres dans des régions comme la Méditerranée ou le bassin du Danube. Elle constitue notamment une première étape dans l'application régionale de la politique maritime intégrée de l’Union. »

La macro-région est donc une nouvelle vision politique de l’Europe dans la mesure où elle entend territorialiser la mise en oeuvre des projets sur des bases trans-régionales. Elle ne correspond donc pas à l’antienne promue par l’Europe des Régions qui portait sur l’agencement de la subsidiarité de l’Europe au profit des peuples et des autorités régionales au sein de chaque État-membre.

L’un des principes de cette dynamique naissante est d’adapter les transferts institutionnels européens en fonction des spécificités géographiques propres aux «petites patries» européennes appartenant à différents États-nations.

Le problème posé par l’application du principe macro-régional en Méditerranée est qu’il implique la participation d’un nombre conséquent d’États non membres de l’UE. Certes, en ce qui concerne la Baltique, la macro-région prévoit des modes de coopération avec la Russie, la Norvège et l’Islande. En Méditerranée, il s’agit d’adapter ce schéma sur une base paritaire entre États-membres et pays-tiers - comme le tente avec difficultés l’Union pour la Méditerranée, bien que celle-ci reste pour l’heure dépourvu d’outils de financement et plombé par l’absence de dialogue politique.

La macro-région en Méditerranée, dont une formalisation est proposée par l'Institut de la Méditerranée, si elle se réalise, devrait être capable de fusionner les instruments financiers et juridiques, ainsi que l’inspiration qui président aux programmes de la politique régionale et de la politique voisinage. En somme, parvenir à organiser au Sud, l’intégration sans l’élargissement.

Pour l’heure, on ignore la réaction de la Commission à cette proposition d’étendre les politiques européennes au Sud dans le contexte confus des négociations de la programmation 2014-2020 et de la constitution du service de politique étrangère de Lady Ashton.

mardi 11 mai 2010

Barcelone, projection idéale-typique de Marseille

A Se rendre à Barcelone avec à l’esprit les comparaisons établies par les élites marseillaises est aux premiers abords un peu déroutant.

Juste avant l’atterrissage, on aperçoit une vaste étendue de porte-conteneurs qui contrastent avec la maigreur des Bassins est de la Joliette. Puis, en parcourant la ville ce ne sont pas les contrastes avec Marseille qui sautent aux yeux, mais les frontales oppositions.

Clichés contre clichés. Canebière contre Remblas ; Gaudi contre Haussman ; plaisance contre pêcheur ; puissance contre dénuement.

On comprend mal, dès lors, comment Barcelone est parvenue à devenir pour les responsables politiques et les acteurs du marché marseillais non pas une référence, mais un modèle à copier, un concurrent à dépasser.

On le comprend mieux si l’on considère la fabrique de Barcelone comme une projection idéal-typique du « nouvel esprit de Marseille ». La séparation sur trois sites, proches mais distincts, des activités portuaires - croisière, transports de passagers, stockage et circulation de la marchandise - fait penser aux discours marseillais relatifs à la séparation J4, Joliette et Fos.

L’utilisation du patrimoine architectural, la focale touristique et tertiaire du développement économique de la ville, les phénomènes de gentrification qui semblent ici pratiquement aboutie, la capacité à revendiquer avec succès l’attraction de centres de décision institutionnelle et d’« événements » dont chaque coin de Carrere vante la prochaine tenue constituent le programme de développement urbain marseillais. Les Volem un Barri Digne affiché sur les fenêtres des habitants du Barcelone gothique comme un encouragement au «nettoyage» du quartier ferait pâlir d’envie les promoteurs de Marseille-République qui se heurtent aux «J’y suis, j’y reste» des habitants de l’hyper-centre.

Il ne s’agit pas, dans ce billet, de céder à la tentation de la comparaison. Avant d’y séjourner brièvement, nous ne savions rien d’autres de Barcelone que ce qui est répété par les élites marseillaises ou ce qui relève du sens commun - le prisme identitaire catalan, la prospérité, l’autonomie.

Ce qui frappe à la visite rapide, c’est l’écho des discours et des projections marseillaises sur la morphologie urbaine barcelonaise. Si Marseille n’est en rien comparable à Barcelone - une évidence qui n’a pas encore été rappelée : si la majorité de la population barcelonaise n’est pas catalane, très peu de minorités visibles dans les Remblas - les élites marseillaises envisagent Barcelone comme un futur Marseille.

L’enjeu des urbanistes et des aménageurs, tel qu’il se laisse à voir dans les plaquettes d’Euroméditerranée par exemple, confond volontairement présent et avenir. Parler de Marseille en 2030 en utilisant le présent de l’indicatif rend en actes déjà produits des concrétisations à venir. Cette subtilité permet de répondre à la critique de l’absence de réalisation concrète d’un projet de grande ampleur aux perspectives lointaines. Elle rend présent ce qu’il est supposé advenir à Marseille. Comme une Barcelone projetée.

jeudi 22 avril 2010

La deuxième naissance du CMIM : signature stratégique ou ingénierie de projets ?

A Lancé officiellement en octobre dernier, le Centre de Marseille pour l'intégration en Méditerranée (CMIM) a connu cette semaine une série d'événements qui pourraient marquer une seconde naissance et un démarrage opérationnel des travaux.

De travaux justement, il est question. Lorsque l'on évoque, à propos du CMIM, une "refondation de la plate-forme de la Banque mondiale", il faut se rendre à la Villa Valmer pour constater la déclinaison physique de cette expression qui se traduit par une profonde rénovation de la vieille bâtisse du XIXème siècle. Rappelons que la Villa Valmer représente, depuis sa construction, une synecdoque du capitalisme marseillais. Abritant initialement la demeure d'un dirigeant d'une entreprise de sucre, davantage négociant qu'industriel, maîtrisant les outils de la spéculation plus que ceux de l'innovation, elle fut, jusque dans l'après-guerre, occupée par l'Agence d'urbanisme de Marseille. Le lieu fut alors le centre opérationnel et conceptuel de la fabrique de la ville. Symbole du déclassement d'une agence concurrencée par les orientations étatiques et privées, la Ville y installe l'École de la Marine marchande, comme une dernière tentative de lier Marseille au Port dans le contexte de deuil colonial. Alors que le municipalité songeait à y installer des studios de cinéma, elle décide de la mettre à disposition d'un Institut de la Banque mondiale au début des années 2000, dans le sillage d'une stratégie visant à polariser un certain nombre d'institutions internationales sur le site de la commune. Sur les conditions de transformation du bureau de la Banque mondiale en CMIM, je renvoie le lecteur à un billet précédent.

D'octobre 2009 à ce printemps, le CMIM restait en période de gestation. Si, sur le papier, programmes et partenaires étaient définis, les circuits de financement restaient à construire, la gouvernance demeurait en suspens (l'incertitude pesait sur le maintien de 'Marseille' dans la dénomination officielle) et on commençait à s'interroger sur le contenu opérationnel du projet. On se demandait en effet si le CMIM allait être une énième agence d'expertise et de réflexion ou, profitant de la dynamique politique sur la zone, si elle parviendrait à occuper le champs nettement moins saturé de la mise en œuvre de projets de développement économique en Méditerranée.

La Région Paca faisait alors savoir qu'elle disposait de son propre projet d'Agence Méditerranéenne des villes et territoires durables en partenariat avec l'AFD et la DATAR (délibération n°10-36 du 8 février 2010). Considérant le CMIM comme une structure de soutien au policy-thinking (organisation de séminaires, des échanges et des formations), la Région Paca entend inscrire sa contribution dans le montage de projets afin de s'implanter sur le marché de l'ingénierie urbaine en Méditerranéenne (non seulement dans les activités d'infrastructure, mais également dans le secteur des bureaux d'étude).

Le CMIM, quant à lui, semble davantage un centre tourné vers l'analyse et le partage d'informations. Un premier indice vient de nous être donné par la premier résultat concret du CMIM. Il ne s'agit pas d'un projet, mais d'une brochure (164 p.) appelée "Planifier et gérer un technopôle en Méditerranée". L'entête est occupée par la Banque européenne d'investissement, la Banque mondiale, Medibtikar (programme Euromed Innovation et technologie financé par la Commission européenne et géré par un Consortium basé au Caire) et la Ville de Marseille. On ne trouve dans le document nulle trace du CMIM, mais la publication fait l'objet d'une conférence de presse et est présentée comme la "première réalisation" du Centre.

Cette conférence de presse est l'occasion d'annoncer la nomination de Matts Karlson à la tête du CMIM. Ancien Ministre suèdois, Vice-président de la Banque mondiale et depuis 2007, Directeur du département Maghreb de la Banque, Karlson précise que le CMIM est "la première institution de la Banque dévouée seulement à la connaissance". Quelques phrases plus loin, il fixe les objectifs du Centre : "travailler sur un programme très concret qui sera évalué dès l’hiver 2011-2012 (...) ; contribuer à une convergence au sein de la région Méditerranée et apporter des réponses opérationnelles."

Pourtant, de réponses opérationnelles, il semble que le CMIM se traduise surtout par la mise en place d'une enceinte de discussions et d'échanges. Selon Philippe de Fontaine-Vive, le Vice-président de la BEI impliqué dans le projet, la vocation du Centre serait de devenir “le "réseau des réseaux”, pour poser ensemble avec tous les partenaires les questions et leur trouver des réponses, impulser des synergies, faire en sorte que le CMI devienne une signature, une référence systémique."

Le CMIM, une signature de plus apposée au bas d'une réflexion stratégique plutôt qu'une plateforme opérationnelle d'ingénierie de projets ?

vendredi 16 avril 2010

"Marseille on the move" : la stratégie commerciale de la politique locale

1 Il y plus d'un an, je faisais état de réflexions au sein de la Direction du Tourisme et des Congrès de la municipalité de Marseille concernant la création d'une marque de promotion destinée à identifier et à vendre la ville à l'étranger.

Ces réflexions ont abouti cette semaine avec l'annonce de la constitution d'un jury qui attribuera le label "Marseille on the move" à tous ceux (commerçants, restaurateurs, artistes) qui contribueront, selon La Provence, "à vendre l'image de la Marseille".

Au cours de la conférence de presse de lancement, Dominique Vlasto, adjointe chargée du Tourisme et des Congrès, de la Candidature Marseille-Provence 2013 et des Relations avec les institutions européennes, en profite pour redéfinir le rôle du politique dans la fabrication du marketing urbain :

"Nous sommes des élus mais nous sommes avant tout des commerciaux, nous allons vendre un produit magnifique et aujourd'hui, pour nous identifier, pour identifier Marseille à l'étranger, nous avons le droit et le devoir de créer cette marque qui sera attribuée par un jury (...) à celles et ceux qui travaillent à l'étranger ou avec l'étranger dans le domaine du tourisme"

"Avant tout des commerciaux", cette remarque a le mérite de la franchise et nous renseigne sur les modes de mobilisation des acteurs politiques empruntés au registre des opérateurs privés et de la grammaire du marché.

Cette annonce intervient alors que les chiffres du tourisme pour l'année 2009 font état de 4 millions de visiteurs, de 650 000 croisièristes (alors qu'on dénombrait 20 000 crosièristes il y a quinze ans, le million devrait être atteint cette année) et de 350 congrès organisés.

Les réactions à cette initiative ont surtout porté sur l'usage de l'anglais ("et pourquoi pas 'aïoli forever', 'bouillabaisse friendly', 'Pastaga country' se moque t-on ici ou là). De même, on peut regretter un certain amateurisme des porteurs du projet qui ne se seraient pas rendus compte de l'existence d'une marque déposée au même nom par l'Institut pour la Ville en mouvement, tandis que les domaines internet marseilleonthemove.org, .com, et .fr n'ont été acheté par la mairie qu'après l'annonce officielle.

Ces réactions ont poussé Jean-Claude Gaudin à justifier l'opération en forme de mise au point (lui permettant de faire un détour pour protéger son leadership) :

"C'était pour faire notre propagande du tourisme à l'étranger. Ce matin je lisais dans les journaux : 'Marseille on the move quezaco?' Vous croyez que ça aurait plus de succès si j'envoyais des papiers sur le tourisme à Marseille avec quezaco à New York, à Boston ou à Baltimore ? Alons bon ! Je note l'humour de cette presse-là, mais moi je vais de l'avant et dans la modernité. Le 'talk Orange' : ça surprend quelqu'un ça ? Tout le monde trouve ça normal. Et bien, "on the move", en mouvement, on se bouge pour Marseille. On ne peut pas quand même transformer tous les mots en provençal ou ceux auxquels on est habitué aujourd'hui et aller de l'autre côté de l'Atlantique. Il faut être dans modernité. Voyez que je le suis. Étape après étape : oh la, la, je vais rester encore des années".

Sur le blog de Boris Mynandier, docteur en science de gestion et dont la thèse a porté sur le city branding, on pouvait lire en janvier 2007, déjà, que "'faire de Marseille une marque, ce serait affirmer son identité, la rendre évidente, sûrement pas s'y opposer. Marseille la frondeuse (le label,inspiré d'un article de François Ruffin dans le Monde diplomatique, qu'il propose, ndla) peut faire son bout de chemin dans l'hypermodernité sans lisser sa personnalité tout en étant une ville agréable, attractive, attachante et vivante.''"

Encore cet appel à la modernité pour traduire les stratégies de séduction des villes en direction des investisseurs étrangers. Mais de quoi, au juste, cette modernité porte-t-elle le nom ?

vendredi 2 avril 2010

Marseille-Provence 2013 : ça se précise et ça se complique

A Après une pause due à la campagne, ce blog reprend un peu d’activités. Et en guise de reprise, un point sur les dernières évolutions et perspectives de la Capitale européenne de la culture 2013.

Deux moments importants se sont tenus au mois de mars en ce qui concerne Marseille-Provence 2013.

Les Ateliers de l'Euroméditerranée se dotent d'une Charte stratégique

Le 9 mars, la Chambre de commerce et l’association ont organisé une réunion précisant les contours des Ateliers de l’ Euro-Méditerranée. Point fort de la candidature, le principe est autant stratégique que culturel. On rappelle qu’il s’agit d’organiser des résidences d’artistes venus du Bassin méditerranéen au sein des entreprises locales. Mais comme le rappelle Bernard Latarjet dans la Provence, «ce qui distingue les ateliers des résidences classiques, c’est l’engagement sur la durée, un an, deux ou plus et un engagement de diffusion. C’est aussi leur dimension méditerranéenne, puisque nous voulons faire travailler des artistes des deux rives

En effet, l’idée est de contribuer à l’affichage géostratégique d’une opération vouée à remplir la case «culture» du Partenariat euro-méditerranéen (Processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée). D’autre part, ces Ateliers reflètent le registre managérial de la mobilisation collective dans la mesure où ils illustrent l’implication du monde économique local dans le projet.

Cette initiative trouve en effet son origine dans les travaux de Mécènes du Sud, une organisation regroupant les entreprises marseillaise souhaitant promouvoir le territoire par la culture. Corinne Brenet, Présidente de Courtage de France, l’une des fondatrices de Mécènes du Sud, est ainsi devenue la responsable de la mission Entreprises 2013, qui au sein de la Chambre de commerce est chargée de promouvoir les Ateliers au sein des entreprises du territoire.

Le document stratégique adopté par l’association précise les objectifs et la méthodologie qui préside à l’octroi du label et des financements liés aux Ateliers. La production d’un Atelier résultera d’un accord entre la structure productrice (l’entreprise), le projet (l’artiste) et labellisation (l’association).

Le conseil d’administration : entre avancées et inquiétudes

Deuxième point fort, cette semaine a eu lieu le conseil d’administration de l’association qui a permis de remettre à plat un certain nombres de questions restées en suspens :

Le logo ? Le concours lancé en juillet 2009, s’étant avéré disatisfiant, l’identité visuelle de 2013 reste à construire (pourquoi, dès lors, ne pas conserver la charte graphique de la candidature qui a fait ses preuves et qui est désormais identifiée par les Marseillais ?)

Les équipements ? Malgré les recours, les chantiers du Mucem, le Centre régional de la Méditerranée sont désormais bien entamés. Il n’y a qu’à se rendre dans les jardins du Pharo et se tourner vers le J4 pour constater comment la ville se prépare physiquement à recevoir l’Europe de la culture dans moins de trois ans. Michel Pezet, représentant le département au sein du Conseil d’administration, a tout de même rafraîchi l’assistance en demandant «comment savoir où l’on en est puisque les manifestations de 2013 se feront dans des sites à construire». Dans un entretien à l’Observatoire méditerranéen, le nouveau chargé de la culture du Conseil général, confiait l’impression d'essoufflement de 2013, du au fait que les «élus traînaient les pieds». Par ailleurs, il constate, sans surprise, «la perplexité des acteurs culturels qui ne savent pas où déposer leurs dossiers» Au final, malgré les réunions avec les techniciens, «on ne sent pas qu’il se passe quelque chose»

Le pilotage institutionnel ? Du côté de l’association, on se réorganise en prévision de la phase de programmation qui débutera à partir de juillet où fois l’ensemble des dossiers déposés. Pascale Amenc Antoni, conseillère spéciale du directeur d’ITer, est nommée «administrateur indépendant» et sera chargée de l’animation d’un comité d’audit. Thierry Roche, conseiller technique à la mairie d’Aix-en-Provence est normmé directeur délégué aux relations institutionnelles et à la coordination des Ateliers de l’Euroméditerranée. Surtout, Ulrich Fuchs qui a l’expérience de la Capitale européenne, en étant directeur adjoint du directeur de la programmation de Linz l’année dernière, est engagé au titre de directeur général adjoint de la programmation. Occupera-t-il les fonctions de directeur artistique vacantes depuis le départ de Pierre Hivernat en juillet dernier (même s’il n’en avait pas formellement le titre) ?

jeudi 11 mars 2010

Pendant la campagne, l'UpM a trouvé un siège

A Si l’agitation politique qui règne pendant une campagne électorale est peu propice à l’avancée des projets, elle est encore moins propice à leur observation. Difficile en effet d’évoquer les politiques locales au-delà du tumulte entretenu par les petites phrases, les promesses et les postures.

Tout est-il «gelé» pendant la campagne ? Non, bien sûr : à la faveur des recompositions induites par la compétition électorale, des enseignements sont sans doute à tirer en matière de gouvernance territoriale. Je ne saurais que trop recommander le blog de Rémi Leroux qui analyse au quotidien le déroulement des affrontements en cours et à venir.

Avec l’imbrication des échelles de prise de décision de l’action publique locale, la campagne électorale n’a cependant pas enrayé le mouvement des politiques locales internationales. En d’autres termes, le temps des affrontements électoraux n’empêche pas le monde de continuer à tourner.

Au début du mois de février, nous avions évoqué la création de l’Assemblée régionale et locale euroméditerranéenne (ARLEM), sorte de Comité des régions de l’Union pour la Méditerranée (UpM).
Complétant le dispositif institutionnel, le 4 mars dernier, les chefs de la diplomatie française et espagnols, accompagnés des Ministres égyptiens et jordaniens des Affaires étrangères, Abul Gheith et Nasser Judeh, du Commissaire européen en charge de l'élargissement et de la politique européenne de voisinage, Štefan Füle, et du secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, ont officiellement installé le Secrétariat général, sorte de Commission européenne de l’UpM.

À cette occasion, la prise de parole du nouveau Secrétaire général de l’UpM, Ahmed Massadeh était attendue. Il a tenté de donner des gages à ceux qui redoutent que l’UpM n’apporte de la confusion face aux initiatives communautaires existantes, en particulier celles prévues par la Politique de Voisinage, ainsi qu’à ceux qui doutent sur le fond de la pertinence du projet. «Nous essaierons de faire face aux divergences de façon à ce que chaque membre de l’Union devienne partie prenante à cet effort» a-t-il déclaré.

Ce voeux risque de se transformer en feuille de route pour l’institution barcelonaise tant le scepticisme semble désormais bien installé dans les chancelleries de la rive sud, en écho aux indifférences des opinions publiques, et aux railleries de certains États européens contre cette «politique sans financement» ou cette «im/posture diplomatique». Il n’y a qu’à lire l’article d’El Watan sur le sujet pour se rendre compte des difficultés qui se dresseront dans la perspective de la préparation du deuxième Sommet de l’UpM, prévu à Barcelone en juin prochain.

jeudi 18 février 2010

Les Régions et l’Europe

A À moins d’un mois des élections régionales, les enjeux de la campagne s’éclaircissent un peu. Selon les observateurs et les acteurs politiques, ils sont nationaux - qui de l’UMP ou du PS sortira en tête ? Le Président Sarkozy sera-t-il affaibli par le scrutin ? Quid de l’état du Front national ? de la recomposition de l’extrême-gauche ?.... - ou locaux - quelle sera l’identité de celui qui prendra la tête de la région ?

Déplaçons le regard un instant vers un enjeu de campagne jamais évoqué par les candidats et qui ne produit pas moins d’effets sur l’avenir des régions : leur place en Europe et le dialogue entretenu avec les institutions communautaires.

Le projet de réforme des collectivités territoriales n’évoque l’Europe qu’à demi-mot, aucune des 20 proposition du rapport Balladur n’en fait référence. Pourtant, les autorités régionales sont confrontées à un tournant dans leur rapport à l’Europe.

Depuis les années 1980, l’Union européenne, pour les régions, se résumait à un guichet finançant des dépenses de développement et d’aménagement. Même si elles n’ont pas complètement disparu, les élargissements successifs ont conduit à un tarissement de ce type de ressources pour les régions françaises.

Parallèlement, et décentralisation aidant, le droit communautaire a directement porté sur des compétences relevant des collectivités locales et régionales. Le rapport des régions à la norme, non pas seulement lors de sa digestion, mais également dès la phase de fabrication a considérablement évolué depuis une dizaine d’années. Les régions sont directement branchées sur l’Europe sans que l’on en parle.

Afin d’illustrer ce commentaire, aperçu rapide des relations entre l’Europe et la région Paca.

Les fonds structurels

En matière de gestion des programmes européens, le Conseil régional dispose d’une Mission Europe chargée du pilotage, de l’animation et de la coordination des programmes auxquels la Région participe. Pour la période de programmation 2007-2013, les fonds européens accordés à la Région sont en effet directement gérés par chacune des Directions opérationnelles concernées et non par la Mission Europe. Cette gestion décentralisée du financement de la coopération européenne est ainsi l’aboutissement d’une évolution qui a vu progressivement les bureaux des relations internationales des collectivités locales irriguer les autres services et visant à l’appropriation progressive d’une culture administrative européenne commune.

Pour la période de programmation 2007-2013, la Région PACA est impliquée dans onze Programmes Opérationnels (PO) pour un montant total supérieur à un milliard d’euros.

Les PO les plus importants financièrement relèvent de l’Objectif de compétitivité régionale (FEDER, 302 millions d’euros), de l’Objectif emploi (FSE 285 millions d’euros), et de l’Objectif développement rural (FEADER, 104 millions d’euros).

Les autres concernent des programmes interrégionaux, tels que le PO interrégional Massif des Alpes (35 millions d’euros) et le PO plurirégional Rhône (35 millions d’euros). Le PO pêche atteint, pour sa part, 2,5 millions d’euros. Enfin, quatre PO sont liés à l’Objectif Coopération territoriale européenne : le programme transfrontalier ALCOTRA (150 millions d’euros) entre la France et l’Italie ; le programme transnational MED (193 millions d’euros) pour lequel la Région assume l’Autorité Unique de Gestion, c’est-à-dire un rôle de coordination nationale des projets ; le programme transnational ESPACE ALPIN (98 millions d’euros) ; le programme interrégional IV C, pour lequel la Région assure la mission de coordination des treize régions du sud de la France.

Enfin, PACA est partie prenante du programme de l’Instrument européen de voisinage et de partenariat pour le Bassin maritime Méditerranéen d’un montant total de 172 millions d’euros – qui remplace les anciens fonds MEDA prévus par le Processus de Barcelone.

Les normes européennes en Région - La Région à Bruxelles

Le tournant de l’attitude régionale à l’égard de l’Europe est constitué par l’échec du référendum sur le Traité constitutionnel européen en 2005. Un constat a été fait au niveau de l’administration centrale que la position de l’État sur les enjeux européens n’était pas toujours relayée par les discours des autorités locales qui pouvaient utiliser l’Europe comme le bouc émissaire de difficultés exogènes.

A contrario, les régions n’étaient impliquées ni dans le processus décisionnel européen, ni dans les négociations interministérielles dégageant les positions françaises à défendre à Bruxelles. Les conséquences de cette situations sont nombreuses : affaiblissement des positions françaises vis-à-vis de l’UE, faible légitimité de normes européennes contestées localement, crédibilité mauvaise de l’Europe vis-à-vis du citoyen.

L’exemple le plus connu de ces couacs fut l’infraction relative à l’intercommunalité. En l’espèce, l’État français et les autorités locales se retrouvaient pour contester la vision libérale européenne de l’intercommunalité supposée se plier aux règles du marché intérieur, mais chacun plaidait la cause avec des argumentaires juridiques différents et parfois contradictoires si bien que la position française ne pouvait être défendue... car elle n’existait pas.

Afin de résoudre ce problème, un double mouvement est engagé : une association croissante des élus locaux et régionaux aux discussions interministérielles, d’une part, et une mobilisation accrue de ces élus en vue d’exercer un lobbying sur les institutions communautaires, d’autre part.

En ce qui concerne le premier volet, le Président Chirac a lancé le mouvement en 2005 lors de la Conférence des ambassadeurs en appelant à la « concertation » avec les collectivités locales sur les questions européennes. Il s’agissait de compléter le dispositif de négociations horizontales et sectorielles - Ministère par Ministère - par des cycles de négociations verticales - État - régions.

La cellule chargée de mener à bien ce travail est située au sein du Secrétariat générale des affaires européennes, rattaché au Premier Ministre. Celle-ci s’appuie désormais non pas sur des relations bilatérales avec les Présidents de région, mais sur des réseaux constituées par les associations d’élus : AMF, ADF, ARF pour ne citer que les plus importantes.

En ce qui concerne la région Paca, son Président Michel Vauzelle, a fait le choix de s’appuyer sur un réseau lui permettant de défendre un positionnement stratégique : en l’espèce la Commission Interméditerranéenne de la Conférence des Régions Périphériques et Maritimes, qu’il préside. Il utilise ce réseau, non seulement pour intervenir, sur des négociations nationales relevant des enjeux régionaux méditerranéens dans le cadre du schéma du two level game (négociation nationale > élaboration d’une position commune > négociation intergouvernementale), mais également pour défendre directement ses positions à Bruxelles.

On pressent la limite de l’exercice de la concertation du SGAE. Peut-être celle-ci intervient-elle avec un temps de retard dans la mesure où les régions s’organisent de plus en plus pour exercer un lobbying sur les institutions de Bruxelles. Il n’y a qu’à observer le contenu de la déclaration finale de l’assemblée générale de la Commission interméditerranéene du 17 juillet 2009 sur « le rôle et la place des régions dans l’UpM» pour se rendre compte du fait que les régions n’attendent plus de l’État qu’il défende à sa place les intérêts régionaux.

Il y aurait donc effectivement des « intérêts régionaux » propres, séparables des intérêts de l’État, qui, à la différence de la période précédente, se structurent et s’organisent en dehors des arènes institutionnelles étatiques.

Ils mériteraient peut-être d’être exposés à l’électeur.

mercredi 10 février 2010

La restructuration des services de la ville de Marseille

A Lors Lors du conseil municipal de Marseille du 14 décembre dernier, entre l’adoption d’une mesure relative aux «baux emphytéotiques pour la réalisation d'un hôtel et d'un immeuble de bureaux sur le périmètre du parc Chanot» et de celle approuvant la conclusion d’une « convention pluriannuelle d'objectifs avec la Cité des Métiers de Marseille et PACA », les élus ont voté la délibération n°09/1340/FEAM portant sur la « réorganisation des services de la Ville de Marseille. »

Intitulée 'Préparer demain ensemble', cette délibération prévoit une reconfiguration complète de l’organisation des services municipaux et s’inscrit par anticipation dans la réforme des collectivités territoriales et par réaction dans la révision des politiques publiques. Elle pourrait, par ailleurs, susciter pas mal de réactions de la part de l’opposition et des syndicats d'agents.

Que dit le texte de la délibération ?

Il repose sur un rapport de 8 pages soumis au vote. L’introduction du texte qui se propose de tout changer énonce que « l'organisation actuelle des services municipaux (...) a bien fonctionné. Elle s'est adaptée, elle a évolué

Le retour du New public management à la française

Comme de nombreuses réformes du cadrage de l’action publique, le texte justifie les mesures par des « défis » posés par des déterminants internes et externes. Sont évoquées, les adoptions du Plan Climat Municipal, du Plan Centre-Ville et du Plan Marseille-Emploi, c’est-à-dire des ensembliers de politique publique intégrant des enjeux autrefois sectorialisés et désormais voués à être traités transversalement par l’action publique locale.

L’objectif général est de « retrouver des ‘marges de manœuvre’ » économiques et financières en favorisant « responsabilisation » et « synergie ». En clair, la réorganisation des services municipaux - qualifiée de « processus d’envergure » - s’inspire de la rationalisation des politiques locales avec l’idée centrale de faire mieux et plus avec moins (de moyens) et moins (de personnes).

Une formule du document résume bien un esprit qui renoue avec la tradition des villes-entrepreneuriales des années 80 et du New Public Management des années 90 : « optimiser l’affectation des ressources en fonction des priorités » pour le volet productivité ; « permettre à la collectivité de s’adapter aux constantes évolutions de son temps » pour le volet flexibilité.

La déclinaison territoriale de la RGPP

Le texte propose un calendrier assez détaillé de « l’ajustement » ainsi proposé aux agents. Entre octobre 2008 et juin 2009, une « Révision Générale des Moyens Municipaux » (RGMM) a été menée. Elle s’inscrit dans le droit fil de la fameuse Révision Générale des Politiques Publiques. Selon Acteurs Publics, dans un article qui date de janvier 2009, « les collectivités sont aujourd’hui fortement incitées par l’État à effectuer leur propre RGPP. En clair, à rationaliser leur processus et rendre leurs dépenses plus efficaces. L’augmentation des contraintes financières qui pèsent sur les budgets locaux ne leur laisse guère le choix

C’est entre juillet 2009 et décembre 2009 que s’est enclenchée à Marseille l’étape « Préparer Demain Ensemble » qui a débouché sur un nouvel organigramme supposé renforcer le « niveau d’engagement de chaque acteur de la chaîne manageriale. » La ville, une entreprise comme les autres ? En tous les cas, un vocabulaire partagé : « ingénierie de projet », « fonctions supports », « gestion raisonnée », « valeur de la chaîne de management » « valeur ajoutée » des compétences des agents.

Le problème résidera sans doute dans la pédagogie que devra mettre en œuvre le Secrétariat général auprès des agents. On apprend, en effet, que les « directions générales fonctionnelles seront incitées à partager leur capital savoir comme leur restitution d’analyses et à renforcer le dialogue intra-directions » : des doublons seront supprimés au regard de la « performance ». Un autre problème, évidemment, consistera à articuler ce paradigme du management avec les exigences du service public, dont le texte se propose, sans insister, d’en « renforcer l’identité. » Enfin, il semble que la mairie envisage de regrouper les services dans un endroit unique : c’est une profonde rupture pour avec la volonté de les disséminer aux quatre coins de la ville et au plus près de la population (les Relations internationales, par exemple sont au Pharo, les Affaires Culturelles, rue Saint Férréol etc.).

Le nouvel organigramme : plus simple ?

L’organigramme de la ville de Marseille est refondé. Jusqu’alors trois types de directions composaient l’organisation des services :

  • 11 Directions rattachées au Secrétariat général (Direction général d’incendie et de secours, Direction des assemblées, Marseille Mission Europe, Marseille Mission Emploi, Direction du Développement durable, Atelier du Patrimoine, Grand Projet de Ville, Direction des Grands Équipements, Maison de l’artisanat et des Métiers d’Art, Direction de la Politique de la ville, Direction Internet) ;
  • 8 Directions Opérationnelles (Direction Générale des Services à la Population, Direction Générale des Affaires Culturelles, Direction Générale des Services Techniques, Direction Générale des Affaires Sociales et de la Solidarité Urbaine, Direction Générale de l'Education et de la Petite Enfance, Direction Générale de l'Urbanisme et de l'Habitat, Direction Générale de l'Architecture et des Bâtiments Communaux , Direction Générale de la Prévention et de la Protection) ; et
  • 6 Directions Fonctionnelles (Direction Générale des Ressources Humaines Direction, Générale des Services Financiers, Direction Générale de la Communication et des Relations Extérieures, Direction Générale de la Logistique, Direction Générale des Affaires Juridiques, Direction des Services Concédés et des Sociétés d'Economie Mixtes).

Désormais, la Direction générale des services est réorganisée autour de 7 structures dédiées :

  • Secrétariat général (regroupement des Directions des assemblées, de la Mission Marseille 2013, des chargés de mission, de la Communication interne, d’internet)
  • Bataillon des Marin-Pompiers
  • Mission Prospective et évaluation
  • Inspection générale des services
  • Grands équipements
  • Communication et Relations publiques
  • Relations internationales et européennes.

En outre, 5 Délégations générales constitueront des pôles autour desquels s’articuleront les compétences mutualisées des anciennes directions :

  • Éducation, culture et solidarité
  • Ville durable et expansion
  • Vie citoyenne et proximité
  • Valorisation des équipements
  • Modernisation et Gestion des ressources (centres de supports et experts).

On notera le joli oxymore qui associe « ville durable » et « expansion ». Reste l’impression d’une organisation en poupées russes : les quatre premières, appelées « délégations générales » par opposition à la délégation fonctionnelle de la modernisation et de la gestion des ressources, se décomposent en effet en « directions » qui reprennent peu ou prou les anciennes dénominations et compétences.

Reste surtout une inconnue : si le non-remplacement d’une partie des fonctionnaires territoriaux partant à la retraite est acquis, sachant que le recours à la contractualisation n’est pas en voie d’essoufflement, et si la réduction du volume global des effectifs sera sans doute réalisée, la réception de cette réforme par les agents sera un facteur déterminant de la réussite de cette rationalisation. La bienveillance ou le sentiment d’une pénétration à marche forcée de logiques privées dans l’organisation et la production des politiques publiques locales ?

vendredi 5 février 2010

Naissance de l’ARLEM : la contribution des autorités locales et régionales au projet de l’Union pour la Méditerranée

A Le 21 janvier dernier, 84 élus régionaux et locaux et membres d’associations de coopération européenne appartenant aux pays membres de l’Union pour la Méditerranée (UpM) se sont réunis à Barcelone au cours d’une réunion constitutive de l’Assemblée régionale et locale euro-méditerranéenne (ARLEM). L’adoption des statuts du Secrétariat général et la répartition des compétences entre les six Secrétariats adjoints est prévue le 9 février à l’issue d’une rencontre entre ambassadeurs. Cette annonce clôturerait la première phase institutionnelle de l'UpM, un an et demi après son lancement officiel.

Installés au même endroit, le Palais de Pedralbes à Barcelone, l’ARLEM et le Secrétariat général devrait pouvoir commencer à travailler d’ici la fin de l’année. En attendant que le nouveau Secrétaire général, le Jordanien Ahmad Massa'deh, reçoive sa lettre de mission des États, il sera chargé de préparer le deuxième sommet de l’UpM prévu en juin prochain dans la capitale catalane. La France et de l’Egypte transmettront alors la co-présidence à l’Espagne - qui exerce ce semestre la Présidence tournante de l’UE - et au Maroc.

L’ARLEM ne sera pas en reste avec l’organisation du deuxième Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée, dont la première édition avait eu lieu à Marseille en juin 2008, qui se tiendra à Barcelone (toujours) les 2 et 3 mai 2010.

L’ARLEM est appelée à jouer pour l’UpM, le rôle du Comité des Régions de l’UE - tout comme l’Assemblée parlementaire euro-méditerranéenne est la duplication du Parlement européen, et le Secrétariat général celle de la Commission. C’est d’ailleurs le Président du Comité des Régions, le Belge, Luc van den Brande, qui a été nommé président de cette nouvelle institution. Il sera assisté du Marocain Mohamed Boudra, maire de Al Hoceima, afin de respecter la stricte parité entre représentants des deux rives. Chargée de faire entendre la voix des autorités régionales et des territoires, l’ARLEM serait doté d’un rôle consultatif, comme en témoigne la commande d’un rapport sur la coopération décentralisée euro-méditerranéenne attribué au Président de la Catalogne, José Montilla.

Toutefois l’ambition affichée d’adopter une méthode territoriale, qui tranche avec l’approche suivie depuis le lancement du Processus de Barcelone pourrait renforcer la place des autorités locales dans le dispositif.

Le récit politique de l’UpM ne prétend plus agir sur les problèmes globaux (« sécurité », « démocratie », « intégration et prospérité économique », « dialogue inter-culturel », pour reprendre les corbeilles traditionnelles du Partenariat euro-méditerranéen issu du Processus de Barcelone), mais entend favoriser la mise en oeuvre de « projets concrets ».

Le thème du « projet concret » fonctionne comme un policy discourse, c’est-à-dire le produit d’une activité discursive qui est parvenue à donner un sens fédérateur à un projet politique ; une vision globale construite à partir d’un consensus entre des acteurs qui ne partagent pourtant pas les mêmes intérêts dans l’action.

Si l’observation des modes de construction de ce consensus reste à étudier, on peut néanmoins constater à l’occasion du lancement de l’ARLEM à quel point il est incorporé par les acteurs locaux : « Notre conviction est que l'Union pour la Méditerranée ne doit pas tomber dans le piège de Barcelone, en se limitant à la diplomatie classique. De ce constat nous offrons l'apport de notre engagement sur le terrain, orienté vers la réalisation de projets concrets grâce à la contribution des collectivités régionales et locales qui travaillent au jour le jour pour une amélioration de la qualité de vie de nos concitoyens. Notre objectif est de donner au dialogue euro-méditerranéen une chance ultérieure d'aboutir finalement à la réalisation des initiatives qui ont été avancées à Paris en 2008 » a résumé son Président.

Le fait de réclamer pour l’ARLEM le statut d’« organe orienté vers le terrain qui peut fonctionner indépendamment de la réalité politique internationale » montre dans quelle mesure les acteurs locaux et régionaux ont compris les bénéfices à retirer d’un projet tourné vers « le développement urbain et territorial, la décentralisation, la société de l'information et le soutien aux petites et moyennes entreprises», qui sont les quatre thèmes fixés par le programme de travail de l’ARLEM.

La distribution des caciques entre enjeux territoriaux et enjeux globaux n’est cependant ni figée, ni contradictoire. Ni figée dans la mesure où la mise en oeuvre de projets structurels, nécessitant des investissements importants, comme le Plan Solaire ou les Autoroutes de la Mer n’a jamais été abandonné par les discours politiques ou par les administrations centrales. Pas plus abandonnée que l’incantation à construire cette « zone de prospérité partagée de paix et de sécurité » qui implique pas moins que l’intégration économique au Sud et la résolution du conflit israélo-palestinien. Ni contradictoire dans le long terme, puisque ces problèmes ne sont pas séparables du climat économique général qui pèse sur la production des projets concrets.

Plus d'information sur la création de l'ARLEM sur le site d'Econostrum et d'Europa

mercredi 27 janvier 2010

La cahoteuse réforme des collectivités territoriales

A Le processus de réformes des collectivités territoriales est entré dans une nouvelle phase avec la discussion au Parlement du volet consacré à l’organisation de la nouvelle architecture institutionnelle.
Rappelons que quatre textes sont au programmes : relatifs à l'élection des membres des conseils des collectivités territoriales et des établissements publics de coopération intercommunale ; à l'élection des conseillers territoriaux et au renforcement de la démocratie locale ; à l’organisation de la concomitance des renouvellements des conseils généraux et des conseils régionaux ; et à la réforme des collectivités territoriales per se.
Le Parlement a déjà voté la suppression de la taxe professionnelle et son remplacement par le dispositif de la «contribution économique territoriale» à l’occasion du vote de la loi de finance 2010 en décembre dernier. Cette refondation de l’architecture financière avait, on s’en souvient, suscité l’opposition d’une partie de la majorité inquiète du manque à gagner que pourrait constituer cette suppression pour les collectivités locales. Jean-Pierre Raffarin était par ailleurs intervenu pour regretter que le débat des finances ait eu lieu avant celui sur les compétences.
En outre, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture, hier, le texte déjà voté au Sénat organisant la concommitance des renouvellements des conseils généraux et des conseils régionaux qui réduit le mandat des membres de ces deux assemblées afin de permettre l’expiration simultanée des mandats en mars 2014.
Dans cet entrecroisement de textes entre les deux assemblées sur l’objet de la réforme des collectivités territoriales, le Sénat a engagé le débat sur la composition des conseils généraux et régionaux et du nombre de conseillers territoriaux. En juin, le dernier volet de cette réforme devrait s’achever avec le débat relatif au mode d’élection de ces derniers. Les textes se succèdent, les oppositions s’organisent et l’incertitude politique et juridique demeure dans la perspective des élections régionales de mars, d’une part, et dans l’attente d’une possible saisine du Conseil constitutionnel, d’autre part.
Comme souvent en matière de processus législatif, l’adoption d’une partie du dispositif permet d’éclairer les éléments de blocage du débat. Celui-ci semble se cristalliser autour du rôle du futur conseiller territorial.
Pour Pierre Mauroy, membre du comité Balladur, dont le rapport remis au Président de la République a servi de base au projet de loi, ce point illustre « l’affaiblissement des assemblées » locales et la « recentralisation » de l’organisation territoriale de l’État. Laurent Fabius évoque une « loi de régression territoriale et financière ». Rejoints par des élus de la majorité, ils défendent le maintien de la spécificité des missions du conseil général et du conseil régional et s’opposent à l’argument de la « simplification administrative », gage d’une réduction des coûts et d’une meilleure lisibilité de la responsabilité démocratique (3 000 conseillers territoriaux devant « remplacer » les 6 000 conseillers régionaux et généraux). L’une des critiques les plus vives concerne à ce titre le mode de scrutin de ces futurs conseillers territoriaux. Accusé d’obéir à des impératifs électoraux, le projet prévoit une élection au scrutin uninominal à un tour - le modèle britannique du winner takes all - et tendrait ainsi à bipolariser la vie politique locale.
Enfin, certaines voix se sont élevées pour regretter le manque d’ambition en matière de réforme de l’intercommunalité. En effet, le projet de loi ne transforme pas le statut juridique des groupements de communes qui restent des Établissements publics de coopération intercommunale et non des collectivités territoriales à part entière dotées d’une compétence générale. Si cette vision est conforme aux voeux formulées par l’AMF, c’est une version moins « ambitieuse », pour reprendre les termes de Jean-Jacques Hyest, Président (UMP) de la Commission des Lois du Sénat, que celle contenue dans le rapport Balladur qui sera discutée.
Au final, « il n’y a pas de majorité » sur le texte affirme Gérard Larcher, le Président du Sénat. Cette situation de blocage se traduit par la crispation des positions : l’UMP accuse le PS d’utiliser l’argent publique à des fins de propagande politiques dénigrant la réforme. Pour certains sénateurs, ce n’est pas tout à fait exact (cf. cette passe d'arme). L’enjeu du processus de réforme apparaît plus clairement à mesure que les forces partisanes s’organisent pour la campagne électorale.

lundi 18 janvier 2010

Frémissements sur le front des politiques locales internationales ? Partie 2

Deuxième volet de notre tour d’horizon des récents développements des politiques locales internationales marseillaises qui ne montrent pas que des signes de déblocage.

Euroméditerranée : de nouveaux tournants

A Tout se passe comme si nous ne cessions de décrire le lancement de la matérialisation de l’opération. Pour l’Établissement public, 2010 est une année charnière. Une autre. Au cours de l’année, en effet, un certain nombre de chantiers devraient être entamés et divers équipements livrés.

Citons la salle de spectacle (2 000 places) du Silo ; le Centre régional de la Méditerranée - surnommé par certaines mauvaises langues, la « Villa Vauzélia »; les travaux d’enfouissement de la passerelle sur le J4 et la réalisation de la Place de la Méditerranée qui fera la jonction entre les Docks et l’Euromed Center ; enfin, les désormais consensuelles Terrasses du Ports.

Ajoutons au tableau, l’extension du périmètre d’‘Euromediterranée qui marque autant la pérennisation du projet que la fin d’une phase. À ce titre, un bilan pourrait prochainement être tiré. Or, si le taux de remplissage qui reste satisfaisant et si le nombre de bureaux prévus n’est que légèrement en deça des attentes (360 000 m2 contre 500 000 attendus), il est difficile de mesurer l’impact direct de l’opération en terme de création d’emplois, et d'attractivité économique.

Quant à l’aménagement du territoire, le projet s’est pour l’instant « cantonné » à l’édification d’une grande tour, mais on cherche « l’architecture du quotidien » ou les « espaces publics de proximité » promis par le cahier des charges discursif de l’Établissement public.

La crise, certes, a « impacté », comme les économistes disent, le projet. Toutefois, elle a pu avoir quelques effets bénéfiques pour les pôles secondaires de l’économie-mondiale. Ainsi, certaines entreprises en difficultés se trouvent contraintes de délocaliser leurs sièges hors des grandes places. Marseille peut fournir de base de repli pour ces firmes qui souhaitent bénéficier de loyers moins onéreux.

Reprise des tensions sur le port

A La hantise des VRP d’Euroméditerranée chargés de « vendre » la ville aux investisseurs qui semblait être assoupi a refait surface : la grève sur le port. On se souvent de la tension survenue suite à la décision du groupe espagnol Boluda de retirer sa participation dans l’Union nationale marseillaise, entraînant la liquidation judiciaire de l’entreprise et la fin des activités de réparation navale sur le Port (Photo : S. Pagano / 20 Minutes).

Cette tension s’inscrivait dans le cadre de la réforme des Ports autonomes refusée par la CGT marseillaise jusqu’à la fin de l’été. L’accord signé entre dirigeants de la CGT et le nouveau Grand Port Maritime a pu faire croire, un temps, à la fin des hostilités et le début de la transposition de la nouvelle organisation des activités portuaires dans le bastion marseillais.

Toutefois, la situation sur le port s’est tendu sur un autre front au plein coeur de l’été : la décision protectionniste du gouvernement algérien de taxer les importations sur certain secteurs liés aux activités portuaires a mis à genoux l’économie marseillaise du commerce des engins de travaux publics d’occasion.

Six mois plus tard, alors que l’on croyait le contexte marseillaise isolé, c’est un mouvement national qui va perturber les activités du port. Le 4 janvier dernier, la Fédération nationale des Ports et docks (FNDP) a lancé un mot d’ordre de grève concernant les salariés des Grands Ports Maritimes. Cette grève a été particulièrement suivi, notamment à Marseille où aucune marchandise n’a été déchargée, même si, selon Reuters, « aucune incidence n’a pu être observé sur le trafic pétrolier des bassins de Fos et de Lavera ou sur la circulation des voyageurs ».

Les syndicats protestent contre l’application de la réforme : « alors que 30 000 emplois devaient être créés, nous sommes touchés par le chômage partiel et des départs non remplacés. Sur les investissements promis, nous ne voyons rien venir » a déclaré le secrétaire général de la CGT marseillaise. Cette action spectaculaire, renouvelé le 11 janvier, fait suite aux grèves, plus discrètes, du mois de novembre, mais tend à montrer une radicalisation du mouvement.

2013 : la Poste, premier sponsor

A Hugues de Cibon a-t-il accepté une mission impossible en quittant son poste de Directeur marketing d’Euromediterranée pour rejoindre l’équipe de Bernard Latarjet et convaincre les entreprises de se « mobiliser financièrement » derrière 2013 ? Rappelons qu’il s’agit de trouver 15 à 20 % du financement global (évalué à 98 millions d’euros). Le nouveau Directeur du mécénat et des relations avec le monde économique a imaginé un système permettant un engagement différencié des entreprises dans la Capitale européenne de la culture.

Le premier étage est composé du « Club des entreprises de Marseille-Provence 2013 » dont les membres participent à hauteur de 1 000 euros. Le deuxième regroupe les « Supporters » qui apportent une contribution supérieure. Enfin, les « Partenaires» concernent les donateurs les plus généreux. Cet étage distingue dans l’ordre croissant les « Partenaire projet», « Partenaire grands projets » et «Partenaire officiels ».

Or, l’association a inscrit à son tableau de chasse le premier des Partenaires officiels, happy few des événements culturels de 2013. Le Groupe La Poste, qui devient habitué des Capitales européennes de la culture françaises, puisque déjà présent à Lille en 2004, a déboursé les 1,5 Millions d’euros nécessaires pour faire partie des privilégiés. À la clé, une mise en avant de la marque dans les principaux supports de communication, une présence dans les manifestations et la possibilité d’utiliser le logo dans ses opérations publicitaires.

Pour Jacques Pfister, le Président de l’association et de la Chambre de commerce, cette signature « en annonce d’autres ». Il ne manque plus que l’engagement définitif de François Pinault qui aurait promis au maire de mettre à disposition une partie de ses collections pour mettre 2013 sur les bons rails managériaux. Pour la programmation artistique on attendra encore un peu.

jeudi 14 janvier 2010

Frémissements sur le front des politiques locales internationales ?

Ce début d’année est déjà riche en actualités dans le domaine des politiques locales internationales marseillaises. L’occasion de faire un point sur les récents développements et les perspectives des principaux dossiers.

Compétition politique : tous en place pour les régionales ?

A Presque... Du côté du duel attendu Mariani/Vauzelle, la campagne semble s’être accélérée - avant même d’avoir vraiment commencé... -sur le thème de la sécurité et de l’emploi. Comme nous le décrit Rémi Leroux, « la droite a attaqué bille en tête. La gauche a répliqué du tac au tac. La campagne est lancée » sur des enjeux aussi peu régionaux, que politiques - c’est-à-dire facilement convertibles en clivage droite / gauche. Au-delà de la passe d’arme Marianni / Menucci sur la vidéo-surveillance ou la teneur du Plan de relance de la Région, l’un des effets attendus de cette agitation est de « réduire (la campagne) à un affrontement UMP / PS » d’autant plus que les autres forces partisanes peinent à s’organiser.

On apprend aujourd’hui dans La Provence que Catherine Levraud a finalement été désignée pour diriger la liste Modem après le retrait de François-Xavier De Peretti. Cette désignation clôt la phase d’incertitude au sein du mouvement de François Bayrou. Enfin, pas vraiment selon M. De Peretti qui rappelle justement : « nous n'avons que la tête de liste, il reste 136 noms à trouver. Quant au programme, nous sommes la région la plus en retard. Il faut s'y mettre dans l'urgence.»

Du côté du Front de Gauche, les choses ne sont pas mieux engagées. Le ralliement de Joël Canapa, Vice-Président communiste du Conseil régional, à la liste PS dans le Var, repose la question de la stratégie du Parti communiste de faire liste commune avec le parti de Jean-Luc Mélanchon. D’autre part, le refus de la Fédération pour une alternative sociale et écologique de rejoindre le Front de Gauche compromet un peu plus ses chances d’apparaître comme une liste élargie de la gauche de la gauche.

Union pour la Méditerranée : des accords, enfin

A Le volontarisme diplomatique de ces dernières semaines semblent avoir enfin porté leurs fruits. À moins que les récents développements de l’Union pour la Méditerranée ne soient du aux effets de lassitude d’un blocage qui persiste depuis plus d’un an. Après l’annulation de la réunion d’Istanbul, certaines chancelleries désespéraient de trouver une issue à l’épineuse question de l’identité (et de la nationalité) du futur Secrétaire général de l’UpM. À Barcelone, au palais de Peladbres pourtant, tout est pourtant prêt pour l’accueillir.

Le 5 janvier, le chef de la diplomatie française s’est rendu au Caire pour exhorter ses collègues à «réveiller » le projet. Au moment de rencontrer ses homologues égyptiens, espagnols, tunisiens et jordaniens, Bernard Kouchner a reconnu « qu’il reste de petits problèmes entre certains ministres des Affaires étrangères (...). Pour des raisons politiques, nous ne sommes pas tous les jours d'accord »

Pourtant, la réunion du Caire a été l’occasion de percées inédites. Premièrement, les « financements se précisent ». Les Echos croit savoir, en effet, qu’ « au premier rang des investisseurs se trouvent la banque allemande de développement KFW, l'Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d'investissement (BEI) et la Banque mondiale, auxquels s'ajoute le fonds InfraMed mis en oeuvre par la Caisse française des Dépôts et Consignations (CDC), la Cassa Depositi e Prestiti d'Italie, EFG Hermès (Egypte) et la Caisse de Dépôt et de Gestion du Maroc». Au final, ces investissements sont estimés entre 8 et 10 milliards d’euros. C’est l’une des premières fois qu’est exprimée une évaluation des moyens mobilisables par l’UpM.

Deuxièmement, un consensus s’est dessiné autour de la candidature de Ahmad Massa’deh Ahmad Massa’deh, ambassadeur de la Jordanie auprès de l’Union européenne et de l’OTAN, au poste de Secrétaire général. Son nom proposé par les « 5 du Caire » a été accepté par les hauts fonctionnaires de l’UpM le 12 janvier. Pour être effective, la désignation devra être entérinée par les Ministres des Affaires étrangères des pays membres. La date de la mi-février est évoquée, mais l’essentiel semble être acquis pour que le Secrétariat technique puisse commencer à travailler - c’est-dire examiner les projets à financer. Le Secrétaire général sera assisté par des adjoints palestinien, israélien, turc, ainsi que représentant la Ligue arabe.

À suivre, « Euroméditerranée ; le Port ; et 2013 »'

mercredi 30 décembre 2009

Bilan des enjeux locaux internationaux (3) : la dipliomatie décentralisée

A 2009 a semblé montrer les limites de la diplomatie décentralisée marseillaise. Le dialogue entre les autorités locales et régionales de la Méditerranée s'est en effet heurtée, d'une part, au retour des questions sécuritaires dans la région et aux blocages consécutifs à la logique projet de l'Union pour la Méditerranée. D'autre part, la "diplomatie participative" chère à Michel Vauzelle n'est pas parvenue à anticiper les effets des mesures protectionnistes en Algérie. L'activisme international des élus locaux et régionaux a pu paraître cantonné à des appels vains à la médiation ou à l'intervention de l'État. Contrairement aux prophéties, celui-ci a donc encore de beaux jours devant lui. "Le cadavre de l'État bouge encore", nous rappelle cette année de diplomatie décentralisée. Celui du protectionnisme et des égoïsmes nationaux aussi.

L'Union pour la Méditerranée : l'impasse de la logique projet

La guerre de Gaza, on l'a dit, a considérablement remis en cause les ambitions du projet français. Celles-ci reposaient sur le constat d'un double échec : ceux d'Oslo et de Barcelone. Oslo, car de processus de paix dans la région, il ne reste ni processus, ni paix, pour reprendre un adage désormais partagé sur le terrain. L'échec de Barcelone, ce fut la conjonction de la mauvaise volonté des bailleurs (États, Commission européenne) et de la logique sécuritaire des négociations reposant sur l'équation suivante : lutte contre l'immigration + lutte contre l'islamisme = stabilité des régimes autoritaires du Sud et absence d'intégration des marchés et de développement économique).

L'idée de Nicolas Sarkozy (mise en forme par Henri Guaino) était de prendre acte de ce double échec. Il s'agissait de repenser le dialogue euroméditerranéen sur une perspective de plus long terme et d'orienter les enjeux vers les considérations économiques. L'erreur originelle fut de croire, en libéral wilsonien, que le progrès économique allait automatiquement créer les conditions pour la paix et la sécurité ; que la guerre allait attendre que se concluent les business deal.

A

Cette idée a fait long feu et l'exercice est facile aujourd'hui de lui reprocher les sous-bassements théoriques. Il n'en demeure pas moins qu'elle aura permis d'attirer l'attention des bailleurs sur la région dans une perspective moins huntingtoniennne que le Grand Moyen Orient de Georges W. Bush. La perspective de la Présidence espagnole de l'Union européenne et de l'anniversaire du Processus de Barcelone, sans oublier l'ouverture prochaine (?) du siège du Secrétariat général de l'UpM au Palais Pedralbes, pourraient même ouvrir la porte à des progrès.

L'initiative française aura par ailleurs permis aux autorités locales et régionales de la rive nord de repenser leurs stratégies méditerranéennes. Le deuxième Forum des Autorités Locales et Régionales de la Méditerranée qui aura lieu à Barcelone au début du mois de mai sera l'occasion de constater les évolutions en ce domaine. À Marseille, les autorités locales se sont rapprochées des États dans leur approche de la diplomatie décentralisée et ne s'interdisent plus de sortir de la coopération d'autorités locales à autorités locales comme la loi l'autorise.

La loi de finances complémentaire algérienne : essai grandeur nature

Au cœur de l'été, la décision du gouvernement algérien de durcir les conditions d'importation des marchandises portuaires a suscité parmi les autorités locales et les entreprises marseillaises l'incompréhension, la panique, puis la frustration de ne pouvoir rien faire.

Du côté des entreprises, l'Union Maritime et Fluviale Marseille-Fos a alerté le Secrétaire d'État au Commerce extérieur, bientôt imité par les élus locaux. Un bel exemple de "jouer collectif" tant l'enjeu paraissait considérable pour l'économie locale portuaire dont 40% de l'activité était orientée vers l'Algérie. À la fin de l'automne, "les quatre cinquièmes du trafic avaient disparu", déclare un porte-parole de l'organisation patronale à l'AFP, citant notamment l'exemple de la compagnie maritime Marfret. Bernard Vidil, son Président, évoque un "recul massif" de l'activité, soulignant, "sur le port, c'est le désarroi total".

A

Après une visite éclair de Anne-Sophie Idrac à Marseille, certainement pour rappeler que l'Algérie étant un pays souverain et que ses décisions ne pouvait faire l'objet de négociation, surtout en temps de crise économique, les élus locaux ont organisé une rencontre avec les autorités algériennes. Celle-ci a finalement eu lieu au début du mois de décembre. Pour quels résultats ? "Nous avons dit à M. le Premier ministre que nous avons le plus grand respect pour la souveraineté et les choix du gouvernement algérien" a déclaré Michel Vauzelle, qui a souhaité s'exprimer au nom de la "France méditerranéenne". Jean-Noël Guérini précise "nous acceptons la LFC algérienne et les contraintes qu'elle peut imposer aux entreprises françaises notamment portuaires. Mais nous avons dit au Premier ministre que ces entreprises s'adaptent".

La délégation marseillaise entend surtout se servir de cette leçon en améliorant ses outils de veille et en renforçant la coopération institutionnelle avec son partenaire algérien qui se situe moins que jamais dans les Wilaya, mais dans les cabinets ministériels. Une Maison Marseille-Provence-Algérie devrait ainsi être construite prochainement et gérée par la Chambre de commerce de Marseille ; deux groupes de travail réunissant les acteurs des deux ports et des deux institutions consulaires devraient également voir le jour ; enfin, le premier adjoint du maire - absent, il a promis de se rendre à Alger au début de l'année 2010 - a proposé la mise en place d'un bureau de représentation économique de l'Algérie à Marseille : "Nous voulons que le gouvernement algérien et la banque centrale d'Algérie autorisent l'ouverture d'un bureau de représentation à Marseille qui pourrait être tenu par la Société générale, qui est candidate. Ces bureaux pourraient accueillir les entreprises algériennes qui travaillent en France et aider les entreprises françaises désireuses de travailler en Algérie. Cette représentation pourrait donc générer un flux financier entre les deux pays".

Propos recueillis par Econostrum et Algeria Watch

mardi 15 décembre 2009

Bilan des enjeux locaux internationaux (2): Euroméditerranée

A Au début de cette année, nous écrivions ici que "2009 dev(r)ait être une année décisive" pour Euroméditerranée. Nous évoquions les question d'implantation sociale du projet, le commencement des chantiers architecturaux et d'aménagement et la mise en œuvre du programme d'extension.

Sur ces trois dossiers, il semble que l'Établissement Public soit confronté au défi du temps. On n'ignore plus que les grands projets urbains, qui s'imposent comme la norme de la production de la ville, obéissent à des temporalités contradictoires. La vision politique du projet urbain est supposée conférer une cohérence stratégique à un ensemblier de politiques publiques hétérogènes. Le politique ici n'est pas sensé donner seulement du souffle à une opération d'aménagement, mais doit l'inscrire dans une conception partagée de la cité, et qui soit projetable dans le temps. Cependant, les aménageurs ne peuvent négliger le rythme soutenu du calendrier électoral, qui ne coïncide pas avec la temporalité longue de la construction stratégique.

Cette dichotomie est également observable sur le plan de l'opérationnalisation. La contradiction que doit résoudre l'Établissement public est de matérialiser l'opération, c'est-à-dire de la rendre immédiatement visible aux destinataires (habitants, firmes, touristes), tout en mettant en œuvre des programmes aussi ambitieux que chronophages.

On le constate ainsi, ce n'est pas seulement le temps qui pose problème à la production des projets urbains. L'élargissement du système d'acteurs qui marque la nouvelle économie politique des villes - la gouvernance urbaine - redistribue les ressources de l'action collective et complexifie les processus décisionnels. Il serait naïf de considérer l'"rrupition" du marché dans la production des politiques urbaines comme une nouveauté ou un big bang. Néanmoins, il faut prendre la mesure de l'indifférenciation croissante des logiques privés et publiques particulièrement visibles dans les projets urbains en les inscrivant dans des logiques d'acteurs.

L'année 2009 pour Euroméditerranée est particulièrement révélatrice des questions que ces évolutions soulèvent. L'extension du périmètre est l'un de ces exemples. Évoquée il y a quelques billets, intéressons nous ici au Mucem.

Tout au long de l'année, le Mucem a été l'objet de nombreux soubresauts. En janvier, Nicolas Sarkozy annonce qu'il "croit beaucoup" au Musée. Quelques jours plus tard, dans le cadre du Plan de Relance, ses Ministres Patrick Devedjan (relance, justement) et Christine Albanel (culture) se rendent à Marseille pour confirmer l'engagement de l'État et le début du chantier pour juin. Au même moment, on apprend que deux associations locales - le CIQ du 2ème arrondissement et l'association des Jardins Portuaires - ont déposé un recours pour empêcher les travaux. Dans le Ravi de novembre, ils s'expliquent : "c'en sera fini du panorama sur la Méditerranée et des promenades en bord de mer", "on est peiné de s'attaquer à un projet culturel, mais le quartier est asphyxié par la circulation et le manque d'espaces verts". Résultats, le chantier n'a pas commencé en juin, mais en janvier - en effet, jusqu'au 31 décembre la place du J5 accueille le cirque Médrano. La livraison devrait être prévue en mai 2013. Cinq mois après le début des festivités de la Capitale européenne de la culture alors que le musée qui doit être, selon le Ministre, "beaucoup plus qu'un équipement culturel" est supposé "être le lieu-matrice d'une Méditerranée pleinement réconciliée". Il attendra encore un peu.

lundi 7 décembre 2009

Bilan des enjeux locaux internationaux (1) : compétition électorale

A La fin de l'année approche, il est temps de sacrifier à l'exercice rituel des bilans. Au début de l'année, j'avais proposé sur ces pages un rapide tour d'horizon des enjeux locaux internationaux de l'année 2009. Premier volet, les élections. Retour en arrière, donc, sur la compétition électorale marquée par le scrutin européen de juin.

Résultats

Avec 36,93% de participation, on a moins voté dans la circonscription du Sud-Est que dans le reste de la France (crédité de 40,48%) et même que dans l'ensemble de l'Union (en moyenne, 42,94%). On a même moins voté que lors du scrutin de 2004 (40,37% pour la circonscription du Sud-Est).

La liste UMP conduite par Françoise Grossetête arrive en tête avec 29,34% des voix. 5 députés UMP sont élus dans la circonscription : Françoise Grosstête, donc, et Dominique Vlasto, députées sortantes, sont accompagnées de Damien Abad, Gaston Franco et Michel Dantin, qui font leur entrée au Parlement européen.

La surprise provient de la liste Europe-Écologie qui, avec 18,27% des suffrages, devance la liste PS de presque 4 points et compte un élu de plus que les socialistes. Michèle Rivasi, François Alfonsi et Malika Benarab-Attou gonfleront la présence des Verts à Strasbourg, tandis que Vincent Peillon échoue dans son pari et n'emmène qu'une seule élue, Sylvie Guillaume, avec lui. En 2004, la liste PS, emmenée par Michel Rocard, avait réalisé le score de 28,62%, contre 17,62 à l'UMP.

Pour le reste, Jean-Luc Benhamias conserve son siège, cette fois pour le MODEM - il était élu Vert en 2004 - en recueillant 7,37% des voix. Une attention particulière s'était portée sur la liste du Front national. Jean-Marie Le Pen conserve son siège avec 8,49%, mais perd 4 points par rapport à 2004 et poursuit son tassement observable au niveau national où le FN ne recueille que 6,9%. Il fait cependant mieux, sur la scène locale, que les centristes.

Enfin, le Front de Gauche, le NPA et Libertas arrivent dans cet ordre mais ne rassemblent chacun qu'entre 4 et 6 % des voix.

Enseignements

Si l'on compare avec ce qui avait été dit sur ces pages en janvier dernier, on s'aperçoit que les têtes de liste n'ont pas été celle prévues. Alors que l'on attendait Michèle Barnier à droite et Patrick Mennuci à gauche, c'est le contraire qui s'est produit avec une élue implantée localement comme tête de liste de l'UMP et un parachuté pour le PS, désigné en fonction des luttes internes au PS. Ségolène Royal avait, en effet, obtenu deux têtes de liste pour ses "proches", Bernadette Vergniaud pour l'Ouest et Vincent Peillon pour le Sud-Est. C'était avant la rupture.

Les enjeux locaux ont été particulièrement absents de ce scrutin, toutefois, on peut se demander si l'expérience et le succès d'Europe-Écologie peuvent se traduire dans un scrutin régional et sur un terme plus long.

Le PS local est-il si durablement affaibli qu'il n'apparaît plus que comme la troisième force politique de la région ? Conclusion bien évidemment hâtive, mais comme le système politique national de la Vème République est tout entier tourné vers l'élection présidentielle, le système politique local se structure autour de la conquête de la mairie de la ville-centre. Or, le leader du PS marseillais, Jean-Noël Guérini concentre toutes ses forces et ses troupes vers la bataille déjà annoncée de 2014, délaissant les scrutins intermédiaires ou les utilisant dans l'optique des municipales.

Apparaît-là l'un des grands paradoxes de la vie politique locale : la mairie conserve aux yeux des acteurs politiques et des citoyens, la primauté en terme de légitimité politique, alors même que cet échelon n'a jamais été aussi faible en terme de capacité d'action et de compétences politiques.

Cette contradiction produit des effets de turbulences sur les autres scrutins et enjeux politiques locaux - intermédiaire dans le cadre de la lutte partisane, essentiel dans la production des politiques publiques. Les Verts d'Europe-Écologie ont profité de ce brouillage au moment des Européennes (mais pas seulement : la confusion qui continue de régner au sein du PS au niveau national, ainsi que le relais positif dont bénéficie la question écologique dans l'opinion ne doivent pas être négligés). Qui en profitera en mars prochain pour les Régionales?

vendredi 27 novembre 2009

Barcelone, la rivale ?

A On pourrait à l’envi tenter d’objectiver la rivalité entre Barcelone et Marseille, la Catalogne et la Provence, l’Espagne et la France engagées dans une compétition pour l’exercice du leadership institutionnel dans l’espace méditerranéen et dans le contrôle des flux économiques maritimes. On pourrait au contraire montrer les effets performatifs d’une concurrence qui relève davantage du marketing urbain que d’une réalité économique. On pourrait, par ailleurs, tenter de décrire les limites, voire les dangers, des termes d’une compétition territoriale pour les équilibres sociaux internes et son non-sens alors que les territoires sont engagés dans des dynamiques croissantes de coopération. On pourrait enfin signaler la différence entre les échelles d’intervention des deux pôles dûe à des assises politiques et économiques qui n’appartiennent pas aux mêmes unités de grandeur au profit de la capitale catalane.

On préfèrera ici retranscrire la parole des acteurs marseillais qui se déploie sur l’une ou l’autre de ces modes de compréhension de la rivalité barcelonaise pour saisir la portée de cette concurrence.

« Barcelone s’est positionnée sur ce créneau en investissant l’espace culturel. Ici, à Marseille, nous entendons plutôt utiliser le développement économique et l’ingénierie financière en favorisant notamment l’installation dans notre ville d’institutions internationales spécialisées ». (Ville de Marseille, Mission Europe,)

« Marseille avait un peu tourné le dos à la Méditerranée pour se tourner vers l’intérieur et se rapprocher des grands pôles européens et ne pas apparaître comme le mauvais élève. Mais il y a eu une évolution de et les élus se sont rendu compte que la Méditerranée c’est notre champ et qu’elle peut être un atout y compris dans la perspective européenne. C’est là-dessus qu’on peut concurrencer Barcelone même si Barcelone est le premier pôle euro-méditerranéen, elle n’est pas une ville méditerranéenne, il n’y a pas de populations de la rive sud de la Méditerranéenne par exemple. C’est davantage une ville du sud de l’Europe qu’une ville Méditerranéenne qui fasse le lien entre les deux rives. Bien que sa dynamique soit plus importante, Marseille dans son identité est une vraie ville euroméditerranéenne. » (Ville de Marseille, Relations internationales)

« En 1995, l’Etat fait le constat au moment du lancement du Processus de Barcelone que la France avait une carte à jouer sur la Méditerranée. On a vu émerger des villes concurrents sur la Méditerranée, en l’occurrence Barcelone, qui commençait à s’afficher comme un pôle d’interface entre l’Europe et la Méditerranée et qui commençait à attirer des organisations internationales, des grands évènements, des entreprises. Pourtant, les autorités nationales ont commencé à percevoir comme légitime le faire de disposer aussi d’une interface euromediterranéenne. L’Etat se disait, « c’est curieux, j’ai une ville dont l’histoire, la localisation, l’activité s’est construit autour d’échanges avec le bassin méditerranée et malgré tout cette ville n’arrive pas à jouer le rôle que joue Barcelone ». Pourquoi ? » (Établissement public Euroméditerranée)

Quand on demande aux entreprises de différents continents, quels sont les villes qui peuvent prétendre à devenir hub entre l’Europe et la Méditerranée. Forcément, il y a Barcelone qui arrive en tête, mais juste après il y a Marseille. Alors, Ernst a refait une étude plus large où on est position un peu moins dominante. On voit Istanbul et Rome qui sont dans des positions significatives, mais ce qui est important c’est que le leadership de Marseille au niveau français est absolument incontesté. (Établissement public Euroméditerranée)

« Il faut que la ville regarde vers le Sud mais aussi vers l’Europe. À mon avis, c’est cet équilibre qu’il faut trouver. C’est un peu comme les bridges, ces appareils photos numériques qui sont l’intermédiaire entre le réflexe et le petit numérique. On doit trouver un compromis entre l’Europe et la Méditerranée. Parce qu’au fond Barcelone est une ville de la Méditerranée, mais qui n’est tournée que vers l’Europe. Nous, on est quand même plus tournés vers le Sud. L’ambition de cette ville, ce serait d’être cette tête de pont entre les deux rives. » (Chef d’entreprise, animateur du Club Ambition Top 20)

« Au moment du lancement du Processus de Barcelone, en 1995, le grand débat c’était de savoir qui de Marseille ou de Barcelone seraient la capitale de cet espace. Évidemment, on raisonne toujours en terme de capitale. Sachant que, et là c’est le Marseillais qui parle, le fait de se vouloir capitale, prétendre à être capitale montre bien qu’on ne l’est pas et c’est peut être la manifestation d’un complexe d’infériorité par rapport à Paris et d’autres. » (Conseil régional PACA, Mission Europe)

« Capitale est un peu le terme générique qui chapote toutes les ambitions. On l’utilise alternativement pour la culture, l’économie, le tourisme. On veut toujours être capitale de quelque chose et évidemment une capitale de tout. On est arrivé à synthétiser cela en disant « capitale euroméditerranéenne ». Je crois qu’il y a déjà une volonté d’afficher haut l’ambition. Quand on utilise le mot capitale, on est obligé d’obtenir des résultats (…). C’est une espèce de phare qui illumine tout le monde et qui est censé organiser des synergies. Dans le cas de Marseille, J’y vois ce rapport aux autres villes du Bassin méditerranéen. Alors, on pourrait parler de Barcelone, il se trouve aussi quelques capitales réelles, style Athènes. Il a bien fallu se hisser un petit peu au niveau. C’est donc l’idée qu’il y a certaines villes, certaines métropoles sur ce pourtour méditerranéen qui vont compter ou qui peuvent compter ; en se positionnant comme capitale, on se met d’emblée à leur niveau. » (Collaborateur d’élu)

« Les ambitions se définissent au regard des défis que l’on se pose, mais aussi aux concurrents que l’on se crée. Si vous abordez votre ambition politique sous l’angle de la concurrence avec Fos-sur-Mer, pour une métropole comme Marseille, et bien vous ne placez pas la barre très haute et vous n’allez pas faire rêver les gens. Mais sans même les faire rêver, vous n’allez pas mobiliser vos entreprises, votre secteur touristique, tout votre secteur économique. Il y a peu de chances qu’ils se bougent pour ravir la capitale de la pétanque à Aubagne. Si d’emblée vous affirmez « écoutez, nous, notre ambition, c’est d’être au même niveau que Barcelone », ma foi, les paupières se soulèvent un peu. On se dit « tiens, cela change », cela change, effectivement, de la rivalité avec Aix. Et pour placer la barre plus haut, vous changez les lignes politiques parce que d’un coup, en raisonnant comme cela, il y a tout un ensemble de problèmes qui paraissaient abscons et sans intérêt, qui deviennent visibles. De fait vous entrez dans une autre dimension. » (Collaborateur d’élu)

« Notre concurrent, c’est clairement Barcelone, plus que Gênes dont le port a été plombé par les dockers. J’espère que Marseille ne suivra pas le même chemin. Le vrai challenge c’est Barcelone. C’est un challenge qui est loin d’être gagné pour Marseille. Barcelone a des atouts importants, des atouts également concernant le maritime. Et la tradition. Il y a en Espagne, comme en Italie, mais surtout en Espagne, une tradition des grandes villes, de grandes régions. Barcelone, c’est la Catalogne. La région Catalogne par rapport à la région Paca, c’est dix ou quinze fois plus de budget. C’est une autonomie de gestion, de décision, de compétences, que n’ont pas les régions françaises. Et au niveau des villes, c’est la même chose. C’est notre concurrent, notre vrai concurrent et on va mettre du temps pour les rattraper. Les ports sont concurrents. Sur la captation de marchandises, nous sommes concurrents. Qui dit captation de marchandises, dit implantation d’investisseurs, d’acteurs portuaires, d’investisseurs économiques. C’est à nous de gagner des parts de marché. C’est donc un concurrent très, très important. Après, les conséquences s’enchaînent. Vous faites venir des entreprises, donc vous faites venir du monde, donc vous faites venir des gens qui s’y installent, donc vous créez des logements, donc vous faites venir des gens qui paient la taxe foncière et la taxe d’habitation, qui donc enrichissent la ville et c’est le cercle vertueux ou le cercle vicieux en sens inverse. » (Élu local)

« Barcelone a 10 ans d’avance sur tout le monde. Nous nous sommes beaucoup battus, pas contre Barcelone, parce qu’on n’a rien contre Barcelone, mais on trouvait anormal que Barcelone soit la capitale de l’Union pour la Méditerranée, compte tenu de ce qu’était Marseille. Ce n’est pas parce que l’on est Français, mais Marseille est la vraie capitale fédérative de la Méditerranée, du fait de son passé moyen-oriental et du fait de son présent maghrébin. Cela remonte à François Ier, les capitulations, les échelles du Levant, c’est une très vieille histoire et Marseille a joué traditionnellement son rôle. » (Réseau de collectivités locales)

« Barcelone joue sur une rivalité, qui, à mon avis, n’a pas de sens. Barcelone, Capitale de la Catalogne, nous, on n’est pas Capitale de la Provence, on est à part. Ni plus, ni moins. La puissance de l’économie de Barcelone qui équivaut à celle de Paris, n’a rien à voir avec nous. C’est une autre histoire. Mais Barcelone a des craintes. Parce que Barcelone qui s’est développée très tôt et intelligemment, mais a commis des erreurs de développement. Nous, ce qui a été notre faiblesse, le fait que l’on ait tardé, nous a permis de tirer des leçons qui sont profitables. En même temps, je pense qu’on ne peut pas s’inscrire en concurrence. Quand on se compare au foyer fiscal de Barcelone, il nous faudra cinquante ans pour y arriver. Dites-vous que Barcelone, c’est 3 millions d’habitants et 5 millions avec l’agglomération. Marseille c’est 800 000 habitants et 1 million et demi avec l’agglomération. C’est très insuffisant. Et dans le centre de Barcelone, c’est très riche. Après, c’est une autre histoire : sur l’aspect culturel par exemple, il y aurait beaucoup à en dire sur les effets du catalanisme ». (Ancien élu local)

Photo: Palais Pedralbes - Barcelone. Siège du Secrétariat Général de l'Union pour la Méditerranée

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