Après plusieurs années de discussions et d’études, l’Agence française des
villes et territoires méditerranéens durables va voir le jour. Une convention
constitutive du Groupement d’intérêt public (GIP) est signée le 21 octobre
dernier nous apprend
Econostrum. À l’origine de ce projet, l’Institut
de la Méditerranée et le Conseil régional PACA, d’une part,
et la DATAR d’autre part.
L’objectif assigné à cette structure est d’encourager le transfert de
compétences en produisant une formation et un support d’ingénierie de projets
urbains en Méditerranée. L’idée consiste à créer un dispositif de formation de
cadres territoriaux, et d’assistance à l’élaboration de schémas d’aménagement
du territoire.
Pour les observateurs de la présence des organisations internationales à
Marseille, ces expressions ont un air de déjà vu. Il existe en effet une autre
structure qui poursuit le même objectif de « mutualiser les
compétences » dans le domaine de « l’ingénierie urbaine » afin
de proposer aux « partenaires de l’espace méditerranéen » des
« bonnes pratiques » dans la gestion territoriale.
Le Centre de
Marseille pour l’intégration en Méditerranée (CMIM) issu de la refondation
de la plate-forme de la Banque mondiale et pour lequel nous avons consacré
plusieurs billets dans ce blog répondait précisément à
cet enjeu. On peut donc se demander quelle est la raison d’être d’une nouvelle
structure d’accompagnement des projets urbains en Méditerranée.
Pour répondre à cette question, il faut se souvenir des conditions de
naissance du CMIM et en particulier de la main mise de la Banque mondiale sur
un projet qui se voulait multi-partenarial. Certes, il intègre la Banque
européenne d’investissement, le Plan Bleu, l’AFD et la plupart des institutions
locales, mais sur deux points essentiels le pari n’a pas été tenu. Tout
d’abord, sur le plan de la gouvernance, alors qu’une promesse d’offrir le poste
de Directeur du CMIM avait été promis par la Banque à un non-membre de
l’institution de Washington, il a finalement échu à Matts Karlson, pur produit
de la maison, au grand dam de la BEI et de l’AFD. Deuxièmement, un rapide
aperçu des chefs de file et des partenaires institutionnels des 14 programmes
du CMIM montre la domination de la Banque dans leur production. Si « tout
le monde est dedans ou presque », le ressenti d’une opération sur laquelle la
Banque a la haute main a débouché sur la naissance d’un projet
concurrent : la fameuse Agence des villes et territoires méditerranéens
durables.
Sur ce point, la construction de l’Agence ne marque pas seulement la
contestation du dispositif estampillé Banque mondiale, mais renvoie à des
positionnements politiques. Elle montre que l’internationalisation des villes
est aussi affaire de compétition partisane.
Au cours de notre enquête sur le CMIM, les fonctionnaires des Affaires
internationales et du Conseil régional reconnaissaient les tensions suscitées
par l’émergence de leur projet perçu comme concurrent par la Banque mais
expliquait que la future agence devait se « lover » dans le
CMIM. Malgré ces explications, la future plate-forme vise à repositionner
l'institution régionale au centre du dispositif de production et d’exportation
de l’expertise. En effet, les témoignages des fonctionnaires territoriaux ont
exprimé un sentiment de prise en étau de la collectivité locale entre le
marteau étatique et l’enclume Banque mondiale, sur des logiques bureaucratiques
qui ne s’accordent pas toujours. La période de négociation du CMIM a ainsi pu
laisser le sentiment aux acteurs locaux qu’ils étaient les oubliés de la
négociation alors dominée par l’enjeu de la constitution de l’Union pour la
Méditerranée.
Par ailleurs, L’une des justifications de la plate-forme PACA-DATAR fournie
par le Conseil régional porte sur une contestation technique de l’approche de
la Banque mondiale à qui il est reproché de proposer dans le CMIM davantage un
support de policy papers, de séminaire, de l’échange d’expériences, de la
comparaison, davantage qu’un dispositif d’accompagnement au montage de projets.
A contrario, pour la BEI et la Banque mondiale, on reproche au projet Conseil
régional-DATAR, l'obsolescence de son approche, montrant ainsi dans quelle
mesure les controverses entre les institutions internationales se heurtent à
l’épreuve du territoire dans lesquelles elles se déploient. L’approche
multi-partenariale et multi-solutions proposée par le CMIM est interprétée par
les collectivités locales comme la réponse de la Banque mondiale au manque de
moyens financiers dont elle dispose. Pour chaque projet, les institutions
partenaires devraient être sollicités pour le financement. Le rejet de la
logique du trust fund se retourne contre la Banque accusée par les
fonctionnaires du Conseil régional de « ne pas avoir un rond » et de
faire de « l’affichage politique ».
Pour la Région, la plate-forme PACA-DATAR se présente comme la dimension
technique et montage de projet du dispositif global face à la dimension
expertise promue par le CMIM. On mesure l’ambiguïté et les luttes
d’interprétation lorsqu’on se rappelle que le CMIM a justement reposé sur la
justification d’apports de projets face au Secrétariat conjoint barcelonais
réduit à une « usine d’estampillonage ». D’autres indices tendent pourtant
à indiquer que ces positionnements combinent non seulement des divergences
méthodologiques et techniques, mais également des rivalités politiques qui
portent sur la revendication des initiatives de l’internationalisation du
territoire. L’ambition de catalyser les ressources techniques des différentes
institutions locales, nationales et mondiales se heurtent à la conflictualité
politique marseillaise. Cette hypothèse conduit à replacer les dynamiques
d’internationalisation des territoires dans leurs contextes politiques locaux.
En l’espèce la fragmentation politique est un puissant obstacle à la
mutualisation institutionnelle.
À l’origine du projet de Plate-forme des villes et territoires durables en
Méditerranée se trouve Michèle Medvedowsky-Marchetti. Experte à la DATAR, elle
est l’instigatrice de l’Institut des hautes études de développement et
d’aménagement des territoires en Europe (IHEDT) construit sur le modèle de
l’Institut des hautes études de la Défense nationale. L’idée est celle d’un
think tank réunissant des praticiens qui organise des cycles de formation et
produit une expertise sur un domaine spécifique. Par ailleurs, Mme Marchetti
est l’épouse d’Alexandre Medvedowsky, tête de liste PS pour l’élection
municipale d’Aix-en-Provence en 2008 et soutien politique de Michel Vauzelle.
Aussi l’initiative du Conseil régional est-elle regardée comme étant
politiquement guidée, d’une part, et méthodologiquement marquée par les
pratiques « franco-françaises » de la DATAR d’où elle est issue. Les
experts des bailleurs de fonds critiquent sur les deux fronts l’initiative
concurrente de la plate-forme PACA-DATAR. D’une part, la techno-structure
française ne serait pas adaptée au contexte méditerranéen. La planification
aménagiste de la DATAR ne résisterait pas aux structures administratives du
Maghreb et du Machrek. D’autre part, l’initiative est stigmatisée, par son
sous-entendu politique qui irait à l’encontre de l’ambition affichée de
mutualiser les ressources et les compétences des acteurs locaux quand la
politisation les discriminerait :
« Derrière ça, il y a une dame qui s’appelle Michèle Medvedowsky-Marchetti qui est l’épouse du challenger de la maire d’Aix, qui a travaillé à la DATAR pendant de nombreuses années. (...). Cette initiative est donc très, très politique. Madame Medvedowsky, c’est le Parti socialiste à Aix. Ce n’est pas étonnant qu’elle soit avec la Région et pas avec le Département et qu’évidemment elle ne soit pas soutenue par la ville. La ville, c’est l’UMP, le Département, c’est Guérini et Guérini, ce n’est pas Vauzelle. » (membre du CMIM, décembre 2010)
L’Agence des villes et territoires méditerranéens durables, une nouvelle organisation internationale ? Peut-être. Elle n’en dévoile pas moins les enjeux politiques de l’internationalisation du territoire.
Comme
dans toutes les bonnes séries, l’organisation de la Capitale européenne de la
culture apporte chaque semaine son lot de rebondissements. Après la démission
de Bernard Latarjet, on apprend dans
Rudy
Rucciotti a donc remporté son pari. Durant l’émission des
Au Sud
de la Méditerranée, rien n’est encore joué. Le colonel Kadhafi multiplie les
attaques contre son peuple et doit désormais faire face à un Conseil national
de la transition qui en appelle à la
Depuis quelques semaines, le lecteur régulier de ce blog a pu constater une
mise en sommeil de ces pages alors même que leurs objets se
réveillaient.
Difficile de poser un regard autre qu’interrogatif sur la situation dans le
monde arabe tant l’inconnue demeure la seule certitude. D’un côté, les régimes
autoritaires semblent se craqueler les uns après les autres - Tunisie et
Égypte, donc mais aussi
Difficile de ne pas revenir sur
la révolution tunisienne lorsqu’on prétend tenir un blog sur
l’internationalisation de Marseille. Sur les 600 000 Tunisiens résidant en
France, on estime à 8% la part de la diaspora ayant élu domicile à Marseille et
dans les Bouches-du-Rhône, soit près de 50 000 personnes. La ville occupe le
troisième rang national après Paris qui compte plus de 250 000 Tunisiens, et
Lyon, presque 75 000. Néanmoins, la structuration communautaire de l’échange
politique et social propre à la ville de Marseille rend leur présence plus
visible. En outre, ces chiffres fournis par l’Office des Tunisiens à l’étranger
ne peut prendre en compte la part des Français d’origine étrangère et la masse
des Franco-Tunisiens. En l’absence de statistiques ethniques, il est ainsi très
difficile de mesurer le phénomène. Néanmoins, le
L’année
2011- que je souhaite à chacune et chacun heureuse - s’ouvre dans un climat
politique particulièrement trouble pour le contexte marseillais. Situé dans un
intermède électoral, un an après les régionales, un an avant les
présidentielles et les législatives, ce début d’année place les protagonistes
dans une situation préparatoire inédite. Les municipales de 2014 s’annoncent
ainsi comme une - longue - bataille autant indécise que décisive pour la ville
et son territoire.
Les
Le 22 mai
dernier, nous consacrions un
Dans deux
jours, ce jeudi 18 novembre, l’association Marseille-Provence 2013 tiendra un
Conseil d’administration très attendu par les artistes, les élus et les
observateurs du projet Capitale européenne de la culture, en particulier dans
le domaine de la programmation artistique. Deux ans après avoir été désigné par
le jury et à deux ans de l’échéance, les acteurs et le territoire de
Marseille-Provence 2013 font face à de nombreux tournants qui pourraient
précipiter ambitions et ambitieux hors de la route.
Les dirigeants
des entreprises du territoire marseillais sont appelés à élire leurs nouveaux
représentants consulaires du
En attendant
un mois de novembre chargé pour les politiques locales internationales
marseillaises -
Ou plutôt en
page Trois. Pour la troisième fois depuis la rentrée, le «quotidien de
référence»,
Le 9 octobre 2009 la Banque
mondiale et la Banque européenne d’investissement concluaient un protocole
d’accord avec la France et cinq pays de la rive Sud de la Méditerranée -
Egypte, Jordanie, Liban, Maroc et Tunisie - qui créent le
Le maire de Marseille s’est exprimé ce matin dans les
Le 6
octobre dernier, un jury composé autour de la ville de Marseille et de la
Communauté urbaine Marseille-Provence Métropole (MPM) devait rendre sa décision
concernant le concours de la semi-piétonnisation du Vieux-Port. Quatre équipes
d’urbanistes-architectes étaient appelés à proposer un plan-guide de 400
hectares sur le centre-ville, comprenant une première tranche de travaux de 45
hectares supposés recomposer le Vieux-Port autour d’un aire piétonne.
Un
simple entrefilet dans La Provence de ce jour, mais un événement important pour
l’évolution de la politique internationale de Marseille :
En
2003, la DATAR a publié un